N° 250
Juin

https://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Juin 2024
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
https://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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EDITO

L’ETE ARRIVE

        Chers Amies, Chers Amis,

        Le mois de mai, un peu frais, venteux et pluvieux, jouait les timides, le mois de juin, lui, annonce clairement la couleur (dorée, comme l’heure) : Dans 21 jours exactement l’été sera à nos portes, il la franchira même complètement.
        Autour de nous fleurissent les mots-clés annonciateurs de la belle saison, on y lit : « terrasse », « vacances », « dolce vita », « mer », « plage », « montagne ». L’été nous invite à sa fête avec sa devise « Le Temps au Temps. » D’ailleurs, Il est temps… de le prendre, justement.
        Faire la sieste. Se promener, déguster de bons plats, se retrouver en famille ou avec des amis.

        Souvent juin arrive avec un arc-en-ciel au milieu des nuages épars. Avant, les couleurs dominantes d’un mois de juin étaient traditionnellement le bleu, le blanc et le rouge. Ces couleurs étaient notre fierté et symbolisaient les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Mais aujourd’hui, pourrait-on le penser ?

        Le mois de Juin, avec son soleil aux apparences paisibles. La fin d’année scolaire et les examens stressants pour les élèves. Pour garder les pieds sur terre il n’y a pas meilleure solution que de garder ce numéro de la Seybouse sous les yeux !
        Encore une fois, des étudiants sont embrigadés pour une cause dont ils ne soupçonnent pas les conséquences et entravent la liberté dans les universités et autres lieux d’enseignement sans chercher les vérités cachées par leurs ennemis.
        « La licence des étudiants est odieuse et sans freins, irruptions insolentes, des airs de presque fous furieux, perturbant l’ordre établi par chaque maître pour les progrès de ses élèves. Ils commettent, avec une prodigieuse stupidité, mille iniquités que les lois devraient punir, si la tradition ne les protégeait. »
        Sciences Po Paris 2024 ? Non
        La Sorbonne 2024 ? Non
        Fac Rennes 2024 ? Non
        Saint Augustin enseignant à Carthage vers 380.
        Envoyé par Marc Donato.

        "Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques." (Jean JAURES) Envoyé par José Castano.

        Bon mois de Juin à tous et toutes

Jean Pierre Bartolini          
        Diobône,         
         A tchao.




Conte Imaginaire.
Envoyé par Jean-Claude PUGLISI.
L'enfant à la flûte.

« Le bonheur, c'est peut-être ça :
l'imagination.
Quand on en manque,
il ne reste que les platitudes de la vie.»

Henri DUVERNOIS, Un gentleman-farmer.

« O puissance d'imaginer,
toi qui nous emporte parfois si loin hors de nous,
qu'on ne s'aperçoit pas
que sonnent alentour mille trompettes,
qui te met en mouvement, si les sens ne t'excitent ? »

DANTE, La Divine Comédie ; Le Purgatoire

            Alors que j'étais plongé, dans mes éternelles réflexions, quand, soudain ! Est apparu dans ma conscience, un tout jeune garçon et sa flûte, qui, vinrent un moment papillonner autour de moi, pour me dessiner le scénario d'une histoire, que, je vais de ce pas, m'empresser de vous raconter :
            « Il était autrefois, un paisible petit village de campagne où, la vie se déroulait bien tranquillement. Les habitants étaient de pauvres petits cultivateurs, qui travaillaient péniblement leur morceau de terre et s'en allaient tous les matins, vendre leurs maigres produits à la ville voisine. Mis à part la faible population, on trouvait dans ce village, bon nombre d'animaux domestiques, faits de chiens et surtout de chats, les uns, hébergés dans chaque foyers et les autres, quelques chiens et des matous errants, qui, venaient quelque fois quémander, un peu de nourriture à la porte des maisons.

