N° 267
Janvier

https://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Janvier 2026
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
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Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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ÉDITO
 2026 est arrivée

        Chers Amies, Chers Amis,
        L’année 2026 nous tend les bras, La Seybouse adresse à ses Amis, à ses Lecteurs, et à tous nos Compatriotes, ses vœux les plus sincères et souhaite que nous abandonnions sans regrets, 2025 qui s’en va et qu’ils abordent l’année qui vient avec la confiance et l’énergie qui sont les caractéristiques de notre race.
        Parmi les races du monde, les Pieds-Noirs seront toujours, la plus généreuse, la plus courageuse et en 2026, comme avant, demeurera à la tête de la compréhension, du Progrès, de la Famille, des Traditions et de la Civilisation.

        En France, les ennemis des traditions cultuelles et cultuelles, veulent nous imposer leurs vues du wokisme, vues de destruction de nos traditions et cela au nom de quoi ? D’une idéologie qui les détruiront, eux en premier. C’est ce qu’on appelle la Bêtise Humaine. Il n’y a qu’à voir la guerre menée contre les crèches !
        Depuis des années, nous avons entendu, le cri du peuple, non seulement en France, mais dans divers pays du monde. Il n’y a qu’un homme qui est resté sourd, c’est le « Jupiter » français. Des hommes s’en sont fait l’écho dans leurs messages de Noël et de fin d’année. Il y a dans toutes ces clameurs un appel très fort, une quête de sens, une recherche pour un avenir solide et meilleur. A nous, citoyens, emplis de la force et de l’espérance de Noël, de nous lever et de proposer à ceux que nous rencontrons dans ces situations difficiles une ouverture à l’espérance et peut-être une rencontre avec le bon sens. « L’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de l’autre a été répandu dans nos cœurs par nos traditions et notre éducation»
        Pour respecter la Tradition, la Seybouse, ses collaborateurs et moi, nous vous Souhaitons une Bonne et Heureuse Année 2026, Pleine de Joie et d’Espérance.

        " Bône " lecture et bon mois de Janvier
        A tchao, Diobône,         
     Jean Pierre Bartolini          

Tableau de M. Henri Palles envoyé par Mme Bouhier


CRECHES
DE PIEDS-NOIRS
Envois des Amis

Crêche de Mme et M. Lunardelli


Crêche de Mme Augros




Crêche de Mme et M. Lucas


Crêche de Mme Bonnici



Crêche de Mme et M. Zammit



Retour fugace dans le passé.
1ère partie

S'il m'arrive très souvent, d'avoir des pensées, qui me ramènent vers ce passé, qui ne cesse de venir toujours m'obséder ; c'est très habituel, qu'une pensée vagabonde vienne soudain m'envahir et fait dérouler dans mon esprit, une brève scène que j'ai jadis vécue, là-bas ou, ailleurs, chez-moi en Algérie et que, je revois très clairement, dans le fond de ma mémoire, avec tous mes sens en éveil et les yeux grands ouverts. Ces manifestations, peuvent se produire, à n'importe quel moment du jour ou de la nuit, surtout, lorsque je pense, remarque ou assiste, à certaines choses qui m'entourent, comme = une odeur - un plat cuisiné - une lecture - une musique - une conversation, etc. Toutes ces pensées, peuvent me ramener vers cet horizon lointain et déclencher en moi des images du passé, qui, sont depuis, hélas ! Bien longtemps révolues.

        Je m'en vais maintenant, traquer ses flashs cérébraux et les mettre au fur et à mesure, noir sur blanc dans ces lignes. Bien-sûr, ils seront agencés d'une façon disparate et ne s'enchaîneront pas, d'une manière régulière et élégante. Au fur et à mesure, qu'un souvenir viendra dans ma mémoire, je le capterais et le transcrirais avec le plus de fidélité possible.
       Que je commence à saisir ces sacrés souvenirs, qui, ne cessent pas un seul instant, de venir m'importuner ou, de m'apporter parfois, quelques courts moments de joie et de bonheur, mais parfois aussi de la tristesse.

       1° - "Je devais avoir 3 ou 4 ans et nous étions en été. Dans notre maison, Maître Jean ORSONI, un avocat Algérois accompagné de son épouse et de ces deux enfants, avait loué un petit deux pièces dans notre maison, afin de venir passer des vacances. Situé sur le même palier nos familles avaient sympathisé et c'est très souvent qu'ils m'emmenaient avec eux sur la plage de l'usine. Ma grand-mère m'a plus tard rapporté, une conversation me concernant avec l'Avocat ORSONI, qui lui racontait, que, très sagement assis sur le sable de la plage, je regardais toujours dans le lointain et tenais des soliloques étranges avec je ne sais qui. et Maître ORSONI de dire = "Vous savez, Madame PÊPE, l'attitude de cet enfant me dit, qu'il deviendra quelqu'un plus tard !"
       - Aujourd'hui, lorsque je regarde le chemin que j'ai pu parcourir, je pense, que Maître ORSONI avait vu juste.

       2° - "C'était durant la guerre 40/45 et je devais avoir 4 ou 5 ans. Par un matin d'hiver je me levais en même temps que ma mère et m'installais dans la cuisine pour boire le petit-déjeuner. Ma mère désolée me dit, qu'elle n'avais pas pu trouver des grains de café, ni, une seule mesure de lait, dans les épiceries du village et que ce matin, hélas, il n'y aurait pas de café au lait au petit-déjeuner. Mais, prévoyante, elle prit alors quelques tranches de pain rassis où, elle disposa une espèce de confiture et me les tendit en guise de petit-déjeuner. Dans mes souvenirs, le café ne m'avait alors pas manqué et il me semble que je me suis régalé. C'était un petit matin d'hiver et nous étions en guerre."

       3° - "Ce fut durant la guerre 40/45 et compte-tenu des restrictions, nous étions privés de tout. Je devais avoir 5 ou 6 ans et cette après-midi là, en compagnie de petits copains, je jouais sur la petite place située en dessous de chez-moi. Ce jour-là, stationnait sur la placette un convoi de militaires Américains et nous les gamins, rôdions tout autour des camions, espérant ainsi obtenir quelques bonbons. A moment donné, je me rappelle, avoir pris la main d'un militaire et l'avoir emmené chez-moi. Le brave garçon désirait faire un bout de toilette et ma chère grand-mère lui fit chauffer de l'eau et lui donna une serviette. Lorsque je le raccompagnais, il fouilla dans un camion et rapporta un carton contenant toute sorte de choses. Je remontais chez-moi et donnais ce carton à ma grand-mère, qui l'inspecta et reconnu du tabac pour mon grand-père, des bonbons pour moi, et quelques boites de conserves, dont l'une était beaucoup plus grosse que les autres.

       Le soir arriva et vint enfin l'heure du souper, qui s'annonçait bien maigre comme de coutume. Mon grand-père, ma grand-mère, ma mère et moi, nous nous étions installés autour de la table, lorsque ma mère, décida d'inspecter le carton de l'Américain et s'empressa d'ouvrir la grosse boite de conserve où, il ne figurait aucune indication concernant son contenu. Miracle ! lorsque la boite nous fit voir ce qu'elle contenait = des pâtes sauce tomate à l'italienne, accompagnées de boulettes de viande et saupoudrées de fromage. Ce soir là, mon cher grand-père devait tinter de rouge sa belle moustache et ce fut un soir de fête dans la maison.
       Notre Américain, avait-il deviné que nous étions d'origine Italienne ? et ainsi, avait voulu remercier la famille de l'avoir si bien accueilli. Mystère s'il en est !"

       4°- "C'était vers les années 1942/43 et mon oncle Gaby Pêpe + était chez-nous à La Calle. Il avait un bon copain en la personne de Toto Tarento, qu'il fréquentait régulièrement. Toto travaillait à la Poste où, il lui arrivait de livrer des télégrammes chez des particuliers. Or, un jour, il devait apporter un télégramme à un jardinier de la route du lac et c'est en compagnie de mon oncle Gaby, qu'il devait se rendre sur place.
       Ce fut par un beau matin d'été où, les deux amis prirent la direction du jardin là, où résidait la personne à qui le télégramme était adressé. Les voilà donc partis, tout heureux d'être ensemble, d'autant que le temps était splendide et la nature radieuse. C'est sans se presser, qu'ils entamèrent la montée de la route de Bône, pour arriver aux 4 chemins et poursuivre leur chemin sur la route du lac. Il devait être 11 heures du matin lorsque enfin ils atteignirent la petite ferme du jardinier. Il faisait très chaud ce qui les conduisit à s'assoire confortablement à l'ombre bienfaisante d'un grand arbre. Le télégramme fut délivré et le jardinier conscient, que ces jeunes gens accablés par la chaleur, devaient sûrement avoir soif leur proposa une boisson fraîche, que nos deux compères acceptèrent volontiers. Se dirigeant vers le puits le jardinier remonta un sceau dans lequel émergeait des bouteilles. C'était disait-il pour les garder bien au frais.
       Mais qu'y avait-il dans ces bouteilles ? C'était un petit vin blanc, que notre homme avait lui-même fabriqué et qui titrait disait-il fièrement les 16°. Des verres, furent promptement installés, bien à l'ombre du grand arbre et le bon petit vin blanc, dont la fraîcheur enchanta nos deux amis, coula à flot dans les verres. Le temps passait et il fallut penser au retour et les deux copains prirent congé du jardinier. Mais, chemin faisant, l'effet de l'alcool devait se faire sentir et c'est bras dessus-bras dessous et au radar, que nos deux amis arrivèrent à La Calle en titubant, avec des idées pas très claires.

       Toto s'est empressé d'aller se coucher, imité par Gaby dont la mama avait vertement sermonné, de voir son fils dans cet état d'ébriété.
       Cette histoire fit le tour de La Calle et le lendemain, quelques amis, se décidèrent d'aller discrètement prendre des nouvelles de Gaby. Ils furent reçus par ma grand-mère, qui de bien mauvaise humeur, leur raconta les exploits de son fils.
       Voilà comment cette affaire se termina, mais, il n'empêche, que ce petit blanc 16°, n'était pas mauvais du tout !"

       5° - "A l'âge de 5 ou 6 ans, je fréquentais l'école maternelle et comme dans toutes les écoles, le jeudi était un jour de liberté. Ce jour-là, par une belle après-midi ensoleillée, l'une de nos voisines - Mme Lo Caputo - proposa à ma grand-mère, de partir en promenade à la campagne. Nous voilà donc partis, la voisine, ma grand-mère et moi, le petit bonhomme du groupe de femmes. Elles avaient choisi d'aller faire une balade du côté Boulif et pour se faire et limiter les distances, elles décidèrent d'emprunter un raccourci, qui, aboutissait, à "la maison dite cassée" située sur la route du Boulif. Il faut tout de même que j'indique, que, nous étions en pleine guerre 40/45, mais, à La Calle, nous n'avions presque pas eu à subir, tous les affres des évènements qui alors secouaient le monde.
       Alors que nous avions parcouru la moitié du chemin, soudain, on entendit des rafales de mitrailleuse et deux avions qui se poursuivaient, se mirent à tourner au-dessus de nous en tirant de plus belle. C'est ainsi, que, nous nous sommes tous retrouvés, tapis et allongés dans le fossé qui bordait le chemin, afin de nous protéger des tirs de ces avions qui n'arrêtaient pas de se poursuivre, lorsque, l'un d'eux, piqua du nez pour s'écraser dans la mer. Nous avons su plus tard, que c'était un avion Italien, ce qui ne fit pas pleurer tous les Italiens du village, sachant, que l'Italie était l'une de nos ennemis.
       Mais revenons au fameux fossé où, nous nous étions réfugiés et là, j'ai compris bien plus tard, l'attitude de ma grand-mère, qui s'était allongée sur moi pour me protéger. Le temps a passé, mais, je n'ai pu oublier cette marque d'affection, qui, a poussé mon aïeule, à se jeter sur moi afin de m'éviter la pire des choses."

       6°- " Ce devait-être en 1943, nous étions en guerre et j'avais alors 5 ans. Très souvent la nuit, nous étions réveillés en sursaut par "Marie la pleureuse", une petite sirène, qui de sa voix aigrelette, nous chassait hors de nos couches, pour nous prévenir que des avions ennemis, allaient passer au-dessus de La Calle, pour s'en aller bombarder la ville de Bône. Aussitôt, tous les voisins de notre maison, descendaient vite se réfugier dans les débarras, que chacun de nous avait dans notre cour. Sauf, mon grand-père qui se levait de son lit, pour aller s'asseoir calmement dans un coin de la cuisine où, la pipe à la bouche, il attendait que l'alerte soit finie Quant à nous, on restait tous assis sur les sacs de charbon, qui souvent encombraient les lieux, en écoutant avec beaucoup d'angoisse, le bruit des moteurs d'avions qui passaient et que nous reconnaissions que trop bien.
       Ainsi, on savait, si, c'était des avions Allemands ou Italiens, qui passaient au-dessus de chez-nous. Il faut dire, que notre village, était alors plongé dans le noir absolu et que ses rues, étaient constamment sillonnées, par "la défense passive", qui veillait à ce que le village, soit dans une totale obscurité. Une simple cigarette, allumée dans la nuit, par un imprudent promeneur, se voyait mise à l'index par un strident coup de sifflet. Ainsi, les avions passaient, sans jamais nous importuner et l'on disait même à l'époque, que, c'était parce que notre cité, bien tapie dans l'ombre, ne pouvait être vue par les avions ennemis.
       C'était comme cela, que se passaient la plupart de nos nuits et pour nous, ce fut à la longue, devenu une habitude dès que la sirène retentissait. Dans la maison, il y avait la famille Raïs, dont le père, Lieutenant dans l'armée Française était sur le front. Cette famille se composait, de Khadoudja la maman et ses nombreux enfants = Fellah l'aînée, Zineb, Nefissa, Malika, Rachida, qui vivaient comme nous tous ces temps de la guerre. Une grande solidarité régnait alors dans notre maison et chacun s'entraidait comme il le pouvait. Par exemple au dernier étage, vivait Mme Buchianeri, une vieille dame aveugle et impotente. Lors des alertes, ma mère allait toujours la chercher, pour la conduire avec nous, dans les débarras de la cour.
       Une nuit alors que retentissait la sirène, nous nous sommes une fois de plus, retrouvés dans le noir des débarras, assis sur les sacs de charbon. L'alerte cette nuit là, devait durer un peu plus longtemps que d'habitude et nous étions tous là, silencieux à écouter les bruits des moteurs d'avions, qui passaient au-dessus de nos têtes. Après un long moment, "Marie la pleureuse" de sa voix aigriarde, devait nous informer que l'alerte était finie. C'est avec un grand soulagement, que tous regagnait leur logis et s'empresser de se remettre vite au lit. Cependant, ce soir-là devait se produire une drôle d'histoire = lorsque Madame Raïs, suivie de ses enfants, arriva à son domicile elle fit alors le constat, qu'il manquait à l'appel Zineb + l'une de ses filles. Elle se précipita de nouveau dans la cour et rentra dans le débarras, pour trouver Zineb endormie sur un sac de charbon. A partir de ce jour, lors des alertes, qui devaient nous conduire dans les débarras, Madame Raïs, dès la fin de l'alerte et pour éviter d'oublier l'un de ses enfants, elle prit l'habitude de les compter avant de rentrer chez elle.
       C'était en 1943 et la guerre de 40/45 était à nos portes."

       7° - "Aujourd'hui, un très vieux souvenir, est venu envahir ma tête. Sans tambour, ni trompette, peut-être ? mais, je dois dire, qu'il a réveillé en moi, un moment de ma prime jeunesse Calloise, alors que nous étions autour des années 1944 et que, la grande guerre, n'était pas encore tout à fait terminée.
       Je devais avoir 6 ans et en cette après-midi là, ensembles, avec ma chère grand-mère Pétronille, nous nous sommes mis au lit, pour faire un moment de sieste. Mais, malgré mon jeune âge, au lieu d'essayer de faire un petit somme, je passais mon temps à jouer au pitre, montant et descendant gaillardement du lit et autres cabrioles enfantines Des exploits, qui, bien au contraire, au lieu d'agacer ma grand-mère, ne faisaient que l'amuser et la faire rire, ce que devait m'encourager, à continuer à jouer au clown.
       Depuis un bon moment déjà que je poursuivais ce manège, quand, soudain, sans que l'on ne s'y attende, Zinouba + notre voisine de palier, trouvant notre porte d'entrée grande ouverte, s'introduisit dans la maison et fit brusquement irruption dans la chambre. Je ne sais pourquoi, un moment effrayé, je remontais rapidement sur le lit, pour aller me réfugier auprès de ma grand-mère, tant il est vrai, que cette intrusion inopinée m'avait fait peur au plus haut point. J'éclatais alors en sanglots, alors que ma grand-mère et Zinouba tentaient de me consoler.
       Dans les jours qui suivirent, mon attitude devait radicalement changer. Je sursautais au moindre bruit, j'avais très peur de rester seul dans la maison... etc. Au total, tout m'effrayait, même un petit rien. Comme le disait ma chère maman ="j'avais la peur dessus !" Les jours passaient, mais, mon état, ne s'améliorait pas du tout, ce qui ne manqua pas, de commencer à inquiéter ma mère. En a-t-elle parlé, avec quelques personnes, qui travaillaient avec elle à l'hôpital de La Calle. Lui ont-ils donné des conseils, à vrai dire, je n'en sais que trop rien, mais, un matin, elle me prit par la main et m'emmena sans rien me dire, auprès d'une vieille dame qui habitait une petite maison située à gauche, dans une rue qui menait dans la propriété des DELERNIA.

       Cette vieille dame était très gentille et après m'avoir amadoué, elle prit son chapelet et se mit à prier en Italien, tout en me faisant des signes de croix sur le front. En faite, cette vieille dame, était bien connue à La Calle où, souvent on la consultait, car, par des prières elle "signait" toutes les affections qui se présentaient à elle. Pour moi, "elle signa ma peur" par des prières et pour le reste, j'étais bien jeune et je n'ai plus aucun souvenir de la suite de cette histoire.
       Par contre, ce que je sais et que je me rappelle clairement, c'est qu'à partir de ce jour, ma peur avait mystérieusement disparue ?
       Il y a parfois dans l'existence, des moments bien étranges, qui nous font poser des questions. Les prières ont-elles le pouvoir de "signer" toutes choses ? Pour moi ce fut la peur et je dois avouer, que cette vieille dame a un jour - "signé ma peur" par ses prières et cela - je peux en témoigner."

       8° - "Nous étions un lundi de Pâques et avec des voisins, nous avions été fêter la Saint-Couffin au Boulif où, de nombreuses familles Calloises s'étaient réunies. Je devais avoir 8 à 10 ans et pour moi, j'étais très heureux de vivre cette belle journée où, je rencontrais beaucoup de copains de mon âge. Nous avions déjeuné en famille sous les chênes liège et dans l'après-midi, Joseph FRULIO dit Caillon, muni de son vieil accordéon, se mit à jouer de plus belle. On assista alors, à un véritable bal en plein air sous les arbres et il y avait tellement de danseurs, qu'ils finirent par déborder sur la route, qui menait tout droit à La Calle. Il faut dire, que durant cette Saint Couffin, beaucoup de Bônois avaient fait le déplacement, pour passer une bonne journée chez-nous, et certains étaient partis joyeusement, au volant de leurs véhicules sur la route du Boulif et avaient même poussé jusqu'à ce que la route s'arrête en cul-de-sac. Lorsqu'ils décidèrent de revenir sur leurs pas, ils trouvèrent la route encombrée de danseurs et impossible à franchir. Au lieu de rouspéter, nous les avions vu sortir de leurs véhicules et se mettre eux aussi à danser.
       C'était ce jour là, un lundi de la saint Couffin Calloise."

       9° - "Un jeudi après - midi d'hiver, avec les frères Ambrosino, nous nous sommes retrouvés sur les petits-quais. Le temps était menaçant, le vent soufflait et la mer était houleuse. Nous devions avoir autour de 10 ans. Après avoir tenté de pêcher, en amorçant nos lignes avec des petits escargots blanc, ramassés dans les Joumards de derrière le moulin, nous avions alors décidé à l'unanimité, de réaliser des petits bateaux à voile et de les mettre à la mer afin de leur faire engager, une course jusqu'à la petite plage.
       Pour la confection de ces frêles esquifs, les matériaux ne manquaient pas et traînaient en abondance autour de nous = morceau de liège, bouts de roseau, papier divers, bris de verre, etc.. Sitôt dit, sitôt fait, avec un peu de liège taillé en mini bateau et un brin de roseau en guise de mat, une voile latine en papier et un petit morceau de verre pour le gouvernail et ainsi, nos petits navires étaient prêts, pour engager une folle course sous le vent. La mise à l'eau ne posa aucun problème et pendant que nos petits navires s'éloignaient du bord, pour prendre le large en direction de la petite plage, de notre côté nous les suivions pas à pas sur les petits quais et chacun de nous, encourageait à grands cris son petit bateau.
       Arrivés l'un après l'autre à la plage, les vagues devaient jeter nos frêles embarcations sur la rive et c'est tout fier, que le vainqueur de la course, devait abondamment se congratuler. Laissant les épaves de nos vaisseaux sur la grève, nous recommencions alors une toute nouvelle construction de petits navires et la course reprenait de plus belle.
       Voilà comment, il nous arrivait parfois durant la mauvaise saison, de passer nos après-midi d'hiver, C'étaient à l'occasion des jeux bien naïfs et enfantins, mais, qui nous occupaient sainement, au lieu d'aller faire des bêtises à droite ou à gauche."

       10° - " Il y a dans la vie, certaine personne qui vous marque à jamais. J'ai une pensée pour mon regretté ami Gaëtan TOMASINO +. Il était plus âgé que nous, car, nous devions avoir une dizaine d'années. Nous étions en été et cette après-midi là, avec Gaëtan, nous nous sommes retrouvés toute une bande de gamins à traîner du côté de "la Pointe". Certains d'entre-nous, étaient munis d'un attirail de pêche bien sommaire et s'étaient mis à taquiner le goujon. Le temps passait et l'on vit alors arriver vers nous, une dame d'un certain âge avec ses deux petits-enfants, qui devaient avoir le même âge que nous. Ne connaissant pas ces gens, nous avons tout de suite pensé qu'il s'agissait de touristes, d'autant, que cette charmante dame, avait entamé la discussion avec Gaëtan, qui, comme toujours sûr de lui-même, était en train de lui donner un véritable cour sur la pêche à la ligne. Il faut dire, que Gaëtan était pour nous presque un érudit, tant, il passait son temps à lire tout et n'emporte quoi. Autant dire, que, la conversation, avec la vieille dame battait son plein.
       Avant de prendre congé, la dame remit un paquet à Gaëtan en lui disant, que, c'était des restes d'un gâteau, qu'elle avait préparé pour le goûter de ses petits-enfants et que ces reliefs pouvaient servir d'appâts pour attirer les poissons. Gaëtan remercia la dame et ouvrit devant elle le paquet où, ce n'était pas que des débris; mais, la presque totalité du gâteau. Alors notre héros puisa dans le paquet et se mit chichement à en jeter quelques débris à l'eau, mais, dès que la dame et ses petits-enfants s'éloignèrent. Il commença à puiser avec avidité dans le gâteau, suivi par toute la bande de gamins que nous étions. Il me semble voir de loin la dame qui s'est retournée et a souri.
       Avait-elle donné ? ces restes de gâteau aux poissons ou bien à nous."

       11° - "Avec Alain + et son frère René Arnaud, nous avions l'habitude d'aller plonger les oursins du côté de la plage des baraques. Un moment, nous avions remarqué que lorsque l'on brisait un oursin en le ramassant, une multitude de petits poissons colorés, venaient autour de cet oursin pour s'en repaître. Ce qui nous donna l'idée, de faire un piège à poissons afin de les capturer. En rentrant au port sur la "Caroline", un petit bateau plat de 3,5 mètres de long qui appartenait aux frères Arnaud, nous avions durant le voyage de retour, discuté sur la confection de ce piège, sans vraiment trouver une bonne solution.
       Ce n'est que le lendemain, qu'une idée germa dans ma tête = se servir d'une cage d'oiseaux, dans laquelle nous aurions mis un gros galet, afin qu'elle puisse tenir au fond de l'eau et l'appâter avec quelques oursins, que nous avions proprement ouverts. Sitôt dit, sitôt fait ! La cage d'oiseaux, fut récupérée dans le débarras des Arnaud et nous n'avions plus qu'à reprendre la mer, sur la "Caroline" pour rejoindre la plage des baraques. Arrivés à destination, nous avions rangé notre petite barque, tout près de la côte rocheuse et nous nous sommes mis à l'eau accompagné de notre cage d'oiseaux. Entre-temps, Alain + plongea quelques oursins que nous ouvrîmes pour les répartir au fond de la cage. Un petit morceau de roseau attaché à une ficelle, gardait la porte de la cage grande ouverte et il suffisait de tirer sur cette ficelle, pour refermer très violemment notre piège.
       Nous avions choisi un site, situé à 2 mètres de profondeur et installé notre cage sur un fond plat rocheux. Les oursins étaient déjà installés en bonne place et la cage bien lestée par un gros galet. Déjà une multitude de petits poissons, commençait à affluer autour de nous et le piège était en bonne place, il ne nous restait plus qu'à attendre, que les poissons rentrent dans la cage, ce qu'il firent en masse, se jetant goulûment sur la dépouille des oursins. Le moment était venu de tirer sur la ficelle pour refermer la porte de la cage, c'est ce que nous nous empressâmes de faire. Il y eu à ce moment un espèce de bouillonnent à l'intérieur de la cage et à notre grande surprise tous les petits poissons devaient prendre la fuite au travers des barreaux de la cage, nous laissant abasourdi par cette mauvaise surprise.
       Inutile de dire, que nous n'avions plus recommencé ce genre d'expérience et la cage d'oiseaux, fut ramenée en notre compagnie et à bon port sur la "Caroline", qui, ce jour là, nous voyait bien pensifs et peut-être ? pour le moins dépitée, d'être rentré à quai sans l'ombre d'un petit poisson."

       12° - "Nous étions en été et ce jour là, de grand matin avec les frères Arnaud, nous avions été à bord de "la Caroline", pêcher au harpon du côté de "la pointe du chacal." Il faisait très beau et la mer était d'une parfaite transparence, à tel point, qu'on pouvait clairement apercevoir le fond de la mer, qui devait se situer à près de 4 mètres.
       Dès que nous nous sommes mis à l'eau, nos regards furent soudain ! attirés, par un énorme banc de marbrés qui grignotaient les algues vertes. Nous avons rapidement, tenté de harponner quelques poissons et alors que notre pêche promettait d'être bonne, le bruit d'un moteur de bateau se fit entendre et comme il se rapprochait de nous, nous avions tous les trois sorti la tête de l'eau, pour voir qui était ce bateau et son propriétaire = c'était Titin Costanzo +, qui s’arrêta pour nous demandé s'il y avait du poisson dans le coin.
       De bonne foi, nous lui avions indiqué le ban de marbrés situé à proximité de son bateau. Il nous demanda de l'aider à poser ses filets, puis, a effrayer les poissons pour les amener à se faire prendre. C'est ce que nous avions fait durant un bon moment, en plongeant chacun de notre côté, pour chasser les marbrés vers les filets. Ce jour là Titin fit une belle pêche et nous escomptions fort, recueillir quelques poissons pour nous payer de notre peine. Mais, dès les filets remontés, Titin lança le moteur de son bateau et prit le large, sans même nous remercier, nous laissant surpris par son attitude qui n'avait rien d'amicale.
       Voilà comment un jour, nous nous sommes retrouvés abasourdi par un Titin Costanzo, qui n'avait même pas pris la peine de nous récompenser, de l'aide que nous lui avions apportée."

       13°- " C'était au printemps, autour des années 1947, j'avais alors 9 ans et j'étais en classe du CM1, avec M. Jean Lafarre + pour instituteur. A cette époque, nous occupions une vaste classe située au rez-de-chaussée, à droite du bureau du Directeur Lugaro +. Nous étions presque une trentaine d'élèves, à suivre les cours de notre cher instituteur et le temps passait assez vite, dans une ambiance fraternelle et amicale entre tous les élèves.
       Un matin, il devait se produire, un évènement qui mis toute l'école en émoi et c'est ainsi, que rapidement la totalité de la classe, fut évacuée dans la grande cour de l'école où, la totalité des élèves de l'établissement étaient déjà présents. Que s'était-il passé ? pour causer un tel remue-ménage dans notre école. C'est alors que l'on entendit ça et là, des voix angoissées qui parlaient d'un tremblement de terre. Bien que la plupart d'entre-nous, avait ressenti quelques petites secousses telluriques, pour ma part, j'ai surtout cru, que c'était un copain assis derrière moi, qui avait fait branler mon siège avec ses pieds. Nous sommes restés un long moment dans la cour de l'école et puis, comme le tremblement de terre n'avait pas récidivé, nous avions regagné nos classes où, les commentaires allaient bon train. Avions-nous eu très peur ? Je ne le pense pas, mais, le fait que tous les élèves furent évacués vers la cour, était une précaution de la direction très louable au demeurant.

       Vers 11 heures 30, je rentrais chez-moi pour déjeuner et j'eus la surprise de faire le constat, que ma grand-mère Pétronille + était couchée et en proie à une angoisse profonde. Son teint était tout congestionné et on sentait réellement que, ma mémé, avait très mal subi les effets de ce tremblement de terre. Voilà ce qu'elle me raconta de cet épisode ="j'étais en train de vaquer à mes occupations, lorsque soudain ! tout s'est mis à trembler dans la maison. Effrayée, je compris alors, que c'était un tremblement de terre et qu'il me fallait m'enfuir à l'extérieur et en plein air. Je dégringolais rapidement les escaliers, pour fuir sur le Cours Barris en criant à tue-tête - sauvez-vous ! c'est un tremblement de terre. J'étais tellement effrayée, que j'allais presque perdre connaissance. Bien heureusement, je fus entourée et secourue par les personnes présentes et qui m'ont aidé à regagner mon foyer."

       Voilà comment se passa, l'unique tremblement de terre, qui affecta un beau matin La Calle et qui souleva l'émoi dans toute la population. Plus tard étant adulte, j'ai essayé de comprendre le phénomène et je me suis rendu compte, qu'une faille passait au large de La Calle, Mais qu'elle n'avait plus fait parler d'elle - jusque de nos jours.
       On ne parla presque plus de ce tremblement de terre et la vie repris son cours au sein de l'école et du village."

       14° -"Nous étions en 1948 et je devais avoir autour de 10 ans. Les fêtes de Noël battaient leur plein et comme tous les ans, ma chère maman, avait garni les buffets de modestes victuailles et de quelques bouteilles de liqueur. Dans notre cité, nous attendions tous le soir de Noël, qui, n'était pas, un soir comme les autres. La naissance du Christ Jésus, était honorée par la fameuse messe de minuit, que toutes les familles Calloises, se faisaient un devoir sacré d'y assister.
       Cette année là, ma tante Philomène et sa famille, n'étaient pas venus de Bône pour fêter Noël avec nous. Le soir de la nativité, nous étions seuls chez-nous, avec ma mère et ma grand-mère, dans l'attente que minuit se profile à l'horizon, afin de nous rendre à la messe. Mon grand-père était sorti pour aller rejoindre quelques amis et sûrement pour commencer "la tournée des grands ducs" afin de bien fêter Noël. Lorsque le premier carillon tinta, nous sommes partis pour l'église qui déjà était noire de fidèles, qui se bousculaient presque devant la porte d'entrée, que, M. le Curé, gardait fermée pour éviter que l'église ne se remplisse avant l'heure. Enfin, lorsque le Sacristain Paul Vella ouvrit les portes, une véritable marée humaine envahie les lieux et l'église fut rapidement comble. Ce soir là, presque tout le village était présent, pour honorer la naissance du Christ notre Seigneur. Il s'ensuivit une très belle messe et notre abbé fit en chaire un beau sermon. Lorsque la messe fut terminée, je me souviens que la chorale "des Enfants de Marie", entonnèrent " les Anges dans nos campagnes", une chanson qu'il m'arrive encore aujourd'hui de fredonner.

       Dès la sortie de l'église, il ne nous restait plus qu'a filer tout droit, pour rejoindre notre logis et au fur et à mesure que nous avancions dans la nuit, on devait remarquer que du côté de chez-nous, toutes les lumières de notre appartement étaient allumées. Surprise au plus haut point, ma mère et ma grand-mère suivies du gamin que j'étais alors, devaient alors presser le pas, pour aller voir ce qui se passait dans notre demeure. Arrivés à destination et sitôt la porte d'entrée ouverte, on trouva mon grand-père affalé de tout son long, sur une corbeille à linge située dans le fond du hall. Il ne cessait de répéter, en s'adressant à son épouse d'une voix souffreteuse ="Pétronille, je suis malade !" En fait de maladie, mon cher grand-père avait ce soir-là et en compagnie de ses amis pris une sacrée "cuite", sûrement pour fêter la naissance du divin enfant. Comme il n'avait pas pu se relever, il était resté là dans l'attente de notre retour. Plus tard, nous avons su, que ses amis l'avaient ramené à la maison et qu'ils l'avaient couché dans son lit. Pourquoi ? a-t-il ensuite eu envie de se lever et allumer toutes les lumières de la maison, pour finalement tomber sur la corbeille de linge.
       Cette histoire, que je vous conte aujourd'hui avec beaucoup de nostalgie, vient de me ramener dans ce passé qui m'est cher, pour me faire revivre ce fameux soir de Noël où, mon pauvre grand-père se crut "malade", tant la "Tournée des grands ducs" avait été copieusement arrosées."

       15 ° - " Durant ma jeunesse, c'est à dire vers l'âge de 9 / 10 ans, certains souvenirs resurgissent en moi, pour me rappeler le temps où, j'étais toujours de corvée, pour aller faire les courses.
       C'était toujours pour aller = acheter du pain chez Malléa - faire remplir deux bouteilles de vin chez Miniquebrique - récupérer des copeaux de bois, chez le menuisier, Monsieur Souss Krief, afin d'allumer notre cuisinière - en fin d'après-midi, sur les quais, à la rentrée des chalutiers, afin de récupérer un panier de poissons, qui revenait à mon grand-père... et puis, tout le reste ! Pour les légumes du marché, c'était bien heureusement l'affaire de ma mère, car, comment un gamin, aurait pu faire le choix de ces denrées, sans se faire embrouiller par certains jardiniers.

       A l'origine de tout cela, c'était ma chère grand-mère, qui, avait un jour décrété, que, je devais sans rouspéter, aller faire toutes les commissions nécessaires à nos besoins familiaux. Il faut dire, que cette pénible corvée, se faisait tous les matins et rarement l'après-midi, notamment, lorsque ma mémé avait oublié quelque chose. J'obéissais toujours mais de bien mauvais cœur et ces courses qui duraient parfois toute la matinée, m'empêchaient d'aller jouer avec mes petits copains et cela m'ennuyait fort. En été, le problème était beaucoup plus sérieux, car, pas de bain de mer, avant que ne soient terminées ces maudites courses.
       Bien heureusement, avec les années qui passaient, ce fut ma pauvre maman, qui se chargeait des commissions le matin, avant de se rendre à son travail. C'est ainsi, que je fus débarrassé définitivement de ces courses, sans que je ne pense une seule fois à ma chère maman et tout le travail que je lui avais laissé.

       Puisque j'évoque les jours d'été, il me revient en mémoire le temps où, avec mon cousin Alain Jardino - qui avait deux ans de plus que moi - nous avions décidé de gagner un peu d'argent de poche. Pour cela nous nous sommes mis à pêcher les oursins et pour les vendre, faire un tour de ville en criant "oursins - oursins..." En faite, c'était toujours moi qui faisait cette annonce, car, mon cher cousin marchait discrètement vers l'arrière et quand je lui disais de me rejoindre, je l'entendais régulièrement me chanter la même romance, qui disait ="moi, j'ai honte de défiler dans la rue !" Autrement dit, tout le boulot était pour moi. En fin de matinée, nous avions gagné quelques petits sous et pour un premier jour l'avenir s'annonçait heureux.

       Rentrés à la maison, c'est fiers comme Artaban, que nous avions montré notre recette à ma grand-mère, qui, s'en saisie, sans le moindre espoir de nous la rendre, malgré nos vives protestations. Elle prit pour excuse l'achat de tissu, qui devait lui servir à nous faire des pyjamas ? A partir de ce jour, nous avons abandonné le "commerce" des oursins, tout en sachant comment finirait notre recette.

       C'était cela notre chère grand-mère, une Sicilienne autoritaire, mais, toujours aux petits soins pour nous. C'est pourquoi aujourd'hui, je souris en pensant à elle, même, si faire des courses et nous confisquer les quatre sous gagnés honnêtement, elle restera toujours notre mémé chérie que nous n'oublierons pas.

Jean-Claude PUGLISI
- de La Calle Bastion de France.
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage.
Giens en presqu’île - HYERES ( Var )


  TOUTE UNE VIE EN ALGERIE
D'UNE FAMIILLE BONOISE
ACEP-ENSEMBLE N°281

Par Madame Roger PRIOUX née Yolande CAPEZZA.