            Cette vie pauvre et toute simple, se déroulait sereinement et sans problèmes apparents. Les quelques enfants en âge scolaire, étaient contraints tous les jours, de se rendre à pieds à l'école du village voisin, pendant que leurs parents et les gens du village, vaquaient à leurs occupations habituelles... C'est par un triste jour d'hiver, que, l'on vit, arriver à tire d'ailes, quelques noirs corbeaux, qui devaient un moment survoler le village, comme si, ils recherchaient quelque chose et puis, ils devaient disparaître en croassant, comme quand ils sont arrivés. Mais, curieusement de jour en jour, ces vols de corbeaux se firent plus importants et certains commençaient même, à se poser avec effronterie sur les maisons et ils s'empressaient même, d'aller picoter voracement au sein même des demeures et dans les gamelles des chiens, lesquels, les faisaient fuir en les poursuivant un moment. Parallèlement, on vit grandir au sein des maisons, une étonnante foule de souris, qui, devait doucement, envahir toutes les maisons du village, au grand dam de tous les habitants, lesquels, ne savaient vraiment plus, comment se débarrasser de ces rongeurs.

            Pendant ce temps-là, les chiens dormaient béatement au soleil, sans se soucier des bandes de corbeaux envahissant les lieux et de leur côté, tous les chats bayaient abondamment aux corneilles, faisant fi des souris qui s'enhardissaient tous les jours. La vie était devenue insupportable et la population commençait, à être bien agacée par cette invasion animale. Dans la petite salle de la mairie, le maire réuni son conseil municipal, pour tenter de prendre une décision, laquelle, envisageait des mesures, tendant à éloigner les corbeaux et éradiquer les souris. On mis alors, des épouvantails pour effrayer les corbeaux et des pièges pour les souris. Mais, hélas ! peine perdue, car, les volatiles, étaient toujours aussi nombreux et les souris également de même, lesquelles, à présent, formaient dans chaque maison - une véritable petite armée.

            Que faire devant cette calamité ? se disaient les gens du village et chacun y allait de ses conseils et de ses avis, proposant à qui mieux-mieux des solutions, qui, bien évidemment, ne devaient mener presque à rien... Le temps passa, puis, un beau jour, devait se montrer dans le village, un jeune garçon mal vêtu et cheminant nu-pieds, avec une petite musette en bandoulière. Il était coiffé d'un petit chapeau rond, délavé par les embruns et les intempéries, lequel, lui donnait un air rigolo et sérieux à la fois. Cet enfant se mit à traîner dans le village, acceptant un morceau de pain que parfois on le gratifiait. Il remerciait en souriant et toujours silencieux, il allait ensuite s'installer tranquillement, bien à l'ombre du grand arbre, qui siégeait au centre de la place du village. De temps à autre, le son aigu d'une flûte, venait troubler la sérénité du village, ce qui ne cessait d'intriguer les gens, qui, se mirent à rechercher, d'où venait ces airs légers joués par une flûte. Pendant ce temps, assis bien à l'ombre, posément, le jeune garçon jouait tranquillement de son petit instrument, sans se soucier des passants et autres curieux qui l'observaient avec curiosité. Il est arrivé de même, qu'il tirait des sons si mélodieux, qu'ils ne dérangeait plus personne bien au contraire et ainsi, on prit l'habitude, de l'entendre jouer à longueur de journée et même parfois la nuit.

            Ce manège devait durer quelque temps et dans les jours qui suivirent, la population du village devait faire le constat, que les vols de corbeaux s'étaient bien amenuisés et que la nuit, le peuple des souris, avait presque cessé leur activité nocturne. Mais, cela ne devait pas durer, car, tout revenait sans tarder à la case départ au bout d'un moment. Curieusement, les gens devaient remarquer, que, c'était, lorsque le gamin jouait de la flûte sous son arbre, que les choses semblaient rentrer dans l'ordre et quand tout était calme le ballet de corbeaux et des souris reprenait de plus belle.

            Fort de ce constat, le maire et son conseil municipal, allèrent trouver le jeune garçon, qui, ne fut nullement surpris, de la démarche faite auprès de lui où, des explications sur le phénomène lui furent demandés. Toujours calme et serein, il leva la tête pour examiner ses interlocuteurs et leur demanda ce qu'ils attendaient de lui. Il lui fut dit, que le son de sa flûte, semblait faire fuir les corbeaux, ainsi que les souris, avait-il une explication à cela ? Comment, un petit joueur de flûte, pouvait miraculeusement arriver à ce résultat ? Toujours assis sous l'arbre, l'enfant ne répondit pas et regardait avec curiosité les gens, qui s'étaient rassemblés autour de lui. Au bout d'un long moment, sûrement agacé par toutes les questions qui lui étaient posées, il prit enfin la parole pour dire, qu'il n'était pour rien dans cet état de chose et qu'il avait remarqué lui aussi que cette flûte, qui, lui avait été donnée, par une belle dame rencontrée un beau soir sur les chemins, laquelle, ne manqua pas de lui dire discrètement, d'apprendre à bien en jouer car disait-elle - elle était magique. Il avoua même avoir fait le constat, que lorsqu'il jouait de la flûte, tous les animaux qu'il croisait sur sa route, s'enfuyaient au galop ou à tire-d’aile. Alors, on le pria, d'avoir l'obligeance d'en jouer, pour tenter de faire fuir les corbeaux et chasser les souris.
            Après avoir bien réfléchi, le garçon devait accepter la proposition qui lui était faite et demanda qu'on lui laisse une nuit de réflexion. Dès le matin à la première heure, le maire et son conseil municipal, se rendirent sur la place où, le garçon blotti sous le grand arbre, dormait recroquevillé sur lui-même. S'étant réveillé, il entendit le maire, lui réitérer sa demande faite la veille. Il réfléchit alors longuement et accepta sans broncher la proposition, mais, à une seule condition, car, il y en avait une : il exigeait que chaque habitant, lui remette un Louis d'or en compensation. Le maire et son conseil municipal, après une courte délibération, acceptèrent sans rechigner de donner un Louis d'or par famille, même, si les administrés n'étaient pas des gens très aisés...

            Durant quelques jours, on entendit plus le son de la flûte et les corbeaux et souris se firent de plus en plus nombreux sur le village et dans les maisons, puis, un matin, on vit le garçon qui jouait un air de flûte, cheminer par les rues du village, suivi par toute une meute de chiens silencieux et survolé par tout plein d'oiseaux charognards. Alors que des vols de corbeaux avaient de nouveau envahi les lieux, il devait au bout d'un long moment, s'asseoir sous le grand arbre, entouré par tous les chiens du village, alors que les charognards, s'étaient tous perchés au-dessus de sa tête. Quand, soudain ! l'enfant changea le son de sa flûte, pour jouer un air guerrier, qui retentit à la ronde et aussitôt, on vit les chiens, partirent au galop par les rues et les charognards prendre leur envol, partant tous à la poursuite des corbeaux qui un moment surpris et effrayés, ne savaient plus où aller. Alors on assista à un véritable carnage d'oiseaux, qui devait avoir lieu ça et là. Les chiens n'arrêtaient plus de les tuer et de les faire fuir, laissant la place aux charognards qui les attendaient dans les airs afin de les trucider, alors, que le jeune garçon, toujours calme et tranquille, continuait à débiter un air guerrier sur sa flûte. Puis, il se tut et on vit alors tous les chiens, rentrer calmement dans leurs niches respectives et les charognards regagner les falaises qui surplombaient la plaine. Plus de corbeaux à l'horizon, d'autant, que ces volatiles particulièrement intelligents, devaient se souvenir longtemps de cet hécatombe et ne plus revenir occuper les lieux...

            Le village applaudit cet exploit, mais, il restait encore les souris à éliminer, ce qui n'était pas le moindre des soucis, car, les villageois, voyaient fondre chaque jour toutes leurs réserves alimentaires, ce qui laissait présager, que, bientôt, le contenu des assiettes serait au demeurant bien maigre. Alors, ils devaient de nouveau, faire appel au jeune garçon et sa flûte enchantée, lequel, demanda pour gages, qu'on le vêtisse de propre et lui attribue une paire de sabots tout neufs. Accordé ! dit, le maire et son conseil municipal.
            Durant plusieurs jours, on n'entendit plus le son de la flûte et le jeune garçon avait disparu des lieux. Puis, une nuit de nouveau, un doux air de flûte se fit entendre par le village, qui à cette heure tardive sommeillait. Intrigué les gens se mirent à leurs fenêtres, pour voir ce qui se passait dehors et il virent dans la pénombre, l'enfant, qui cheminait par les rues du village, en jouant sur son instrument. Curieusement, il était suivi tranquillement, par toute une armée de chats, qui semblaient attendre, je ne sais quoi. Au bout d'un long moment, la flûte se fit guerrière et les chats se propulsèrent aux quatre coins du village, entrant dans les maisons, les greniers et les caves, pour dénicher sans pitié, toutes les souris qu'ils pouvaient trouver. Encore une fois ce fut l'hécatombe et les quelques souris qui survécurent à ce massacre, devaient s'enfuir loin du village, sans même penser à y retourner un jour...