       Je vais vous raconter notre petite histoire vécue à Bône, route de la Grenouillère.
      Notre Père M. Michel CAPEZZA a été embauché à la tonnellerie chez M. Pierre BELLOCQ comme contremaître Tonnelier et responsable d'une trentaine d'ouvriers de plusieurs nationalités. C'était d'une entente parfaite.
      Nous avions une petite maisonnette que notre Maman s'est chargée de fleurir.
      Nous avons grandi heureux au milieu de toutes sortes de volailles et d'animaux domestiques, au grand air, au soleil et derrière la tonnellerie il y avait la mer.
      Nous allions souvent avec notre père voir les bateaux accostés. Ce jour là il y avait le Colombie et le Marrakech.

      Avec notre frère André, nous allions aux Portes des Caroubiers chercher des feuilles de mûrier pour nos vers à soie et alors on en profitait pour manger des caroubes bien mûres, des jujubes et des petites pommes acidulées.

      Nos parents avaient plein d'amis et leurs enfants étaient nos copains-copines. M. et Mme Vincent SCONAMIGLIO et leurs 5 enfants : Mme BORNUA, et ses 5 filles étaient employées chez M. GINER ; Mme Marie qui nous a appris à tricoter très jeunes, son fils Dédé DONGAIN était scout avec notre frère André et ils étaient inséparables.

      Puis il y avait l'annexe de FRANCALFUTS où habitait M. MARMORATO avec sa famille, puis le garage de M. MAZZELA, l'épicerie de mme JOVANELI ; la famille LECLER ; Mme ITALIANO ; famille BIONDI et la famille CATALDO.
      Tout ça c'était notre quartier....

      Tous les jours pour aller à l'école nous prenions le chemin du Pont de la Tranchée en regardant en l'air pour ne pas recevoir un désespéré sur la tête !

      Et puis les alertes ont commencé. Il fallait courir dans l'abri et le 13 novembre

      1942, nous sommes sortis dès la fin de la sirène et en arrivant chez nous tout avait été bombardé. Il ne restait plus rien : plus de maison, plus de tonnellerie ! Les cris de désespoir de nos parents !

      Nous avions tout perdu ! Et cette image est restée pour toujours en nous.


      J'étais la plus jeune (9 ans et demi), notre cœur était brisé. Puis nous sommes partis chez notre oncle Paul VOLPE. Ensuite notre père a retrouvé un travail dans une cave à vins pour subvenir à nos besoins..

      Famille Sconamiglio : Jean (1) Georges (2) Joseph (3) Monique (4) Claudine (5)

      Famille CAPEZZA : Eliane (1) Yvonne (2) Yolande (3)

      Familie BORNUA : Jeanne (1) Elise (2) Henriette (3)

      Maman et nous quatre nous sommes partis en train jusqu'à Batna.. Là il n'y avait pas de bombardements et le 19 juin 1943, notre petit frère Jean-Louis Michel est né à l'hôpital de Batna.

      Nous avions des nouvelles de notre père resté à Bône ; Puis nous sommes revenus à la fin des bombardements, tout heureux de se retrouver.

      Notre Père a mal vécu ces 10 ans passés. Il pensait toujours à la tonnellerie et il est décédé le jour de sa fête le 29 septembre 1953 pour la St Michel à l'âge de 51 ans.

      Puis en 1955, ma sœur Eliane, son mari, son petit Louis de 4 ans, ma sœur Yvonne et Jean-Louis ont quitté l'Algérie pour Sanary sur mer, dans le Var. Moi, Yolande qui vous écris, avec mon mari et notre petit Christian de 27 mois, nous les avons rejoint en 1956 ; notre frère aîné André avec sa femme et ses 3 enfants en 1960 ; notre Maman aussi en 1960.


      Cette Maman si fragile qui a supporté beaucoup de coups très durs est décédée le 14 Juin 2010 à l'âge de 105 ans voilà je vous ai raconté notre petite histoire vraie et vécue avec beaucoup de problèmes à cause de la guerre. Il fallait qu'elle soit dite.

      Mais pour nous, les enfants, notre tonnellerie Bellocq est le plus beau souvenir de notre enfance, Route de la Grenouillère.

 
    


VIVRE HEUREUX
AU PIED DE MON ARBRE

Par M. Georges Barbara

            Connaissez vous Nino…. ?
            Nino, c’est ce Petit Bonois d’Joanonville, ... du Ruisseau d’or,... de la plage Toche,... voir de la Place d’Armes ou de la Colonne’ ! Un Petit Nino, Bonois bon teint, qui est aussi pour la plupart d’entre nous, le Petit Bonois de notre jeunesse !

            Pieds nus, tricot de combat d’un autre temps et pantalon rapiécé à souhait, il a poussé plutôt bien que mal dans nos quartiers aux mille couleurs ! Ces quartiers où nous vivions à « notre manière »

            Nous allons faire si vous le voulez bien, plus ample connaissance avec ce Poulbot bien de chez nous, qui est aujourd’hui en conversation avec son ange gardien. Cet ange gardien qui ne le quitte jamais car il est aussi quelque part la voix de sa raison : Tout ceci n’est pas sans rappeler la voix de Dieu qui s’adressait à Fernandel dans le célèbre film de DON CAMILLO !
            Soyons indiscrets pour une fois et introduisons nous dans leur conversation intime ! !


            AG:,,,, Ange Gardien
            N:,,,, Nino

            AG- » Dis Nino sais-tu où sont passés tes copains ? Je ne les vois plus avec toi ce matin ! Vous êtes de nouveau fachés ?
            N -» Te veux parler d’cette bande de Falso ? Et ben alors toi te veux savoir où y sont passés tout ce monde ? Si t’le sais pas et ben moi je va t’le dire !
            Et ben toute c’et’bande de Fausses couches, y z’ont accecté de s’enfermer comme des tanoudes, en dedans l’école des garçons de Sadi Carnot ! Même qu’y z’ont dit que le Maitre m’sieu Pruneau y l’est méchant. Parc’que çuila la, y l’a toujours un bâton dans la main, et entention o Frade que t’yarrives pas en rotard ! Aïe man ! Et de plusque si t’les écoutes, y z’ont dit aussi qu’après y z’allaient mieux te parler la langue Française ? Et zèque te le crois toi ? Qu’y z’aillent se faire foutre ces babaloukes de première !

            AG- » C’est sur Nino, après ils pourront parler comme tout le monde. Tu sais que le français parlé dans les rues de Bône ce n’est pas de l’excellent français ! Loin s’en faut !
            N- » Aller va va dela toi aussi ! Atso et on parle quoi nous la madone, à debon te le fais toi. C’est quoi qu’on parle alors ? C’est pas d’la langue française ? Même si on met en dedans un peu des mots italiens que ça donne un peu d’la couleur ! Si t’les écoutes à tout « ce monde » comme t’le dis, et ben eux y se croivent qu’on fait des Zbrouffes quand on parle nous zote ! Et ben, laisse les qui z’y vont dans leur cage à poules, si ça leur fait plaisir à ces gougoutses des promières. Tu ‘ois o l’ami, que demain y me vient « le gobe et les z’ieux blancs» et le cul……. comme la porte des Karezas, et ben te vas voir que ça qu’y va te dire Nino main’nan si c’est pas la franche vérité ! Nous z’autres nous avons parlé Bonois avant que tout ces mouches à miel qu’y te viennent à chez nous d’un autre monde….. ! Alors adebon qu’est ce qu’y vont nous apprendre main’nan à nous, que dalle ! Et tu crois pas qu’y z’ont une figua molle dans la tête, Non ? Et en plusque y z’ont dit qu’y veulent nous faire rentrer leur français à eux à’c des coups de bâtons et des punutions ! La madone et pour qu’y ça se prend ce monde là ? Et qui nous sommes Diocane, et pis aousqu’il est le mal ?

            AG- » Sais tu Nino, c’est vrai que dans la vie pour avoir un métier il faut obligatoirement pratiquer la langue française !
            N- » Va faire des cages va toi aussi, avec ta langue française. Aoua rogars moi ça, ….. Mais t’ientends ça que tu dis ? C’est pas plus gros que le trou du levier de ma cuisine ma parole…. Et ben moi…. moi quand je vais t’être plus grand et que mon père y me fera embarquer comme Mousse t’sur un chalutier de Salemme, la langue française elle va s’la piliangoule. A bord le bateau le plusse qu’on te parle c’est des mots qu’y sont des mots en italien. Alors leur français te sais où je m’le mets, et ben je m’le mets où je pense !

            AG- » Oui c’est vrai mais parler plusieurs langues cela n’a jamais nuit à personne, et puis tout comptes fais, en faisant comme tes copains tu pourrais avoir une vie normale dans la société, ne le crois tu pas ?
            N- » Aoua,,,, ? Ô la madone de toi o l’homme, t’yes bien gentil mais te vois pas comme je suis bien là moi en haut des Caroubiers ent’sous cet arbre ! Et t’sur Saint Augustin qu’y cats y me touche ! Adebon je me croirais un lézard…. Y me manque plusse que les poux pour me gratter te ‘ois ! Et merci mon dieu que si y me fait rester longtemps comme ça ! Rogars ça qu’j’te dis moi, que le cul y me tombe et que le trou y reste, et même si y te viens azraouine, c’est pas demain que je vais m’arrêter de me Chaler et de m’la couler belle belle te sais ! Et asaouar après, laisse qu’y l’arrive ça qu’y l’arrive !

            AG- » Nino il te faut réfléchir car à la longue tu vas rencontrer des problèmes, dans ta famille mais aussi dans la vie de tous les jours !
            N- » He cause à l’aute, mais o Oualioune, pour du bon te t’la fais toi ? Et ben tout ça c’est des paroles verbales,,,,, T’yes venu métenan pour me les mettre de travers ? Te sais de toi à moi, j’va t’le dire entre quatre z’yeux et ben laisse qu’y m’appelent « le Binguèche de l’Orangerie » tout’ cet’ bande de tchoutches qu’y z’ont la fugure com’ leur darrière, y me font un grand plaisir si tu savais ô Frade. Parce qu’à debon notre Binguèche, qu’y l’est chez Tado et que dieu y repose son âme, et ben au moins lui y l’était plus intelligent que tous ces Gougoutses te le sais ? Crois moi avec ses conneries lui au moins, y t’envoyait toute cette matsame faire des cages ! Et pis d’abord moi, j’te jure que j’en ai rien à foutre de leurs Grand’mères, de leurs conjugaisons, les surtaxes et tout ça qu’elle va avec. C’est pas pour çà que ma voiture à roulements elle va te rouler plus vite dans la descente d’la route de Bugeaud, Ca c’est sur ! Et pis c’est pas que moi qu’y le dit, ya même un grand t‘auteur de la littérature en France qu’y s’appelle je crois Anatole…. oui c’est ça Anatole de France, et ben lui y t’a dit que de tous les écoles qu’y l’a fréquentées, et ben c’est l’école bussonière que ca a été la meilleure ! Alors te vois prov’de ya pas que moi qu’y te dis la franche vérité, même ceux d’en haut y s’l’ont écrit !

            AG- » Tu sais Nino, j’te connais bien, depuis le temps que nous sommes ensemble, et tu n’es pas un mauvais garçon loin de là ! Alors promets moi de réfléchir à tout ce que je viens de te dire... Et tout s’arrangera je le pense ! Je suis là pour t’aider tu le sais !
            N- » J’le sais ô l’homme j’le sais, mais apreusent aga te me fais plaisir, t’le fais pour l’âme de tes morts, pourquoi chacun y l’a la vérité que c’est la sienne. Alors métenan pour la misère de tes osses, va va t’en de là et rotourne moi cet’route que t’yes venu pour me faire la morale ce matin, et que j’ai même pas entendu les verdrons chanter ... Pour l’âme de tes morts, agas de t’la fermer et de mettre ta bouche au point mort, o Frade ou mïo !…. Laisse moi un peu seul en t’sous mon arbre que je continue à m’la couler douce et asaouar, metenan à rofléchir peut-être aussi un peu ? Ossinon O Frade, avec tout ça qu’te m’as sorti dis moi….
            Te te crois que je pourrais encore :
            « VIVRE HEUREUX AU PIED DE MON ARBRE » ???…

Georges Barbara
14 décembre 2025



BOU-HADJAR
(En lisant Barbara de J. PRÉVERT)
Echo de l'ORANIE N°250, mai-juin 1997

       Souviens-toi BOU-HADJAR
       Le soleil envahissait les rues du village
       Et les ombres du BEFFROI étaient violettes
       Souviens-toi BOU-HADJAR
       Le soleil envahissait les rues du village
       Et je fermais la porte pour la dernière fois
       Souviens-loi BOU-HADJAR
       Toi que je connaissais bien
       Toi qui me connaissais bien
       Souviens-toi

       Souviens-toi de ce jour-là
       N'oublie pas
       Je marchais seul triste désarçonné
       Ruisselant sous le soleil
       Et le rocher du petit vichy
       Coulait ses larmes de soufre
       Dans de longs sanglots
       Souviens-toi de cela
       N'oublie pas

       Ces parfums de vendange
       Cette lumière sur les vignes
       Sur les champs heureux
       Sur les visages heureux
       De tes enfants heureux
       Ces bals sur la place
       Aux rythmes éteints de Jacques HELIAN
       N'oublie pas encore ce son
       L'entends-tu ce son
       Ce souffle de cheval poussif et haletant
       S’évanouissant dans la plaine de la M'leta
       L'entends-tu encore.... le BOU-YOU-YOU
       Oh BOU-HADJAR
       Quelle connerie c'était cette guerre

       Je me souviens de toi et des autres
       Je n'ai pas oublié
       Le soleil envahit toujours les rues du village
       Et les ombres du BEFFROI sont toujours violettes
       Mais ce n'est plus comme avant tout est obscur
       C'est un soleil de deuil terrible et désolé
       C'est un soleil de poudre d'acier et de sang
       Qui balaie les vies
       Et soulève les plaintes des mères à genoux
       La plus terrible tragédie
       Que cette terre eut porté dans son sein

       Mais souviens-toi
       Souviens-toi de ton église
       Devenue maintenant mosquée
       Ce n'est plus la même foi
       Mais c'est le même Dieu
       Un Dieu de justice
       La paix reviendra
       Et tu t’en souviendras
       (A tous mes amis d'HAMMAM-BOU-HADJAR et à tous les autres des deux communautés.)
Claude ANDREOLETTI

Fête et tradition : Saint Nicolas
Le 6 décembre 2025 par Le chti francais
Envoyé par M. J.C. Gatto

        Comme vous le savez, le 6 décembre, fête de Saint Nicolas, évêque ayant vécu au troisième siècle et a qui on attribuait plusieurs miracles. Le plus connu est l’histoire des trois petits enfants.


        Trois petits enfants, qui allant glaner aux champs, demandèrent l’asile à un boucher qui dès que les enfants furent entrés, les tue, les découpe en morceaux et les met dans un saloir. Saint Nicolas passant un jour par là, demande l’hospitalité au boucher, celui-ci l’invite avec plaisir et lui promet de sa meilleure salaison. Saint Nicolas ne trouvant rien à son goût, demande au boucher de lui servir de la viande, en désignant le saloir où sont les enfants depuis sept ans. Entendant cela, le boucher s’enfuit, mais Saint Nicolas l’interpelle et lui demande de se repentir, en l’assurant que Dieu lui pardonnera. Saint Nicolas apposant alors trois doigts au-dessus du saloir, ressuscita les enfants qui eurent l’impression de sortir d’un grand sommeil.
        Cette légende fut rapportée par le grand poète et écrivain, par trop incompris : Gérard Labrunie dit « de Nerval » ( du nom d’un champ de son grand-père ) en 1856 dans son recueil un peu mystique : « Les filles de feu ».
        La tradition est encore très présente dans les régions Alsace – Lorraine et Nord – Pas-de-Calais ainsi qu’en Hollande et en Belgique, pays où les enfants reçoivent leur cadeau le jour de la Saint Nicolas.
        Chez nous, dans le Pas-de-Calais, la tradition veut que la veille, on dépose une carotte, en général dans une de ses chaussures, pour l’âne de Saint Nicolas. En récompense, les enfants reçoivent une orange et un pain d’épice souvent a l’effigie du grand saint.
        Le jour même, il n’est pas rare de le voir passer dans nos rue en distribuant des friandises aux enfants.
        Une bonne fête de Saint Nicolas à tous les enfants et bonne journée à vous tous !
Le chti français.

        Commentaires

        Paradoxalement St Nicolas n’est pas un évêque du Nord ou de l’est contrairement à ce que pourrait laisser croire la tradition. SAN NICOLAS DI BARI fut un évêque du sud de l’Italie. J’avais été intrigué par une toile de Filippo Lippi, lors de ma récente visite de Florence. Ce prélat de BARI est bien à l’origine de la légende répandue et modèle du Père Noël de Coca-Cola… JUVENAL.
        En effet Saint Nicolas est originaire de Patare en Lycie, il a même lutté contre l’arianisme. Il se peut qu’il y ait une confusion avec un homonyme, mais la connaissance du grand saint est sans doute à l’origine du rapatriement en Lorraine par un chevalier, Aubert de Varengéville de quelques restes, notamment une phalange de Nicolas de Myre, et devient l’objet d’un pèlerinage d’où la diffusion de sa légende dans les régions du nord. Le CHTI
        Dans les années 50, à Bône en Algérie, ma grand-mère d’origine italienne (Ischia) nous donnait une orange ou clémentine et une friandise (chocolat ou bonbon) pour la Saint Nicolas. On était heureux. JPB

         Fête et tradition : Saint Nicolas


LE MUTILE du N°53, 15 mai 1918

UN MONT DE PIETE SANS PITIE

        C'est celui de notre bonne ville d'Alger. Hélas ! Et holà ! Ajoutons-nous aussitôt en faisant notre petit Boileau, car nous espérons bien que le cas signalé sera un cas réparé.
        Il y a peu de jour, une mère de trois réformés de guerre, se présenta au redoutable guichet, infiniment plus troublée du faciès du fonctionnaire impassible, que ne l'avaient été des balles et des obus ses braves fils. Son pressentiment ne l'avait pas trompée, la réponse fut brève et tranchante : «l'Administration ne peut rien vous prêter, vous n'êtes pas française. »
        Il est vrai que celte pauvre maman est veuve d'un colon algérien d'origine italienne, lequel ne fit pas de service pour la simple raison que les colons algériens, non français de race n'étaient pas soldats sous le régime des lois et décrets de 1848 à 1858 dits précisément militaires. Mais passons l'éponge de l'Ironie miséricordieuse sur ce jeune et vieux passé.

        Les enfants de Mme X ont par ample compensation payé leur dette à la France et comment Ainsi que d'une triple cuirasse d'airain l'oes triplex du poète aggravé par le prose administrative, Monsieur l'employé s'est enveloppé le cœur de certaine circulaire que nous ignorons. Ce que nous savons en revanche, c'est que de maîtres légistes, des légistes non en toc mais en nature, des légistes qui s'appellent Grousseau Benoit, de Lamarzelle, des autorités entre les autorités, des professeurs de Droit que l'Europe nous envie un peu plus que nos diverses taupinières bureaucratiques, (en outre le hasard du suffrage universel les fit législateurs) ont dès avant la guerre classé au premier rang des cas de naturalisation en quelque sorte rétrospective, celui précisément que présente notre ami.

        A défaut de la lettre du code Napoléonien qui ne pourrait guère prévoir « d'espèce» ils estiment que ce n'est pas en dénaturer mais au contraire en pénétrer et en déployer l'esprit, que de transférer aux enfants d'une étrangère veuve devenus français la faculté de naturalisation qu'exerce d'ordinaire l'époux français en adoptant au nom de sa nation la femme a qui il donne son nom. Cette interversion semble de plein droit et même selon l'opinion de Monsieur Grousseau constitue un a fortiori ; car il était naguère encore beaucoup trop facile à un étranger de se faire bombarder français el de communiquer par un expéditif conjungo le bénéfice de l'impromptu à une complice. C'était la, pour Boches et Bochesses l'enfance de l'art. Mais la naturalisation par le sang verve n'est plus un artifice, n'est-il pas vrai ? C'est l'une des meilleures possibles et il faudrait en stricte acuité que cotte naturalisation là pût, tel le Nil de la Légende, remonter son cours jusqu'à sa source pour la rebaptiser.

        Si cette disposition n'existe pas encore, qu'on l'inscrive au plus tôt dans la Loi. Et en attendant, que l'on admette pour une valable préface à la Loi même la coutume de voir dans une pareille veuve d'Italien une alliée deux fois consanguine, Monsieur du Mont-de-Piété croyez que vous pouvez sans vous compromettre accepter en gage, un bijou ou un matelas de qui a donné à la France le gage vivant de ses entrailles.
Pierre BONPOUR.
Mutilé de guerre d'origine italienne


Algérie catholique N° 12, décembre 1937
Bibliothéque Gallica

La gracieuse légende de N.-D. de Liesse

              En l'an 1134, trois chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, venus en Terre Sainte du pays Laonnais, avaient été pris par les Sarrasins sous les murs de Bersabée.
              Conduits au Caire et enfermés sur l'ordre du sultan El Afdhal, dans un noir cachot, ils subirent l'épreuve d'une dure captivité, dont la fin leur fut promise en échange de leur apostasie. Comme ils demeuraient insensibles aux menaces, le sultan leur envoya sa fille, la belle Ismérie, avec la mission de les séduire. Pour se garder de ses charmes, les chevaliers invoquaient Marie. La princesse voulut savoir qui était la reine mystérieuse dont ils parlaient en chantant ses louanges, et, leur apportant elle-même un morceau de bois brut avec des ciseaux de sculpteur, elle les pria de faire une image de leur protectrice, s'engageant, si elle la voyait, à lui donner son cœur et sa foi. Ils promirent de la satisfaire. Aucun d'eux ne savait sculpter, mais pleins de confiance ils implorèrent le secours de la Vierge.

              Comme ils s'étaient endormis en priant, «vers le milieu de la nuit, dit la légende pieuse, la glorieuse Vierge Marie introduisit auprès d'eux, par l'intermédiaire des anges, son image rayonnante de piété et sculptée par miracle.»
              Les chevaliers, à leur réveil, tombèrent en extase devant le céleste chef-d'œuvre, et lorsque, au matin, Ismérie revint à la prison, elle les trouva dans le cachot éblouissant de lumière, agenouillés et ravis. Emerveillée, hors d'elle-même, la princesse s'écria : «Je crois, je suis chrétienne ! »
              Et, dit un vieux chroniqueur, prosternés avec elle au pied de la miraculeuse image,
              Les chevaliers, alors, dépouillés de tristesse.
              L'honorèrent du beau nom de reine de Liesse
              A raison de la joie épandue en leurs cœurs.
              Ismerie emporta la statue. Mais une voix parlait à son âme : « Tu délivreras les trois chevaliers que j'aime ; par toi mon nom deviendra célèbre, et la terre des Francs sera enrichie d'un trésor sans prix. »

              Elle retourne à la prison, se couvre de l'autorité du Soudan, fait sortir les prisonniers, les conduit au bord du Nil, où tous les quatre se jettent dans une barque « amenée par les anges » et descendent vers Alexandrie.
              La fatigue les presse : ils s'arrêtent pour se reposer quelques heures et s'endorment sur le rivage. A leur réveil, ils voient autour d'eux un pays nouveau ; les anges les ont transportés endormis bien loin de la terre d'Egypte. Ismérie s'étonne ; les chevaliers surpris interrogent un berger : ils sont tout proches du manoir de Marchais, où leur propre mère enferme, depuis leur départ, sa douleur et sa solitude.

              Aussitôt ils se mettent en chemin, Ismérie tenant entre ses bras la chère statue. Mais, comme ils traversaient un jardin, celle-ci devint si pesante que la princesse dut la poser à terre.
              « La Vierge veut rester ici, dirent ses compagnons : nous y bâtirons pour elle une église. »
              Dès qu'ils eurent ainsi prononcé leur vœu, la statue se laissa porter sans peine jusqu'au château, « où, dit la chronique, les voyageurs furent accueillis de leurs proches et amis avec des indices de joie et de bienveillance particulière, au grand contentement de leurs sujets et vassaux. »

              Une chapelle s'éleva bientôt au lieu marqué par la Vierge. Ce fut le premier sanctuaire de Notre-Dame de Liesse, remplacé au XVIe siècle par l'église encore debout, où la pieuse tradition se conserve inaltérée depuis huit cents ans. Des miracles répétés rendirent promptement célèbre la statue miraculeuse. Les pèlerinages s'y succédèrent, toujours plus fréquents et plus nombreux.
              Les rois de France en donnèrent l'exemple ; Louis XIII et Anne d'Autriche, après de longues années d'une union stérile, vinrent y demander à Dieu, par l'intercession de celle à qui venait d'être consacré « le plus beau royaume du monde après celui du ciel », l'enfant qui devait être Louis XIV.»
Cte Albert DE MUN.


Sport Nautique
Bonjour, N° 13, 1er janvier 1933
journal satyrique bônois.
Le Challenge Gambrinus

       Très jolie lutte pour le meilleur sport. Dimanche dernier, les nageurs bônois, contre toute attente, ont gagné le challenge par équipes.
       Les nageurs Pin, Chapuis et Sultan doivent être chaudement félicités. Tous nos compliments également au nageur constantinois, Nakache, qui a emporté, en virtuose, la première place de la course individuelle.

        Foule sur les quais et beaucoup de monde à la brasserie Gambrinus où eut lieu, comme il se devait, la distribution des prix. Pour nos sportifs, nous remercions les donateurs :
       M.M. Maurice Feloux, Caputo, Vigo. Bourut, Raymond, Rebaud, Jean et Fernand Schembri. Nous devons mentionner spécialement l'attitude de M. Charles Xerri, propriétaire du Gambrinus. C'est lui qui est le créateur et le donateur du Challenge. Sous un aspect, quelquefois rébarbatif, M. Charles Xerri participe à toutes les catégories des manifestations sportives avec une activité et une passion qui ne sont pas inutiles. C'est un animateur, un sportif ardent et généreux ce qui ne gâte rien. Il a été à l'ordre du jour, dimanche dernier. C'est très bien et nous joignons nos félicitations à celles qui lui ont été adressées.
P. Maroton


 
ALGER ETUDIANT
N° 27. — 5 Avril 1924. Source Gallica
Les AGENTS ne sont plus des BRAVES GENS ?

       Notre ami A. Beuscher a déjà signalé dans un de ses « Alger… le… » de l'Algérie, l'extraordinaire désinvolture avec laquelle nos agents frappent, malmènent et injurient depuis quelque temps les habitants les plus paisibles et les plus inoffensifs de notre ville.
       Il n'est point dans les usages de notre organe qui veut n'être qu'un journal d'idées, de soulever une polémique quelle qu'elle soit. Mais la conduite inqualifiable d'un agent de la police municipale à l'égard d'un de nos camarades, nous oblige, à contre-cœur, à sortir de notre réserve et de notre détachement habituel pour protester énergiquement contre pareil scandale.

       Il est un bruit que nous ne voulions jusqu'à présent pas croire. Ce bruit tendait à représenter nos agents algérois pleins de courage et d'audace devant la ménagère qui secoue ses tapis après l'heure ou devant le petit cireur qui braille mais tout à fait conciliants et polis devant l'apache notoire ou le malfaiteur dangereux.
       Nos agents tiendraient-ils essentiellement à vérifier cette assertion ?
       Toujours est-il que lors d'une audience de la cour d'assises où se jugeait une affaire retentissante, un de nos camarades que son caractère, ses habitudes et son éducation place au-dessus de tout soupçon de désordre, a été victime de la brutalité et de l'absence totale de sang-froid d'un agent de la police municipale.

       Sans qu'il eut dit un mot ou tenté un geste, notre camarade pris dans une bousculade, fut soudain violemment frappé et jeté à terre par un agent. Il n'était pas encore revenu de sa stupéfaction que cet agent, vraiment intelligent, lui passait les menottes et, le serrant de près, l'amenait au Poste, fier de lui-même, triomphant, sûr de sa prise…
       La morale de cette histoire est que notre camarade, injurié, bousculé, frappé, bafoué, se trouve aujourd'hui, et c'est : un comble, poursuivi pour outrage à agent, en attendant, nous l'espérons, que cet aimable fonctionnaire soit poursuivi et condamné pour voies de fait. Car 'notre camarade se défend et nous sommes six cents derrière lui; décidés et prêts à agir si pleine justice n'est pas faite.

       Cette affaire est grave dans sa simplicité et elle pose pour nous une grosse question. De tout temps et partout, les étudiants en droit (notre camarade est étudiant en droit) ont été admis par priorité, à suivre devant les tribunaux certains procès dont les débats sont pleins d'enseignements pour eux.
       Doivent-ils craindre maintenant d'être frappés et emmenés au poste justement par ceux qui devraient avoir pour tâche de leur permettre plus qu'à d'autres de suivre les débats ?
       Et alors, puisqu'ils semblent l'ignorer, il faut apprendre à nos agents qu'ils ont avant toutes choses des devoirs... beaucoup plus de devoirs que de droits.
       Il faut leur apprendre aussi que leur rôle exige surtout deux qualités : la maîtrise et la politesse.

       ALGER-ETUDIANT.


Extraits du N°88 de «Jemmapes et sa Région»

ACEP-ENSEMBLE N°281 février 2012
L’OLIVIER, LA CHEVRE ET L’ETOURNEAU
    
               L’olivier - symbole de la paix depuis l'antiquité gréco-latine et au-delà sans doute - était partout présent dans notre région, notamment à Gastu. Rustique, il pousse même dans les sols pauvres et cependant, il arrive à mener ses fruits à maturité malgré la chaleur et la sécheresse de l'été. Il a, en outre, un rôle exceptionnellement long.
               Nous en avions un proche de notre ferme, tellement énorme que, pour faire le tour de son tronc, il ne fallait pas moins de trois personnes se tenant à bout de bras, on prétendait qu'il se trouvait là depuis l'époque romaine... - qui sait ?
               Il existe de nombreuses variétés d'olives et mon père avait fait sélection de trois afin de greffer des arbres sauvages et peu rentables. L'huile extraite des olives, outre ses qualités culinaires, possède de nombreuses vertus et le Dr Blanc avait conseillé à mon père d'en avaler, chaque matin, à jeun, la valeur d'un petit verre à liqueur.
               L'étourneau, lui, se régale d'olives, on sait qu'il se déplace en vols synchronisés et je me souviens que, lorsqu'un épervier s'invitait pour festoyer, il était vite la cible de la gent étourneau regroupée pour le piquer sans merci et le faire fuir ; on assistait alors à un spectaculaire combat aérien, les passereaux formant une volute qui changeait sans cesse de forme et de direction, jusqu'à ce que le prédateur se saisisse d'une proie...
               Ces oiseaux avaient aussi la fâcheuse habitude de se délester de leur fiente en cours de vol, et il n'était pas bon de se trouver dessous à ce moment-là... J'entends encore ma mère pester alors qu'elle venait d'étendre sa lessive !
               Ce délestage aérien a eu, au long des siècles, un côté très positif : il a permis, par semis des noyaux de faire proliférer l'olivier autour du bassin méditerranéen.
               A croire que l'arbre a passé un pacte avec l'étourneau : "Je te donne mes fruits à condition que tu sèmes leurs noyaux"... pacte jamais rompu qui doit exister depuis la nuit des temps.
               La chèvre - animal rustique s'il en est - ne fait pas de sentiment, elle, pour venir troubler ce pacte en broutant tout sur son passage ; or si un noyau d'olivier n'a pas la chance de prendre racine dans un quelconque roncier à sa sortie de terre, sa première pousse est - à coup sûr - broutée.
               Seulement, voilà, l'olivier patient a découvert le moyen de combattre le fléau. C'est ainsi qu'un jour, je me suis trouvé devant une sorte de buisson rabougri d'épineux. En l'observant de près, j'ai compris que c'était – en fait - un olivier qui, avec acharnement combattait pour survivre.
               En effet, la chèvre – ne prélevant que les feuilles naissantes – laisse, le long de la jeune tige, la pétiole qui forme des sortes d'épines... lesquelles, l'année suivante, constitueront un efficace rempart à l'abri duquel pourront se développer de nouvelles feuilles et ainsi de suite.
               A raison d'une croissance de deux à trois centimètres par année, il est vrai que l'olivier peine à grandir ; mais, au bout d'une cinquantaine d'années, lorsque les caprines, dressées debout sur leurs pattes arrière, ne parviennent plus à atteindre les nouvelles pousses, l'olivier - désormais sauvé - peut prendre son total essor et développer enfin ses branches charpentières.
               Pour conclure, un petit souvenir relatif à l'olivier. Au cours de la guerre de 1939-45, un agent de la préfecture empruntait notre tortillard B.M.S.C. à voie étroite, depuis Saint-Charles jusqu'à Ras el Ma.
               Arrivé là, c'est à pied qu'il devait poursuivre sa route jusqu'à notre ferme pour y réquisitionner le stock d'huile que nous avions traitée.
               Il était lesté d'une petite valise dans laquelle il rangeait ses imprimés, mais aussi d'un petit bidon que mon père - complaisamment - lui emplissait de deux bons litres de sa meilleure d'huile d'olive.
Paul EBERSTEIN

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LE PUITS DE MON PERE

               Mon père possédait sa concession à quelque quatre kilomètres de notre village d'Auribeau.

               Le puits que l'on voit - et que j'ai photographié lors d'un de mes séjours là-bas avait été creusé par ses employés et ils avaient aussi planté un petit groupe d'oliviers sous lesquels il déposait le vélo qui lui permettait de se rendre sur ses terres.
               Cette concession n'était pas des plus rentables ; il s'échinait à travailler une terre ingrate, compacte, argileuse, dans laquelle ne poussaient que des oliviers, des pastèques, des pommes de terre et autres plantes peu exigeantes en matière de fertilité.

               Il avait également fait planter des eucalyptus qui ont bien grandi depuis et sous lesquels j'ai été invitée, assez récemment, à mettre mes pas dans les pas de ma petite enfance.
               Lorsque ma mère, ma sœur et moi allions rejoindre mon père, nous faisions également une petite visite aux épouses de ses employés dans leurs gourbis.
               Là, nous étions souvent invitées à déguster quelques mets et j'étais toujours en extase devant la façon qu'avaient les femmes de rouler la graine et de cuire la marga.
               Leurs bradjs étaient succulents, cuits dans les tagines sur un feu de bois. Leur texture fondante à souhait, au goût légèrement fumé, sont encrés dans mes narines et ma mémoire à tout jamais. Sans parler du couscous qui était également inoubliable.
               Et puis, cerise sur le gâteau : nous avions droit, chaque année quand arrivait la bonne saison, aux rayons de cire extraits des ruches que mon père avait placé sur la concession. Il en partageait la récolte avec ses employés, tout comme celle des pastèques, des olives, des pois chiches et des pommes de terre.
               Ah ! Ces rayons tout gorgés de miel, quel délice ! Quel bonheur de mordre dedans à belles dents ! Alors, nous sentions exploser sous nos incisives, les alvéoles d'où s'écoulait cette gorgée d'or chargée d'oligo-éléments et vitamines qui allaient nous protéger des méfaits de l'hiver !

               Que de souvenirs merveilleux ! Je passerais des heures à relater mes instants d’enfant heureuse et insouciante, "chez nous"...
Elyette FILLOZ
    


   JARDIN DES ETOILES 2025
Fleurissement cimetière de Bône    
Par Mounir Hanéche et Eric Wagner

    Comme depuis des années, nous avons été encore au rendez-vous de la mémoire des nôtres laissés en leur terre algérienne.

Quelques photos de ces fleurissements avec l'accord des propriétaires



















FAMILLES Delorme-Alibrandi                         et             Delorme- Fazio




FAMILLE G. Yacono                                               






















NOS VILLAGES
De M. Maurice Villard
ACEP-ENSEMBLE N°281, février 2012

SAINT-DONAT... MERDJA-EL-HARRIDJ puis TADJENANET

               Saint-Donat évêque d'Arezzo en Italie. L'histoire nous fait connaître qu'il fut victime des persécutions et qu'il fut décapité vers 360.
               Le nom de Merdja-el-Harridj ne fut pas retenu par les indigènes qui donnèrent plus tard, à ce Centre de peuplement le nom de Tadjenanet.

               Une dépêche datant du 22 novembre 1869 adressée au Général en chef commandant la province de Constantine, approuve la passation en territoire civil des possessions militaires sises au kilomètre 55 de la route de Constantine à Sétif et l'échange de terres avec les indigènes, opération nécessaire à la création d'un Centre de peuplement européen à Merdja-el-Harridj.