            A présent, les rues et les maisons du village, étaient enfin débarrassés des corbeaux et des souris, ce qui donna lieu à une belle fête sur la place du village, mais, le jeune garçon demeurait introuvable et à vrai dire, personne ne se demanda ce qu'il avait pu devenir.

            Le temps passa et puis un jour, le garçon réapparut dans le village, pour s'en aller réclamer son dû. M. le maire qui avait accepté son offre, se fit tirer l'oreille en lui disant, qu'il n'était sûrement pour rien, dans cette histoire de corbeaux et de souris. Que personne ne lui devait quoi que ce fut, mais, le garçon, qui ne voulait pas s'en laisser conter, se mit à proférer de terribles menaces, qui impressionnèrent le maire. Mais, hélas, peine perdue, l'enfant ne pu récupérer qu'un seul Louis d'or, une paire de sabots usés et une culotte toute rapiécée. Ulcéré, il prit le chemin qui sortait du village et disparu dans le lointain...
            On ne le revit plus jamais dans le village, mais, à sa place, sous le grand arbre de la place, devait s'installer un matin, un grand vieillard à barbe blanche vêtu de haillons, qui tenait des discours insensés, dans lesquels, il évoquait un jeune enfant joueur de flûte, qu'il recherchait vainement et qu'il était prêt à donner deux louis d'or dans chaque famille, si on l'aidait à le retrouver. Pour prouver la véracité de ses propos, il faisait tinter une belle bourse qu'il disait remplie de Louis d'or, ce qui ne manqua pas d'intéresser les gens du village, qui se mirent à la recherche du garçon, négligeant ainsi toutes leurs cultures et les soins nécessaires aux animaux de ferme. Appâtés par le gain, hommes, femmes et enfants, n'arrêtaient pas leurs recherches des jours durant, fouillaient les moindres recoins, de tous les alentours du village, mais, hélas ! sans recueillir le moindre résultat... Pendant ce temps les cultures dépérissaient, les animaux de ferme, mouraient l'un après l'autre faute de soins et dans les foyers, la disette commençait à se faire sentir. C'est avec un curieux petit sourire aux lèvres, que, le vieillard calme et tranquille sous son arbre, ne cessait de faire tinter le contenu de sa bourse, lequel, attirait toujours, la cupidité de tous ceux du village.

            Un beau matin il avait disparu et les habitants très inquiets, se demandaient où il avait bien pu passer. Ils étaient dépités, d'avoir mis autant de temps, à rechercher un enfant introuvable et n'avoir même pas reçu, une seule pièce d'or de ce vieillard. Puis, ils se sont enfin rendu compte, que, tous leurs prés et champs qu'ils avaient abandonnés, étaient complétement desséchés et que dans les étables et leurs poulaillers, beaucoup de leurs animaux domestiques étaient morts de faim et de soif. Ce fut, une véritable catastrophe pour le village où, les gens criaient presque famine Il fallu bien du temps et beaucoup de travail, pour rétablir la situation catastrophique, qui, durant des mois, avait plongé les familles dans la misère et le dénuement.
            Un soir, alors que la nuit tombait, est arrivé dans le village, un beau carrosse doré, tiré par six chevaux d'une blancheur immaculée et conduit par un cocher en grande livrée. Il s'arrêta sur la place du village, attirant une foule de curieux, qui voulaient voir de près cet équipage. A l'intérieur, on apercevait une belle dame aux longs cheveux, entourée d'un curieux halo lumineux phosphorescent et tout près d'elle, un vieillard à la barbe blanche de bonne tenue, accompagné d'un garçon vêtu comme un milord. Elle s'adressa à la foule en ces termes : « braves gens, vous souvenez-vous de cet enfant et de ce vieillard ? » « le premier, vous a débarrassé des corbeaux et des souris, mais, vous ne l'avez jamais honoré de ses services. Quant au deuxième, ici présent, il a fait tomber sur vos têtes, la punition que vous méritiez, en causant des calamités dans votre village, tout cela à cause de l'appât pour l'or qu'il vous avait promis.» « Le vieillard à voulu venger le jeune garçon, que vous n'avez jamais honoré malgré vos promesses, maintenant, souffrez des calamité que vous ne devez qu'à votre avidité.» Sur ces mots, le carrosse partit, s'évaporant comme par enchantement dans les airs où, il disparu au milieu des nuages qui couraient dans le ciel..