               Dès avant 1870, les services de la colonisation avaient envisagé de créer un Centre au lieu dit : « Le Relais Seigle.»
               Il convenait d'assurer la sécurité tout au long de la route nationale N°5 reliant Constantine, Sétif, Alger Les services du génie militaire qui ont I'initiative de l’implantation des centres de colonisation estiment que la position du futur Saint-Donat à 73 km de Constantine et de 54 km de Sétif revêt une importance stratégique digne d'intérêt. On y installe donc une gendarmerie, une maison des Ponts&Chaussées, un relais de diligence confortant ainsi le choix de ce Centre.
               Les services du génie, pour l’implantation de ces Centres, étaient tenus à des règles bien précises entre autres : Terres domaniales cultivables ou avec possibilité d'échanges avec les indigènes, points d'eau, salubrité, sécurité.

               La guerre de 1870 va retarder les opérations d'implantation du centre, où dès 1868, six familles étaient venues s'installer de leur propre initiative. Parmi elles se trouve J.P. Carrère, conducteur de diligence qui sera le plus ancien colon de Saint-Donat et dont les descendants sont encore agriculteurs en 1962 sur les mêmes lieux.
               Au départ ces familles ne disposent que de 23 ha chacune. Il est certain que déjà autour de la gendarmerie six maisons sont construites avec quelques dépendances. Un forgeron, un four à pain, une auberge, quelques écuries. Quelques jardins sont cultivés.
               C'est à cette époque que le nom de Saint-Donat fut donné à ce hameau, certainement par de bons catholiques ou alors par un immigrant voulant perpétuer le nom de son village natal.

               La tribu des Abdel-Nour implantée dans toute la région où elle occupe plus de 182,000 ha s'étale largement autour de Saint-Donat où elle y cultive 15.000 ha. Elle fut une des premières tribus à se rallier à la France, restant toujours fidèle même dans les dernières années. Après 1870 la situation de cette tribu devient précaire, elle est ravagée par la famine, le nombre de ses charrues passe de 1.500 à 1.000.

               1872. - Dans un rapport M. Bocquillon de Francheville, adressé au président du comité de la Colonisation, insiste sur la nécessité de l'établissement au lieu dit : « le relais Seigle » d'un Centre de colonisation afin de sécuriser la route nationale N° 5 de Constantine à Sétif.

               Le 26 septembre 1873, un décret annonce la création du centre de Saint-Donat.
               Malgré cet aspect agricole désastreux, Ies pouvoirs publics décident la création de ce Centre. Son implantation devait nécessiter une surface d'environ 2.000 ha à acquérir soit par l'achat soit par l'échange. En définitive il sera implanté 50 lots de colonisation sur 5.357 ha répartis : pour le village 3.610 ha et 1746 pour les fermes. A cette époque, en dehors des baraques aménagées en école et en presbytère, il n'existe aucune construction aucun équipement
               Un rapport de l'Administration définit I'implantation des européens et les conditions nécessaires à leur réussite. II est inutile, était-il écrit, vu la mauvaise qualité des terres, de songer à attribuer des lots disponibles à d'autres colons qu'à des colons algériens ou à des Alsaciens-lorrains. Les immigrants les refusant.
               A l'époque les enfants des premiers immigrants métropolitains nés en Algérie avaient la dénomination officielle d'Algériens
               Par contre, il est nécessaire d'augmenter la surface des lots et des communaux afin de faciliter l'élevage des moutons qui dans les Abdel-Nour, pays très sec, est la seule source de revenu capable de faire subsister les colons.
               Une nappe d'eau souterraine va permettre après le creusement de puits, de subvenir aux besoins de la population et du bétail.
               Il est nécessaire de construire dans l’immédiat deux baraquements pour loger les familles d'Alsaciens-lorrains et une autre afin de servir d'école et de lieux de culte. La construction de 40 maisons pour les colons est remise à plus tard.

               Le 7 novembre 1874, le centre de Saint-Donat est rattaché à la commune mixte de Châteaudun du Rhumel. Dès lors ce Centre est administré par une commission communale ayant son siège à Châteaudun où elle est présidée par l'Administrateur. Un Adjoint spécial élu assure la liaison entre l'autorité de tutelle et la population du centre.

               L'Oued Rhumel coule à quelques dizaines de mètres du village. Il n'est pas loin de sa source qui se situe à une vingtaine de kilomètres en amont aux environs du « Belâa.» C’est un cours d'eau de trois mètres de large qui s'enfle rapidement lors des orages violents. Les eaux de pluie forment alors spontanément des petits oueds qui se précipitent vers le lit de la rivière, trop étroit pour recevoir tous ces apports ce qui occasionne des inondations catastrophiques dans la plaine.

               Le premier avril 1874, 25 Alsaciens-lorrains et 4 Européens déjà sur le territoire algérien, sur les 50 prévues s'installent.
               Parmi les Alsaciens-lorrains on compte : 51 hommes, 23 femmes, 71 enfants.
               Parmi les Européens : 3 hommes, 2 femmes el 7 enfants.
               Le docteur Charbonnier est nommé médecin de colonisation.

               Le 13 novembre 1875 un rapport de l'Ingénieur en chef des Ponts & chaussées fait ressortir les grandes difficultés rencontrées par les pionniers qui se situent essentiellement au niveau de l'état sanitaire et de l’insalubrité du centre. En 1875 une grave épidémie décime la population (18 décès en quatre mois). La Commission spéciale désignée par le Préfet en détermine les causes : eaux stagnantes dues aux débordements de la rivière toute proche, absence d'équipement concernant l'écoulement des eaux ménagères stagnantes, l'eau utilisée par les habitants qui puisent à la source qui se déverse dans un bassin où se développent des miasmes générateurs de maladies. Il est donc nécessaire de réaliser au plus vite les travaux d'équipement nécessaires : aménager le lit de la rivière, doter le village d'équipements afin de canaliser les eaux usées.

               Prises de panique, les familles qui en ont les moyens fuient le village et certaines, notamment chez les Alsaciens-lorrains, sans esprit de retour. Cette terrible épidémie va donner à Saint-Donat une réputation qui n'incite pas de nouvelles implantations.
               Pourtant, une école est construite, puis une gare le long de la voie ferrée Alger-Constantine à 1km du village.
               L’exercice du culte est assuré par le curé de Châteaudun du Rhumel une lois par mois percevant une rémunération de 300 F par an.

               Le 26 août, suite à une demande de la Commission communale demandant une subvention pour la construction d'une chapelle, le Gouverneur général refuse arguant du fait du nombre très limité d'Européens. Elle sera construite plus tard par les habitants eux-mêmes.
               A cette époque le Village compte : une gendarmerie, un relais de diligence, une bâtisse privée servant de mairie, une maison des Ponts & Chaussées, une boulangerie, une auberge dont le tenancier est béarnais, deux forges, une école, un cimetière et une gare.

               1876.- Le cours de la rivière a été aménagé ce qui assainit la plaine environnante sans que toutefois le paludisme, la typhoïde et le typhus soient complètement éradiqués.
               Une fontaine est construite.
               La justice est assurée par le juge de Châteaudun qui vient le troisième mardi de chaque mois.

               1885. - Le rapport établi le 15 juin par l'Administrateur de Châteaudun du Rhumel dresse un bilan alarmant de la situation. Sur le territoire de la commune de Saint-Donat il ne reste plus que 11 foyers à peine la moitié de ceux établis au début.

               1888.- Sur l'état des propriétés établies, on note qu'il ne reste que quelques familles Alsaciennes.

               A travers ces statistiques, il apparaît que la colonisation, telle qu'elle a été pensée pour ces régions est un échec. La maladie essentiellement le paludisme mais aussi la typhoïde et le plus souvent mortels à cette époque mais la cause principale est économique, le rapport le reconnaît.
               Les tentatives de colonisation par la petite propriété - les premières concessions étaient de 20 ha - n'ont pas abouti. Cela n'a rien de surprenant car, en raison de la qualité généralement médiocre des terres, de leur altitude, du manque de pluviométrie les cultures industrielles ne peuvent être rémunératrices. La vigne a été essayée sans succès. Les nouvelles surfaces concédées actuellement sont pour la plupart d'une cinquantaine d'hectares rarement de 65 ha, ce qui est très nettement insuffisant pour l'élevage du mouton qui peut seul être bénéficiaire et permettre au colon de subsister. Leur seul remède il est nécessaire de s'agrandir.

               Du début du siècle à la guerre de 1914-1918.
               A la fin du siècle, après plusieurs années de misère les moins résistants préfèrent tout abandonner et partir. Les Ventes des terres ; les locations s'accélèrent.
               En 1902 la population se compose de 13 familles d'Alsaciens - lorrains et de 12 familles de colons algériens ( 60 personnes.) Par la suite les colons restants, plus aguerris, moins meurtris ont réussi à agrandir leur propriété et semblent vivre assez convenablement sur le plan sanitaire et économique.

               En 1908. - De nouvelles familles s'installent : Fournier, Plantecoste, Hyppolite Fournier ancien maire d'Ain-Abessa et son beau-frère Guy Plantecoste cultivent ensemble des terres à Saint-Donat et à Bordj-Mamra, ces solides auvergnats y feront souche. Egalement les familles Speiman, Shiblé, Burger, Badère, Muchler, Bliéchy, Rousset, Vinel, Cortès, Gimenès, Mandon, Fanny, Bayle, Bonnefoy d'origines diverses..

               Après 1918.
               Plusieurs familles s'installent à Saint-Donat : Célestin Cassagne bien que grand blessé de guerre cultive dès 1919 des terres au Taya (Sud de Saint-Donat.)
               C'est également à cette époque qu'arrivent les familles : Jay, Berthelot succédant à la famille Bonnefoy, Clarac-Payet-Laurac, Garcia, Biscarrat, Charles et Henri Carrère cultivent les terres de leur père Jean-Pierre qui lut le premier colon installé au village, Emile et Théodore Plantecoste ont remplacé Guy ; Edouard Fournier a pris la succession d'Hyppolite au bord du Rhumel, Célestin Cassagne est définitivement implanté dans la région. Egaiement les familles Baud, Berger, Courtade, Mongeot locataires du Crédit Foncier. Vers 1937, les frères Massa achètent la ferme Clarac. Puis jusqu'en 1945 la physionomie de la zone agricole ne changera pas.

               Pierre Fournier nous fait en détail la description de son village.
               Le village est situé de part et d'autre de la route nationale N° 5 de Sétif à Constantine. Il est bordé au Nord par le Rhumel, la partie la plus importante du village se situe au Nord de cette route.
               Les petites maisons alsaciennes existent toujours, habitées par des Européens ou des indigènes. Il est amusant de noter que les très nombreuses cigognes nichent de préférence sur le toit de ces maisons.
               En venant de Sétif en bordure de la route nationale sur la gauche la famille Spielmann-Hansler demeure dans I'une de ces maisons, puis la famille Bayle.

               Puis la ferme Fournier limitée au Nord par le Rhumel et au Sud par la route nationale. Attenant à cette ferme, la taverne « du Béarn » tenue successivement par les familles Rouvier puis Rizzo et Fosse. Elle fait partie d'un ensemble de bâtiments appartenant à Auguste Rousset puis se trouve le Cercle amical, siège des boulistes, tenu par les familles Fosse puis Keller. En suivant, un café maure servant de siège et d'arrêt à la Compagnie des cars Lakdar assurant les liaisons sur l'axe Constantine Sétif - Bordj-Bou-Arréridj ; l'école du bas où ont professé MM. Soigneux, Lagarrigue, Delrieu, Finaltéri, Max Chalon et Marie-Thérèse Badère.
               Après cette école, une traverse descend en pente vers le Rhumel et aboutit à la source qui a permis aux premiers habitants de s'alimenter en eau et qui dessert un abreuvoir et un lavoir qui jouxte le jardin public. Ainsi se termine la partie gauche du village.

               A droite de la route nationale d'Ouest en Est se trouve le cimetière arabe et des terrains communaux servant d'aire de battage à certains agriculteurs. Bordant la route, plusieurs maisons alsaciennes habitées par M. Fanny et sa famille ancien agriculteur puis la maison du garde champêtre et de M. Vinel le bourrelier. Après le carrefour de la route de la gare, se situe la chapel1e, le curé de Châteaudun vient dire la messe une fois par mois et nous nous souvenons des belles homélies du Père Malafosse, ancien missionnaire. A l'arrière de la chapelle un petit réduit sert quelque fois de prison civile à quelques délinquants.
               Contre la chapelle, la place du village, c'est le terrain de foot de la jeunesse mais aussi de jeu de boules des plus âgés, lieu d'homériques parties et de concours.
               Après la place, des bâtiments appartenant à la famille Biechy-Rousset, le logement de Mme Lautier et de ses fils : Marceau qui est garde Champêtre et Henri, cette dame héberge pendant la scolarité, Guichon Granjon dont les parents cultivent les terres de la ferme Bourgogne au Taya.

               Puis on arrive à l'ancien bureau de poste où ont exercé MM. Bartolini, Gachignard, Hoareau, et en dernier Pommier. Contre ce bureau de poste se situe l'habitation et l'atelier de M. Jay charron forgeron, ses deux filles ont épousé Paul Massa et Robert Heyberger. C'est la famille Vidal qui prendra la succession de M. Jay. Ensuite en face du café du village, une maison occupée par la famille Cassagne puis Rouvière. En suivant, la demeure de Mme Muchler ( mère) puis celle de I'employé des Chemins de fer, M. Loeil. Une petite traverse sépare cette demeure d'un magasin d'un loueur de bicyclettes surnommé Zouaoui le bossu ; la maison cantonnière où se succédèrent : MM. Shiblé, Albert Roux et Albert Muchler ; attenant un café maure, un hammam et coin de la grande rue une boulangerie. Après avoir traversé la grande rue, toujours le long de la route nationale, face au square, une épicerie et une pompe à essence. Jouxtant cette épicerie, la ferme Cortès-Giménès et l'habitation de Mme Garcia née Cortès, institutrice et de M. Etienne Garcia chef de gare.


               Une ruelle perpendiculaire à la route nationale nous conduit devant la gendarmerie. Beaucoup de gendarmes ont laissé d'excellents souvenirs on peut citer : Lucas, Weck, André, Gonzalès, Penalva, Gaubert, Pemejat et bien d'autres encore. Plus loin des maisons alsaciennes demeures de familles indigènes.

               En repartant de la route de la gare, au bout d'une longue rue on trouve à droite l'habitation et l'atelier de forge Charronnerie de M. Badère puis de M. Cassagne qui lui succédera. Faisant suite sont installés de nombreux artisans et commerçants indigènes : un maréchal-ferrant, un bourrelier faisant face au fondouk et à l'épicerie Sassi, un petit café maure, un marchand de fruits et légumes, un boucher en face de la maison cantonnière, une épicerie tenue par un tunisien, en angle avec la grande rue un marchand de tissus Messaoud le kabyle.

               En suivant la grande rue, se trouve l'école du haut : toutes les familles se souviennent de I'enseignement de qualité de Mesdames Garcia, Poly, Almeras, Ruggieri, Pouget-Cassagne.
               Attenant à l'école, l'ancienne Mairie avec les adjoints Spéciaux on peut citer avant 1939 : Albert Mandon (frère de Raoul Mandon) qui fut maire de la ville de Constantine, puis Emile Plantecoste et après la guerre, M. Edouard Fournier. Ils ont tous œuvré pour le développement de ce village de colonisation son assainissement et sa modernisation ce qui fut loin d'être facile comme cela a été décrit dans la partie historique. Attenant se situe l'habitation de M. Antonin Carrère et de son épouse Pierrette Plantecoste.

               Nous traversons une ruelle et là se trouve le moulin des frères Giménès et La propriété Mandon exploitée plus tard par Antoine Perès.. En remontant la ruelle contre la gendarmerie se situe la ferme Plantecoste, puis une ancienne maison alsacienne occupée par Célestin Cassagne et plus tard par Denis Vidal. En face, des magasins indigènes et une école coranique.

               Une route parallèle conduit à des magasins de céréales, des magasins indigènes et une grande mosquée en face d'un fondouk, une épicerie et des magasins de tissus.

               Après la guerre de 1945, grâce au plan d'action communal des bâtiments furent construits modernisant le village : une Mairie, une Poste, un Foyer rural, un Centre de santé et de nouvelles écoles.

               Ces nouvelles constructions sont la preuve de l'effort gigantesque de la France pour la scolarisation et la modernisation de l'Administration. Après ce lotissement la rue se termine par l'ancien atelier et le moulin de M. Dominique Vidal.

               La grande rue, perpendiculaire à la route nationale aboutit au Sud au château d'eau autour duquel se tient tous les mardis le marché aux bestiaux sorte de foire grouillante et bruyante avec ses étals et marchands ambulants.

               Aux environs, on laisse à droite le cimetière européen, puis la ferme Berthelot-Pouget, pour la petite histoire c'est dans cette ferme, anciennement Bonnefoy, que le capitaine Alphonse Juin, futur Maréchal de France et Mademoiselle Bonnefoy ont célébré leurs fiançailles.

               On arrive à la gare où ont exercé MM. Quatrerreaux, Acquaviva et Simonetti et aux habitations des employés des chemins de fer : Hyppolite, Bayles, Ellul.. ainsi qu'aux docks et aux bureaux du Crédit foncier dont le dernier directeur a été M. Bernad.

               La route de la gare continue vers le Sud en direction de la ferme Biscarrat dont le dernier locataire fut M. Louis Reinmuth, nous longeons les propriétés du Crédit Foncier pour arriver à la ferme de Célestin Cassagne.

               A l'Est du Village se trouvent les propriétés Carrère et Plantecoste, à l'Ouest vers Robe et Bordj-Mamra les propriétés Gimenès et Théodore Plantecoste, au Nord les propriétés Fournier, Massa et celles cultivées par Paul Cassagne à Temda.

               Après 1945.

               Entre la fin de la dernière guerre et I'exode, les plus jeunes prennent, au fur et à mesure, la place de leurs aînés ce sont : Antonin et Christian Carrère, René et plus tard Alain Plantecoste, Paul et Roger Cassagne, Gilbert Grousset, Guy Fournier, Denis Vidal qui dirige l'atelier de mécanique de son père Dominique.

               La vie à Saint-Donat, comme celle de la plupart des villages de l’intérieur de l'Algérie, est rythmée par les travaux agricoles. Les familles se retrouvent volontiers au café, au Cercle ou au jeu de boules. La région est très giboyeuse, la passion de la chasse anime la plupart des hommes,

               Témoignage de Pierre Founier

               Nous aimions notre petit village, le pays de nos ancêtres, toutes les familles se connaissaient, s'estimaient, hélas le destin nous en a chassé.


               Ces quelques mots je les destine à mes enfants et petits enfants et à tous ceux qui ont souffert pour faire vivre notre beau pays perdu.











               Titres de propriétés attribués de 1872 à 1885 à Saint-Donat.
               Lots urbains et lots de culture de 50 à 60 hectares de moyenne :
               Bastien Antoine - Battesti Vitus François - Bussière Justin - Burger Michel - Brombeck Antoine puis Sébe Achille - Chaumont Marc Antoine - Casabella Antoine - Casanova Pierre - Cervoni Antoine - Carrère J.P. - Couderc Jean – Fanni Antioche - Galley Lucien - Goussard Alfred - Granoix Edmond – Vve Gagneux - Alexandre - Garcia Alexandre - Gothar Michel - Heneck Frédéric - Kréma Michel - Mausler Frédéric – Schoesps Adam puis Delors Louis – Trabbia Dominique - Trabbia Félix - Clausier Michel - Casimir attributaire d'un lot de ferme de 106 ha - Rousseau François Xavier - Reuil Georges - Badas Jean au lieu dit Moulin Gassiot.
Maurice Villard




LA CAPTURE DE BONA
En Algérie au XVIIe siècle

Envoyé par M. D. Bonocori
La prise de Bona en Algérie
Roberto Amerighi
Une entreprise des Chevaliers de Saint-Étienne
au XVIIe siècle

            La prise de Bona, aujourd'hui Annaba en Algérie, est une opération militaire conjointe de la marine et de l'armée toscanes, menée dans les territoires du Maghreb de l'Empire ottoman, au début du XVIIe siècle.
            Elle était dirigée par les Chevaliers de Saint­Étienne, sous l'égide du Grand­Duc de Toscane Ferdinand 1er.
            Les commandants de la mission étaient Iacopo Inghirami et Silvio Piccolomini, respectivement amiral et grand connétable de l'ordre religieux.

            Contexte historique
            Les ambitions maritimes de l'Empire ottoman méditerranéen


            Les exploits de Bona eurent lieu à une époque historique qui, au XVIe siècle, avait vu la croissance et l'affirmation progressives de la marine ottomane en Méditerranée. Les raids de ses commandants légendaires avaient ravagé les côtes et les îles des mers occidentales.



            Dans la mer Tyrrhénienne, les habitants des îles d'Ischia, Lipari et Giglio furent déportés et réduits en esclavage.
            En particulier, dans les eaux de la péninsule, Khaïr-el­Din, connu sous le nom de Barberousse, s'est distingué par son habileté et sa détermination, pillant et pillant les côtes et les petites îles.

            Dans ce contexte, le nouveau Grand­Duché de Toscane souhaitait se doter d'une flotte de défense à la fois de ses propres intérêts étatiques et de ceux de la chrétienté en Méditerranée, en établissant en 1562 l'Ordre de Saint­Étienne, Pape et Martyr.

            La constitution de la Sainte Ligue, à laquelle participa la marine toscane­stéphanienne, provoqua, avec la bataille de Lépante en 1571, la destruction presque complète de la force navale turque, réduisant ainsi les ambitions de La Sublime Porte, contrainte de renoncer à ses visées expansionnistes en Méditerranée occidentale

            Dans les années suivantes, la flotte ottomane, bien que rapidement reconstruite, avait pour objectif la consolidation de son hégémonie en Méditerranée orientale et, seulement secondairement, de la fonction de garde des côtes à l'ouest.

            En Afrique du Nord, où les intérêts du califat étaient protégés par autant de gouvernorats locaux, qui géraient les territoires de la Tripolitaine, Tunis et celles de la Régence d'Alger.
            Bien que le nouvel équilibre des forces qui s'était établi sur l'échiquier méditerranéen, au détriment de l'Empire ottoman, fût clairement évident, les populations berbères d'Afrique du Nord ne cherchèrent pas et surtout n'eurent aucun intérêt à s'affranchir du contrôle politico-militaire de la Porte, notamment pour ne pas perdre sa protection vis­à­vis de l'Espagne.

            La piraterie était une activité lucrative aux dépens des pays chrétiens, dont le principal moteur était le commerce ou le rachat d'esclaves. Ces activités étaient tolérées et encouragées par les sultans ottomans eux­mêmes.
            Dans cette situation, les Berbères, autrement connus sous le nom de Maures, ont progressivement commencé à gagner de vastes zones d'autonomie, donnant ainsi une nouvelle force à la guerre bien sûr.
            Ainsi, profitant de l'instabilité politique de l'Occident et de l'opposition continue entre les deux mondes, chrétien et musulman, ils ont agi avec des brevets pirates, au nom du califat, représentant pendant longtemps une menace, tant pour le trafic de la marine marchande, que pour la sécurité des côtes et des îles italiennes.

            Casus belli
            Les motivations de l'entreprise

            Les motivations de cette entreprise ne sont pas entièrement claires, bien que l'événement historique ait fait l'objet de diverses chroniques et récits. Il semble que l'intervention militaire de la marine et de la milice toscano­stéphanienne ait été provoquée par un acte de piraterie visant plusieurs chevaliers de l'Ordre de Saint­Étienne, naufragés sur les côtes nord­africaines en raison de la mer agitée.

            Ils furent emprisonnés et décapités, et leurs têtes hissées sur des poteaux et exposées sur les murs de la ville de Bona, comme le décrit l'écrivain Ubertino Landi dans sa préface à la première édition du poème épique « Bona d'Affrica » de Vincenzio Piazza : « Poussés par une tempête vers les côtes africaines, des chevaliers de Saint­Étienne, pape et martyr, restèrent esclaves des Turcs.

            Furieux des nombreuses infestations que leur infligeaient ces athlètes de la foi catholique, ils les massacrèrent sauvagement, exposant leurs têtes sur les murs de la ville de Bona, anciennement appelée Hippone, dont saint Augustin était évêque.

            Extrêmement indigné par cette cruelle insulte, le grand­duc Ferdinand 1er, grand maître des chevaliers susmentionnés, fit promptement préparer les forces de sa religion pour se venger. »
            (Vincenzo Piazza, Bona d'Affrica conquise par les chevaliers de Saint­Étienne, pape et martyr. Jacopo Antonio Gozzi éditeur, Parme 1743, page XVI.)

            L'événement a certainement provoqué une grande consternation dans l'opinion publique de l'époque, mais la réaction grand­ducale doit être replacée dans le contexte d'une politique d'expansion plus large menée par le Grand­Duc Ferdinand 1er, surnommé non par hasard « Dominateur des Maures ».
            La marine toscane, composée principalement de navires de l'ordre religieux, avait déjà eu l'occasion d'attirer l'attention des pays européens lors de la bataille de Lépante, où les galères stéphaniennes Capitana et Grifona capturèrent le navire amiral Turc d'Ali Pacha.

            Par la suite, la prise de plusieurs places fortes ottomanes, telles que Préveza, sur la côte grecque de la mer Ionienne, et Laiazzo, dans le golfe d'Alexandrette en Asie Mineure, a considérablement augmenté le prestige des chevaliers stéphaniens, qui par ces actions ont libéré de nombreux esclaves chrétiens et capturé de nombreux navires maures.

            La préparation et la première phase de la mission
            Préparatifs dans le port de Livourne


            La marine toscane, sous le commandement de l'amiral Jacopo Inghirami, sous les bannières du Grand-duché, de l'Ordre de Saint­Étienne et de la Grande-duchesse Christine de Lorraine, s'était engagée, au début de l'été 1607, dans la malheureuse tentative de reconquérir et de ramener l'île de Chypre au christianisme, avec l'expédition de Famagouste. Cette entreprise, cependant, n'eut pas d'issue positive en raison d'événements défavorables et de plusieurs erreurs commises par le commandant de l'armée de terre, le marquis Francesco Bourbon del Monte.

            C'est probablement pour cette raison que le Grand-duc décida de confier le commandement des troupes de débarquement à Silvio Piccolomini, en sa qualité de grand connétable de l'ordre étienne.
            Le chef siennois était également précepteur et maître d'armes du prince Cosimo, fils aîné de dix­sept ans.
            Grand-duc, au nom duquel, par volonté du monarque, l'entreprise Bona a été créée et préparée.

            Bourbon del Monte, cependant, eut l'estime du Grand-duc reconfirmée, qui le voulut plus tard à nouveau au sommet des rangs militaires de l'ordre religieux, comme successeur de Piccolomini au poste de Grand Connétable.

            Immédiatement après son retour de Chypre, en quelques jours, dans les chantiers navals de Livourne, la flotte fut préparée à reprendre la mer.
            Français Elle était formée de neuf galères, trois galions et deux bertoni avec une flotte légère variée en remorque, composée essentiellement de caïques, de felouques et de skiffs. Jacopo Inghirami fut reconfirmé dans le rôle d'amiral de l'ordre et à ce titre également de chef suprême de l'entreprise, tandis que, en subordination, le chevalier Guillaume de Beauregard, autrement connu sous le nom de Guadagni, commandait les bertoni et les galions.

            Silvio Piccolomini rassembla des hommes d'armes de divers endroits de Toscane et du reste de la péninsule.
            Arrivés en grand nombre dans la ville portuaire, ils furent soigneusement sélectionnés et choisis parmi un nombre ne dépassant pas deux mille hommes, soit le maximum transportable par la flotte. À cette armée s'ajoutèrent, sous le commandement du jeune chevalier Etienne Fabrizio Colloredo, deux cents chevaliers, dont une bonne partie était composée de membres de l'Ordre de Saint­Étienne, et une autre partie de soldats de fortune, tous nobles et diplômés, possédant une expérience et des aptitudes militaires avérées.
            Afin d’éviter les erreurs qui compromettraient la mission de Famagouste, l'expédition a été préparée très soigneusement, avec une étude minutieuse du territoire et de la conformation urbaine de la ville :

            À cette époque, elle était entourée de larges et hautes murailles, percées de neuf bastions interrompus, de forme carrée mais irrégulière, qui se terminaient en pointe côté terre. Une forteresse très solide, également de plan carré, dotée de cinq hautes tours, se dressait sur le dos de divers rochers, contre lesquels les vagues s'écrasaient, à un demi­mille de distance. Elle était bien gardée par une garnison en altitude et gardée par des soldats janissaires.
            Trois portes s'ouvraient sur Bona ; l'une donnait sur cette vaste étendue de mer ; l'autre sur les charmantes collines dont ornait ces champs fertiles; et le troisième coulait, pour donner et recevoir de l'aide dans chaque événement, en face de la Forteresse.

            Les inspections avaient été effectuées à l'avance par des émissaires qui, envoyés secrètement, avaient rapporté des détails minutieux.
            Des informations telles que le plan de la ville, le tracé des rues intérieures, les maisons et leurs toits en terrasses, qui, étant reliées entre elles, pouvaient facilement servir de redoutes défensives, étaient disponibles.
            Enfin, la hauteur exacte des murs avait été fournie. Cette information était essentielle pour préparer des échelles de taille adéquate. L'assaut sur la ville fortifiée de Famagouste échoua, entre autres, précisément parce que les échelles qui suivirent étaient trop courtes et donc inutilisables.

            La traversée
            Le 30 août 1607, l'expédition appareilla des eaux de Livourne.
            Les jours précédents, la présence de navires de nationalité inconnue avait été signalée entre la Corse et les côtes de la péninsule. C'est pourquoi le Grand-duc Ferdinand ordonna à l'amiral de mener une reconnaissance.

            Les eaux de l'archipel toscan, afin d'empêcher d'éventuels raids sur ces îles, étaient en réalité une escadre de neuf galères dirigée par Amurat Rais, célèbre corsaire au service de l'Empire ottoman, qui, à cette occasion, préféra éviter d'entrer en contact avec l'imposante flotte grand­ducale, se dirigeant vers la Corse et les Baléares.
            Immédiatement après la reconnaissance effectuée dans les mers au large de la Toscane, Piccolomini décide d'effectuer un exercice préliminaire, simulant un débarquement sur la côte de l'île d'Elbe, dans un site similaire à la côte où se trouvait la ville africaine, objectif de la mission.

            L'armée, en tenue de combat, tenta d'escalader une colline escarpée et, surtout, les nouvelles milices n'étant pas préparées aux opérations amphibies, des directives précises furent données pour un retour et un réembarquement en bon ordre sur les navires.
            Cette opération avait causé une grande partie des pertes lors de l'attaque ratée de l'île de Chypre. Il fut également décidé de remplacer cinquante soldats, inaptes à la mission, par le même nombre de membres de la garnison de Portoferraio.

            Dans les premiers jours de septembre, Inghirami décide de diviser la flotte et donne l'ordre à Guillaume de Beauregard de mettre à la voile, avec ses galions et ses bertoni, directement et sans escale vers l'île de La Galita, au large de la côte de l'actuelle Tunisie, à environ 65 milles au nord du continent africain.

            Le reste de l'armée, accompagné des navires légers, prit la route de la Sardaigne, où, à Capo della Polla, une escale intermédiaire fut prévue pour se ravitailler en eau et en provisions. L'amiral jeta l'ancre dans cette crique, notamment parce que plus de vingt navires étaient aperçus au large de Cagliari.
            Craignant une attaque et un éventuel retour des navires pirates d'Amurat Rais, il arma ses troupes. Une felouque envoyée en reconnaissance rapporta des nouvelles qui ramenèrent le calme au sein de la flotte. Il s'agissait en fait de navires marchands flamands à l'ancre, qui complétaient une cargaison de sel et d'autres minéraux.

            Un mauvais temps violent survint, suivi d'un mistral violent qui bloqua la flotte pendant plusieurs jours. Ce n'est que le 12 septembre au matin que les galères toscanes parvinrent à reprendre la mer et arrivèrent le lendemain à La Galita, où les attendaient les navires de Guillaume de Beauregard.
            Dans le petit golfe de l'île, les derniers préparatifs ont été effectués. Le débarquement était prévu sur une plage à quelques kilomètres de là.
            Metro da Bona, près du cap de la Garde, où seules les galères auraient pu facilement débarquer. Conformément à l'accord, toute la milice et ses armes furent donc transférées sur les galères, tandis que les bertoni et les galions resteraient en attente, avec une petite garnison, sur l'île de La Galita.

            À bord de la Capitana, navire amiral de la flotte, le Grand Connétable rassembla tous les officiers et experts locaux, donnant les dernières instructions pour le succès des opérations. Il inspecta ensuite les neuf galères, haranguant et incitant les troupes, selon le rituel habituel des généraux sur-le-champ de bataille. Le départ fut cependant de nouveau retardé par l'arrivée d'une tempête, rendant imprudent d'affronter, le même jour, la dernière étendue de mer qui les séparait des côtes africaines.

            Ce n'est qu'à midi, le 15 septembre, que les navires ont finalement pu mettre les voiles vers Bona.
            Le débarquement sur le sol africain
            L'atterrissage problématique et les difficultés du débarquement


            Le point d'arrivée prévu avait été identifié comme une grande plage immédiatement au sud de Capo La Guardia. Pendant la nuit, l'amiral Inghirami était prêt à débarquer, mais les épandeurs, essentiels aux opérations de débarquement, ne furent pas retrouvés en raison d'une mauvaise visibilité ou vraisemblablement d'une mauvaise interprétation des ordres. Cet événement inattendu provoqua un sérieux retard dans les opérations. La recherche des épandeurs.

            L'opération dura deux heures. Finalement, l'emplacement fut trouvé, mais la configuration accidentée de la côte et les eaux peu profondes empêchèrent les galères de débarquer comme prévu. Face à une situation déjà rendue difficile par le retard, il fut décidé de transférer les troupes et les Armements sur des navires légers, notamment des felouques, des caïques et des esquifs. La difficile opération de débarquement fut coordonnée avec une grande habileté et une rapidité extrême par le commandant Colloredo. La décision de procéder au débarquement fut prise par le grand Piccolomini était discutable et il rejetait résolument les thèses de ses proches collaborateurs qui pensaient que les murs de Bona seraient atteints tard dans la journée, annulant ainsi l'effet de surprise.


            L'entreprise, à leur avis, présentait de très sérieuses incertitudes et une défaite ruineuse était possible :
            « À certains d'entre eux, il répondit courageusement que s'ils marchaient avec diligence, ils arriveraient avant le jour ; à d'autres, il montra qu'il préférait arriver de jour plutôt que de nuit, à la fois pour les voir agir vaillamment et pour pouvoir en témoigner, et parce que si l'entreprise réussissait, elle serait plus glorieuse ; et, les pressant autant que possible par cet ordre, il envoya les soldats vers la Cité... pour affronter les ennemis, vaincre ou mourir. »

            (Silvio Piccolomini, Rapport du voyage et de la prise de la ville de Bona en Barbarie ; fait par commission du Très Sérénissime Grand-duc de Toscane au nom de son Très Sérénissime Prince, son fils aîné, sur les galères de la Religion de Santo Stefano, le 16 septembre 1607, sous le commandement de Silvio
            Piccolomini... . Ed. Lepido, Rome 1607, pp. 9­10.)

            Les doutes et les craintes dissipés, l'armée en formation s'étendit sur plusieurs centaines de mètres et commença sa marche vers l'objectif de la mission. Pendant ce temps, l'amiral Inghirami se préparait à déployer sa flotte autour des fortifications de Bona pour appuyer, avec son artillerie, l'action qui se déroulerait à l'intérieur et à l'extérieur des murs.

            La composition de l'armée de terre et ses objectifs respectifs

            1 -le chevalier Guillaume de Beauregard prit l'avant­garde, accompagné de six compagnies d'infanterie, conduites d'abord par le capitaine Castovielli, assisté d'un groupe d'artificiers qui, commandés par le capitaine Langlado, portaient un pétard et deux bombardes. Immédiatement après venaient les capitaines Sant-André, Agliotto et Digaron, chacun avec un détachement de cinquante hommes qui portaient trois échelles d'assaut.
            Deux autres compagnies suivirent, dirigées par le baron Vimini et le capitaine Ascanio Baldelli. Au total, les forces de Beauregard comptaient 540 hommes.
            L'objectif de cette partie de l'armée était de conquérir la forteresse qui protégeait la ville de Bona. Elle se trouvait à environ cinq cents mètres de la ville. Elle comprenait environ dix­huit maisons, dix­sept citernes, ainsi que la résidence de l'aga et une mosquée avec une tour.
            La forteresse était également approvisionnée en provisions, en céréales et en munitions en abondance. Cette situation logistique assurait de longues périodes d'autonomie aux habitants. La ville était dotée d'une garnison de quatre­vingts janissaires, protégée par d'imposants remparts et cinq tours, toutes équipées de pièces d'artillerie.
            L'unique porte donnait sur la ville. À son sommet, elle était protégée par quatre canons.