            Dans le village, tout le monde rentra silencieusement en sa demeure, pensant un peu tard sans doute, que la punition était bien méritée. Quelques corbeaux devaient s'aventurer prudemment de nouveau dans le village et quelques souris recommencèrent, à grignoter tout ce qui leur tombait sous la dent. Mais, jamais plus dans ce village, il ne devait se produire une telle invasion animales.
            Ainsi ce termine cette histoire de l'enfant à la flûte, qui, un jour débarrassa un village, des oiseaux tapageurs et des rongeurs nuisibles. Il se vit très mal récompensé et rejeté par l'ingratitude des habitants, qui reçurent la punition qu'ils méritaient.

            Reprenant mes esprits, je me suis retrouvé bien songeur, assis sur mon balcon dans le calme de mon quartier. Un moment, je me suis mis même à croire, à la véracité de ce conte, sorti tout droit de mon imagination. Puis, tout doucement, en me souriant le jeune garçon m'a dit adieu, en embouchant pour la dernière fois sa petite flûte, pour partir s'évaporer dans l'azur du ciel.
            Au revoir ! mon garçon, lui dis-je bien pensif.
            Ah ! Comme il serait bien, si tu pouvais revenir avec ta flûte, pour nous libérer et nous débarrasser de ces noirs corbeaux et des souris, qui viennent à tout moment de notre existence, pour troubler et grignoter la quiétude de nos vies sur la terre.

            Pour toute réponse, je reçus dans mon oreille, un doux son de flûte bien lointain, qui voulait peut-être ? me dire de garder toujours l'espoir, d'entendre un jour de nouveau, cette douce musique venant des nues.
Docteur Jean-Claude PUGLISI
de La Calle de France
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage.
Giens- 83400 HYÈRES.
Le 04 septembre 2018.


LES IMPAYABLES
Envoyé par M. Georges Barbara

OU VA LA BARQUE…….VA BATCHITCHE !

.             CYPRIE*- » Eh bonjour Nina comment t’yes, ça va ? Ca fait un moment qu’on s’est pas vue ma Fi. A’c toute cette Smallah que j’ai à la maison Diocane. Par Sainte Anne, le travail y me manque pas crois moi et pis a’c mon dernier morveux de 6 mois, je sors même plus pour te prendre un peu de l’air apres manger le soir te crois toi ? Te reviens du marché ? Et Zeke je ‘ois que t’ya trouvé des beaux légumes ? T’ya le cul brodé toi hein!
          NINA*- » Oh te sais moi chez celui où je me sers y’a que d’ la belle marchandise ! C’est un chouia plus cher te vas me dire, mais alors je m’y retrouve bien c’est vrai ! Ah oui on peut dire que c’est frais !

          CYPRIE*- » Te vas toujours chez Pito celui du Pont Blanc qu’y l’est au fond à coté du Chinois qu’y te vend les lunettes ?
          NINA*- » Non, non ! moi j’ai toujours été chez la maltaise Conchette Vella, a l’a un jardin à coté d’l’orangerie et je m’en porte pas plus mal. Elle est juste en montant les escaliers et surtout que son mari Jeannot y vient a’c sa camionette lui porter les légumes à 9 heures, y sont ramassés du matin te peux t’être sure ! Ossinon quand y l’est fermé je vais, mais rarement, chez Bouche Tordue te sais la maltaise de Joanonville que c’est pa mal aussi !