            2 -La formation qui suivait constituerait la nouvelle avant­garde, une fois que Guadagni, ayant quitté la colonne, aurait pris la route de la forteresse.
            Elle était commandée par Giovanni Brancadoro était composé d'une compagnie d'infanterie commandée par son frère Guidobaldo.
            Une autre compagnie de sapeurs et d'artificiers suivit, commandée par le capitaine Pietro Ghiscardo et le commissaire des galères Ugolino Barisoni, avec deux bombardes et deux pétards à la remorque. L'objectif de cette deuxième formation de l'armée était d'attaquer la ville depuis la porte qui s'ouvrait devant la forteresse, après l'avoir fait sauter à l'explosif.
            Ensuite vint le Grand Connétable, avec les officiers à sa suite.

            3 -La troisième formation, dirigée par le colonel Ambrogio Bindi, était composée de deux compagnies d'infanterie, chacune munie d'une échelle, commandées par les capitaines Francesco Alfani et Carlo della Penna.
            Elle était suivie d'une troisième compagnie de sapeurs et de démineurs, commandée par le capitaine Flaminio Colleschi, avec deux bombardes et un pétard. L'objectif de cette troisième formation était d'attaquer la ville depuis la porte principale, orientée vers l'intérieur des terres, qui, dans ce cas également, aurait été détruite au préalable.

            4- La quatrième formation, sous le commandement du capitaine Giovanni Andrea Ricchelmi, était composée de deux compagnies commandées par les capitaines Aurelio Passerini et Girolamo Gualtieri. Elle était suivie d'une unité de ravitaillement équipée de bombardiers et d'une importante quantité de munitions. L'objectif de la quatrième formation devait attaquer la ville depuis la porte qui faisait face à la mer, qui, comme les précédentes, serait abattue avec un pétard.

            5-La cinquième formation, chargée de servir de réserve, était dirigée par le chevalier Fabrizio Colloredo, qui commandait un escadron de chevaliers de Santo Stefano, et subordonnée au capitaine Pietro Iacomo della Fratta, qui commandait le groupe d' aventuriers. Marcantonio Placidi et Francesco Nelli suivaient à la tête de deux compagnies d'infanterie, placées en queue de colonne.

            La bataille de Bona
            L’objectif de la mission était connu des Turcs


            Piccolomini, lors de son escale en Sardaigne, avait appris par des marchands que la mission avait été découverte et était connue des Turcs. Il apprit plus tard que deux brigantins venus de Tunis avaient également apporté la nouvelle à Bona. De ce fait, il était certain que les garnisons de la ville et de la forteresse seraient considérablement renforcées. Cependant, la date précise de l'attaque étant inconnue de l'ennemi, il était confiant dans le succès de l'opération, grâce à la rapidité, à l'organisation et à la coordination de ses troupes.

            Le retard accumulé lors des opérations de débarquement rapprocha l'armée de l'objectif alors que le soleil était déjà haut à l'horizon. Malheureusement, la surprise prit fin lorsque des paysans donnèrent l'alerte. Les portes furent fermées et les garnisons alertées.

            L'assaut de la forteresse
            Guillaume Guadagni de Beauregard, chargé d'attaquer la forteresse, jugea trop difficile, voire impossible, de la conquérir de jour, avec l'artillerie pointée contre elle. Il présenta les difficultés inattendues à Piccolomini, qui, sans hésiter, réitéra une fois de plus qu'il y avait la victoire ou la mort et ordonna à Guadagni de poursuivre selon les plans préétablis et de n'abandonner qu'en cas d'impossibilité absolue. Dans cette éventualité, il devrait soutenir le reste de l'armée dans l'attaque de la ville.

            L'échec de la prise de la forteresse aurait été une source d'irritation pour l'armée lors de l'attaque de la ville. Guadagni en était pleinement conscient lorsqu'il se sépara du reste de la colonne, qui, entre­temps, s'apprêtait à franchir le court tronçon final vers Bona.

            Il sortit alors de l'impasse et disposa ses compagnies en formation, prêtes à l'assaut. Quatre groupes furent formés. L'un, sous le commandement du capitaine Langlado, plaça le pétard sur le seuil, la porte d'entrée fut détruite et les autres, armés d'échelles et sous le commandement de Guadagni lui­même et des capitaines Baldelli et Agliotto, commencèrent à escalader les murs des trois autres côtés.

            La garnison qui défendait les murs avait sous­estimé la force des troupes d'assaut et était par conséquent incapable de se défendre simultanément sur tout le périmètre. Étonnamment, elle fut rapidement submergée. Le commandant de la garnison, l'aga, tomba au combat, et soixante­dix des quatre­vingts janissaires furent tués.

            Les insignes grand­ducaux et les drapeaux à la croix de Saint­Étienne furent hissés sur les tours. Le reste de la garnison, ainsi que les quelque 200 autres défenseurs et habitants de la forteresse, se rendirent rapidement et furent tous faits prisonniers].

            Sans plus attendre, Guadagni fit démonter les nombreux canons disséminés autour du château et les fit jeter des murs, pour les transporter ensuite à bord de navires comme butin de guerre. Devenu maître de la forteresse, il brûla les maisons et empoisonna les puits d'eau potable.

            Prêt à prêter main-forte au reste de l'armée, il resta pour défendre la forteresse afin d'empêcher qu'elle ne tombe aux mains de renforts. La garnison d'Alger, qui comptait entre 450 et 800 cavaliers légers, était stationnée à seulement une journée de marche. Pour cette raison, il fit découper les échelles en plusieurs sections afin de les rendre inutilisables par l'ennemi, puis les abandonna sur le terrain.

            Tout cela se produisait alors que le gros de l'armée venait de lancer l'assaut sur la ville. Le flottement des drapeaux toscans sur les tours ennemies redonna de la force aux troupes qui, au cri de saint Augustin, lancèrent l'attaque..

            Une partie des troupes de Guadagni, ayant laissé une garnison suffisante à la forteresse, rejoignit le reste de l'armée.

A SUIVRE


LE VOYAGE DU PIEDS-NOIRS
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°183, mars 2010
     
             Algues et coraux m'ont fait un lit
              mais au-delà de tout oubli
              je rêve au fond de I'océan,
              depuis cette nuit de grand vent,
              cette furieuse nuit d'orage
              où mon drakkar a fait naufrage

              Dans les cieux mes descendants
              maîtrisent les vents et le temps,
              Ils flottent bien haut dans l'espace
              où leurs nacelles passent et repassent
              pour se livrer à la conquête
              de très lointaines planètes

              Le soleil dore leurs cheveux blonds
              qu'en ma mémoire ils portent longs
              dans leurs regards brille l'Océan
              et bleus ou verts, selon le temps
              leurs yeux reflètent la belle étoile
              qui était fixée sur mes voiles

              Algues et coraux m'ont fait un lit
              je suis Pied-noir endormi
              qui rêve encore de grands voyages
              à travers temps, à travers âges,
              dans l’infini de I'Univers
              et bien au-dessus des mers,
              plus haut que I'Etoile du Nord
              plus haut que le grand soleil d'or,
              vous verrez passer mon drakkar
              portant haut mon étendard
             

             A I'origine j'avais écrit Viking à la place de Pieds-Noirs mais nous sommes de la même veine de conquérants, alors même si la grande claque du mauvais vent de I'histoire gaulliste nous a mis un moment KO pas de problèmes : haut les cœurs !
             Les jeunes prendront la relève. Je dédicace ce poème à tous les petits-enfants des Pieds-Noirs et en particulier à mon petit-fils adoré "la prunelle de mes yeux"'

- N°183 - Mars 2010
Lucienne Magalie Pons
    


 
MINISTERE de l’ALGERIE 1957
Envoyé Par M. C. Fretat, pages de 35-53

DOCUMENTATION GÉNÉRALE

           GÉOGRAPHIE
         Une immense contrée aux aspects variés. Atlas et Sahara. L'Algérie du Nord : pays de hautes terres. Le Sahara : terre aux horizons infinis. Méditerranée et désert : facteurs déterminants du climat. Une pluviométrie variable dans l'espace et le temps. Fixation progressive des populations.

            Une immense contrée aux aspects variés, aux ressources variables. L'Algérie, largement ouverte sur la Méditerranée à la hauteur du 37° degré de latitude nord occupe le centre de l'Afrique du Nord française. Les frontières terrestres qui la séparent à l'est de la Tunisie et à l'ouest du Maroc se rejoignent au sud en un point situé aux environs du 19" degré de latitude nord, bien au-delà du tropique du Cancer, à quelque 2 000 kilomètres de la Méditerranée. Sa longitude est celle de l'Europe occidentale. Le territoire de 2 204 864 km2, ainsi délimité, s'étend à la fois dans les zones méditerranéenne, subtropicale et tropicale. Il groupe deux régions : l'Algérie du Nord et le Sahara, d'inégale étendue et nettement différenciées par la structure, le relief, le climat, les conditions offertes à l'activité des hommes.

            Atlas et Sahara, deux morceaux différents de l’écorce terrestre. L'Algérie du Nord est essentiellement constituée par un système montagneux : l’Atlas, dont les deux extrémités appartiennent au Maroc et à la Tunisie. Toutefois, cet ensemble ne forme qu'un étroit bourrelet. Il sépare la Méditerranée d'une immense contrée, le Sahara, qui déborde les frontières de I'Algérie. Atlas et Sahara relèvent de systèmes géologiques différents. La chaîne de plissement récent qui forme le premier appartient à la même génération de montagnes que les Alpes dont elle est séparée aujourd'hui par les fosses profondes de la Méditerranée occidentale. Le Sahara occupe la partie septentrionale de I'immense plateforme africaine dont la rigidité fut acquise dans les temps les plus reculés de I'histoire de la terre. Les derniers plissements qui l'ont affectée datent de la fin du primaire. Cette structure différente explique les traits opposés du relief de ces deux régions.

            L'Algérie du Nord : pays-de hautes terres Circonscrite géographiquement à la chaîne de l’Atlas, l'Algérie du Nord n'a qu'une superficie d'environ 330 000 km2, soit 58 % de celle de la France. C'est à la frontière marocaine que le système montagneux atteint sa plus grande largeur. II s'amincit ensuite vers l'est. Les sommets manquent de hardiesse, les plus hauts qui jalonnent les deux bords de la chaîne ne dépassent que de peu 2 000 mètres. De hautes plaines s'étendent entre eux et prennent dans le Centre et I'Ouest de l'Algérie autant de place que les montagnes. L'altitude moyenne très élevée se situe aux environs de 900 mètres. Les divisions de I'Atlas découpent l'Algérie du nord au sud en trois zones dont I'orientation générale est approximativement parallèle à la côte : l'Atlas tellien, les Hautes Plaines ou Hauts Plateaux, l'Atlas saharien. Toutefois, I'importance des Hautes Plaines diminue vers l'est où les deux chaînes de bordure se rejoignent et se mêlent près de la frontière tunisienne. De ce fait, l'Algérie orientale, nettement plus massive, ne présente plus que d'une manière atténuée les divisions classiques longitudinales. Presque entièrement tellienne et méditerranéenne, sa physionomie diffère sensiblement de celle de l'Algérie occidentale. Ici, malgré leur très forte individualité, Atlas saharien, Hautes plaines et Atlas tellien présentent certains caractères communs : relief permettant partout une circulation aisée, sécheresse généralisée et particulièrement sensible dés les derniers contreforts de l'Atlas tellien où l'influence du désert se fait déjà sentir.

            Sahara : terre aux horizons infinis. Le Sahara, par contre, fait partie de l’interminable plateau africain et de l’immense désert qui s'étend de I'Atlantique à la Mer Rouge et de l'Atlas au Tchad. Son relief où dominent les plateaux et les plaines, souvent déprimées, est d'une désespérante monotonie. Les montagnes, d'altitude médiocre, n'occupent qu'une place réduite au sud du parallèle d'In-Salah. On peut cependant distinguer, dans cette immensité de plus de deux millions de kilomètres carrés, trois grands ensembles qui, malgré leurs traits communs assez nombreux, ont chacun leur physionomie distincte. Ils s'échelonnent du nord au sud : bordure de I'Atlas saharien, Sahara central et Massif targui. Différents par leur structure et leur relief, l'Algérie du Nord et le Sahara appartiennent respectivement à chacune des deux grandes zones climatiques qui se partagent le bord occidental de l’ancien monde au nord de I'Equateur.

            Méditerranée et désert facteurs déterminants du climat. Tandis que le Sahara appartient au domaine tropical des vents alizés et des déserts, l’Atlas est compris dans la zone tempérée. Cependant dans l'Algérie du Nord comme dans tous les pays riverains de la Méditerranée, les précipitations s'interrompent à peu près complètement en été. Pendant la saison froide, les conditions atmosphériques redeviennent typiquement celles de la zone tempérée, avec toutefois des variations régionales très marquées dues à la grande diversité du relief. Tout le littoral bénéficie d'un climat doux et régulier. Les températures moyennes y sont sensiblement les mêmes de l'ouest à l’est et varient relativement peu entre le jour et la nuit comme entre l’hiver et l'été. La température s'abaisse ou s'élève rarement au-dessous de 0° ou au-dessus de 40° et les variations mensuelles moyennes observées sur une période de vingt-cinq ans se situent entre 6° et 28°. A mesure qu'on s'éloigne de la mer, son effet régulateur s'atténue et le contraste de température entre le jour et la nuit augmente comme aussi celui des différentes saisons ; la température moyenne s'abaisse en même temps qu'augmente l'altitude et les gelées hivernales sont fréquentes dans les régions élevées de I'Atlas et sur les Hautes Plaines. Les températures Moyennes mensuelles oscillent entre 30° et 35° avec des minima de : 15° et des maxima de 45°. Au-delà de l'Atlas saharien, on observe de fortes amplitudes thermiques et des températures très élevées dues à la moindre altitude et aussi à la latitude plus basse : Touggourt est un exemple typique du climat nord-saharien avec des températures moyennes mensuelles de 10° à 34° et des extrêmes atteignant 3° et 50°.

            Une pluviométrie essentiellement variable Bien plus que la température, c'est surtout la répartition géographique des chutes de pluie qui détermine l'aspect de la campagne algérienne. L'Algérie du Nord ne reçoit nulle part moins de 200 mm. de pluie par an, alors que l'Algérie du Sud reçoit partout moins de 100 mm. La partie située à I'est du méridien d'Alger est plus arrosée que la partie ouest. Les moyennes s'amenuisent aussi en allant du nord au sud, sauf sur la partie nord des chaînes de montagnes ou les précipitations sont plus abondantes. La caractéristique dominante du régime des pluies en Algérie est la répartition irrégulière des précipitations dans le temps : 1) Les 8/10" des pluies tombent d'octobre à avril, mais les années ou la hauteur de pluie enregistrée s'écarte sensiblement de la moyenne sont relativement fréquentes. 2) Au cours des sept mois de pluviosité principale d'une année, il n'est pas rare d'observer des périodes sèches qui peuvent s’étendre jusqu'à soixante jours successifs, comme on peut observer des pluies importantes sur une période de quelques jours seulement. Les difficultés majeures de l'agriculture algérienne ont ces deux données pour cause : l’irrégularité des pluies et leur insuffisance. Enfin, une autre particularité désastreuse du climat algérien est la fréquence des chutes de pluie intenses pouvant occasionner des dégâts d'autant plus graves que le pays moins boisé permet un ruissellement plus fort. Au sud de l'Atlas saharien, le climat aride est caractérisé par la rareté des précipitations et les écarts de température considérables entre l'hiver et l'été, le jour et la nuit.

            Fixation progressive des populations. La végétation concrétise la diversité due au climat et au relief et détermine les conditions naturelles offertes à l'activité des hommes. Le Tell, ensemble des régions à influence méditerranéenne, est le pays des champs, des cultures riches et des forêts. Il s'étend le long de la côte en une bande de largeur variable. La population est maintenant entièrement fixée, soit dans les grandes villes du littoral, soit dans les campagnes où l'extension des cultures a fait reculer, puis disparaître le nomadisme. Le domaine de la steppe correspond à un climat méditerranéen dégradé, soumis à la prépondérance d'influences continentales. Il s'étend sur la partie occidentale des Hautes Plaines, sur la presque totalité de I'Atlas saharien et couvre près de 175 000 km2. La culture des céréales y est aléatoire et la végétation spontanée : plantes herbacées permanentes ou annuelles en font un pays d'élevage du mouton. La transhumance pastorale qui a reculé devant la mise en valeur du Tell y demeure le mode de vie traditionnel. Toutefois, I'aménagement de points d'eau pour le bétail, le développement de centres de cultures dans les régions favorisées réduisent de plus en plus les parcours des troupeaux. Des villages de sédentaires (Ksour) ont de tous temps existé dans les montagnes ou les plaines élevées et des marchés importants assurent la commercialisation des produits de la région. Immense zone vouée à l'aridité, le désert ne s'humanise qu'autour des oasis. La végétation extrêmement dégradée disparaît totalement sur d'énormes espaces et les seules cultures existantes sont confinées dans les palmeraies autour des points d'eau. La population sédentaire des Ksour déploie une ingéniosité aux manifestations très diverses pour irriguer les jardins abrités par les palmeraies.

            D'autres Sahariens, nomades, éleveurs de chameaux et de chèvres, se déplacent suivant les saisons et les régions qu'ils parcourent soit vers la steppe de I'Algérie du Nord en été (nomades du Haut Sahara), soit vers les ergs et les vallées de montagnes en hiver et vers les oasis en été (nomades du Sahara central). Une petite partie de la population, semi-nomade, se déplace périodiquement avec ses troupeaux et cultive les terres susceptibles de fournir rapidement des récoltes parfois abondantes. C'est le cas de la vallée de l'oued Guir dont les alluvions très riches reçoivent les crues de façon irrégulière : mais faut-il encore pour que la récolte soit bonne que les débordements ne soient pas trop violents et néanmoins suffisamment importants

POPULATION ET DEMOGRAPHIE
LA POUSSEE DEMOGRAPHIQUE, PROBLEME MAJEUR DE L'ALGERIE Berbères, Arabes et Européens cohabitent en Algérie. Densité de La population. Démographie. Situation au 31 octobre 1954 : 1 300 000 âmes de plus en 6 ans. Répartition géographique : population non musulmane : concentration dans les villes ; population musulmane : essentiellement rurale. Tendances de la fécondité et de la mortalité : Population européenne ; Population musulmane. Perspectives d'avenir : Stabilisation de la natalité chez les Européens. Baisse possible de la natalité avec l'élévation de niveau de vie chez les Musulmans. Démographie et ressources naturelles : Déséquilibre entre I'accroissement démographique et le potentiel économique.

            POPULATION Berbères, Arabes, Européens cohabitent en Algérie. La population de l'Algérie est composée en premier lieu de divers éléments autochtones : d'une part, les Berbères (population la plus anciennement identifiée de l'Afrique du Nord), qui comprennent les Kabyles, les Touareg, les Mozabites, les Aurasiens et, d'autre part, les Arabes, aujourd'hui très mélangés : on trouve surtout des Arabo-Berbères et des Berbéro-Arabes. Les Européens proviennent surtout des provinces françaises de l'Est et du sud ; il s'y est joint une importante population des pays du pourtour de la Méditerranée (Espagnols, Italiens, Maltais).

            Densité de la population.
            La population totale, de 2 500 000 habitants en 1856, atteignait au 1er janvier 1957, dix millions d'habitants, dont neuf millions de Musulmans. Elle est répartie très irrégulièrement. La densité est d'environ 3 habitants au km2, mais cette proportion reste sans signification puisque dans le chiffre de la superficie totale de l'Algérie, 2 000 000 de km2 sont désertiques. La densité réelle varie entre 50 et 325 habitants au km2, le long de la frange côtière, pour devenir plus clairsemée à mesure qu'on descend vers le Sud : 0,4 habitant au km2 (moyenne pour l'ensemble des territoires sahariens) et 0,06 (dans les Territoires des Oasis).
            Les plus grosses agglomérations algériennes se trouvent dans le nord : Alger (365000 h.), Oran (299000 h.), Constantine (149000 h.), Bône (113000 h.), Philippeville (70000 h.), Tlemcen (75000 h.), Sidi-bel-Abbès (80 000 h.).

            DÉMOGRAPHIE
            LA POUSSÉE DÉMOGRAPHIQUE
            PROBLEME MATEUR DE L’ALGERIE

            La situation démographique, problème fondamental de l'Algérie, conditionne toute la politique économique et sociale.
            Peuplé de 2 500 000 habitants en 1856, ce territoire comptait au 1er janvier 1957, dix millions d'habitants (militaires exclus), dont un million de non-Musulmans (tous civils) et neuf millions de Musulmans.
            La population algérienne a donc quadruplé en cent ans ; alors qu'elle représente moins de 3 p. mille de la population mondiale, elle s'accroît annuellement dans une proportion qui est de 1% de l'accroissement de la population mondiale.
            Cette cadence déjà rapide s'est accélérée considérablement au cours des dernières années.
            En l'absence de mouvements migratoires importants, l'accroissement annuel de la population est dû à l'excédent des naissances sur les décès qui s'est établi à 265000 en 1956, soit en valeur relative 2,65 %. Ce taux est un des plus forts du monde.

            SITUATION AU 31 OCTOBRE 1954
            1300000 âmes plus en six ans.

            Dans la structure administrative actuelle, la population de l'Algérie (travailleurs en Métropole compris) s'établissait ainsi au 31 octobre 1951, date du dernier recensement général :

            Un recensement n'est qu'une mesure dont il convient d'examiner la précision. Notamment le dénombrement des populations en grande partie rurales, comme la population musulmane d'Algérie, est toujours grandement influencé par les conditions administratives ou psychologiques du moment. Une analyse minutieuse des principales structures de la population a permis de déceler des erreurs par excès en 1918 (influence du rationnement) et des lacunes importantes en 1954 (omissions de femmes). Dès lors, si les chiffres ci-dessus peuvent être acceptés pour la population non musulmane, une mise au point apparaît nécessaire pour rétablir le niveau exact de la population musulmans. Résultats statistiques du recensement du 31 octobre 1954 (volume 1).

            Répartition géographique.

            a) La population non musulmane a tendance à se concentrer davantage dans les grandes villes (en 1954, 77 % des Européens vivaient dans les 46 communes de caractère urbain) d'où une structure professionnelle particulière : 1,6 % de primaires (25 000 exploitants plus 17 000 salariés environ) ; 34 % de secondaires (cadres et ouvriers du secteur industriel ou artisanal) ; 50 % de tertiaires (fonctionnaires, professions libérales et commerciales essentiellement).

            La population non musulmane est encore relativement très jeune, malgré les effets rapides de la baisse de la fécondité : sa structure par âge actuelle se compare à celle de la population française vers 1866 : 35 % de moins de 20 ans ; 54 % d'adultes ; 11 % de plus de 60 ans.

            b) La population musulmane reste encore essentiellement rurale en dépit de l'augmentation rapide, surtout depuis la fin du dernier conflit, de la population des grandes communes urbaines. En limitant la comparaison aux deux derniers recensements, on donnera la répartition par grandes catégories de communes (nombres corrigés).


            Cette tendance est vérifiée par les résultats professionnels du dernier dénombrement qui révèlent deux faits :
            1) 73 % d'hommes « actifs » dans I'agriculture par rapport à la population « active » masculine ;
            2) accroissement des Musulmans « actifs » du secteur non agricole entre 1948 et 1954 de 45 % (de 350000 à 510000).

            TENDENCES DE LA FÉCONDITÉ ET DE LA MORTALITÉ
            Population européenne.
            La fécondité de la population européenne d'Algérie connaît un mouvement de baisse rapide depuis l’avant guerre immédiat : supérieure à 13 % environ à la fécondité français" vers 1935-1937, elle se situe aujourd'hui nettement au-dessous d'elle (6 %). En revanche, la mortalité très élevée avant la guerre - surtout la mortalité infantile - s'est considérablement améliorée depuis 1939, mais elle reste néanmoins largement plus, forte qu'en Métropole : mortalité infantile : 45 p. 1 000 contre 35 en France en 1954-55 ; espérance de vie à la naissance vers 1949 : hommes : 60 ans en Algérie contre 62 en France ; femmes : 67 ans en Algérie comme en France"

            Population musulmane.
            L'étude du mouvement naturel de la population musulmane présente de grandes difficultés en raison du mauvais enregistrement des actes de naissances et de décès à l'état civil. Les conclusions de diverses études critiques sont les suivantes : le taux de natalité est de l'ordre de 45 p. 1000 et le taux de reproduction brute supérieur à 310 %. Taux de reproduction brute : nombre de filles nées de cent femmes en une seule génération

            Les facteurs essentiels de cette fécondité élevée semblent être l'extraordinaire précocité de la nuptialité féminine (à 20 ans les deux tiers des femmes sont déjà mariées) et l'absence à peu près totale de limitation volontaire du nombre des naissances. Des statistiques récemment établies d'après le recensement de 1954 montrent que les femmes mariées après 20 ans ont au minimum 25 % d'enfants en moins. En outre, l'influence de l'instruction ne semble jouer dans le sens d'une limitation de la fécondité que si le mariage a lieu après 20 ans. D'ailleurs, on constate bien, d'après les mêmes statistiques, que les jeunes filles musulmanes ont tendance à se marier moins jeunes dès qu'elles possèdent un minimum d'instruction. Ces faits, que l'on n'a pu établir de manière incontestable que tout récemment, autorisent les plus grands espoirs pour I'avenir.
            Si la fécondité de la population musulmane se compare seulement à celle de la France du XVIIème siècle, sa mortalité correspond en revanche sensiblement à la mortalité française du début du XX" siècle : espérance de vie à la naissance : 44 et 49 ans respectivement pour l'un et l'autre sexe ; mortalité infantile : 150 p. 1000. Encore qu'ils soient difficiles à mesurer, les progrès réalisés depuis quelques années semblent considérables. Dans les communes urbaines, la mortalité infantile est passée de 186 p. 1000 en 1947 à 143 p. 1 000 en 1955.

            PERSPECTIVES D'AVENIR
            Stabilisation de la natalité chez Ies Européens.
            Depuis quelques années, la population européenne semble avoir stabilisé sa progression annuelle au taux de 1%, mais la tendance légèrement déclinante de la natalité ne permettra sans doute pas de maintenir longtemps ce rythme. Ainsi dans les hypothèses de calcul suivantes :
            1) baisse de la fécondité de 1 % par an jusqu'en 1970 ;
            2) baisse de la mortalité à tous les âges pour atteindre en une cinquantaine d'années la mortalité actuelle des Pays-Bas, la population européenne passerait de un million d'habitants en 1955 (militaires exclus) à 1200 000 habitants en 1980. Ces calculs prévisionnels montrent en outre qu'elle subirait une perte qualitative par un vieillissement assez prononcé (16% de plus de 60 ans en 1980).

            Baisse possible de la natalité, avec éIévation de niveau de vie, chez les Musulmans.
            Pour la population musulmane, les perspectives conditionnelles présentent un aléa beaucoup plus grand. Aussi les calculs effectués sous les hypothèses suivantes :
            a) maintien de la fécondité à son niveau actuel,
            b) baisse de la mortalité en suivant la ligne de tendance des dernières années, semblent constituer une évolution limite forte, particulièrement pessimiste. Il n'est pas interdit de penser que l’accroissement annuel moyenne de la population compris depuis quelques années entre 2,5 et 3 % puisse se modifier en baisse, car les efforts entrepris pour développer l’économie algérienne (3 400 milliards d'investissements possibles publics et privés dans les dix prochaines années selon l'hypothèse B' de développement considérée dans le Rapport Maspetiol ) doivent déterminer une élévation sensible du niveau de vie et du niveau culturel de la population musulmane. Quoi qu'il en soit, voici les résultats prévisionnels, jusqu'en 1980 :


            CONCLUSION
            En cent ans, la population de l'Algérie a quadruplé. Le fait démographique domine tous les problèmes algériens et impose une cadence très rapide au travail de scolarisation, d'amélioration de l'habitat, du ravitaillement, de l'assistance médicale et sociale, etc...

            La situation se trouve peut-être aggravée par une distribution très irrégulière de la population. La densité de la population s'échelonne de 0,06 habitant à 360 h. au km2.
            De plus, certaines régions, telle La Kabylie, constituent de véritables paradoxes démographiques : région extrêmement pauvre, La Kabylie compte 1150000 habitants pour 9240 km², soit 124 au km2 (la plus forte densité d'Algérie, mis à part Alger). Ainsi la Kabylie constitue une sorte d'absurdité géographique (explicable par des raisons historiques) qui rend extrêmement difficile l'effort des Pouvoirs Publics pour améliorer la condition de vie des Kabyles.
            Cette croissance démographique, exceptionnellement rapide, rend particulièrement difficile la solution des problèmes économiques et sociaux.

            Déséquilibre entre l'accroissement démographique et le potentiel économique.
            Comme rien ne semble devoir entraver l'accroissement massif, de la population algérienne dans l'immédiat, à partir de 1957, il devra se créer en moyenne 63 000 emplois nouveaux par an jusqu'en 1965, du seul fait de l'augmentation des deux populations, la population active masculine musulmane devant passer de 2200000 à 2900000 unités de 1955 à 1965 et la population active non musulmane de 280000 à 310000 unités durant la même période.
            Fin 1980, on peut prévoir que l'Algérie devra subvenir aux besoins d'une population globale de 18 000 000 d'habitants.
            Or, s'il est difficile d'établir une comparaison rigoureuse entre les ressources naturelles de l'Algérie et sa population, il apparaît à l'évidence qu'il existe un déséquilibre entre le potentiel économique de l'Algérie et la poussée démographique. L'Algérie n'arrive plus à employer ni à nourrir les populations qui vivent sur son sol. (Cf. Documentation générale, Aspect social - L'émigration algérienne en Métropole.)
Algérie 1957, ministre de l’Algérie


ALGERIE DE PAPA
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N° 183, mars 2010
     
             Eh bien oui, c'en est fait des formules anciennes,
              Et l'Algérie devient Algérie Algérienne.
              Assez de colonies, et nous ne voulons pas
              Voir se perpétuer "l'Algérie de PAPA".
              La roue tourne, morbleu ! La vie est la plus forte :
              Puisque Papa est mort. son Algérie est morte.
              Le progrès est en marche, emboîtons-lui le pas !

              Si l'on disait, quand même, un peu "merci" à Papa ?
              On dit qu'il n'a pas fait tout ce qu'il eût dû faire.
              C'est possible ; après tout. nul n'est parfait sur terre.
              Et pourtant, si Papa n'était jamais venu.
              Où serait l'Algérie, chers messieurs de l'O.N.U ?

              Car avant que Papa n'invente l'Algérie.
              La contrée s'appelait vaguement "BARBARIE".
              Souviens-toi. Mohammed ! on y crevait de faim !
              Il me semble à présent, qu'on s'y porte assez bien.

              "Merci. Papa" ... Les gosses mouraient comme des mouches.
              Or, Fatma, de nos jours, sait comment on accouche.
              "Merci. Papa" ... Sans lui, cette population
              N'aurait pas augmenté, je pense, par millions.

              Te souvient-il des oueds où buvaient quatre chèvres
              Et de ces grands marais où l'on crevait de fièvre ?
              Regarde le Jardin nommé "Mitidja" !
              "Merci Papa ! Merci Papa ! Merci Papa !"

              C'est lui qui vint bâtir ces villages, ces villes,
              Et de l'école. aussi, t'apprit enfin l'usage.
              Il n'y a pas d'écoles partout ?
              Peut-être ; mais avant, il n'y en avait pas du tout.
              Au temps d'Abd-el-Kader les universitaires
              N'existaient pas sur cette terre,
              Et si Papa -toujours- n'avait pas mis du sien,
              Monsieur Ferhat Abbas serait-il pharmacien ?

              Monsieur Ferhat Abbas. s'il n'était pas mort de fièvre,
              Irait pieds nus, sans doute, et garderait les chèvres ;
              Je suis ravi qu'il soit habillé comme moi.
              Mais, un peu de pudeur ! un peu de bonne foi !

              Etre civilisé comprend la politesse.
              Savoir dire "merci" n'est pas une bassesse.
              Et si Papa n'est point toujours parfait,
              Est-ce une raison pour oublier ce qu'il a fait ?

              L'Algérie de Papa recule dans l'Histoire.
              Admettons. Mais Papa ne s'en va pas sans gloire ...
              Et si toi, Mohammed, quand il est arrivé.
              Tu ne te nourrissais que des fruits du palmier ;
              Les temps ayant changé, maintenant que tu manges
              De la viande et du pain. sans compter les oranges.
              Et puisqu'il est question de partager tout ça
              Avec les héritiers de ce bon vieux Papa.
              Crois-tu que ce serait bien délicat
              De ne leur laisser que ... des dattes ?
  Pierre-Jean VAILLARD
    

 
MAIN-MISE
De Jacques Grieu

      Pour bien prendre son pied en parlant de la main,
Se prendre par la main est le meilleur moyen.
Il y a maints sujets qui méritent examen
Qu’on ne saurait traiter lâchement en sous-main.
Son courage prenant, crânement à deux mains,
On pourrait en parler au moins jusqu’à demain ;

Tous les jeux de la main ne sont pas de vilain,
Et cet instrument-là sait prendre cent chemins.
Les cinq doigts de nos mains ne sont pas tous égaux,
Et la main gauche ignore où la droite a ses maux.
Adroits de la main gauche et gauches de la droite,
Certains n’en font pas moins des choses fort adroites …

Sur les doigts de mes mains en faisant l’addition,
Les douze pieds des vers je compte avec passion.
Doigts de pied, doigts de main, n’y vont pas de main morte ;
Ils me guident la main et me prêtent main forte.
Aucun poil dans la main ce travail ne supporte
C’est en dernière main le meilleur qui l’emporte.

Les secrets du golfeur, c’est dans ses mains qu’ils sont :
Dans leurs doigts imbriqués, marchant à l’unisson.
Ensemble, c’est un « grip », qu’elles font sur le manche
Pour un swing bien huilé quand elles le déclenchent.
Et quand elles s’entendent, et qu’un bon bloc, elles font,
Elles savent frapper les drives les plus longs...

Si le cœur sur la main est un cadeau divin ;
La main offrant la rose a gardé un parfum…
Les lignes de la main cachent beaucoup de choses :
Des gens ont deux mains gauches et tout les indispose.
D’autres ont les mains liées et jamais rien ils n’osent !
Loin d’avoir la main leste, ils souffrent d’ankylose.

La main est un réflexe, elle nous sert à tout ;
Dire tous ses usages, je n’en viendrai à bout.
La mettant dans une autre, on transforme sa main
Sans jamais la fermer, on apaise des faims.
Mais il faut du doigté dans ce monde incertain :
Le destin n’aime pas qu’on lui force la main…
Jacques Grieu                  



MOTOCYCLISME
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N° 183, mars 2010
 
       Dans l'ensemble le motocyclisme eut à pâtir de I'absence d'une administration régionale. L'unique club du département, I'Union motocycliste oranaise, rattaché directement à la ligue d'Algérie, eut pratiquement à charge I'organisation du championnat d'Oranie de motocross et des diverses manifestations.

       L'origine de cette discipline se situe aux environs de 1930 où un groupe d'adeptes parcourait presque chaque week-end 300 à 400 kilomètres à travers le département.

       Ces sorties étaient, en règle générale, dirigée par des concessionnaires, tels Fangeau et les fils Meslot.

       De 1935 à 1939 furent disputées à Oran des compétitions de moto-cross.

       Mais ce n'est qu'à partir de 1946 que furent à peu près régulièrement inscrites au programme de I'U.M.O. des courses de régularité (sur 200 à 300 km) et de moto-cross. De 1949 à 1960 avec une seule interruption en 1959 l'évènement principal résida dans la course de cote du Murdjadjo avec la participation de concurrents algérois et, au début, du Maroc oriental. Cette compétition fut parfois conjuguée avec celle automobile. Elle était dénommée Grand prix de la ville d'Oran et comportait, sur sa fin, 7 catégories. Dans le cadre majestueux des Planteurs, sur le parcours palestre plateau, présentant une dénivellation de 310 mètres soit un pourcentage moyen de 9,02, les difficultés ne manquaient pas tant pour les machines que pour les conducteurs, avec surtout des virages en épingle à cheveux exigeant maîtrise et sang froid.

       En dépit de la bonne volonté des participants oranais, les concurrents algérois accumulèrent les succès. Ce sont les frères Goetz et Ciancio qui laissèrent la plus forte impression aux quelques milliers de spectateurs alignés tout au long du trajet.

       La liste des records de l'épreuve dressée fin 1959 confirme l’indiscutable suprématie algéroise:
       125 cc : Mascaro (Alger)
       125 cc (scooter) Benamou (Oran)
       175 cc : Fracès (Alger)
       250 cc : Fracès (Alger)
       350 cc : Crancio (Alger)
       500 cc : Goetz (Alger)
       Side-cars : P. Coriat (Alger).

       Par ailleurs c'est l'Algérois Dumay qui détenait celui automobile toutes catégories.

       Les manifestations consacrées à la course de côte du Murdjadjo étaient donc triomphales pour les représentants de la capitale administrative.
       Les autres épreuves de moto-cross se réduisirent aux championnats d'Oranie ou à des manches de ceux d'Algérie. Ils furent disputés soit aux carrières d'Eckmühl soit sur la côte d'Ain-Franin.

       Ce sont les membres de la famille Delmas qui connurent la vedette car ce nom revient souvent au palmarès.
       Albert et René enlevèrent plusieurs des courses durant la période 1948-1950 tandis qu'Yvon de 1951 à 1955 remporta, à 3 reprises, la compétition officielle de moto-cross.

       Les autres principaux concurrents qui leur furent opposés : Bonifacio, Arroua, Tonanza, Siegel, Llobet celui-ci plus connu sous son sobriquet : le Négro.
       Indépendamment des courses I'U.M.O. organisa de nombreux gymkhanas pour scooter et moto tant à Oran qu'à l'extérieur de cette ville.

       L'ex-footballeur Caravano dont la supériorité fut évidente était appelé "le roi". Quant aux concours de régularité ils portèrent sur le circuit Oran-Hamman-bou-Hadjar réservé aux engins de 100 et 125 cc. S’ajourèrent des compétitions pour les petits cubes (tourisme et sport) suivies de questions posées par la prévention routière sur le code de la route.

       Ce souci de la sécurité contraste avec I'initiative d’utilisation du vélodrome Pierre Gay. A 2 reprises eurent lieu des courses entraînant plusieurs chutes et une proportion relativement importante de blessures, la piste étant prévue pour une vitesse maximum de 80 km/h. Une interdiction préfectorale s'ensuivit éliminant ainsi les tentatives contre le record du tour établi par Yvon Delmas (9 secondes).
       Cette innovation illustre bien le tempérament oranais, prolongement de I'esprit pionnier. Les méritoires dirigeants de I'U.M.O. (Rousseau, Gabay, Cadène, Servian, Margery, Oget, Pauchene, Genollin) club bien isolé, avaient tout entrepris pour intéresser davantage à leur discipline la population de leur région.
P.O.
    

 
BRILLANCE

De Jacques Grieu


« Brillance » est qualité que l’on sait mesurer :
On lui a même prêté une propre unité
Qui est le « candela au centimètre carré ».
Le brillant d’un discours là n’est pas concerné
Qui s’évalue plutôt à la « tête du sujet »,
A ses effets de manche ou à son beau parler.
« Le soleil brille pour tous ». Et pour certains, trop fort.
Mais louer un parasol jamais ne deshonore...

La lune qui brille fort quand le ciel est tout noir,
Nous est plus importante qu’un soleil superstar
Qui, lui, ne veut briller... que quand il fait bien jour.
On voit que la brillance peut nous jouer bien des tours.
Brillantes et nouvelles sont parfois nos idées.
Mais quand elles ont brillé elles sont périmées
Et quand elles sont nouvelles, elles sont loin de briller…
Plutôt que de briller, il vaut mieux éclairer.
Il est des personnages qu’on perçoit plus brillants
Dans un silence vivant qu’en parlant tant et tant.

Qu’ils soient blonds ou châtains, ou auburns ou très bruns
Les cheveux, autrefois, pour paraître plus fins,
Avaient une recette, un article miracle :
La bonne « brillantine » qu’on portait au pinacle.
Elle nous fit rêver, aux cheveux des pimbêches,
A des chignons, des tresses, des boucles et des mèches...
Ceux qui parlent des autres sont classés comme « bavards»
Et ceux qui parlent d’eux sont des « raseurs vantards » ;
Ceux qui parlent de moi sont de « brillants causeurs »
A qui je rends hommage, auxquels j’envoie des fleurs !

Beaucoup d’individus se ruent vers la lumière,
Pensant que pour briller, c’est la bonne manière.
Plus vite que le son, la lumière se transmet :
Certains semblent brillants avant qu’ils n’aient parlé !
« Briller par son absence » serait donc le meilleur ?
Mais si l’on n’est pas là, c’est bien qu’on est ailleurs !
Ou ici ou là-bas, quelque part, on doit être...
Ou la vrai solution serait... de disparaître ?
Jacques Grieu                  



LES ZIBAN.

Gallica : Revue de l’Orient 1844-2, P 318-321
(OASIS DU SAHHARA ALGÉRIEN.)

  Au fond d'une vallée, entourée d'une ceinture de montagnes escarpées, de rochers arides, dépouillés et déchirés par de profondes anfractuosités, s'ouvre une gorge étroite où coule une petite rivière sur laquelle est jeté un pont, construction hardie qui, réunissant la rive droite à la rive gauche et les deux lignes d'un sentier tracé à mi-flanc du rocher perpendiculaire, forme l'unique passage qui conduise à ce que les montagnards nomment El-Kantara.
  Ce pont, que tout indique comme remontant à la domination romaine, est dans un parfait état de conservation les garde-fous en ont été enlevés, mais on en voit la place ; et sur la chaussée pavée en larges pierres calcaires, on remarque deux ornières creusées par les charriots romains. Très-élevé au-dessus de la rivière, il n'a qu'une seule arche des sculptures encore intactes décorent la partie intérieure de l'arceau.

  Arrivé au centre de ce pont, on découvre un spectacle vraiment admirable et saisissant. A droite et à gauche, des rochers à pic ; en bas, aux pieds du voyageur, la rivière, retenue par un barrage et formant une sorte de lac au fond, devant lui, une foret de palmiers, traversée par la rivière s'échappant de son barrage à travers d'énormes rochers au-dessus de sa tête, le ciel d'Afrique dans un de ses plus beaux jours de splendeur et de lumière. Bien ne saurait donner une idée de la nouveauté de cet ensemble, de l'harmonie de ces contrastes; on se croirait devant une décoration de théâtre l'œil embrasse d'un seul regard ce paysage artistement composé, arrangé, on dirait, pour l'effet comme un tableau.

  El-Kantara n'est pas une ville à proprement parler; ce nom, emprunté à la langue arabe, signifie pont, et désigne particulièrement ici le pont romain. Par extension, on l'a donné à la rivière sur laquelle le pont est jeté, puis au territoire que les eaux fécondent, enfin aux jardins de palmiers plantés sur les bords et aux cahutes de terre des cultivateurs. Ces misérables demeures sont réunies en trois groupes, qui forment trois villages, situés, deux sur la rive droite de la rivière, et un sur la rive gauche. La population est évaluée à 1800 âmes.

  Les plantations de palmiers couvrent une superficie de 5,000 hectares. On compte environ 16,000 pieds de palmiers. On sait que ces arbres se divisent par sexe les mâles et les femelles; ces derniers portent seuls des fruits ; ils se reproduisent par boutures. La plantation, la culture, et les soins qu'exige la fécondation des femelles offrent des détails très-intéressants. Pour avoir de beaux produits, le cultivateur est obligé de transporter le pollen du mâle sur les grappes naissantes des femelles. Un seul mâle suffit souvent à un jardin étendu, et sa destruction peut entraîner la ruine du propriétaire.

  Le palmier porte des fruits à trois ans et vit des siècles ; une femelle en plein rapport vaut de 30 & 40 F, et un mâle 60 F Les grappes sont moyennement au nombre de dix, et donnent un revenu annuel de 8 à 10 F Ces arbres doivent être beaucoup et fréquemment arrosés ; les plantations sont coupées de canaux d'irrigation, qui les rendent d'un accès difficile. Toutes les parties du palmier payent un tribut au propriétaire avec les feuilles on fait des paniers, des nattes, etc. avec tes branches, des treillages; le tronc fournit des bois de construction; la datte est le principal élément de la nourriture de ces populations; enfin le noyau lui-même, malgré sa dureté, trempé dans l'eau pendant quelques jours, est donné à manger aux chèvres.
  El-Kantara est une des deux portes par lesquelles il faut passer pour aller du Tell dans le Sahara. De l'est à l'ouest, une chaîne de montagnes difficiles et habitées par des tribus jusqu'ici insoumises aux dominateurs de la province, avant comme depuis l'occupation française, sépare ces deux contrées.
  Cette barrière s'ouvre à El-Kantara, et plus & l'ouest à Megaour, dans le pays des Ouled-Sultan. Cette circonstance donne une grande importance commerciale à la position de cette petite ville. Ses habitants sont les intermédiaires les plus actifs entre les villages du Sahara et Constantine. Ils portent dans cette dernière ville les dattes des oasis et quelques tissus de laine ; ils en rapportent, pour les gens du désert, des tissus de coton et d'autres articles des importations européennes.

  Au-delà d'El-Kantara il n'y a plus de culture que là où peut atteindre l'irrigation. Les montagnes sont dénudées et rarement couvertes de quelques touffes d'herbes.
  Le Sahara est habité par des populations bien distinctes: les Arabes nomades, qui vont passer l'été dans le Tell les habitants des villages entourés d'oasis, dont la réunion compose ce qu'on appelle les Ziban ; enfin quelques tribus sédentaires fixées dans le Sahara. Ces diverses populations ont chacune leur physionomie propre. Les nomades sont évidemment la postérité légitime des conquérants musulmans; ils sont encore organisés en tribus et n'ont rien perdu, rien oublié des usages et des mœurs de leurs ancêtres.

  Chez les sédentaires, au contraire, et chez les Zibaniens, on trouve des preuves incontestables d'une race et d'une origine différentes. La constitution de la propriété, l'administration municipale, le rang accordé à la noblesse religieuse, les habitudes de culture, un commencement d'industrie, tout semble attester des rapports intimes avec les races vaincues. Elles ont conservé un lambeau des institutions de chacun des peuples qui se sont succédé dans la conquête.

  Lorsque les nomades partent pour le Tell, ils emportent les dattes et les échangent contre les céréales qui servent à leur approvisionnement et à celui des Zibaniens. Ces relations mettent annuellement les deux populations en contact, et deviennent pour les possesseurs de jardins une source de pertes ruineuses. Les nomades, voyageant en bandes compactes avec leurs innombrables troupeaux, sont un fléau pour tous les champs dont ils s'approchent les cultivateurs les comparent & des nuées de sauterelles. Comment se garer de ces redoutables alliés, chez lesquels l'autorité, à peine définie, incertaine, est impuissante à réprimer des désordres dont tous les membres de la tribu profitent? Mais si tes Arabes sont, vis-à-vis des Zibaniens, dans une position de maîtres et d'oppresseurs, ils subissent à leur tour la loi de la nécessité lorsqu'ils pénètrent dans le Tell pour s'y approvisionner. Alors l'autorité prend sa revanche contre ces fières tribus; elle leur fait payer cher le droit de vendre leurs dattes, le droit d'acheter des grains, le droit même de séjour. C'est cette alternative dans les conditions de leur existence nomade qui fait ta force de leur chef, le cheik El-Arab. il leur mesure, pour ainsi dire, la protection qu'il leur fait obtenir dans le Tell, au respect qu'ils ont montré pour les propriétés des Zibaniens, à leur exactitude à acquitter les contributions, à leur obéissance.

  Voici sommairement les principales divisions territoriales du Sahara six tribus nomades; cinq tribus sédentaires; le Zab (singulier du mot Ziban) du nord, composé de dix villages; te Zab du sud, renfermant neuf villages le Zab de l'est, treize; Biskra, capitale politique dont dépendent trois villages; Sidi-Okba, capitale religieuse El-Kantara, Medoukat, vis-à-vis le denté de Megaour Outbaïa et Beranës, dans la même plaine le pays de Souf, à neuf journées de Biskra, dans l'est, comprenant sept villages ; les Ouled-Djebat, à l'ouest ; Touggourt, au sud, à 45 lieues de Biskra, comprenant trente villages. La plus grande longueur des Ziban de l'est à l'ouest est de 20 lieues; et du nord au sud, de 6 à 10 lieues.

  Le cheik El-Arab a plus particulièrement dans la main deux tribus qui sont exemptes d'impôts et lui doivent le service militaire l'une, prise parmi les sédentaires, les Ouled-Soulah, l'aide à maintenir l'ordre dans les Ziban l'autre, nomade, les Abh-Ben-Aly, contient les Arabes et les suit dans leurs émigrations. Les Zibaniens ont aussi d'utiles protecteurs dans les nombreux marabouts, la plupart puissants et riches, fixés dans les oasis. Les principaux sont celui de Medoukal, qui est aussi maître d'EI-Kantara, celui d'El-Bordj, celui de Sidi-Okba et celui de Kanga-Sidi-Nadji. Les Turcs leur avaient accordé de grands privilèges, parce qu'ils trouvaient en eux des auxiliaires vénérés pour accréditer leur autorité dans ces contrées éloignées. La perception des impôts, suprême résultat de la soumission aux yeux des Turcs, devant s'opérer très-rapidement, ils ne croyaient pas acheter trop cher le concours des marabouts en leur faisant une large part dans la curée.

  Biskra est la capitale politique des Ziban. Quoiqu'il compte près de 4,000 âmes, on à peine à lui décerner le titre de ville ses habitations, groupées en sept quartiers, sont répandues dans les plantations de palmiers qui occupent une étendue de près de 20,000 hectares. C'est une ville disséminée dans un jardin. La kasba est au centre de l'oasis; elle sert de caserne à une garnison de quelques centaines de soldats, qui suffit pour maintenir tout le pays dans le devoir. La mosquée n'a de remarquable que son haut minaret dont le sommet dépasse les plus hautes têtes de palmiers et s'aperçoit au loin. Comme à El-Kantara et dans tous les autres villages zibaniens, les maisons sont bâties en pisé et leurs toits sont en terrasse. On dit les femmes de Biskra d'une beauté remarquable.
  Sidi-Okba est à peu près aussi grand que Biskra, mais c'est au moins une ville compacte; les jardins en ceignent les habitations toutes contiguës.

  Cette ville porte le nom d'un des plus illustres conquérants musulmans, et possède son tombeau dans sa mosquée principale. Sidi-Okba était un compagnon du prophète ; on prétend qu'après avoir achevé la conversion et ta conquête des provinces les plus occidentales de l'Afrique, arrivé sur le rivage de l'Océan, il poussa son cheval dans les flots, et s'écria «O prophète de Dieu la terre a manqué sous mes pieds avant que mon zèle pour la propagation de la religion du Dieu unique ait pu s'affaiblir » Les habitants racontent que lorsqu'on commande, par la tête de Sidi-Okba, au minaret de la mosquée de trembler, il tremble. Plusieurs ont été témoins de ce prodige, mais les plus âgés car la foi s'éteint dans les cœurs, et les voix n'ont plus assez d'autorité pour que le minaret consente à obéir à leur commandement.
Ismaël URBAIN.


ENVELOPPES INSOLITES
Envois de M. M. Donato
















MON PANTHÉON DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE
DE M. Roger BRASIER
Créateur du Musée de l'Algérie Française

A SUIVRE



LA FRANCE DE MON ENFANCE
Par José CASTANO 10 décembre 2025
Envoyé par M. J. Castano
,
« Adieu ma France... Tu n’es plus celle que j’ai connue, le pays du respect des valeurs, de l’hymne et du drapeau, le pays de la fierté d’être français. Adieu ma France des trafics en tous genres, du chômage, de l’islamisme, de la polygamie, du laxisme, de la permissivité, de la famille décomposée... Adieu ma France réduite à l’état d’urgence, ma France déconstruite, en guerre avec elle-même. Je veux, néanmoins, demeurer optimiste et croire en ton sursaut. Mais qui te sauvera ? »
       (Général Marcel Bigeard)

       Mon enfance durant, j’ai porté en moi une fierté ardente : celle d’aimer la France. Par-delà la Méditerranée, elle apparaissait comme un pays de lumière, un mirage chatoyant qui me faisait rêver entre deux pages de nos livres de géographie. Elle était ma Mère Patrie, et, comme mes camarades de jeux —les Mohamed, les Levy et tous ceux avec qui je partageais l’innocence des premières années— je ne voyais d’elle que la beauté : beauté de son passé, beauté de son présent, beauté que mon imagination, avide et candide, agrandissait encore.
       Je rêvais alors d’une histoire constellée de gloires, peuplée de saints et de rois, de héros surgis des brumes du temps, de batailles gagnées et même de défaites transfigurées par la légende. Je rêvais d’un Empire immense dont le rayonnement se déployait bien au-delà des mers.

       « Là-bas », dans la salle de classe du cours moyen, nous vibrions à l’unisson durant les leçons d’histoire. Nous encouragions Vercingétorix et Jeanne d’Arc de toutes nos petites forces, de nos voix essoufflées, de nos mains fébriles, de nos pieds battant la poussière, à chasser l’envahisseur hors des frontières sacrées.
       Subjugués par l’héroïsme de Bayard —le « chevalier sans peur et sans reproche »— exaltés par les victoires de Napoléon, nous retenions notre souffle à l’évocation d’Austerlitz… mais nous détournions les yeux, obstinés, devant Waterloo ou la retraite de Russie. Ainsi va l’âme de l’enfant : elle choisit ses miracles, elle refuse ses blessures.
       En somme, j’étais fier de ma France avec tout ce que cette fierté comporte d’aveuglement, et je l’aimais d’un amour absolu, viscéral, entier. Chrétiens, Juifs, Arabes —unis dans une fraternité spontanée, naïve, lumineuse— nous étions tous prêts, croyions-nous, à nous battre pour elle, à mourir pour elle, à tout abandonner pour elle. Nous ignorions ce qu’elle était vraiment ; cela n’avait aucune importance. Elle était tout : une réalité matérielle, charnelle, spirituelle, indissociable, comme la présence vivante d’une mère.

       Je distinguais bien, déjà, ce que son histoire portait de sombre : l’Inquisition et ses supplices, les guerres de religion, la fureur sanglante des révolutionnaires de 1789 et 1792, l’avènement de la Terreur, les fièvres de la déchristianisation… mais pour moi, ces ombres n’existaient presque pas. Un enfant ne dresse pas la liste des défauts de sa mère, qu’ils soient moraux ou physiques. Elle est sa mère, donc elle est parfaite. Il sait ce qui blesse, mais il détourne les yeux ; il connaît les failles, mais il les recouvre d’amour. C’est là le mystère profond, indestructible, de l’amour filial.
       Mais le temps, inexorable, a passé. Il a balayé nos illusions comme le vent disperse les cendres d’un brasier éteint. Et nos souvenirs —ceux-là mêmes qui jadis éclairaient nos jours— ne sont plus que des éclats d’une splendeur engloutie, un âge d’or qui s’est effondré comme un palais de sable sous la marée. Nous avons vieilli, nous avons changé, et la France de notre enfance… que reste-t-il d’elle sinon une ombre, une silhouette déchue dont nous détournons parfois le regard, par honte autant que par douleur ?

       Il est difficile de vivre uniquement de nostalgie et d’espérance, tout comme il est impossible de respirer dans les ruines d’un rêve. Alors nous avons tenté d’oublier, de rectifier le passé par des négations maladroites, de colmater les brèches d’un présent qui se fissurait sous nos yeux.
       Tout a commencé avec l’effondrement de 1940, ce coup de tonnerre qui fit vaciller les cœurs et brisa les colonnes d’une nation que l’on croyait inébranlable. Puis le récit officiel, dans un silence impitoyable, escamota le rôle de l’Armée d’Afrique, dont le courage pourtant fut une des clefs de la victoire. Ensuite vint la chute de l’Indochine, saignée par le sacrifice d’hommes héroïques que l’Histoire, souvent ingrate, a laissés s’enfoncer dans l’oubli. Et puis l’agonie de l’Algérie française, le sang des jeunes soldats versé sur des terres qui se dérobaient, les cris des innocents emportés dans la tourmente… et, à la fin, l’exode d’un peuple déraciné arraché à lui-même.

       Depuis, nous sommes ivres, non de gloire, mais de défaites accumulées, de reculs successifs, d’abandons en cascade. Nos mémoires débordent d’humiliations. Nous avons tout laissé tomber : nos certitudes, nos repères, nos héritages. Voici la France qui trahit, qui renie, qui abdique, qui se livre elle-même en pâture. La France qui renonce à ses fondements, à sa mémoire, à ses valeurs spirituelles ; la France qui se déchire de sa propre main.
       Alors nous avons choisi la voie la plus terrible : pour ne plus souffrir, nous avons fermé notre cœur. Pour ne plus pleurer les soldats sacrifiés par des dirigeants dévoyés, pour ne plus pleurer les innocents fauchés dans des tragédies dont l’écho continue de hanter nos rues, pour ne plus hurler d’impuissance devant une violence devenue routine, nous avons bâti autour de nous une citadelle de pierre. Nous avons trop tremblé, trop espéré, trop baissé les yeux devant les vainqueurs d’hier, pour accepter encore de nous courber devant ceux de demain.

       Nous ne voulons plus revivre les affres de la trahison, du fanatisme, ni la menace sourde d’une guerre civile qui rôde comme un loup affamé aux portes de la cité. Car nous le voyons maintenant avec la crudité d’un jour sans soleil : les idées généreuses se muent en mirages mortifères ; la confiance placée en nos élus n’est qu’une offrande piétinée ; la loi du plus fort règne, nue et cynique, au milieu des ruines. Le temps des imposteurs est revenu, vêtu de mensonges et de vanités : promesses qui s’évaporent dès qu’elles sont prononcées, discours qui se contredisent, reniements incessants, manœuvres sordides. Dans les plis de l’écharpe tricolore se blottissent désormais l’ambition aveugle, la vanité creuse, l’orgueil démesuré, l’appétit de profit, et parfois la simple bêtise. Les scandales éclatent comme des feux grégeois, les fripouilleries pullulent à tous les étages du pouvoir. Et la phrase de Montesquieu, semblable à une malédiction, résonne plus fort que jamais dans les couloirs de notre époque : « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. »

       Nous parle-t-on encore de Patrie ? Ose-t-on seulement enseigner à nos enfants ce que ce mot sacré signifie ? Savent-ils, ces écoliers distraits, le premier couplet de La Marseillaise ? Qu’est-ce donc que la Patrie ? Répondez-nous, Messieurs ! Est-ce une histoire ? Mais vous en effacez les fondations mêmes : vous rejetez ses pages essentielles, et les livres placés entre les mains de nos étudiants ne sont trop souvent qu’un tissu de contre-vérités. Le sombre verdict de Joseph de Maistre résonne alors comme un glas : « L’Histoire, depuis trois cents ans, n’est qu’une conspiration contre la vérité. »
       Quel idéal, dites-nous, êtes-vous capables d’offrir à cette jeunesse que l’on voit défiler, embrigadée, parfois dupée, brandissant les étendards d’organisations terroristes dont elle ignore la complexité tragique ? Einstein, dans sa sagesse, l’avait annoncé : « Ce n’est pas avec ceux qui ont créé les problèmes qu’il faut espérer les résoudre. »

       Et vous, gouvernants d’hier et d’aujourd’hui —Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron— à force de cultiver les slogans de diversité, d’inclusion et de « vivre ensemble », qu’avez-vous fait de cette France que nous vous avions confiée ? Vous vous êtes comportés, trop souvent, comme des gestionnaires d’apparences, des acteurs de scène plus que des chefs d’État. Sous vos mandats successifs, le laxisme judiciaire s’est installé, les portes d’une immigration mal maîtrisée se sont ouvertes, et nos villes se sont transformées : des quartiers jadis paisibles sont devenus des zones où la loi vacille, où des puissances informelles imposent leur domination, où résonnent des colères et des solidarités dont les symboles nous déchirent.
       Vous nous avez tout pris : la volonté, la fierté, l’espérance, le civisme, le courage, la patience… Il ne reste en nous qu’une lassitude immense, un découragement sans fond. Dès lors, comment aimer encore la chair de notre pays ? Comment préserver l’amour de son âme ? Nous ne voulons pas mourir pour des idées que l’on dicte depuis les couloirs ministériels, pour des visions qui nous semblent sans horizon. Mourir pour la France ? Quand nous savons que notre sacrifice serait vain ?

       Année après année, soutenus par des médias complaisants, vous avez forgé le mythe d’une culpabilité nationale perpétuelle : colonisation, repentance, autoflagellation… Oubliant l’avertissement de Péguy : « Il y a des contritions plus sales que les péchés. »
       Vous avez façonné une France qui se condamne elle-même, qui se dit honteuse de son passé, de ses luttes, de ses conquêtes, de son histoire entière. Elle n’ose plus affirmer ce qui fit sa force ; elle détourne les yeux de sa tradition spirituelle. Chateaubriand l’avait prédit dans une phrase terrible : « Déchristianisez la France, vous aurez l’Islam ! » Et voilà que nous y sommes : non parce que les peuples se rencontrent —cela, l’Histoire l’a toujours permis— mais parce que la France a déserté ce qu’elle était, offrant le vide en héritage.

       La laïcité, jadis colonne d’unité, est devenue une neutralité molle, poreuse, soumise aux contorsions des « ni-ni », des « en même temps » et des « pas de vague ». La France n’est plus qu’une étoile mourante, dont le foyer s’est lentement éteint. Ce qui brille encore dans le ciel n’est plus que le reflet d’une lumière depuis longtemps disparue. Le philosophe Pierre Manent, dans un constat d’une brutalité limpide, l’a formulé ainsi : « La France n’a pas été vaincue, elle s’est rendue. »
       Et nous souffrons de la voir ainsi : méconnaissable, fragmentée, livrée à des tensions religieuses, politique et sociales qui la rongent de toutes parts ; sans mémoire, sans repères, asphyxiée par ses propres contradictions ; agitée d’émeutes, de violences, de colères qui grondent comme les secousses d’un monde à l’agonie. Oui… ma France… Toi que nous avons tant aimée…
       Qui te sauvera ?
José CASTANO
E-mail : joseph.castano0508@orange.fr


MINISTRE de l’ALGERIE 1987
(Envoyé par M. C. Fretat) pages 54-77
DOCUMENTATION GENERALE
ÉVOLUTION DES INSTITUTIONS
ALGÉRIENNES 1830-1947

         1830-1834 - Régime purement militaire.
         1834-1840 - « Les possessions françaises dans le nord de I'Afrique. »
         1840-1844 - Retour au régime militaire.
         1844-1848 - Premiers essais d'assimilation.
         1848-18b2 - Politique d'assimilation.
         1852-1858 - Centralisme napoléonien,
         1858-1864 - La politique du Royaume arabe.
         1864-1868 - Retour au régime militaire.
         1870-1896 - Retour à la politique d'assimilation.
         1896-1947 - La Décentralisation.


         1830-1834 - Le Régime purement militaire.
         Les difficultés intérieures, jointes aux exigences des opérations militaires, conduisent le Gouvernement à s’abstenir de prendre immédiatement des mesures définitives. Le commandant en chef de l'armée d'Afrique, puis le commandant du corps d'occupation qui le remplaça en 1832 centralisèrent tous les pouvoirs. Le régime adopté fut strictement militaire. Dans les villes, il fut cependant tenu compte des intérêts des différents groupes représentés, dès l'origine, auprès des autorités compétentes dans des Conseils et des Assemblées.
         Dans les campagnes, après quelques expériences, le général Avizard créa, en 1832, un « Bureau arabe » dirigé par Lamoricière. Cependant, deux commissions d'enquête furent envoyées en septembre 1833 qui insistèrent sur la nécessité de substituer à l'Administration strictement militaire une organisation adaptée aux exigences locales et séparant I'Administration civile de l'Administration militaire.

         1834 - 1840 - Les possessions françaises dans le Nord de I'Afrique.
         L'organisation du pays, définie essentiellement par l'ordonnance du 22 juillet 1834, conserve certain caractère militaire. Le commandement et la haute Administration sont exercés par un Gouverneur Général, assisté d'un intendant civil, d'un commandant de la Marine, d'un procureur général et d'un directeur des finances. Le Gouverneur Général (le général Drouet d'Erlon, en I'occurrence) dispose de pouvoirs étendus. De 1834 à 1839, un effort considérable d'organisation est réalisé, dans le domaine juridique, de I'Administration provinciale et municipale, de I'Instruction publique et des Finances.

         1840- 1844 – Retour au régime militaire
         La nécessité d'assurer la pacification du territoire impose la nomination de Bugeaud au poste de Gouverneur Général.
         Pour consolider l'Administration sont créés (arrêté ministériel du 1er février 1844) les « Bureaux arabes » ; les officiers des « Bureaux arabes », véritables Protées de l'Administration, jouent le rôle de trait d'union entre Européens et Musulmans.

         1844 - 1848 – Premiers essais d’assimilation.
         Diverses mesures acheminent l'Algérie vers l'assimilation à la Métropole. Recettes et dépenses sont incorporées au budget de l'Etat. Par ordonnance du 18 avril 1845, l'Algérie est partagée en trois provinces comprenant des « territoires civils » soumis à un régime législatif analogue à celui de la Métropole. L'ordonnance du 16 septembre 1847 applique à l'Algérie la loi métropolitaine sur les communes.

         1848 - 1852 - Politique d'assimilation.
         Le décret du 4 mars 1848 déclare l'Algérie « partie intégrante des territoires Français » et, dès lors, toutes les mesures tendent à introduire en Algérie l'organisation administrative de la Métropole. Par le décret du 4 mars 1848, les Français furent admis à envoyer des représentants à l'Assemblée constituante. L'arrêté du 16 août 1848 rattacha les tribunaux, les directions de l'Instruction publique et des Finances, ainsi que les services de la Justice et des Cultes à leurs ministères respectifs. Les territoires civils furent érigés en départements administrés par préfets et sous-préfets, assistés de Conseils de préfecture.

         1852-58 - Centralisme Napoléonien.
         Cette tentative de démocratisation est suspendue par la constitution du 14 janvier 1852, qui supprime les libertés accordées en 1848 (représentation à l'Assemblée, etc.). L'autorité militaire s'exerce à nouveau.
         Par décret du 24 juin 1858 est créé un ministère de l'Algérie et des colonies ; le Gouvernement Général est supprimé, le commandement des troupes confié à un commandant supérieur résidant à Alger. Les services sont transférés à Alger et, en contrepartie, les pouvoirs des préfets sont étendus – selon le principe : gouverner du centre et administrer sur place.

         1858-64 - La politique du royaume arabe.
         Le 24 novembre 1860, un décret supprime le Ministère de I'Algérie et rétablit le Gouvernement Général. Tous les services sont transférés de Paris à Alger. Le Gouverneur Général, assisté d’un Conseil consultatif et d'un Conseil supérieur, exerce son autorité sur les territoires militaires par l'intermédiaire d'un sous-gouverneur, chef de l'état-major de l'armée, et sur les territoires civils par l'intermédiaire d'un directeur des Affaires civiles.
         Le sénatus-consulte du 22 avril 1863 reconnaît aux tribus la possession des terres dont elles ont la jouissance à un titre quelconque et institue la Djemaâ, désignée par l'autorité administrative. Le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 reconnaît aux indigènes la qualité de Français et l'accès à la citoyenneté leur est ouverte par voie de naturalisation.

         1864 - 1868 - Retour au régime militaire.
         La direction de l'Administration civile disparaît les préfets sont subordonnés aux généraux de division, les territoires civils réduits.
         En même temps s'opère une refonte de l'organisation municipale, le territoire se trouvant réparti en communes de plein exercice. En territoire militaire, on distingue des communes mixtes et des communes subdivisionnaires. En somme, le régime militaire avait aménagé le cadre complet d'un régime civil dont les organes fonctionnaient ou étaient prêts à fonctionner.
         Les commissions d'enquêtes envoyées en Algérie en 1868 et 1869 s'accordèrent pour demander l'abolition du régime militaire.

         1870 - 1896 - Retour à la politique d'assimilation.
         Réorganisation administrative et politique. – L’Algérie est placée sous l'autorité d’un Gouvernement Général civil rattaché au ministère de I'Intérieur. Le Gouverneur Général devient simple agent d'exécution et n'a de pouvoirs autonomes que ceux qui lui sont conférés par des lois spéciales, de sorte que la centralisation et l'assimilation sont complètes. Le Gouverneur prépare le projet de budget qui est soumis au Conseil supérieur du Gouvernement, les ministres arrêtant ensuite les propositions. Les départements algériens, soumis depuis le 24 octobre 1870 au même régime que les départements métropolitains envoient à l'Assemblée Nationale deux députés élus au scrutin de liste. La loi du 24 février 1875 dota le département algérien d'un sénateur. Chaque département est placé sous l'autorité d'un préfet et doté d'un Conseil général. Au point de vue communal, on distingue la commune de plein exercice et la commune mixte.

         Administration des populations autochtones. - Les « Bureaux arabes » sont limités à une action restreinte, de caractère purement administratif. L'institution est réorganisée sous le nom de « Bureaux des affaires indigènes ». Les communes mixtes sont installées sur les territoires militaires. Groupant une population presque exclusivement musulmane, les quarante-deux communes mixtes, créées par arrêté du 25 avril 1880, sont administrées par des fonctionnaires civils, les administrateurs, assistés de plusieurs administrateurs-adjoints et de caïds. Auprès de l'administrateur siège une Assemblée délibérante, la commission municipale, composée de membres européens élus, des présidents élus des Djemaâs des douars et des caïds.
         Les institutions judiciaires et civiles des Arabes et Kabyles sont remplacées par les institutions et la législation françaises (institution de l'état civil chez les Musulmans, organisation de la justice civile indigène). En matière pénale, Ies Musulmans sont justiciables des tribunaux ordinaires, la juridiction des « cadis » étant restreinte aux questions de statut personnel.
         L'accession des Musulmans à la citoyenneté française reste soumise aux dispositions du sénatus-consulte du 14 juillet 1865 dont les Israélites bénéficièrent de façon plus certaine que les musulmans, ces derniers refusant en général d'abandonner le statut coranique. Aussi fut promulgué le 24 octobre 1870 le décret Crémieux, prévoyant l'accession directe des Israélites à la citoyenneté française.
         Les difficultés rencontrées par la politique d’assimilation conduiront à des réformes tentant à la décentralisation.

         1896 - 1947 La décentralisation.
         Les réformes de1896 ne bouleversèrent pas de fond en comble l'organisation de l'Algérie, mais consistent en un effort pour adapter cette organisation aux particularités politiques, sociales et ethniques qui caractérisent ce territoire. Elles s'inspirent de l'idée que l'Algérie n'est pas un simple prolongement de la France Métropolitaine mais, au contraire, que sa situation géographique et sa population lui donnent une physionomie propre.
         La loi du 19 décembre 1900, complétée par différents textes postérieurs, a été considérée longtemps comme la « charte de l'Algérie ».
         Le pouvoir exécutif appartient au Gouverneur Général de I'Algérie, nommé par un décret du Conseil des ministres. Les trois préfets sont placés sous l'autorité directe du Gouverneur Général et responsables devant lui de leur administration. Le Gouverneur Général est seul responsable devant le Gouvernement des mesures nécessaires à la défense et à la sécurité de l'Algérie. Tous les services sont placés sous sa direction (sauf Justice non-musulmane, Education nationale, Radiodiffusion).
         Le Gouvernement Général, organisé comme une Administration centrale de ministère, est dirigé par un Secrétaire général du Gouvernement nommé par décret.
         Les trois départements algériens, bien qu'ils soient incomparablement plus étendus que les départements métropolitains sont, comme ceux-ci, administrés par un préfet assisté d'un Conseil de préfecture auprès duquel siège un corps élu, le Conseil général. Le département est divisé en arrondissements, dirigés par des sous-préfets.
         Les départements algériens comportent 283 communes de plein exercice (ou le régime est le même que dans les communes de la Métropole), 73 communes mixtes (dirigées par un administrateur assisté d’une commission municipale) et 163 centres municipaux.

         Les Territoires du Sud sont divisés en quatre grandes circonscriptions, commandées par un officier supérieur. La législation applicable à l'Algérie est applicable aux Territoires du Sud, sauf disposition expresse.
         Les Territoires du Sud comprennent 10 communes mixtes et 5 communes indigènes.
         La création d'une Direction générale des Finances dote l'Algérie d'un organisme propre, jouissant d'une autonomie relative et variable selon les domaines. Cette autonomie est complète dans le domaine budgétaire. La création des Assemblées financières permet de consulter la population sur le budget.
         L'ordonnance du 7 mars 1944, tout en conservant au Musulman son statut dans la cité française, proclame dans son article 1er l'égalité des droits et des devoirs entre tous les Français. En permettant au Musulman de conserver son statut personnel, on facilite l'accession à la citoyenneté.
         La représentation des populations est assurée par les parlementaires, élus par deux collèges électoraux.
         Telle était l'organisation administrative de l'Algérie lorsque fut voté, le 20 septembre 1947, le statut organique de l'Algérie.

STATUT ORGANIQUE DE L’ALGÉRIE
(Loi n° 47-1853 du 20 septembre 1947)

         L'Assemblée Nationale et le Conseil de la République ont délibéré,
         L'Assemblée Nationale a adopté,
         Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

TITRE 1er
DU REGIME POLITIQUE
ET DE L'ORGANISATION DES POUVOIRS PUBLICS

         Article 1er.
         L'Algérie constitue un groupe de départements doté de la personnalité civile, de l'autonomie financière et d'une organisation particulière définie par les articles ci-après de la présente loi.

         Art. 2. - L'égalité effective est proclamée entre tous les citoyens français.
         Tous les ressortissants de nationalité française des départements d'Algérie jouissent, sans distinction d'origine, de race, de langue, ni de religion, des droits attachés à la qualité de citoyen français et sont soumis aux mêmes obligations. Ils jouissent, notamment, de toutes les libertés démocratiques, de tous les droits politiques, économiques et sociaux attachés à la qualité de citoyen de l'Union française, garantis par le préambule et l'article 81 de la Constitution de la République française. Toutes les fonctions publiques leur sont également accessibles. Dans les armées de terre, de mer ou de l'air, dans la magistrature et dans toutes les administrations, services publics ou concédés, services subventionnés, secteurs nationalisés, les conditions de recrutement, de promotion, d'avancement, de rémunération, d'allocation, de mise à la retraite, de pensions, s'appliquent à tous, sans distinction de statut personnel.
         Des décrets détermineront, dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, les conditions d'application de l'alinéa précédent, notamment en assurant l'égalité absolue des traitements, allocations ou pensions et la constitution des cadres communs uniques dans les diverses branches des administrations ou services.
         Aucune mesure, règle ou loi d'exception ne demeure applicable sur les territoires des départements algériens.

         Art. 3. - Tous les citoyens qui n'ont pas expressément renoncé à leur statut personnel continuent à être régis par leurs droits et par leurs coutumes en ce qui concerne leur état, leurs successions et ceux de leurs immeubles dont la propriété n’est pas établie conformément aux lois françaises sur le régime foncier en Algérie ou par un titre administratif, notarié ou judiciaire. Sauf accord des parties, leurs contestations continuent à être soumises aux juridictions qui en connaissent actuellement selon les règles en vigueur.
         Quand ils résident en France métropolitaine, ils y jouissent de tous les droits attachés à la qualité de citoyen français et sont soumis aux mêmes obligations.

         Art. 4. - Les femmes d'origine musulmane jouissent du droit de vote. Une décision de l'Assemblée algérienne, prise dans les conditions prévues aux articles 14, 15 et 16 du présent statut, fixera les modalités de I'exercice du droit de vote.

         Art. 5. - Le Gouverneur Général représente le Gouvernement de la République française dans toute l'étendue de l'Algérie.
         II réside à Alger.
         Il exerce le pouvoir réglementaire, sauf les exceptions prévues par le présent statut.
         Il assure le maintien des libertés constitutionnelles.
         II préside aux délibérations du Conseil de Gouvernement et peut assister aux débats de I'Assemblée algérienne.
         Il est responsable de ses actes devant le Gouvernement de la République.

         Art. 6. - Il est institué une Assemblée algérienne chargée de gérer, en accord avec le Gouverneur Général, les intérêts propres à l'Algérie.
         La composition, les attributions et le fonctionnement de cette Assemblée sont définis par les titres II, III et IV du présent statut.

         Art. 7. - Il est institué auprès du Gouverneur Général un Conseil de Gouvernement chargé de veiller à l'exécution des décisions de l'Assemblée.
         Ce Conseil est composé de six conseillers du Gouvernement :
         Deux désignés par le Gouverneur Général;
         Deux élus annuellement par l'Assemblée à raison d'un par collège
         Le Président de l'Assemblée algérienne ;
         Un vice-président appartenant à un collège différent de celui du président.
         Les pouvoirs des Membres du Conseil sont renouvelables.

TITRE II
DU REGIME LEGISLATIF DE L'ALGERIE

         Art. 8. - Le régime des décrets, tel qu'il résulte, en matière législative, de l'ordonnance du 22 juillet 1834 et des textes subséquents, est aboli.
         Le Gouvernement de la République française assure l'exécution, en Algérie, des lois de la République française qui y sont applicables.
         Il dispose à cet effet des pouvoirs à lui accordés par la Constitution, notamment par l'article 47.

         Art. 9. - Les lois et décrets intéressant l'exercice et la garantie des libertés constitutionnelles s'appliquent de plein droit en Algérie.
         Les lois et décrets concernant l'état et la capacité des personnes, les règles du mariage et ses effets sur les personnes et sur les biens, le droit des successions et les règles d'état civil, réserve faite des dispositions fiscales, sont et demeurent applicables de plein droit aux citoyens de statut français en Algérie.

         Art. 10. Les lois ou décrets intéressant le droit des services dits rattachés sont applicables de plein droit en Algérie, sauf dispositions contraires et sous réserve des dispositions fiscales.

         Art. 11. - Les traités passés avec les puissances étrangères s'appliquent de plein droit à l'Algérie, ainsi que les lois ou décrets qui en font application.

         Art. 12. - l'organisation militaire et le recrutement, le régime électoral, le statut des Assemblées locales, l'organisation admini0strative, l'organisation judiciaire, la procédure civile ou criminelle, la détermination des crimes et délits et celle de leurs peines, le régime foncier et immobilier, le régime douanier, l'amnistie, le contentieux administratif, le régime de la nationalité française ne peuvent être réglés que par la loi.

         Art. 13. - Le Parlement peut étendre à l'Algérie les lois qui ne sont pas visées aux articles précédents sur la proposition de I'Assemblée algérienne ou après avis de celle-ci, sauf le cas d'urgence.

         Art. 14. - Les lois nouvelles non visées par les articles 1 à 12 ne s'appliquent pas à I'Algérie.
         Dans les matières qui ne sont pas reprises à ces articles, l'Assemblée algérienne peut, sur proposition de I'un de ses membres ou du Gouverneur Général, prendre des décisions ayant pour objet d'étendre la loi métropolitaine à I'Algérie, soit purement et simplement, soit après adaptation aux conditions locales, ou d'édicter, dans le cadre des lois, une réglementation à particulière à l'Algérie.
         L'Assemblée algérienne peut, dans Ies mêmes conditions, modifier les décisions visées à I'alinéa précédent.

         Art. 15. - Les décisions prises par l'Assemblée doivent, pour devenir exécutoires, être homologuées par décret. Elles sont à cet effet transmises par le Président de I'Assemblée au Gouvernement par l'intermédiaire du Gouverneur Général. Ce dernier peut, dans les huit jours de la réception, demander à l'Assemblée de procéder à une seconde lecture du texte adopté.

         Art. L16. - Si, dans le délai de six semaines, le Gouvernement n'a pas accordé l'homologation prévue par l'article 15 et s'il n'a pas notifié au Président de l'Assemblée algérienne son refus d'homologuer la décision, celle-ci devient exécutoire de plein droit et est immédiatement promulguée par le Gouverneur Général.
         En cas de refus d'homologation, la décision de l'Assemblée algérienne est déférée au Parlement qui statue.

TITRE III
DU STATUT FINANCIER DE L'ALGERIE

         Art. 17. - L'Algérie peut posséder des biens, créer des établissements d'intérêt algérien, concéder des chemins de fer, des lignes de transports aériens ou autres, ainsi que tous autres grands travaux publics et services publics, contracter des emprunts, donner sa garantie aux engagements pris par des tiers dans son intérêt.
         Le Gouverneur Général représente l'Algérie dans tous les actes de la vie civile. Tous emprunts, octrois de garantie ou concessions ne peuvent avoir lieu qu'en vertu de décisions de l'Assemblée algérienne rendues exécutoires dans les conditions définies aux articles 15 et 16 ci-dessus.
         Sont autorisées ou fixées selon la même procédure, par décision de l'Assemblée algérienne : la création et la suppression d'établissements publics algériens ou de le budgets annexes et les règles relatives à la gestion du domaine de l'Algérie, aux finances départementales et communales, et à la répartition des charges entre I'Algérie et les collectivités algériennes toutes les fois que les objets correspondants sont, dans la Métropole, du ressort de la loi ou du règlement d'administration publique.

         Art. 18. - Le budget de l'Algérie comprend en recettes : les impôts de toute nature, taxes, redevances, fonds de concours et tous autres produits perçus à quelque titre que ce soit sur le territoire algérien et qui, dans la Métropole, bénéficieraient au budget de l’Etat, à l’exception des produits revenant actuellement au budget métropolitain.
         II comprend en dépenses :
         L'ensemble des dépenses des services civils, qui sont, dans la Métropole, à la charge du budget de l'Etat ; toutefois, les pensions des fonctionnaires et agents locaux ne sont supportées par le budget algérien qu'autant qu'elles ont été liquidées à partir du 1er janvier 1901 et proportionnellement à la durée des services accomplis depuis cette date ;
         A titre de participation aux dépenses militaires et de sécurité assumées sur le territoire de l'Algérie par le budget de I'Etat, une contribution dont le taux est fixé par la loi.

         Art. 19. - Les dépenses inscrites au budget de l'Algérie se divisent en dépenses obligatoires et en dépenses facultatives.
         Constituent des dépenses obligatoires :
         1° L'acquittement des dettes exigibles, la couverture des déficits budgétaires et la reconstitution du fonds de réserve dans les conditions fixées à l'article 27 ci-après :
         2° La dotation de la Caisse générale des retraites de l'Algérie, telle qu'elle est définie par décret ;
         3° La contribution de I'Algérie aux dépenses militaires et de sécurité prévue à l'article précédent ;
         4° Les traitements et indemnités soumises à retenues des fonctionnaires mis à la disposition du Gouverneur Général, dans la limite des effectifs budgétaires votés par l'Assemblée algérienne pour l'exercice précédent ;
         5° Les dépenses nécessaires à I'exécution des lois de la République française étendues à l'Algérie.
         Aucune autre dépense ne peut être mise à la charge du budget de l'Algérie que par la loi ou par un vote dûment approuvé de l'Assemblée algérienne et préalable à tout engagement.
         Aucune création d'emploi ne peut être faite en cours d'année s'il n'y a pas de prévision inscrite à cet effet au budget en cours.

         Art. 20. - Les créations ou suppressions d'impôts, la fixation de leur tarif, les modifications de leur assiette ou de leur mode de perception, l'institution de pénalités en matière fiscale ou domaniale sont votées par l'Assemblée algérienne.
         Ces décisions de l'Assemblée algérienne sont exécutoires selon la procédure des articles 15 et 16 du présent statut.
         A moins de disposition contraire insérée dans la décision, la date d'entrée en vigueur des décisions dûment homologuées est fixée par arrêté du Gouverneur Général.
         En ce qui concerne les droits de douane, les dispositions qui précèdent ne visent que le taux des droits applicables aux marchandises dont la nomenclature figure actuellement au tarif spécial de l'Algérie.
         A l'exception des redevances correspondant à la rémunération des services rendus, aucun impôt, taxe ou redevance ne doit être établi en Algérie que par la loi ou par une décision de l'Assemblée algérienne.

         Art. 21. - Le projet de budget de l'Algérie est établi par le Gouverneur Général sous le contrôle des Ministres de l'Intérieur et des Finances.
         Il est voté par l'Assemblée algérienne.
         Il est réglé par décret contresigné par le Ministre de l'Intérieur et le Ministre des Finances.

         Art. 22. - L'évaluation des recettes à attendre du régime fiscal voté par l'Assemblée algérienne peut être rectifiée d'office par le décret de règlement en cas d'inexactitude dans les estimations retenues.
         Dans le cas d'omission ou d'insuffisance dans l'allocation des fonds exigés pour la couverture des dépenses obligatoires définies par l'article 19 ci-dessus, les crédits nécessaires sont inscrits d'office au décret de règlement.

         Art. 23. - Lorsque, par suite des rectifications que le Gouvernement se propose d'introduire dans le décret de règlement par application des dispositions de l'article précédent, l'équilibre du budget n'est plus assuré, le projet de budget est renvoyé à I'Assemblée algérienne immédiatement convoquée en session extraordinaire pour une durée maximum de quinze jours.
         Si l'Assemblée algérienne n'assure pas, par son vote, l'équilibre réel du budget, un décret en Conseil d'Etat détermine dans Ies moindres délais les voies et moyens nécessaires à I'équilibre.
         Le projet de décret est soumis pour avis à l'Assemblée algérienne.

         Art. 24. - Si le budget n'est pas voté et homologué lors de l’ouverture d'un exercice, le budget de l'exercice précédent est applicable de plein droit et par douzièmes.

         Art. 25. - Si les circonstances l'exigent, le budget de l'Algérie peut être modifié en cours d'année, dans les formes dans lesquelles il a été voté et réglé.
         Les modifications ainsi décidées ne peuvent avoir pour objet que de rectifier les erreurs d'évaluation et de parer aux insuffisances de crédits que des événements postérieurs à I'ouverture ont révélées, ou acquitter des dépenses que des circonstances imprévisibles lors du budget primitif ont ultérieurement rendues nécessaires ; sauf nécessité grave, elles ne sauraient comporter l'extension des services existants ou la notification des dépenses de programme du budget extraordinaire,
         Tout accroissement du volume des dépenses arrêté au budget primitif doit faire l'objet de l'inscription et de la création effective des recettes suffisantes pour le gager.

         Art. 26. - Le Trésor algérien est alimenté par les recettes de toute nature recouvrées au profit des services budgétaires et des services hors budget de l'Algérie.
         Sont versés en compte courant au Trésor algérien les fonds libres des budgets annexes des départements, des communes, des établissements publics algériens départementaux ou communaux, des dépôts effectués en compte courant à la succursale d'Alger des chèques postaux, les fonds des organismes d'intérêt général et, d'une manière générale, tous les dépôts de fonds avec ou sans intérêt que les collectivités ou les particuliers sont tenus de faire ou autorisés à faire au Trésor, d'après les lois et règlements en vigueur, à l'exception des dépôts effectués en Algérie à la Caisse nationale d'épargne ou à la Caisse des dépôts et consignations qui sont directement versés au Trésor public métropolitain.
         Des arrêtés du Ministre des finances fixeront les modalités des règlements périodiques qui interviendront entre le Trésor public et le Trésor algérien, ainsi que les règles d'emploi des fonds disponibles du Trésor algérien en comptes courants, en bons du Trésor, en valeurs de l'Etat ou de l'Algérie, en prêts à échéances à des collectivités publiques algériennes ou à des entreprises privées pour l'exécution des travaux d'intérêt général, ou en participation au capital d'entreprises dont l'activité intéresse I'économie générale de l'Algérie.
         Le Gouverneur Général peut consentir sur les disponibilités de la Trésorerie, après accord de l'Assemblée algérienne ou de sa Commission des Finances et du Ministre des Finances, des avances provisoires, avec ou sans intérêt, aux départements, communes, offices, établissements publics et d'intérêt public ou régies comptables de l'Algérie.

         Art. 27. - Les excédents de recettes du budget de l'Algérie constatés en fin d'exercice sont affectés à la constitution d'un fonds de réserve.
         Tant que le fonds de réserve n'a pas atteint le vingtième du montant moyen des produits et revenus ordinaires des trois derniers exercices expirés, il ne peut être opéré de prélèvement sur ledit fonds, sauf pour le paiement de dettes exigibles et I'apurement de déficit budgétaires ou, à défaut d'autres ressources, pour faire face à des calamités publiques.
         Lorsque, par suite de ces prélèvements, le fonds de réserve est tombé en dessous de la somme indisponible visée au deuxième alinéa du présent article, la reconstitution de ce fonds constitue une charge obligatoire à couvrir au cours des trois exercices subséquents.
         Après complet paiement des dettes exigibles et apurement des déficits budgétaires, la partie du fonds de réserve qui excède le minimum indispensable peut être affectée à des travaux d'intérêt général.
         Les prélèvements sur le fonds de réserve sont autorisés dans les mêmes formes que les dépenses inscrites au budget.

         Art. 28. - Le compte administratif de chaque exercice est établi par le Gouverneur Général et présenté à l'Assemblée algérienne, qui statue par voie de déclarations.
         Le compte de l'Algérie, provisoirement arrêté par I'Assemblée algérienne, est définitivement réglé par décret dans les mêmes formes que le budget.
         Le Trésorier général de l'Algérie est le comptable de I'Algérie ; il est, en cette qualité, justiciable de la Cour des Comptes.
         Son compte de gestion est remis à l'Assemblée algérienne, en même temps que le compte administratif.

         Art. 29. - Un service de contrôle financier fonctionne auprès du Gouverneur Général.
         Ce contrôle s'exerce par la voie du visa préalable, de la révision permanente de la comptabilité et des rapports d'ensemble périodiques, selon les cas, et d'après les règles qui seront fixées par décret.

TITRE IV
DE LA COMPOSITION ET DU FONCTIONNEMENT
DE L'ASSEMBLEE ALGERIENNE

         Art. 30. - L'Assemblée algérienne se compose de cent vingt membres : soixante représentants des citoyens du premier collège et soixante représentants des citoyens du deuxième collège, élus pour six ans au suffrage universel, au scrutin uninominal à deux tours, et renouvelables par moitié tous les trois ans. Les circonscriptions sont déterminées par la loi.

         Art. 31. - Les membres de I'Assemblée algérienne sont élus par deux collèges.
         Le premier collège est composé de citoyens de statut civil français, sans distinction d'origine.
         Seront également inscrits dans ce collège, à leur demande, dans l'année qui suivra soit la date de leur majorité électorale, soit celle où ils entreront dans une des catégories ci-dessous spécifiées, les citoyens de statut local qui sont :
         Officiers et anciens officiers ;
         Titulaires d'un des diplômes suivants : diplômes de I'enseignement supérieur, baccalauréat de l'enseignement secondaire, brevet supérieur, brevet élémentaire, brevet d'études primaires supérieurs, diplôme de fin d'études secondaires, diplôme des medersas, diplôme de sortie d'une grande école nationale ou d'une école nationale de l'enseignement professionnel industriel, agricole ou commercial, brevet de langue arabe ou berbère ;
         Fonctionnaires ou agents de l'Etat, des départements, des communes, des services publics ou concédés, en activité ou en retraite, titulaires d'un emploi permanent soumis à un statut réglementaire dans les conditions qui seront fixées par décret ;
         Membres actuels et anciens des Chambres de Commerce et d'Agriculture ;
         Bachagas, aghas et caïds ayant exercé leurs fonctions pendant au moins trois ans et n'ayant pas fait postérieurement I'objet d'une mesure de révocation ;
         Personnalités exerçant ou ayant exercé des mandats de délégué financier, conseiller général, conseiller municipal de commune de plein exercice, ou président d'une djemaâ ;
         Membres de l'Ordre national de la Légion d'honneur ;
         Compagnons de l'Ordre de la Libération ;
         Titulaires de la Médaille de la Résistance ;
         Titulaires de la Médaille militaire ;.
         Titulaires de la Médaille du travail et membres actuels et anciens des Conseils syndicaux des syndicats ouvriers régulièrement constitués, après trois ans d'exercice de leurs fonctions ;
         Conseillers prud'hommes actuels et anciens ;
         Oukils judiciaires ;
         Membres élus, actuels et anciens, des conseils d'administration et des Conseils de section des Sociétés indigènes de prévoyance, artisanales et agricoles ;
         Titulaires de la carte du combattant de la guerre 1914-1918 ;
         Titulaires de la Croix de guerre 1939-1945 pour faits d'armes personnels ;
         Titulaires de la Croix de guerre des campagnes de la Libération.
         Tous les électeurs actuellement inscrits au premier collège continueront à voter à ce collège.

         Art. 32. - Tout électeur ou électrice d'Algérie, âgé d'au moins vingt-trois ans, est éligible indifféremment par l'un ou l'autre collège.
         Les règles d’inéligibilité et d'incompatibilité sont celles fixées par la loi pour les membres de I'Assemblée nationale. Le mandat de membre de I'Assemblée est incompatible avec celui de membre du Parlement.
         Le Conseil d'Etat est juge en premier et dernier ressort des contestations relatives aux élections à l'Assemblée algérienne.

         Art. 33. - Indépendamment du remboursement de leurs frais de transports, les membres de l'Assemblée algérienne perçoivent une indemnité annuelle fixée par délibération de l'Assemblée et payée mensuellement. Cette indemnité est fixée par référence au traitement d'une catégorie de fonctionnaires.

         Art. 34. - Aucun membre de I'Assemblée algérienne ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion des opinions ou votes émis par lui dans cette assemblée.

         Art. 35. - l'Assemblée algérienne siège à Alger.
         Elle tient chaque année trois sessions ordinaires dont la durée ne peut excéder six semaines.
         L'Assemblée est convoquée et ses sessions sont ouvertes et closes par arrêté du Gouverneur Général.
         L'Assemblée peut également tenir des sessions extraordinaires d'une durée de quinze jours au plus, soit sur convocation du Gouverneur Général, le Conseil de Gouvernement entendu, soit à la demande de la moitié de ses membres adressée au président. L'objet de la session extraordinaire est limitativement précisé par la convocation.

         Art. 36. - Chaque année, l'Assemblée algérienne élit son bureau, composé d'un président, de trois vice-présidents et de quatre secrétaires. Ce bureau comportera un nombre égal d'élus de chacun des deux collèges proposés par leurs collègues respectifs. La présidence de I'Assemblée sera attribuée chaque année à un élu d'un collège différent.
         L'Assemblée élit également la Commission des finances composée de dix-huit membres, et des commissions générales dont elle fixe le nombre, qui ne saurait excéder six - non compris la Commission des Finances - et la compétence, et qui sont chargées de l'examen des diverses questions de la compétence de l'Assemblée.
         Ces commissions devront comprendre en nombre égal des élus de chacun des deux collèges proposés par leurs collègues respectifs.
         Elles éliront au scrutin secret un président et un vice-président. Le vice-président sera un élu d'un collège différent de celui du président.
         Il sera observé une alternance annuelle qui permettra aux élus de chaque collège d'obtenir à tour de rôle la présidence au sein des commissions.

         Art. 37. - Les séances de l'Assemblée algérienne sont publiques. Néanmoins, sur la demande de dix membres, du Président et du Gouverneur Général, l'Assemblée, sans débat, décide si elle se formera en comité secret.
         Les comptes rendus in extenso des débats seront publiés au « Journal Officiel de l'Algérie ».

         Art. 38. - Le Gouverneur Général a entrée aux séances de l'Assemblée algérienne et a le droit d'y prendre la parole. Il peut se faire assister ou suppléer par des commissaires du gouvernement.
         L'Assemblée a le droit d'obtenir du Gouverneur Général tous renseignements sur toutes les questions entrant dans ses attributions.

         Art. 39. - Les décisions de l'Assemblée sont votées à la majorité. Toutefois, à la demande soit du Gouverneur Général, soit de la Commission des Finances, soit du quart des membres de I'Assemblée, le vote ne peut être acquis qu'après un délai de vingt-quatre heures et à la majorité des deux tiers des membres en exercice à moins que la majorité ne soit constatée dans chacun des collèges.

         Art. 40. - L’Assemblée algérienne fixe elle-même, par un règlement intérieur, les modalités de son fonctionnement qui ne sont pas prévues par le présent statut.
         Elle règle son ordre du jour.

         Art. 41. - Conformément à I'alinéa 3 de l'article 6 de la loi N°46-2385 du 27 octobre 1946 sur la composition et l'élection de I'Assemblée de l'Union française, I'Assemblée algérienne élit les six représentants de la zone territoriale que constitue l'Algérie.

         Art. 42. - Le Gouverneur Général, le Conseil de Gouvernement entendu peut, par arrêté, convoquer la Commission des Finances, ou l'une des Commissions générales de l'Assemblée algérienne, en dehors des sessions de l'Assemblée, pour l'examen préparatoire des travaux appelés à faire l'objet des dites sessions.

         Art. 43. - Le projet de budget de l'Algérie est délibéré et voté par l'Assemblée algérienne au cours de sa troisième session ordinaire et sur le rapport de sa Commission des Finances.
         L'initiative des dépenses appartient concurremment à I'Assemblée et au Gouverneur Général ; toutefois, I'initiative des propositions des dépenses de personnel est réservée à ce dernier.
         Aucun amendement ne peut être délibéré par l'Assemblée s'il n'a été préalablement étudié par la Commission générale qui a, dans ses attributions, l'examen de la section correspondante du budget, et s'il n'a été transmis par elle à la Commission des Finances.

         Art. 44. - L'initiative en matière fiscale appartient à l'Assemblée algérienne et au Gouverneur Général. Les décisions sont prises par l'Assemblée sur le rapport de la Commission des Finances.
         Aucun projet ou amendement ne peut être délibéré par l'Assemblée s'il n'a été, au préalable, étudié par la Commission des Finances.

         Art. 45. – Est nulle de plein droit toute délibération de l'Assemblée algérienne relative à des objets qui ne sont pas légalement compris dans ses attributions.
         Est également nulle de plein droit toute délibération, quel qu'en soit I'objet, prise en dehors des sessions légales de l'Assemblée.
         La nullité est constatée par arrêté du Gouverneur Général, le Conseil de Gouvernement entendu.
         Les dispositions concernant les délibérations prises hors des réunions des Conseils généraux, prévues ou autorisées par la loi, sont applicables à l'Assemblée.

         Art. 46. - L'Assemblée qui contreviendrait aux dispositions de I'article précédent ou qui refuserait de voter le budget pourra être dissoute par décret délibéré en Conseil des Ministres.
         Dans ce cas, I'Assemblée algérienne sera renouvelée par voie d'élection suivant les dispositions prévues par les lois en vigueur, dans le délai maximum de deux mois suivant sa dissolution.
         Une Commission spéciale, composée de dix-huit conseillers généraux, à raison de six par département, n'appartenant pas à l'Assemblée dissoute, sera désignée par les Conseils généraux d'Algérie, réunis dans Ies huit jours en session extraordinaire ; cette désignation se fera à raison d'un nombre égal de conseillers généraux du premier et du deuxième collège.
         La Commission spéciale exerce tous les pouvoirs de l'Assemblée algérienne, à l'exclusion de ceux prévus aux articles 14 et 52 du présent statut ; ses fonctions expireront de plein droit dès que l'Assemblée algérienne sera reconstituée.

TITRE V
POUVOIRS ADMINISTRATIFS
DU GOUVERNEUR GENERAL DE L'ALGERIE

         Art. 47. - Tous les services civils de l'Algérie, à l'exception de ceux de la Justice et de l'Education nationale, sont placés sous l'autorité du Gouverneur Général.
         Toutefois, le Recteur de l'Académie d'Alger relève de l'autorité du Gouverneur Général pour tout ce qui concerne I'exécution du pian de scolarisation totale et l'administration des établissements soumis au régime d'enseignement prévu par l'article 3 du décret du 27 novembre 1944, relatif à l'exécution du plan de scolarisation totale de la jeunesse musulmane en Algérie.
         Le Gouverneur Général de l'Algérie est seul compétent pour recevoir communication des pourvois formés devant le Conseil d'Etat contre Ies actes des administrations placées sous son autorité. Il est habilité à présenter les observations en réponse aux dites communications.
         Le contentieux électoral et le contentieux relatif aux actes du Gouverneur Général de l'Algérie demeurent soumis aux règles en vigueur.

         Art. 48. - Le Gouverneur Général est assisté d'une Administration centrale dont l'organisation générale sera déterminée par un règlement d'administration publique pris sur sa proposition, après avis de l'Assemblée algérienne.

         Art. 49. - Le Gouverneur Général, absent ou empêché, est suppléé par le Secrétaire Général.
         Ce dernier préside notamment, dans ce cas, aux délibérations du Conseil de Gouvernement.

TITRE VI
DISPOSITIONS DIVERSES ET TRANSITOIRES

         Art. 50. - Le régime spécial des Territoires du Sud est supprimé. Ces territoires sont considérés comme départements.
         Une loi, prise après avis de l'Assemblée algérienne, fixera les conditions dans lesquelles ces territoires seront constitués, en tout ou partie, en départements distincts ou intégrés dans les départements existants ou à créer.
         Le décret du 30 décembre 1903 est abrogé. Le budget des Territoires du Sud sera intégré dans le budget de l'Algérie à compter du 1er janvier 1948.

         Art. 51. - Sous réserve des matières énumérées aux articles 9 à 12 de la présente loi, sont déclarés validés, sauf toutefois les décrets qui ont fait l'objet d'un pourvoi devant le Conseil d'Etat :
         1° Les décrets qui sont intervenus entre I'entrée en vigueur de la Constitution et la promulgation du présent statut pour étendre des lois à l'Algérie ;
         2° Les décrets qui, dans la même période, ont complété, modifié ou abrogé les décrets qui étaient intervenus antérieurement à l'entrée en vigueur de la Constitution, pour rendre applicables des lois à l'Algérie ;
         3° Les décrets intervenus dans la même période en vertu de l'ordonnance du 22 juillet 1934.

         Art. 52. - Sous réserve des matières énumérées aux articles 9 à 12 de la présente loi, les décisions votées par l'Assemblée algérienne, dans les conditions prévues aux articles 14, 15 et 16, pourront :
         1° Introduire en Algérie les lois antérieures à l'entrée en vigueur de la Constitution;
         2° Introduire en Algérie les lois postérieures à cette entrée en vigueur et dont l'extension aux territoires de l'Algérie a été renvoyée à un décret d'application ;
         3° Compléter, modifier ou abroger, nonobstant la validation ci-dessus prévue, les décrets qui, antérieurement à la promulgation de la présente loi, ont étendu des lois à l'Algérie et les décrets intervenus dans la même période, en vertu de l'ordonnance du 22 juillet 1934 ;
         4° Compléter ou modifier, pour leur adaptation aux conditions locales, les lois intervenues entre l'entrée en vigueur de la Constitution et la promulgation de la présente loi.

TITRE VII
DES COLLECTIVITES LOCALES

         Art. 53. - Les collectivités locales algériennes sont : les communes et les départements ; en conséquence les communes mixtes sont supprimées.
         L'application progressive de cette disposition fera l’objet de décisions de l'Assemblée algérienne, rendues exécutoires selon la procédure instituée par les articles 15 et 16 du présent statut.
         Les textes actuellement en vigueur continueront de s'appliquer à titre transitoire jusqu'à intervention des mesures prévues à l'alinéa précédent.

         Art. 54. - Le cadre, l'étendue, le regroupement éventuel et l’organisation des communes et des départements sont fixés par la loi.

         Art. 55. - Les collectivités locales s'administrent librement par des Conseils élus au suffrage universel direct et secret. Ces conseils sont : pour les départements, les Conseils généraux ; pour les communes, les Conseils municipaux et les Djemaâs.
         L'application progressive de cette disposition fera l'objet de décisions de I'Assemblée algérienne, rendues exécutoires selon la procédure instituée aux articles 15 et 16 du présent statut.

TITRE VIII
DISPOSITIONS ANNEXES

         Art. 56. - L'indépendance du culte musulman à l'égard de l’Etat est assuré au même titre que celle des autres cultes, dans le cadre de la loi du 9 décembre 1905 et du décret du 27 septembre 1907.
         L'application de ce principe, notamment en ce qui concerne l’administration des biens habous, fera l'objet de décisions de l'Assemblée algérienne, rendues exécutoires selon la procédure instituée aux articles 15 et 16 du présent statut.
         Les grandes fêtes musulmanes : Aïd es Seghir, Aïd el Kebir, Mouloud et Achoura, sont déclarées fêtes légales en Algérie.

         Art. 57. - La langue arabe constitue une des langues de l'Union française, les mêmes dispositions s'appliquent à la langue française et à la langue arabe en ce qui concerne le régime de la presse et des publications officielles ou privées éditées en Algérie.
         L'enseignement de la langue arabe sera organisé en Algérie à tous les degrés.
         L'application de cette dernière disposition fera l'objet de décisions de I'Assemblée algérienne, rendues exécutoires selon la procédure instituées aux articles 15 et 16 du statut.

         Art. 58. - l'Assemblée algérienne devra être élue, au plus tard, le 15 janvier 1948 et se réunir dans les quinze jours qui suivront son élection.
         L'Assemblée financière, créée par l'ordonnance du 15 septembre 1945, sera dissoute de plein droit le jour de la réunion de I'Assemblée algérienne instituée par la présente loi.
         Le régime législatif prévu au titre II de la présente loi entrera en vigueur à la même date. Jusqu'à cette date, I'Assemblée financière exercera les attributions conférées à l'Assemblée algérienne par les articles 14 et 52 de la présente loi, cette assemblée ne pouvant, toutefois, être saisie que par le Gouverneur Général.

         Art. 59. - Des décrets portant règlement d'administration publique, pris sur la proposition du Gouverneur Général, et sur le rapport du Ministre de l'Intérieur, pourront déterminer les conditions d'application de la présente loi.

         Art. 60. - La loi du 19 décembre 1900 portant création d'un budget spécial pour l'Algérie et les lois qui l'ont modifiée et complétée, l'ordonnance du 15 septembre 1945 créant une Assemblée financière de l'Algérie ainsi que toutes dispositions contraires à la présente loi sont abrogées, sous réserve du régime transitoire établi à l'article 58.
         La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat.
         Fait à Paris, le 20 septembre 1947.

ADDITIF A LA LOI DU 20 SEPTEMBRE 1947

         Titre II. - Du régime législatif de l'Algérie

         « Art. 16 bis. - Les dispositions pénales et les dispositions de procédure pénale dont sont assorties les lois intervenues pour la Métropole dans les matières non visées aux articles 9 et 12 s'appliquent de plein droit à l'Algérie lorsque ces lois y sont étendues, sans modification, par décisions prises par I'Assemblée Algérienne dans les conditions prévues aux articles 14, 15 et 16. »

         « Art. 16 ter. - L'Assemblée Algérienne peut, nonobstant l'article 12, déclarer applicables à l'Algérie, sans modification, les dispositions de procédure civile dont sont assorties les lois intervenues pour la Métropole dans les matières non visées aux articles 9 et 12, lorsqu'elle décide, dans les conditions prévues aux articles 14, 15 et 16, d'y étendre, sans modification, les autres dispositions de ces lois ».
Algérie 1957, cabinet du ministre de l’Algérie



Né en moins...

De Jacques Grieu


Du berceau à la mort, la durée paraît courte.
On cherche à l’allonger en zigzags sur la route…
Si pour la mort, on a trouvé quelques remèdes,
Pour dévier la naissance, on ne peut avoir d’aide.
Ce n’est pas par hasard, si Dieu, pour notre sort,
La naissance a placé pour tous, avant la mort.

Entre naissance et mort, il se passe cent choses,
Qui nous font et défont ; dont nous créons les causes.
Le grand Corneille a dit : pour « les âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années. »
A notre douce époque, hautement démocrate,
On peut se demander où va cette cantate !

Si le Cid était né en banlieue bien paumée,
Peut-être aurait-il fait des trafics mal famés.
La naissance n’est plus le guide majuscule,
Qui ferait qu’on dépend de quelque particule.
Le pauvre nouveau-né n’est plus prédestiné,
Et ses chances à venir ne sont jamais mort-nées.

Pourtant, (et né en moins), on peut aussi entendre,
Que sur les mots « bien nées » on pourrait se méprendre,
Et qu’ici les blasons, n’ont pas été lorgnés,
Pas plus que les barons, les ducs ou les lignées.
Pleurer sur nos naissances plutôt que sur nos morts ?
On ne peut les choisir quelqu’en soient nos efforts.

La sous population qui guette la planète,
Devrait des enfantements encourager la quête.
Les progrès de la science en réglant ces naissances,
Ont été dévoyés en facteurs de nuissance.
Si la grande indigence génère bien plus d’enfants,
La suppression des riches est système évident !

On cherche le bonheur comme aussi nos lunettes.
Et trop tard sur nos nez, on les voient en goguette.
La conscience de mort, l’Homme est seul à l’avoir,
Mais sur chaque naissance, il n’a guère de pouvoir.
De la fatalité, gardons-nous d’avoir peur,
Car la superstition, on sait, porte malheur.

La conscience de mort, l’Homme est seul à l’avoir,
Mais sur chaque naissance, il n’a guère pouvoir.
De la fatalité, gardons-nous d’avoir peur,
Car la superstition, on sait, porte malheur.
Mais s’il faut du doigté dans ce monde incertain,
Le destin n’aime pas qu’on lui force la main…
Jacques Grieu                  



« Le voyage à l’Etoile » :
un conte de Noël de Jean-Pax Méfret
Publié initialement dans " Le Cri du Rapatrié",
France-Horizon, en décembre 1970.

https://www.bvoltaire.fr/le-voyage-a-letoile-un-conte-de-noel-de-jean-pax-mefret/

          Déjà l'on pouvait apercevoir la première maison du village. Comme équilibre au-dessus de la vallée, semblant sans cesse prête à basculer au fond du ravin, elle s'appuyait sur l'olivier centenaire que Suzanne connaissait bien. C’est sur cet arbre que tout enfant elle passait de longues journées à observer dans les champs les paysans solitaires. C'est là aussi qu'elle dénichait les petits moineaux piailleurs ou qu'elle se terrait lors des interminables parties de cache-cache. Mais, aucun de ces souvenirs ne réjouissait la jeune femme. Aujourd’hui tout était différent. Ce pèlerinage qu'elle avait tant souhaité était devenu un calvaire.

         Dans la voiture, pelotonnée contre son mari, elle se laissait bercer par le va et vient des essuie-glaces. Les yeux mi-clos. Elle regardait la route, elle la voyait pas. Depuis le 14 décembre, d'ailleurs, elle ne voyait plus rien. Sinon que cette plaque aux lettres blanches sur fond bleu. Cette plaque qui remettait tout en question.
         La pluie crépitait sur le pare-brise. De temps en temps, la voiture soulevait d'immenses gerbes d'eau qui plaquaient sur les vitres la boue du chemin de terre. De sa main libre, Jean caressa la joue de sa femme. Lui aussi pensait à cette plaque. Sans arrêt depuis 10 jours, il avait vainement cherché la solution. Si au moins Suzanne l’avait prévenu à temps… Jusqu’à la dernière seconde, sa femme avait espéré. La déception n'en avait été que plus forte.

         C’est une honte, avait-elle sangloté en apprenait que la décision était définitivement adoptée. C'est une honte…
         Jean était bien de cet avis ; mais il y avait longtemps qu'il ne faisait plus d'illusions. Aussi, pour lui, il ne valait mieux ne pas en parler. Il fut même étonné du chagrin de Suzanne.
         Je ne comprends pas pourquoi tu en fais tout un drame, Iui avait-il dit. Après tout ce qui nous est arrivé, c'est seulement une petite goutte de fiel de plus boire. Pour ma part, j'en ai tellement avalé que ça ne me fait plus aucun effet.

         Porté disparu à Verdun, le brigadier Marin…
         C'est alors que Suzanne lui avait révélé la fameuse promesse faite à la vieille arrière-grand-mère qui vivait toute seule dans un village du midi.
         Obligée de fuir l'Algérie, elle avait voulu retourner au pays de ses ancêtres, dans le Midi. C’est de là qu’en 1840, ses parents de petits viticulteurs ruinés par la crise du phylloxera étaient partis vers les terres marécageuses de la basse Mitidja où, de leurs mains nues, ils avaient rendu fertile un sol aride.
         Toute sa vie, Jeannette Marin, née à Blida, avait souhaité connaître l’endroit où son mari avait été enterré. Porté disparu à Verdun, le brigadier Marin reposait certainement dans la boue d’une tranchée de cette terre sanglante de la Meuse.

         Mais la vieille grand-mère ne l’avait jamais admis. Pour elle son mari n’était pas à Verdun. Un endroit plus honorable encore l’abritait. C’était une idée qui avait germé le jour où Foch et Pétain avaient pour la première fois inauguré le tombeau du soldat inconnu. Puis, au fil des années, elle y avait cru de plus en plus pour, finalement, en être un jour persuadée. Son mari reposait à l’Etoile, dans le tabernacle de l’Arc de Triomphe. Et pas ailleurs. C’est pour cela que d’une main tremblante elle n’hésita pas à écrire à sa petite-fille : « Si je m’adresse à toi, c’est parce que tout le monde croit que je radote. C'est vrai que je suis vieille, ma petite Suzanne, mais ça ne m'empêche pas de me souvenir encore de mon brave Fernand, même s'il y a plus de 50 ans qu'il est mort au champ d'honneur. Alors, avant de mourir, je voudrais voir une fois cette place où il repose et poser sur sa tombe un bouquet de violettes. »

         Suzanne n'avait pas hésité une seconde. Tout fut vite réglé. A son arrière-grand-mère, née dans la nuit du 24 décembre, elle offrait en cadeau d'anniversaire ce voyage à l'Etoile.
         « Mais, ce n'est plus l'Etoile ! »
         Mais, ce n'est plus l'Etoile, soupira la jeune femme, alors que Jean manœuvrait pour se garer. Un chien mouillé s'approcha de la voiture. Il se mit à japper en remuant la queue.
         — Tu crois qu'ils lui ont dit ? demanda-t-elle à Jean
         — Mais non, chérie. Tu vas voir tout le monde aura suivi tes consignes. Mais, à mon avis, tu as eu tort. Il ne fallait pas masquer la vérité. Comment lui annoncer beaucoup cela, maintenant, à la pauvre Mémée ?
         — Ça, je l'ignore. Mais je suis sûre d'avoir eu raison. Tu ne te rends pas compte de ce que cela aurait provoqué chez elle. Je t’ai pourtant assez expliqué qu'elle pouvait pas le voir, l'autre. Elle serait entrée dans une colère noire en apprenant cela. Elle aurait su la vérité. Comment lui annoncer beaucoup trop de chagrin.
         — Peut-être, reconnut Jean, mais, à présent, ça risque d'être pire. Elle a 90 ans, tu sais.
         — Justement. A 90 ans ce serait pour elle une déception terrible, cruelle. Une gifle. Un sacrilège. Trop de choses lui reviendraient en mémoire. La mort de son mari en 14-18, par exemple, alors que « Lui » s'est rendu. L’assassinat de son frère par les rebelles avec qui « Il » négocia. La rafale de mitraillette tirée par les gardes mobiles dans les fenêtres de l'immeuble où elle habitait, parce qu’« Il » voulait mâter les opposants à l’abandon. Les quatre fusillés auxquels « Il » refusa la grâce. Non, trop de choses lui reviendraient en mémoire.

         Sur le pas de la porte, toute de noir vêtue, avec sur la tête, un petit chapeau d'osier égayé par quelques fruits de couleurs, la vieille grand-mère était déjà prête. Suzanne la serra très fort et sécha les quelques larmes qui glissaient sur ses joues. Ils avaient, tout de suite, repris la route. Jean meublait la conversation par des banalités, la grand-mère remarqua le silence de sa petite-fille.
         — Je vous dérange, hein, les enfants ? Au fond, J'aurais peut-être pas dû. Mon brave Fernand m'aurait pardonné. Ah ! je ne sais pas ce qui m'a pris de vous demander une…
         — Mémée, l'interrompit Suzanne en lui prenant la main, il ne faut dire ça.
         — Merci, merci mes enfants, sourit la vieille grand-mère. J'en avais tellement envie de voir cette place de l'Etoile. Vous m'offrez le plus beau jour de ma longue vie.

         Deux jeunes malins
         C’était un Noël sans neige. Un Noël de pluie. Tout au long des Champs-Élysées sous le tunnel scintillant de lumières multicolores, les passants étaient nombreux. Sur la chaussée, les voitures formaient une longue file. Déjà quelques klaxons résonnaient. Suzanne, Jean et leur petite grand-mère étaient attablés à la terrasse d'un café. Les yeux émerveillés. Les mains jointes autour d'un bouquet de violettes, la vieille dame regardait le gigantesque monument qui se dressait sur le plus beau carrefour du monde.
         — C'est là qu'il se trouve mon Fernand, pensait-elle. C’est là…
         Suzanne et Jean s'observaient silencieux. D'un signe de tête Jean, encore une fois, proposa à Suzanne de tout révéler. Alors, Suzanne se leva.
         - Mémée, souffla-t-elle.
         La grand-mère sourit un faible « oui ».
         - Heu...Nous y allons. fit Suzanne, après une brève hésitation.
         — Tu me prendras en photo, hein, fit la grand-mère
         — Devant la flamme ? demanda Jean
         — Non, sous le panneau de la place de l‘Etoile. C'est grâce à des hommes comme mon Fernand qu'elle brille l'étoile. Jean n'en pouvait plus. Il prit le bras de la vieille dame :
         — Mémée, il faut que l'on vous dise. Suzanne et moi, nous avons menti.

         Le visage crispé, les yeux apeurés, la vieille grand-mère releva la tête. La pluie lui caressa le visage. Ses lèvres tremblèrent. Jean serra les dents et reprit :
         — Il faut être forte, Mémée. Nous vous avions caché quelque chose.
         — Non ! cria Suzanne en lui tirant le bras. Non ! regarde !!!
         Tous ensemble, ils levèrent la tête. A l'angle des Champs-Élysées, la plaque en lettres blanches sur fond bleu se détachait de la grille. Soudainement, les voitures klaxonnèrent. Suzanne se mit à rire. Les gens s'embrassaient en se souhaitant « joyeux Noël ». Des filles passaient en chantant. La vieille grand-mère ferma les yeux. Le flash l'avait surprise. Suzanne et Jean l'enlacèrent.
         — Et maintenant, allons voir mon Fernand, dit la vieille dame…
         — Tiens, lança le brigadier au policier qui attendait dans le fourgon. C'est encore deux jeunes malins qui ont collé place de l’Etoile sur la plaque Charles de Gaulle.
Jean-Pax Méfret



De l’Algérie française à la France algérienne…

Envoyé par M. J.C. Gatto
,

       « A l’occasion de votre élection à la présidence de la République algérienne, je vous adresse mes félicitations. Cette indépendance algérienne, nous l’avons voulue et aidée » (Message de Charles de Gaulle à Ben Bella, le 4 septembre 1963)

       Le 1er juillet 1962, une Algérie épuisée, privée de la plupart de ses Européens, fut appelée à trancher sa propre destinée. En répondant « oui » à l’indépendance, chaque électeur effaçait une part de l’Algérie française ; et l’addition de ces voix mit fin à l’entité née le 5 juillet 1830, lorsque les troupes du général de Bourmont, après avoir débarqué à Sidi-Ferruch, s’emparèrent de la capitale des deys. La France officielle, lasse, indifférente, telle un Ponce-Pilate moderne, se lava les mains de cette histoire et tourna la page.
       L’enfantement de la nouvelle République algérienne fut un tumulte : un mélange de liesse, de vengeances et de violences aveugles avec, parmi les drames, l’assassinat de musulmans restés fidèles à la France, les massacres d’Européens comme ceux d’Oran, le 5 juillet 1962 et les enlèvements par milliers. L’ivresse de l’indépendance fit bientôt place au vertige du vide : la foule dansait autour d’un buffet déjà déserté. Le pays s’effritait sous les pas de ceux qui avaient espéré l’élever. Car après les saccages, après les premiers mois de sang répandu comme une pluie trop lourde, après les luttes internes et l’incompétence d’un pouvoir improvisé, l’Algérie se retrouvait nue. Les bâtiments s’écroulaient comme des carcasses, l’agriculture agonisait, les machines jadis entretenues avec précision grippaient au soleil. Les ingénieurs venus de l’Est contemplaient l’étendue du désastre, impuissants, comme devant un navire échoué trop loin de toute aide.

       Tout au long de la guerre, les chefs du FLN avaient promis justice, bonheur et dignité pour la « malheureuse » population musulmane. Mais l’indépendance n’apporta ni l’aisance espérée, ni l’apaisement. Dévorée par la corruption, l’Algérie sombra dans un désastre économique que la manne pétro-gazière, accaparée par une oligarchie, ne parvint jamais à enrayer. Le pouvoir, loin de revenir au peuple auquel il avait été solennellement promis, fut confisqué par un groupe restreint, d’abord choisi par la France pour préserver ses intérêts, puis consolidé par des alliances successives. Pour demeurer au sommet, cette élite n’hésita pas à manipuler les islamistes, replongeant, dans les années 1990, le pays dans un nouveau cycle de violence. Une décennie sombre où la nuit semblait descendre chaque jour un peu plus tôt.

       Dans « La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable », Lounis Aggoun décrit un système façonné par des Algériens, avec l’appui successif de Paris puis de Washington, au détriment du peuple tout entier. Ainsi, minée par la corruption, l’intégrisme, les luttes internes du pouvoir et les séquelles encore brûlantes de la guerre civile des années 1990, dont les causes jamais éradiquées attisent toujours les braises, la société algérienne se délite lentement. Le peuple attendait la lumière ; on lui servit l’ombre.
       Craignant alors la colère de ce peuple qu’on avait bercé huit ans durant d’illusions et soucieux de contenir sa jeunesse frondeuse devenue « classe dangereuse », le gouvernement algérien, incapable de lui offrir du travail, exigea « la libre circulation » et « l’installation de ses ressortissants en France » en menaçant de Gaulle d’une rupture qui eût contrarié sa « grande politique » arabe. De Gaulle, obsédé par sa politique méditerranéenne qu’il voulait préserver, céda et l’ouverture presque sans contrôle de nos frontières à l’immigration algérienne devint un fait accompli… Par ce transfert massif de populations désœuvrées, le pouvoir algérien entendait assurer sa propre stabilité en exportant ce qu’il ne parvenait à gérer… espérant n’avoir jamais à les reprendre.

       La moitié des quarante sept millions d’Algériens ont aujourd’hui moins de vingt ans. Ils sont nombreux à rêver de s’installer en Europe, particulièrement en France… nombreux, aussi, à profiter de la crise migratoire pour s’infiltrer dans les filières des « réfugiés ». En témoignent les assassins qui ont défrayé la chronique, Merah, Coulibaly, Couachi, Sid Ahmed Ghlam, Yassin Salhi, Salah Abdeslam, l’organisateur des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, Karim Cheurfi, l’auteur de l’attentat du 20 avril 2017 sur des policiers à Paris et Mohamed Lahouaiej-Bouhle, celui de Nice, le 14 juillet 2016 (86 morts et 458 blessés). Ils étaient, comme Salah Abdeslam, Français, ou, pour ceux qui ont rejoint ce qu’ils croyaient être le « Paradis d’Allah et ses soixante douze vierges », le seraient devenus.
       Alors, avec eux, ce furent des milliers d’autres jeunes issus de cette immigration arabo-africaine qui, en quête d’horizons, d’identité ou d’absolu, s’abandonnèrent à l’attrait funeste du djihadisme et de la violence. Autant de destins fragiles, manipulés, exposés aux dérives idéologiques mortifères, semblables à des ressorts comprimés dont nul ne sait quand ni où ils pourraient se rompre.
       Ainsi, tandis que l’« Algérie française » — dont les cinq coups de klaxon scandés autrefois (« Al-gé-rie fran-çaise ! ») ne subsistent plus qu’à l’état de réminiscence — s’est dissoute dans le passé. La France contemporaine avance au milieu de ses propres turbulences, traversée de contradictions, de violence, de manifestations enfiévrées, de colères et de crépitements d’armes… une réalité nouvelle, née du fracas du passé, et que nul n’avait vraiment imaginée.
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LE POIDS DU REGARD
Par José CASTANO 22 décembre 2025

               Quand je suis rentré d’Algérie, en 1962, je n’avais que quinze ans. Quinze ans, et déjà le goût de l’exil sur la langue. Dans les regards des métropolitains que je croisais, je ne lisais rien d’autre qu’une indifférence glacée, un égoïsme paisible, presque satisfait. Cette indifférence me brûlait plus sûrement qu’un reproche : elle recouvrait d’un voile commode la tragédie qui venait de fracasser plus d’un million de vies, comme si notre douleur n’avait jamais eu droit d’exister.

                Mon chagrin, celui des racines arrachées à la terre natale, les dérangeait. Il troublait leur confort. Il leur renvoyait, comme un miroir trop fidèle, l’image de leur lâcheté tranquille, de leur aveuglement volontaire, de cette sérénité achetée au prix de notre abandon. Pendant ce temps-là, mon père, lui, croupissait derrière les barreaux d’une geôle gaullienne, puni pour avoir aimé sa patrie jusqu’au bout, pour l’avoir servie sans calcul ni reniement. (1)

                Les vœux que l’on adresse ne sont pas que des mots : ce sont des mains qui tentent encore de retenir la mémoire avant qu’elle ne s’efface. S’ils peuvent ranimer en nous l’hospitalité, la dignité, la force que nos douleurs ont forgées, alors quelque chose de précieux renaît.

                Les miens — les Pieds-Noirs — se distinguaient autrefois par une hospitalité rare, presque sacrée. Qu’elle renaisse. Qu’elle redevienne cette lumière obstinée qui efface l’accueil brutal que l’on nous infligea, et qui rappelle que les vraies civilisations naissent toujours ainsi : des larmes surmontées, des blessures transfigurées en force, de la douleur élevée en dignité.

                Kipling disait qu’à ce prix-là seulement, on devient un homme.

                Puissions-nous, que la santé nous accompagne ou nous échappe, que le bonheur nous soit fidèle ou fuyant, devenir ces hommes-là. Ceux que furent nos pères. Ceux que nos fils, un jour, pourraient regarder sans baisser les yeux.

                Bonne et heureuse année.

                Joseph (José) CASTANO

                (1) — Certains délateurs, leur bouche déversant une haine avide, se sont crus obligés de répandre, sans la moindre gêne, sur les réseaux sociaux, de fausses accusations, me présentant comme un homme fier d'avoir « combattu en Algérie »… « d’avoir été légionnaire »… « membre de l’OAS »… « membre des forces spéciales »... Que d'exploits, à quinze ans ! Quelle infamie dans ces mots ! N’ont-ils aucune vergogne à salir, aujourd'hui, l’héritage d’un père qui fut un héros, un homme digne de ce nom, pendant que moi, fils de l’exil, je n’étais qu’un enfant jeté dans la tourmente, n'ayant pas le poids de leur mensonge, pas la fierté de leurs façades ! Ma souffrance ne se donnait pas en spectacle, elle était simplement ce poids silencieux, celui des racines arrachées, de l’honneur bafoué. Mon père, Joseph CASTANO, ancien de l’Armée d’Afrique, fut un héros : pas moi.

                « Braves gens prenez garde aux choses que vous dites, tout peut arriver d’un mot qu’en passant vous perdîtes ». Victor Hugo

Mon Credo sous les étoiles de Noël

               Cher Papa Noël,

                En cette nuit où le monde retient son souffle, mon âme d’enfant remonte à la surface comme une prière ancienne. Je ferme les yeux et j’ose croire encore que ta hotte, cette année, ne sera pas remplie de pacotille venue de loin, ni alourdie par la violence, le désespoir et le chagrin. J’ose espérer qu’elle déborde plutôt d’entente retrouvée, de joies simples, de promesses enfin tenues, de ces lumières fragiles qui réchauffent les cœurs et apaisent les hommes.

                Et puis, cher Papa Noël, si tu le peux, je te confie un vœu plus vaste encore. Je voudrais que la France redevienne la France, celle qui a bercé mon enfance et façonné mes rêves ; la France des clochers et des cathédrales, la France de Jeanne d’Arc, la France chrétienne, fière de son histoire et fidèle à son âme. Que notre pays cesse d’être meurtri, humilié, défiguré, et qu’il retrouve le souffle, la dignité et l’élan qui furent les siens.

                Je voudrais aussi que « Jupiter » renonce à son œuvre de destruction, qu’il s’éloigne et laisse enfin la France en paix, afin qu’elle puisse renaître, libre et vivante.

                Alors, la France sera sauvée ; elle retrouvera sa grandeur, son dynamisme et cette espérance qui faisait battre le cœur de ses enfants.

                Voilà mon Credo, cher Papa Noël, murmuré au seuil de l’hiver.
               Que le petit Jésus éclaire ton chemin et t’aide à exaucer ces vœux confiés à la nuit.

              
José CASTANO



Tebboune nous humilie une fois de plus
Eric de Verdelhan, 25 décembre2025
Envoyé par Mme A. Bouhier
« Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour aller dans l’hémisphère nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire… »
(Houari Boumediene).

        Alors que la France fête Noël, voilà que Tebboune, celui auquel nous léchons les babouches et adressons des salamalecs incantatoires pour qu’il cesse de clamer haut et fort sa détestation de la France, vient de faire voter une loi criminalisant la colonisation française (de 1830 à 1962).
        Le Parlement algérien a adopté cette loi à l’unanimité. Debout dans l’hémicycle, les députés, écharpe aux couleurs du drapeau algérien autour du cou, ont applaudi le passage du texte qui fait porter à l’État français «la responsabilité juridique de son passé colonial en Algérie et des tragédies qu’il a engendrées». Et ce crâne d’œuf de Barrot, ministricule des Affaires Étrangères, celui-là même qui critiquait la fermeté de Retailleau, constate que cette loi est : « une initiative manifestement hostile, à la fois à la volonté de reprise du dialogue franco-algérien, et à un travail serein sur les enjeux mémoriels». Mais de qui se moque-t-on ?
        Allons-nous supporter encore longtemps de nous faire rouler dans le couscous par l’Algérie ? Il faudra bien, un jour, siffler ENFIN la fin de la partie !

        Je dois manquer de charité chrétienne car j’avoue qu’il m’arrive de sourire chaque fois que Macron se ridiculise ou se fait humilier à l’international. Le problème, c’est qu’avec lui, c’est aussi la France qui est humiliée, salie, rabaissée, bafouée. Ce type nous déshonore. Il méprise son pays, et il insulte les Français dès qu’il est à l’étranger. Depuis son élection en 2017, ce cabot vaniteux aura TOUT raté. Il est devenu une sorte de François Hollande, certes plus présentable et moins risible, mais ô combien plus néfaste ! C’est incontestablement le pire des présidents de la V° République qui a pourtant connu bon nombre de tocards, d’incapables, d’aigrefins et de voyous.

        Il ne vous aura pas échappé qu’il nous a brouillés avec toute l’Afrique Noire francophone. S’il avait daigné lire « l’Afrique réelle » et les publications du professeur Bernard Lugan, il saurait que le continent africain est complexe, et que ce n’est pas à coup de repentance, de courbette et d’auto-flagellation qu’on se fera respecter de nos anciennes colonies africaines.
        Avec l’Afrique du Nord, les pays du Maghreb, sa position a été encore plus ambiguë. Après avoir qualifié l’œuvre française en Algérie de « crime contre l’humanité », il n’a pas cessé de lécher les babouches des Algériens. Il a même demandé au gauchiste Benjamin Stora un rapport qui n’est rien d’autre qu’une repentance honteuse de la France à l’égard de l’Algérie ex-française.

        De son côté, Abdelmadjid Tebboune, le vieux président algérien, l’humilie et le roule dans la semoule. L’année dernière, un hebdo nous affirmait que « malgré les obstacles, Macron et Tebboune travaillent au rapprochement franco-algérien ». Paris et Alger envisageaient la programmation de la visite d'État du président algérien en France (qui devait avoir lieu au premier trimestre 2024). Mais, alors que la visite de Tebboune ne cessait d'être reportée, ce dernier se rendait chez Poutine pour signer - en grande pompe - plusieurs accords de «partenariats stratégiques». En choisissant d'aller en visite d'État chez Poutine plutôt qu'à Paris, Tebboune rappelait combien le pari d’Emmanuel Macron d'un rapprochement avec Alger restait incertain, pour ne pas dire totalement utopique. La visite en France de Tebboune, programmée d'abord début mai 2023, avait été repoussée à juin. On nous a raconté que les Algériens craignaient les manifestations de rue (contre la réforme des retraites). Mais depuis, Tebboune n'a jamais confirmé sa venue. Tebboune s’allie les bonnes grâces de son peuple en tapant sur l’ancien colonisateur honni. Ça évite de parler de 70 ans d’incompétence et de corruption de la part des caciques du FLN. Ce pays était pourtant riche au moment de son indépendance. À Alger, le sentiment antifrançais remonte régulièrement à la surface au gré des tensions. Le débat sur une éventuelle remise en cause de l'accord conclu en 1968 avec l'Algérie n'a rien arrangé non plus. De plus, l'Algérie, candidate à l'entrée dans le club des « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), préfère éviter toute fausse note avec une visite à Paris.

        Les « Brics » veulent devenir une alternative à l'ordre mondial dirigé par l'Occident. Alger, appauvri par plus d’un demi-siècle de corruption, voudrait jouer enfin dans la cour des grands. En redoublant d'attention pour Alger, Emmanuel Macron a plombé une relation déjà difficile avec le Maroc. Rabat et Paris sont restés en froid durant de longs mois ; un gel des relations qui a perduré. À l’origine de cette brouille, les restrictions d'octroi des visas visant les Marocains, une mesure pourtant levée en décembre 2023. Mais au-delà, le Maroc reprochait à la France ne pas s'aligner sur les USA et l'Espagne qui ont reconnu la « marocanité » du Sahara occidental.

        Or l’avorton présidentiel, qui voudrait être bien avec les Algériens « et en même temps » avec les Marocains, a fini par reconnaître les droits du Maroc sur le Sahara occidental. La revendication des Marocains sur cette région remonte à loin. Le 6 novembre 1975, le Roi Hassan II organisait la « Marche verte », une marche - pacifique - vers le Sahara occidental dans le but de le récupérer, car considéré comme faisant historiquement partie du Sahara marocain. Elle mobilisa plus de 350 000 Marocains. La légitimité de la prise de contrôle de ce territoire par le Maroc n'est pas reconnue par l'ONU. Avec la reconnaissance de la « marocanité » de ce territoire, Macron a provoqué la colère de Tebboune. Il aura encore manqué son objectif de « réconciliation des mémoires ». Son souhait de rendre amicales les relations franco-algériennes est tombé à l’eau. La détention de Boualem Sansal était la réponse de Tebboune. C’était encore une gifle à la France ! Comme disait Pierre Laval « pour collaborer, il faut être deux » or les concessions avec Alger sont toujours à sens unique.

        Après l’Afrique Noire, Macron contribue à nous mettre à dos tout le Maghreb, or nous avons chez nous une importante « cinquième colonne » maghrébine qui a appris, depuis son plus jeune âge, à détester la France. Les Algériens étant les plus virulents, les plus haineux, à notre égard. Pour ma part, j’ai tiré un trait définitif sur l’Algérie. J’ai écrit plusieurs livres (1) et des dizaines d’articles sur le sujet. C’est fini, je n’en écrirai plus car j’en ai marre de voir la France se coucher, se vautrer, se prostituer et faire amende honorable envers un pays auquel elle a pourtant tout donné et qui n’a même pas la reconnaissance du ventre. Tout ce qui tient encore debout, tout ce qui fonctionne encore, a été construit par la France entre 1830 et 1962 (et même après). Chaque année, autour du 19 mars, nous avons droit à une repentance honteuse de la part de toute notre classe politique et à des articles tendancieux d’une presse (majoritairement de gauche) culpabilisant notre colonisation.

        Je rappelle, juste pour mémoire, que l’Algérie est le seul pays au monde à avoir, dans son hymne national, un couplet menaçant carrément notre pays. Et, par veulerie, nous tolérons ça ! Sur la colonisation et la guerre d’Algérie, nous aurions pu, nous aurions dû, laisser le temps faire son ouvrage. Il cicatrise les plaies, favorise l’oubli et parfois même, le pardon(2). Mais en février 2017, Macron qualifiait l’œuvre française en Algérie de « crime contre l’humanité ». Puis, en octobre 2018, il allait salir l’armée française en faisant repentance, pour la France, auprès de la veuve de Maurice Audin, ce prof de maths qui trahissait son pays au profit du FLN. Depuis, en pompier-pyromane, il n’a cessé de souffler sur la braise. C’est sciemment que je parle de braise, en pensant à deux films « engagés »: « Chronique des années de braise » de Lakhdar-Hamina (3) sorti en 1975, et « Des feux mal éteints » de Serge Moati (4), sorti en 1994. Dans la foulée, Macron, comme Hollande, condamnait le soi-disant massacre du 17 octobre 1961 (5), puis, le gouvernement annonçait que nous allions ouvrir « avec quinze ans d’avance » les dossiers concernant la guerre d’Algérie. Encore une mesure… unilatérale ! Or, le vieux Tebboune se moque des gesticulations françaises comme de sa première djellaba. Ce qu’il attend, c’est un acte de contrition en bonne et due forme, avec, à la clé, des indemnisations pour les crimes que nous aurions commis en Algérie. Devant une France veule, faible, lâche, il ne faut pas s’étonner de voir des Algériens (ou des Franco-algériens) manifester et saccager les vitrines de nos grandes villes, en brandissant des drapeaux algériens, lors de la victoire de leur pays (car pour eux la France n’est pas leur pays) à la coupe d’Afrique de football.

        Il est dit que nous boirons la coupe jusqu’à la lie, jusqu’à l’hallali, puis juste qu’au Halal tout court. Charles de Foucault était lucide quand, le 29 juillet 1916, il écrivait à René Bazin : « Les musulmans peuvent-ils être vraiment français ? D’une manière générale, non : plusieurs de leur dogme fondamentaux s’y opposent. Le seul moyen pour qu’ils deviennent français est qu’ils deviennent chrétiens ». Une préconisation assez logique mais l’anticléricalisme maçonnique de la III° République ne pouvait l’accepter. Mais revenons à nos moutons, à savoir, l’Algérie : D’une colonisation, exemplaire à plus d’un titre, nous avons fait un motif de culpabilité et de contrition ; nous avons transformé une guerre indéniablement gagnée militairement en défaite ; nous avons bradé notre autosuffisance énergétique en abandonnant les hydrocarbures sahariens ; nous avons parqué dans des camps insalubres les Harkis fidèles à la France (quand nous ne les avons pas livrés désarmés aux égorgeurs du FLN) tandis que nous déroulions le tapis rouge aux fellaghas.

        Donc, si nous devons faire repentance, c’est d’avoir abandonné l’Algérie française.
        Ferhat Abbas a déclaré : « L’œuvre de la France est admirable ! Si la France était restée vingt ans de plus elle aurait fait de l'Algérie l'équivalent d'un pays européen. » Il devait ajouter sur le tard : « La France a commis un crime : elle a livré le peuple algérien aux tueurs et aux assassins. »
        Je rappelle que Ferhat Abbas était un homme d'État algérien, rallié au FLN durant la Guerre d'Algérie, président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne de 1958 à 1961.

        Albert Camus a dit : « L’Algérie, on n’en guérit jamais ». Pour ma part, je suis guéri et je me dis que si Tebboune veut rappeler tous les ressortissants algériens qui vivent chez nous (souvent de trafics illicites ou d’aides sociales), grand bien lui fasse ; on ne les retiendra pas ! Ajoutons, pour que la mesure soit complète, qu’il faudrait également supprimer la double nationalité, le regroupement familial, le droit du sol, et les accords de 1968 qui favorisent l’arrivée massive d’Algériens en France.
        Après tout, si Tebboune n’aime pas la France, qu’il garde ses ressortissants chez lui ! Il serait grand temps de faire mentir Coluche qui disait : « Dans le divorce entre la France et l’Algérie, c’est la France qui a obtenu la garde des enfants…».
Eric de Verdelhan - 25 décembre 2025

        1)- «Requiem pour l’Algérie française» (2012) ; «Oran le 5 juillet 1962 (et quelques massacres oubliés)» (2017) ; « Hommage à NOTRE Algérie française » (2020).
        2)- Il va sans dire que, dans mon esprit, le pardon est dû aux « Pieds noirs » et aux Harkis abandonnés par la France. Nous ne devons RIEN à l’Algérie qui, elle, nous doit son existence, son industrialisation, ses infrastructures, la découverte de ses hydrocarbures…etc…
        3)- « Chronique des années de braise », film algérien réalisé par Mohammed Lakhdar-Hamina, sorti en 1975 et qui, comme par hasard, remporta la Palme d'or au Festival de Cannes.
        4)- « Des feux mal éteints », film français de Serge Moati, sorti en 1994, sur la guerre d'Algérie.
        5)- Le professeur Bernard Lugan et moi-même avons rédigé suffisamment d’articles sur le sujet pour qu’il ne soit pas utile d’y revenir ici.


Ukraine
La guerre nous a fait oublier l
es autres dangers qui nous menacent
 
 

               La situation dramatique actuelle était-elle inévitable ? Certes pas, mais il me semble nécessaire de souligner chronologiquement les événements qui se sont déroulés dans notre monde depuis une soixantaine d’années (1962) et que « les moins de 20 ans » ne peuvent pas connaître… ni ceux de quarante ans non plus !
               Ne revenons pas sur la Seconde Guerre mondiale 39/45, mais arrêtons-nous sur la création de l’OTAN par les États-Unis en 1949 mais devenue réellement opérationnelle en 1955, avec l’adhésion de l’Allemagne puis des autres nations.
               Deux puissances se partageaient alors notre planète : les États-Unis et l’URSS, le reste du monde n’existait pas. C’était l’époque de la guerre froide.

               En 1962 les Américains décidaient d’annexer l’île de Cuba, conquise par le communiste Fidel Castro. L’URSS décidait alors d’y installer des forces armées et, surtout, 36 missiles nucléaires, à proximité donc des USA, afin de contrer les missiles nucléaires déployés justement par l’OTAN dans les pays frontaliers qui l’avaient rejointe.
               À quelques minutes près, nous avons alors échappé à une troisième guerre mondiale et nucléaire et nous ne serions peut-être plus là pour en parler !
               Au cours de ces cinq dernières minutes, Kennedy et Khrouchtchev ont repris leurs esprits et chacun est rentré chez soi.

               1989, c’était la chute du mur de Berlin, la fin de l’URSS communiste et l’Allemagne de l’Est se fondait avec celle de l’Ouest. L’Europe et le monde respiraient.
               C’est dans les quelques années qui ont suivi que tout s’est joué, ou plutôt, que rien ne s’est joué.
               En effet, l’Union européenne aurait dû alors ouvrir les bras à la nouvelle Russie et l’intégrer dans son sein, au lieu de la mépriser et de la laisser à la porte, sous la pression des États-Unis, dont l’objectif majeur, à l’époque, était surtout de maintenir et de consolider l’OTAN et de poursuivre sa mainmise sur l’Europe occidentale. Cette Europe qui, avec la Russie, aurait pu devenir une troisième puissance mondiale, se passer de la protection américaine et de la montée en puissance de la Chine.

               Dans un tel cas de figure, il aurait été fort possible d’ailleurs que Vladimir Poutine ne devienne jamais le maître du Kremlin en 2002 et ne menace pas la paix du monde aujourd’hui !
               Après la fin de l’URSS, l’OTAN aurait dû être démembrée car la Russie de l’époque ne présentait plus le moindre danger puisqu’elle aurait fait partie de l’UE, ainsi que tous les pays satellites, sans aucune nécessité d’une protection américaine.

               Il n’y a plus un Kennedy ni un Khrouchtchev pour stopper l’escalade actuelle car, et permettez-moi de me montrer pessimiste, sur le manque de jugeotte des Maîtres qui dirigent le monde actuellement, je crains fort que même une solution bâtarde qui serait d’accepter quelques conditions de Poutine, la reconnaissance de l’occupation de la Crimée (et la levée des sanctions inutiles), le Donbass offert à la Russie, la démilitarisation de l’Ukraine, l’extermination du régiment nazi Azov, la non-adhésion de l’Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie à l’OTAN, et le respect des accords de Minsk, rien donc n’empêcherait Poutine de poursuivre les hostilités afin de s’emparer de toute la côte mer Noire et mer Azov, du Donbass et Marioupol jusqu’à Odessa.
               Il s’agissait là, dans l’immédiat, de son objectif principal.

               Cette guerre nous fait oublier totalement les autres dangers qui nous menacent : l’islam, la Turquie, le nucléaire iranien, la Corée du Nord, la Chine, Taïwan et j’en passe.
               Et toutes ces réflexions, à la condition qu’une maladresse internationale ne provoque une déflagration mondiale, qui peut se produire à toute heure.
               Puisque j’en suis au stade des réflexions, l’une d’elles m’interpelle : le réarmement de l’Allemagne, la reconstruction d’une force militaire, avec les moyens financiers (1000 milliards) et techniques qu’elle dispose, c’est bizarre mais je ne peux m’empêcher de penser à 14/18 et 39/45 !
               (Faudrait-il envisager de placer des missiles balistiques à la frontière de l’Alsace ?)

               Mais il est vrai également que nous avons changé d’époque : il n’y aura plus des millions de morts de soldats qui s’affrontent sur le terrain, cela c’était avant… mais la destruction totale d’un pays en quelques minutes et peut-être même d’un continent en quelques heures ! Cela sera, peut-être, demain.
Manuel Gomez
15 décembre 2025




La Nativité contée par des santons provençaux de chair et d’os

            On ne le dit jamais assez : Jésus est né en Provence ! De fait, pendant la période de Noël, qui s’étend du premier dimanche de l’Avent au dimanche 11 janvier, date de la fête du baptême du Christ, jusqu’à la présentation de Jésus au temple, le 2 février, cette région du sud de la France est particulièrement riche en traditions. Les pastorales, qui ont lieu entre le 26 décembre et la Chandeleur, en sont une.
            Il s’agit d’un spectacle qui raconte l’histoire de la Nativité sous le prisme provençal. Une sorte de crèche provençale vivante, avec des santons en chair et en os. Sur scène, des bergers, des anges, des villageois, un rémouleur, le ravi et autres personnages habituellement en plâtre se donnent la réplique.

            La Nativité, le fond
            L’histoire débute avec l’arrivée d’un ange qui annonce aux bergers provençaux que le Sauveur est né. Ils sont alors chargés de faire circuler la bonne nouvelle. Elle se répand. Tous les villageois se mettent donc en chemin pour aller adorer le Fils de l’Homme et lui remettre des présents. Le tout est présenté de manière humoristique. Les quiproquos et les scènes légères s’enchaînent. Certains personnages, comme Pistachié, sont particulièrement hilarants. Dans les salles où l’on joue des pastorales, les éclats de rire sont nombreux. L’humour pratiqué peut être suranné mais il n’est jamais irrévérencieux. Jean-Michel Turc, acteur dans une pastorale et président de l’Ensemble culturel provençal en terroir marseillais, le confirme à BV : « C’est un spectacle amusant et rigolo mais toujours respectueux et bienveillant. » Il est ponctué de danses et de chants folkloriques au son des tambourins provençaux et des galoubets.

            La plus célèbre des pastorales est celle dite Maurel, du nom de son créateur, Antoine Maurel. Écrite en 1944, elle est découpée en cinq actes et dure près de quatre heures. Le texte est entièrement récité en provençal, ce qui en fait « la pièce de théâtre traditionnel en langue régionale la plus jouée d’Europe». Audibert en est une autre, très appréciée des locaux et tout aussi historique que la Maurel, mais jouée en costume biblique et en français. À ces deux célèbres représentations viennent s’ajouter toutes celles qui ont lieu dans les villages provençaux, souvent jouées par les habitants eux-mêmes. Dans les écoles de la région (publiques comme privées), il n’est pas rare que les enfants jouent également la pastorale dans une version raccourcie. Preuve, s’il en fallait une, que la Provence est un territoire marqué par le catholicisme et qu’il fait partie intégrante de son identité.

            La Provence, la forme
            Jean-Michel Turc qualifie même cette pièce, qui a pour toile de fond la Nativité, de «monument vivant du patrimoine local». Il souligne également qu’elle a pour mérite de «jouer un rôle dans le maintien de la langue», une chose chère à ce professeur de langue provençale et fervent défenseur de la culture locale. Une culture qui, au vu du taux de remplissage des salles où se jouent les pastorales, plaît. Jean-Michel Turc en convient mais ne peut s’empêcher de formuler ce bémol : « Ça attire du monde mais il faut rester vigilant. Il y a des salles qui sont combles certes, mais il est de moins en moins facile de trouver des acteurs. »

            Si les traditions populaires attirent de nouveau les foules, les organisateurs sont unanimes sur la difficulté qu’il y a à trouver des personnes voulant les faire vivre. En Provence, les pastorales sont confrontées au problème, comme les pastrages, autres traditions provençales tirant leur nom du mot lou pastre (le berger) et intimement liées à la naissance du Christ. Là, pas de salle de théâtre ni de scène, tout se passe dans la rue et le 24 décembre au soir, avant la messe de minuit. Les bergers vont en procession jusqu’à l’église et apportent un agneau de lait en offrande. Ils sont accompagnés de danseurs et de tambourinaires, des rôles de plus en plus difficiles à pourvoir.
            Ces traditions sont belles, elles sont les témoins de l’attachement de la région à son identité provençale et chrétienne et, comme le réclament ceux qui les portent, les jeunes générations ne doivent pas seulement les regarder mais les faire leurs pour qu’elles demeurent.

            BV vous fait découvrir ce spectacle traditionnel joué sur les scènes de Provence du 26 décembre au 2 février.
Sarah-Louise Guille
                      

Le « musulman » Gilles Verdez
veut interdire Noël

Par M. Jean Saunier ; 10 décembre 2025,
RIPOSTE LAIQUE

        Dans une émission sur la TV, animée par Cyril Hanouna, Gilles Verdez, journaliste et chroniqueur, époux d’une musulmane, converti à l’islam, défenseur de la religion d’amour et de paix, soutient officiellement l’initiative des mairies comme Nantes ou Bordeaux qui décident de ne plus utiliser le mot Noël. Le mot Noël est devenu une insulte, une grossièreté, un truc sale qu’il faut cacher sous le tapis. Selon Gilles Verdez, la suppression du mot Noël dans la ville de Nantes est « une initiative formidable, évidemment ». Il ajoute : « Je ne vois pas ce qui vous gêne. C’est la même chose, mais pour tout le monde, ça s’appelle inclusif, donc c’est parfait parce que tout le monde est concerné, c’est formidable comme événement ».
        Un marché de Noël sans le mot Noël a-t-il encore une signification ? Sont-ils en train de nous vendre une fête à la saucisse déguisée en fête de l’hiver ?
        C’est du Orwell dans le texte. La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’effacement, c’est l’inclusion.

        Gilles Verdez nous explique avec son aplomb habituel que pour inclure les gens, il faut supprimer ce qui nous définit. C’est quand même fascinant cette logique. Imaginez que vous organisiez un anniversaire. Verdez débarque et interdit qu’on appelle ça un anniversaire, parce que ceux qui ne sont pas nés ce jour-là pourraient se sentir exclus. On va dire une célébration annuelle de l’existence biologique. C’est débile, mais c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire avec nos fêtes de fin d’année. La mairie de Nantes et d’autres mairies tenues par des écolos qui n’aiment pas la nature humaine préfèrent parler de voyage en hiver ou de festivités hivernales. Pourquoi ? Le mot Noël brûle les lèvres. Il fait peur. Il rappelle qu’il y a une histoire, une culture, des racines. Pour Gilles Verdez et les écolos, l’histoire, la culture, les racines, c’est le Mal absolu.

        L’argument de l’inclusivité, c’est la plus grande arnaque intellectuelle du siècle. Sous prétexte de ne vouloir froisser personne, on efface tout. Mais qui est offensé par le mot Noël ? Ni les musulmans, ni les juifs, ni les athées, ni les bouddhistes. Aucun ne se sent agressé par les guirlandes et le père Noël. Au contraire, tout le monde aime l’ambiance, les lumières, la restauration. Seuls des bourgeois blancs culpabilisés comme Verdez inventent des problèmes qui n’existent pas. Ils se créent des ennemis imaginaires pour pouvoir jouer les chevaliers blancs de la tolérance, mais en réalité, ils font du mépris. Ils pensent que les autres cultures sont trop fragiles, trop susceptibles pour supporter la vue d’un sapin ou le mot Noël sur une affiche.

        C’est d’un paternalisme crasseux. C’est dire aux autres : vous êtes incapables de vous intégrer ou d’accepter la culture du pays où vous vivez. Alors, on va tout raser pour vous faire plaisir.
        Mais ça ne marche pas, ça ne rend personne plus heureux, ça crée juste du vide. Un marché d’hiver, ça ne veut rien dire, ça sent la déprime, ça sent l’administration, ça sent le formulaire.

        Noël, c’est fabuleux, c’est chargé de sens, de souvenirs. Les festivités de fin d’année, ça sonne comme une note de service de la comptabilité. Gilles Verdez applaudit. Il trouve ça formidable. Il est content qu’on aseptise la société. Pour lui, être inclusif, c’est être vide, c’est devenir une page blanche sur laquelle plus rien n’est écrit, de peur qu’une virgule ne choque quelqu’un.
        Si on supprime Noël pour être inclusif, pourquoi s’arrêter là ? Pourquoi ne pas supprimer le mot vacances ? Ce mot offense les chômeurs. Pourquoi ne pas supprimer le mot travail ? Ce mot est discriminant pour ceux qui n’en ont pas. On pourrait renommer Pâques la fête du chocolat sphérique. On pourrait renommer la Toussaint la fête de la gestion de la mortalité.

        Absurdité. À force de vouloir tout lisser, on se retrouve dans un monde gris, sans saveur, sans relief. Un monde conçu par des technocrates pour des robots. Ces gens-là, ces Gilles Verdez, ces maires gauchistes de grandes villes se veulent progressistes, et s’extasient devant les traditions des autres. Quand ils voyagent à l’autre bout du monde, ils trouvent ces traditions géniales, authentiques, préservées. Ils adorent le folklore tant que ce n’est pas le nôtre.
        La haine de soi est devenue la religion d’État de cette caste médiatique. Ils détestent ce qu’ils sont. Ils détestent d’où ils viennent. Ils veulent nous entraîner dans leur chute. Ils veulent qu’on ait honte de dire « Joyeux Noël ». Ils veulent qu’on se sente coupables de perpétuer des traditions séculaires.

        C’est une attaque contre l’identité, purement et simplement. Ce n’est pas anodin. Les mots ont un sens. Quand on change les mots, on change la réalité. En supprimant le mot Noël, ils essaient de couper le lien entre les générations, ils essaient de faire de nous des consommateurs hors sol, des individus interchangeables qui n’ont plus d’histoire commune. Tel est le but ultime. Un peuple qui n’a plus de traditions, qui n’a plus de repères est un peuple facile à manipuler, un peuple qui ne sait plus qui il est, un peuple qui acceptera n’importe quoi.
        Gilles Verdez, avec son sourire satisfait, est le petit soldat de cette déculturation. Il nous dit : « C’est la même chose ». Non. Ce n’est pas la même chose. Un camembert et du plâtre ont la même couleur, la même forme, mais si je croque dedans, je vois rapidement que ce n’est pas la même chose. Un marché de Noël sans Noël, c’est une coquille vide, c’est un corps sans âme, c’est une foire commerciale triste où on vend des bonnets made in China et toutes sortes de denrées, sans la petite étincelle qui faisait que c’était spécial.

        En retirant le sacré ou même le traditionnel, on ne garde que le mercantile. Verdez et ses acolytes ont transformé une fête familiale en pure opération commerciale sans âme.
        Parlons de l’hypocrisie de la démarche. À Nantes, la mairie refuse le terme marché de Noël, mais elle encaisse bien les taxes sur les stands. Elle est bien contente que les gens viennent dépenser leur argent. Là, l’argent n’a pas d’odeur, l’argent n’est ni chrétien, ni laïque, l’argent est juste bon à prendre.
        Si Noël les dérange autant, s’ils trouvent que c’est une fête excluante, oppressante, insupportable, qu’ils aillent au bout de leur logique, qu’ils travaillent le 25 décembre. Gilles Verdez, soyez cohérent ! Si Noël n’existe pas, si c’est juste une fête inclusive pour tout le monde, alors c’est un jour comme les autres. Allez travailler. Mais non, évidemment. Ils veulent le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière, pardon, le postérieur de la personne produisant des fournitures laitières. Restons inclusif. Ils veulent les jours fériés, ils veulent les cadeaux, ils veulent la dinde, mais ils ne veulent pas le nom. Ils veulent l’héritage sans le testament.

        Cette arrogance morale de Verdez est insupportable. Il assène l’inclusivité comme une vérité absolue. Comme si nous, pauvres imbéciles qui aimons Noël, nous étions des monstres d’exclusion. Comme si dire « Joyeux Noël » était un acte de haine. On marche sur la tête. On est dans un asile à ciel ouvert. Le pire, c’est qu’ils sont fiers d’eux. Chaque matin, ils se regardent dans le miroir en se disant qu’ils ont bien fait avancer le progrès. Le progrès vers quoi ? Vers le néant. Vers l’ennui.
        Il faut voir la réalité en face. Ces gens sont des vandales. Ils ne brisent pas des vitrines. Non. C’est trop vulgaire pour eux. Ils brisent des symboles, ils cassent des mots, ils déconstruisent notre imaginaire collectif. Et ils le font avec le sourire en nous expliquant que c’est pour notre bien. C’est la tyrannie de la minorité agissante. Une poignée d’activistes dans des bureaux municipaux et quelques chroniqueurs déconnectés décident pour des millions de Français.
        La majorité, la vraie, celle qui se lève le matin, celle qui galère, elle s’en fout de vos débats sémantiques. Elle veut juste passer un bon moment en famille, voir les yeux des gosses briller devant le sapin. Elle ne se demande pas si le mot Noël est assez inclusif pour la voisine du troisième. Elle veut juste un peu de féérie dans ce monde de brutes. Mais même ça, ils veulent le leur enlever. Ils veulent politiser le dernier refuge de l’innocence. Ils sont des pilleurs de joie.

        Gilles Verdez est le symptôme d’une maladie plus profonde, une maladie qui ronge l’Occident, la honte de soi. Nous avons tellement peur d’être nous-mêmes que nous préférons disparaître. Nous nous excusons d’exister. Excusez-nous d’avoir des traditions. Promis. Nous allons les cacher. Nous les appellerons autrement. C’est pathétique.
        Imaginez l’inverse. Imaginez qu’on aille dans un pays du Maghreb pendant le ramadan, et qu’on leur dise : « Le mot ramadan n’est pas très inclusif pour les touristes qui ne jeûnent pas. On va appeler ça le mois de la diététique nocturne ».
        On se ferait dégager manu militari et ils auraient bien raison. Ils nous prendraient pour des fous.
        Un peuple qui se respecte ne brade pas sa culture. Mais nous, en France, on a Gilles Verdez, et des maires qui pensent que la tradition, c’est le vide. Ils remplacent Noël par hiver, Pâques par printemps, homme et femme par individu. À la fin, il ne restera plus rien. Juste une bouillie tiède et informe, sans goût, sans odeur, mais garantie 100 % inclusive.
        Est-ce le monde souhaitable ? Un monde aseptisé, censuré, réécrit par des idéologues ? Si la réponse est non, il faut le dire, il faut arrêter de laisser passer ces petites lâchetés du quotidien.

        Quand nous voyons marché d’hiver, disons marché de Noël. Quand le jour de Noël, on souhaite Bonnes fêtes de fin d’année avec un grand sourire, répondons Joyeux Noël. Ne les laissons pas gagner la bataille des mots. Si nous perdons les mots, nous perdons notre âme.
        Gilles Verdez peut bien s’agiter sur son plateau télé, il peut bien faire des grands gestes et rouler des yeux. Il ne représente que lui-même et sa petite bulle médiatique. La vraie vie est ailleurs. Elle est dans nos villes, dans nos villages, dans nos maisons. Et là-bas, le père Noël n’a pas dit son dernier mot. Il faut arrêter d’avoir peur de passer pour des ringards ou des réactionnaires. Si aimer ses traditions, c’est être réac, alors soyons réac, et fiers de l’être. Mieux vaut être un réac heureux qu’un progressiste aigri qui voit des offenses partout.

        Cette initiative formidable dont parle Verdez est en fait une initiative minable, morne et chiante. C’est le triomphe de la bêtise administrative sur la chaleur humaine. C’est la victoire du technocrate sur le poète. C’est triste à mourir.
        Mais ne soyons pas dupes. Derrière cette volonté d’effacer le mot Noël, il y a une volonté d’effacer tout ce qui a trait aux racines chrétiennes de la France. Que l’on soit croyant ou non, c’est une réalité historique, culturelle. Nos cathédrales, nos clochers, nos jours fériés, tout vient des racines chrétiennes. Vouloir le nier, c’est du révisionnisme. Et le faire au nom de l’inclusion, c’est le comble du cynisme. On n’inclut personne en niant l’histoire. On crée juste des déracinés. Et des déracinés, cela fait des citoyens malheureux, perdus, en colère. C’est peut-être ça qu’ils veulent, au fond. Le chaos par le vide.

        Monsieur Verdez, gardez votre enthousiasme pour des causes qui en valent la peine. Laissez Noël tranquille. Laissez les Français tranquilles. Nous n’avons pas besoin de vos leçons de morale à deux balles pour savoir comment vivre ensemble. Nous le faisions très bien avant que vous ne veniez nous expliquer comment parler.
        Cette histoire de marché de Noël qui devient marché d’hiver ou autre appellation grotesque comme voyage en hiver, c’est la goutte d’eau. C’est le symbole d’une société qui marche sur la tête. Une société qui a perdu sa boussole et qui écoute les délires de quelques agités du bocal, comme s’il s’agissait de la parole divine. Ne nous laissons pas faire. Résistons à cette novlangue. Continuons à appeler un chat un chat et un Noël un Noël. Si nous cédons sur les mots, demain, ils s’attaqueront à autre chose. Petit à petit, morceau par morceau, ils déconstruiront tout ce qui fait notre identité.

        Ainsi, la mort programmée de nos traditions est orchestrée par des clowns tristes qui détestent et détruisent tout ce qui nous rassemble.
        D’après une vidéo de OK PODCAST.
Jean Saunier

         https://ripostelaique.com/gilles-verdez-veut-interdire-noel.html



Lajos Marton
Envoyé par M. J.L. Ventura
Le hongrois qui voulait tuer de Gaulle, a rejoint les oies sauvages

       Ce dimanche 7 décembre 2025, Lajos Marton (1931-2025), un acteur et un témoin des grandes déchirures du XXe siècle, s’est éteint.
       Lajos Marton voit le jour en 1931 dans une famille pauvre de la petite paysannerie de l’Ouest de la Hongrie, et étudie au lycée grâce à une bourse destinée aux familles modestes. Il devient officier de l’armée hongroise, et bien qu’il ne soit pas membre du Parti Communiste, il intègre par erreur l’État-major de l’Armée de l’Air (qui voulait recruter Lajos Márton ; une fois leur bévue constatée, ses officiers supérieurs n’ont pas osé corriger l’erreur, de peur de représailles). Farouchement anti-communiste, il transmet à l’ambassade américaine en 1955 et en 1956, prenant des risques inconscients, des documents confidentiels sur les installations militaires en Hongrie.
Qualifiant cette question d’énigme de sa vie, Lajos Marton n’a jamais su pourquoi il n’a pas été arrêté, alors qu’il a su par la suite que toutes les entrées à l’ambassade américaine étaient strictement surveillées par les services communistes hongrois.

       L’une des hypothèses est que les services voulaient identifier un réseau, et ne pouvaient pas imaginer qu’il agissait en loup solitaire.

       Il a naturellement pris part à l’insurrection anti-soviétique de l’automne 1956. Il s’est battu de ses propres mains contre les soldats soviétiques, même s’il n’avait aucun plaisir à raconter (même en privé) certains épisodes sanglants auxquels il a pu participer. Durant ces journées folles, il occupe des responsabilités à l’aéroport de Budapest, et intervient pour permettre au photographe français Jean-Pierre Pedrazzini, blessé, d’être évacué.

       Condamné à mort, il fuit pour Paris, car le siège de l’OTAN s’y trouve. Il pense reprendre du service auprès des forces de l’OTAN pour poursuivre sa croisade contre le communisme et pour la libération de la Hongrie. Mais il constate assez rapidement que ses services n’intéressent pas les Occidentaux. Il gardera jusqu’à la fin de sa vie une rancœur d’avoir été un soldat abandonné et trahi. A l’inverse, il n’a pas gardé de rancœur contre les Russes, depuis qu’ils ont cessé d’occuper son pays.

       Rapidement, c’est une vie d’exilé qui attend Lajos Marton. Mais la France d’alors est en pleine ébullition en raison de la situation algérienne. Naturellement entré en contact avec des militaires français, Lajos Marton participe à l’Opération Résurrection en 1958 qui voit le retour du Général de Gaulle aux commandes du pays. Et il se voit embarqué dans l’OAS, et dans l’opération Charlotte Corday, qui a pour objectif d’assassiner le chef de l’État en 1962.

Les Hongrois du Petit-Clamart : Gyula Sári, Lajos Marton, László Varga.

       Dans ce commando d’une douzaine de personnes, commandé par Jean Bastien-Thiry, Lajos Marton retrouve deux autres hongrois, eux aussi réfugiés de 1956 : Gyula Sári et László Varga. Gyula Sári avait fui la Hongrie en 1951, combattu en Indochine dans la Légion (d’où il reviendra avec quelques morceaux de métal dans la jambe), et était retourné en Hongrie en octobre 1956 pour combattre les Soviétiques. Quant à László Varga, il avait participé lui aussi, à l’âge de 14 ans, aux combats de Budapest 1956.

       Le commando que l’on pourrait presque qualifier de franco-hongrois organisera le célèbre attentat de Petit-Clamart, dont Charles de Gaulle n’échappe que d’extrême justesse. Les participants sont rapidement identifiés et arrêtés. Bastien-Thiry, leur chef, est fusillé. Lajos Marton, qui a été condamné à mort par contumace, parvient à se cacher pendant plus d’une année, et n’est arrêté qu’en septembre 1963.

       Il a droit à un nouveau procès, durant lequel – au grand dam de son avocat affolé par de tels propos – il déclare n’avoir aucun regret, à l’exception d’avoir échoué à accomplir sa mission. Il est condamné à 20 ans de prison. Moins de 5 ans plus tard, il est amnistié comme la plupart des anciens de l’OAS.

       Âgé de presque 40 ans, Marton se lance alors dans une vie enfin normale : il trouve un emploi, se marie, et aura trois enfants. Il obtient la citoyenneté française à la fin des années 1970.

       Seule exception à sa vie une bonne fois pour toute rangée : en 1983, il accepte une mission de la DGSE pour intervenir au Tchad, pour aider le gouvernement tchadien contre une insurrection pilotée par le colonel Kadhafi.

       En 2002, Lajos Marton publie une première fois ses Mémoires, éditées par les Éditions du Rocher. Il révèle pour la première fois la participation d’un haut-fonctionnaire dans la préparation de l’attentat du Petit-Clamart, Jacques Cantelaube, qui avait demandé aux conjurés de faire connaître son action après sa mort.
       Voilà ce que l’on peut dire de l’homme « public » qu’était Lajos Marton.

Lajos Marton en prison.

       J’ai connu Lajos Marton en 2006-2007. J’avais 20 ans, il en avait 75. Lui était un homme d’âge avancé, un Hongrois vivant en France. Moi un jeune homme français avec un pied en Hongrie. Il était doté d’une mémoire d’éléphant et d’un enthousiasme généreux déconcertants.
       Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’éprouvais pas d’intérêt prononcé (autre qu’historique) pour les causes dans lesquelles il s’est engagé. Les combats auxquels Lajos Marton a participé appartiennent au passé, et c’est à l’Histoire de les juger.

       Ce qui m’impressionnait en revanche, c’était le courage (presque insensé) dont ce fils de petit paysan avait fait preuve toute sa vie. Ainsi que la façon dont il avait traversé les épreuves de l’existence. Il n’a notamment jamais revu sa mère, décédée dans les années 1970, car il ne pouvait pas retourner en Hongrie. Il n’a jamais renié un seul de ses engagements. Sorti de prison presque quarantenaire et sans le sou, il était parvenu malgré tout à construire une vie familiale et professionnelle honorable.

       Des lettres envoyées depuis la France par Lajos Marton à sa mère restée en Hongrie. La plupart ont été interceptées par les services communistes, et n’ont pas été transmises au destinataire. Lajos Marton les a récupérées lors de l’ouverture des archives communistes.

       C’est sans doute cette vertu qui m’a laissé la plus profonde impression. C’est ce qui m’a motivé à participer à l’édition de ses Mémoires en Hongrie. Cette publication, en 2011, a donné lieu à une tournée mémorable dont nous chérissions tous deux le souvenir. 26 conférences en 21 jours dans quatre pays, 5000km, le tout en pleine été dans une vieille Lancia non-climatisée : nous y avions tous deux laissé 5 kilos ! Lajos avait alors 80 ans, et il était pourtant frais comme un jeune homme.

       Maintenant, « Oncle Lajos », comme les Hongrois l’appelaient, appartient à l’Histoire. La mort qu’il a trompée tant de fois l’a finalement rattrapé, à l’âge avancé de 94 ans. Ses écrits demeurent. Ils évoquent des faits historiques déchirants, et laissent apparaître une valeur intemporelle : celle du courage des hommes indomptés.
Nicolas de Lamberterie ; 08/12/2025
Beizh Infos


A PROPOS DE REPARATIONS !
(Envoyé par Mme A. Bouhier)
«Et si l’on demandait réparation à Alger
pour les milliers de Français
qui y furent réduits en esclavage ?»

          TRIBUNE - Alger, qui ne cesse de demander réparation pour les 130 années de colonialisme français, qui a créé l’Algérie, semble avoir oublié que la région a été continuellement sous férule étrangère pendant des siècles : cinq siècles dans l’Empire romain, conquise par les Arabes à partir du VIIe siècle, pour passer sous domination ottomane à partir de 1526. Elle semble aussi avoir oublié son active participation à la traite et à l’esclavage.
          Par Marie-Claude Mosimann-Barbier, pour Le Figaro Histoire

          Marie-Claude Mosimann-Barbier est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.

          Pour la plupart de nos concitoyens, la traite continue à être assimilée à la traite négrière et l’esclavage à résulter de la seule traite atlantique. Pourtant la traite des Noirs en Afrique commença dès la fin du VIIe siècle lorsque, vingt ans après la mort de Mahomet, le général arabe Abdallah ben Sayd partit à la conquête de l’Afrique du Nord. Après avoir conquis l’Égypte, il imposa aux chrétiens de Nubie, par un traité, le bakht, la livraison de 360 esclaves par an, puis il continua vers le Maghreb, nom donné par les conquérants arabes à une région que les Européens appelèrent d’abord Berbérie, car peuplé par les Berbères, puis Barbarie. La traite des esclaves de Barbarie est amplement historiographiée : les marchés d’esclaves du littoral maghrébin, dont l’actif marché d’Alger, se livrèrent pendant des siècles à un lucratif commerce d’êtres humains, tant Africains subsahariens qu’Européens. L’Afrique noire paya un tribut particulièrement douloureux à ce commerce arabo-musulman qui demeure mal connu du grand public. Pourtant, dès 2004, le livre d’Olivier Grenouilleau, Les Traites négrières (Gallimard), attirait l’attention sur l’ampleur de cette traite arabo-musulmane que l’historien algérien Malek Chebel qualifie de « tabou bien gardé ».

          La traite transsaharienne a précédé celle des chrétiens. Dès le Moyen-Âge, des caravanes partaient de la côte nord de l’Afrique, traversaient le désert du Sahara pour atteindre la région du golfe de Guinée, d’où elles rapportaient de l’or, de l’ivoire ainsi que des esclaves, le plus souvent razziés par les chefs africains à la solde des marchands arabes. Après l’éprouvante traversée du Sahara, les femmes rejoignaient les harems comme concubines ou servantes, les hommes étaient envoyés au service du sultan dans l’armée ou dans les galères, tandis que les jeunes garçons étaient souvent castrés avant leur mise en vente sur le marché pour en faire de futurs eunuques, au prix d’une mortalité effrayante. Au début du XVIe siècle, l’Empire ottoman, en occupant le Maghreb et la région nilotique, continua ces pratiques, bien documentées historiquement. Les spécialistes évaluent à près de 18 millions d’individus le nombre d’Africains victimes de la traite arabo-musulmane du VIIe au XXe siècle (Olivier Grenouilleau l’estime à 11 à 12 millions pour la traite atlantique).

          Il y a cependant un second volet, moins connu, à cette traite arabo-musulmane : la capture et l’asservissement des chrétiens. Les ports de la côte des Barbaresques, Alger, Béjaïa (Bougie), Tunis ou Tripoli, servaient de base à des expéditions esclavagistes vers l’Europe qui durèrent jusqu’au XIXe siècle. Cette traite est le plus souvent associée à la domination ottomane sur le Maghreb et aux exactions de ceux que l’on appelle les pirates barbaresques. Elle fut en effet particulièrement active à cette époque. Mais elle est répertoriée dès le IXe siècle et devint si préoccupante que la chrétienté s’en émut. Pour ces captifs européens destinés à l’esclavage, il y avait une libération possible, tout aussi rentable pour les traitants : si le captif avait des biens, sa famille était sollicitée pour payer une importante rançon ; il arrivait même qu’un village entier se cotisât pour faire libérer l’un des siens. Mais, pour la plupart des captifs, il n’y avait guère d’espoir. C’est ainsi que Rome, s’inquiétant de la conversion possible de ces prisonniers à l’islam, décida d’agir. Dans ce contexte apparurent des ordres religieux spécifiquement dévolus au rachat des esclaves chrétiens, que l’on appelle des ordres rédempteurs. Leur création au début du XIIIe siècle montre que la traite était déjà bien développée avant l’arrivée des Barbaresques.

          Les trinitaires (qu’on appelait « frères aux ânes » car ils avaient choisi la monture du Christ) furent les premiers à s’investir dans le rachat des captifs. Paul Deslandres, dans L’Ordre des trinitaires pour le rachat des captifs, décrit le douloureux quotidien des esclaves du Dey d’Alger. L’ordre fut fondé en 1198 par le religieux provençal Jean de Matha avec l’approbation papale. Il fut décidé qu’un tiers des revenus des écoles et des hôpitaux créés serait consacré au paiement des rançons. Dès le premier voyage en Afrique du Nord furent ramenés 186 prisonniers : une réussite exemplaire qui lança le nouvel ordre. Les trinitaires ouvrirent un hôpital à Marseille et divers centres d’accueil, financés par des quêtes et appelés « maisons de miséricorde » pour recevoir les prisonniers libérés, qui étaient souvent dans un état physique pitoyable. Certains y restaient à demeure et y étaient soignés à vie. L’ordre se répandit dans toute l’Europe. En 1450, les trinitaires avaient 600 maisons. C’est la plus ancienne institution officielle non armée de l’Église catholique au service de la rédemption. Ses membres rachetèrent des dizaines de milliers d’esclaves aux arabo-musulmans et aux barbaresques d’Afrique du Nord, dont le futur grand écrivain espagnol Cervantès, qui resta cinq ans prisonnier à Alger.

          Quelques années plus tard, un deuxième ordre rédempteur « pour le rachat des chrétiens captifs des barbaresques », vit le jour : l’ordre de la Merci, dont les membres étaient appelés mercédaires. Fondé en 1218, il fut d’abord ressenti comme redondant, mais un premier voyage en terre maure fut un succès : 400 prisonniers furent ramenés au pays. De plus, les mercédaires faisaient vœu de s’offrir comme otages pour prendre la place de captifs dont la foi chrétienne serait en danger. En effet certains captifs en grande souffrance se convertissaient pour échapper à l’esclavage, le Coran interdisant à un musulman d’asservir un autre musulman. En 1585, une mission, sorte de nonciature apostolique, s’installa à Alger, pour être à pied d’œuvre. Du XIIIe au XVIIIe siècle, les seuls mercédaires auraient libéré non moins de 60.000 captifs.

          Pirates barbaresques
          La traite des chrétiens s’intensifia lorsque le Maghreb (à l’exception de l’Empire chérifien du Maroc) passa sous suzeraineté ottomane. Au XVIe siècle, « il y eut presque autant d’Européens enlevés de force vers la Barbarie pour y travailler ou y être vendus comme esclaves que d’Africains de l’Ouest embarqués pour trimer dans les plantations américaines », écrit l’historien américain Robert C. Davis dans Esclaves blancs, maîtres musulmans. La traite s’intensifia et se structura.

          Les pirates barbaresques capturaient leur butin humain de deux manières. La première consistait à débarquer sur les côtes du littoral méditerranéen nord : ils pillaient villes et villages et amenaient les populations valides pour en faire des esclaves dans les propriétés de notables, dans les harems d’Afrique du Nord ou dans les galères au service du sultan de l’empire ottoman (rappelons-nous Molière : « Mais qu’allait-il faire dans cette galère ! »).

          Ces razzias couvraient un grand nombre de pays : Espagne, Baléares, Portugal, France et Corse, Italie, îles grecques. Elles se déployaient aussi à l’intérieur même de l’empire ottoman dans les pays slaves – dont les femmes étaient très appréciées – et dans la région danubienne. On évalue à un million le nombre d’Européens de l’Ouest enlevés par les Barbaresques au cours de batailles navales et de razzias sur les côtes européennes, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, et près de trois millions en Europe de l’Est. Notons que ces raids dépeuplèrent des régions entières, en particulier en Provence et en Italie, où certaines zones côtières de Calabre et de Sicile furent vidées de leur population.

          L’autre procédé utilisait une technique dite « de course » bien développée et fort profitable qui consistait à aborder des navires, nombreux en Méditerranée, pour en capturer l’équipage et les passagers. La cargaison du navire revenait au propriétaire de bateau corsaire, qui reversait un pourcentage au sultan : l’équipage était le plus souvent envoyé aux galères et les gens de bien qui se trouvaient à bord jetés en prison, en attendant le paiement éventuel d’une rançon. Dans des geôles sinistres croupissaient ainsi de nombreux Européens. Le but des pirates était non seulement de procurer à leurs compatriotes des esclaves, mais aussi de la main-d’œuvre qualifiée dont ils manquaient (armuriers, artisans, jardiniers…) et de la « chair fraîche » pour les harems, tout en extorquant le plus d’argent possible aux familles qui voulaient délivrer les leurs. On sait qu’en huit ans, de 1689 à 1697, Marseille perdit ainsi 260 navires ou barques de pêche et plusieurs milliers de marins et de passagers, tous réduits en esclavage.

          En 1643, un trinitaire, le père Hérat, demanda le soutien de la reine régente Anne d’Autriche, dans une lettre où il décrit les terribles exactions que subissent les captifs.
          Il écrit : « Les empalements sont ordinaires, et le crucifiement se pratique encore parmi ces maudits barbares, en cette sorte ils attachent le pauvre patient sur une manière d’échelle, et lui clouent les deux pieds, et les deux mains à icelle, puis après ils dressent ladite Echelle contre une muraille en quelque place publique, où aux portes et entrées des villes (…) et demeurent aussi quelque fois trois ou quatre jours à languir sans qu’il soit permis à aucun de leur donner soulagement. D’autres sont écorchez tout vifs, et quantité attachez tout nus avec une chaîne à un poteau, et un feu lent tout autour rangé en rond, de vingt-cinq pieds ou environ de diamètre, afin de faire rostir à loisir, et cependant leur servir de passe-temps, d’autres sont accrochez aux tours ou portes des villes, à des pointes de fer, ou bien souvent ils languissent fort longtemps »

          Actions des nations chrétiennes
          Il y eut diverses actions des nations chrétiennes pour mettre un terme à ces exactions. La plus célèbre fut peut-être la bataille navale de Lépante en 1571 (où s’affrontèrent la flotte ottomane de Sélim II et la flotte de la Sainte-Ligue), à laquelle participa Cervantès, peu avant d’être lui-même capturé par les Barbaresques et racheté, cinq ans plus tard, par les Rédempteurs. Le film Cervantès avant Don Quichotte, d’Alejandro Amenabar, sorti récemment, offre une bonne reconstitution du sort des captifs à Alger.
          Au XVIIe siècle, le roi de France Louis XIV relança la guerre contre les corsaires d’Alger et de Tunis en vue d’assainir la Méditerranée et de montrer son attachement à la chrétienté : en 1683, les galères de l’amiral Duquesne bombardèrent Alger ; en représailles, le consul de France et vingt autres captifs furent exécutés à la bouche d’un canon.
          Duquesne obtint toutefois la libération de tous les captifs et esclaves chrétiens. Enfin, rappelons qu’au début du XIXe siècle, les États-Unis, las de voir leurs navires harcelés et ponctionnés par les pirates, leur livrèrent par deux fois la guerre, accélérant la fin des exactions barbaresques. Quand les Français débarquèrent à Sidi Ferruch en 1830, marquant le début de la conquête de l’Algérie, la guerre de course était moribonde, mais les Français purent encore libérer 128 esclaves chrétiens qui croupissaient dans les geôles d’Alger.



MISE A JOUR
Par M. J.P.B.

         Chers amis,
        L'envoi de photos d'école de M. Jean Vangioni, m'a permis de faire une mise jour de deux rubriques, de faire des corrections et d'ajouter des photos de classe sur le site de Bône la Coquette

Rubrique « jeunesse »

Les cadets du hand-ball

Les profs du lycée Saint-Augustin

Rubrique « Où sont-ils »

Lycée Saint-Augustin Mathélem 1959-1960

St-Augustin 56/57 3èmeB

St-Augustin 59/60 math-élem2

Victor Hugo CM2 51/52 M. Ribou

- Vous pouvez cliquer directement sur les liens pour y accéder.

LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


               Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône et la Province du Constantinois méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.

             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il a continué jusqu'à son dernier souffle. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous, des pages qui pourraient être complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir. Jean Claude est décédé, et comme promis j'ai continué son oeuvre à mon rythme.

             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Guelma, Philippeville, etc. a été fait pour d'autres communes de la région de Bône et de Constantine.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et du Constantinois
    
CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net
Autres Communes

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :


 
De M. Pierre Jarrige
Chers Amis
Voici les derniers Diaporamas sur les Aéronefs d'Algérie. A vous de les faire connaître.

    PDF 208                                  PDF 209

    PDF 210                                                  PDF 211

    PDF 426                                              PDF 212

    PDF 301
Pierre Jarrige
Site Web:http://www.aviation-algerie.com/
Mon adresse : jarrige31@orange.fr


Ça sert d'aller à l'église...
Envoyé Par Annie

Avec l'âge, c'est comme ça, on oublie…
          Un homme a perdu son chapeau, et a passé plusieurs jours à le chercher.

          Comme il n'a pas les moyens d'en acheter un autre, il décide d'aller en voler un à l'église pendant la messe du dimanche.

          Il se rend à l'église, et s'assoit à l'arrière près de l'endroit où les fidèles déposent leurs chapeaux, faisant semblant d'écouter le sermon qui porte sur les 10 commandements de Dieu…

          Après la messe, l'homme a changé d'avis.
          Au lieu de voler un chapeau, il va parler au prêtre…
          - Mon père, je suis venu ici avec l'intention de voler un chapeau, car j'ai perdu le mien, mais après vous avoir entendu, j'ai changé d'idée.
          - Soyez béni, mon fils !
          - Est-ce que c'est quand j'ai parlé du huitième commandement, "tu ne voleras pas ton prochain", que vous avez changé d'avis ?

          - Non mon père, c'est quand vous avez parlé du septième, "tu ne commettras pas l'adultère", que ça a sonné dans ma tête. Je me suis rappelé de l'endroit où j'avais laissé mon chapeau !...







Si vous avez des documents ou photos à partager,
n'hésitez-pas à nous les envoyer. D'avance, Merci.

                 EN CLIQUANT. ===> ICI

Notre liberté de penser, de diffuser et d'informer est grandement menacée, et c'est pourquoi je suis obligé de suivre l'exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d'information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d'expression, tel qu'il est reconnu par la Résolution 59 de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d'expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».
    
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