          CYPRIE*- » Faudra que j’essaie pour voir un peu….. Ah bon, puisque j’te tiens, y faut que je te dise quèque chose ! Ton fils Sauveur ce grand pendu te sais, et ben tous les soirs y vient te faire la causette a’c Georgette ma deuxieme en face la maison, y se mettent dessur les escaliers de chez Strouke, et dalle les rigolades, et ben on est servis ! Te sais métenan les jeunes entention t’les tiens plus, y te restent déhors à des heures impossibles. Et pour t’les faire rentrer diocane c’est la croix et la barrière !
          NINA*- » Et oui les jeunes dés qu’ils te mettent quelques poils aux fesses y te prennent le jour pour la nuit ! Et entention Diomadone te peux rien leur dire….même pas une roflexion. Tout juste si y te portent pas la main dessur ! Et pour ça que te veux me dire, je te ‘ois venir que moi je suis pas babalouke à ce point qua même. Si mon Sauveur et ta Fi y se plaisent…. Et ben faut laisser faire les choses, et comme y disait mon père» Où va la barque, va Batchitche »

          CYPRIE*- » Mais te sais moi les miens je t’les surveille comme le lait t’sur le feu, et pendant qu’ y te discutent laisse-moi te dire que je suis pendue derriere les persiennes et laisse-moi que je fais entention !
          NINA*- » Et tu fais bien ma Fi, on est p’tète des manmans poules comme y disent mais nous on en a de l’esperience ! Faut pas nous la faire, et çuila qu’y doit nous le mettre bien bien, y faut qu’y se lève de bon matin, c’est moi que j’t’le dit !

          CYPRIE*- » De l’esperience comme tu dis et pour qu’un cats y nous tombe t’sur la tête c’est pas demain la veille, et je sais ça qu’je dis. Mais ma Fi pour pas t’la porter à la longue, et là te tombes bien, hier soir Samedi je me mets comme d’habitude derriere mes volets pour te passer un peu le temps aussi et ça que j’te voie pas madone, et ben excuse-moi de t’le dire, mais te sais que j’va pas par quatre chemins moi, je te vois ce Dindalon de ton fils Sauveur, que c’est adebon un mal appris de promière, qui te mettait un putain d’éclair au chocolat t’sur la bouche de ma grande que moins cinq a l’allait s’affoguer. Et entention les yeux, y la lachait plus ! Diocane …. Je suis restée Axe ma Fi, te te croirais dans le film « Naples aux baisers de feu » a’c Tino Rossi et Viviane Romance, c’était crois moi une t’chose à te couper la transpiration, et je suis pas guitche moi Nina, je sais de quoi je parle moi ! T’sur la tête de ma pauvre mère moins cinq le cul y me tombe ! Et le sang y m’a fait qu’un tour. Encore areusement que je me suis rotenue, ossinon je lui aurais juré tous ses morts crois moi !
          Alors j’les avais tellement de travers, que je suis rentrée dans la cuisine pour m’enlever ce contrariage. En nage j’étais, en nage et vite j’ai crié pour te faire rentrer ma fille. « GEORGETTE VIENT FINIR LA VAISSELLE ALLEZ QUE JE DOIS ALLER COUCHER TON P’TIT FRERE ! C’est pas la peine que j’te racontes que quand elle est venue, j’lui en ai chanté quatre à ma façon, J’me suis pas mis des gants crois moi ! A s’est tellement pris le voyage Aoufe, que de la soiree a l’est plus ressortie, j’ai du à debon t’la refroidir pour un moment. Alors te sais pourquoi j’te dis ça, et ben c’est pour te dire qu’y faut que toi t’lui dis deux mots à ton Sauveur, que c’est des choses qu’elles se font pas ! Comme ça y rocommencera plus ! J’ai raison ou non ?
          NINA*- » Va va dela Oh Cyprie. Mamamille pour un bisous qu’y l’est mort né et sans importance te veux faire Dieu en préserve les grands titres de la dépeche de l’Est métenan à ça qu’je vois ? Laisse pisser le merinos o Fi ! Et aousqu’y l’est le mal. C’est encore juste des enfants te ‘ois pas ? On est passées par là nous non ? Alors que toi t’yes entrain de nous faire un putain de monde de l’autre monde pour une amourette d’enfant !

          CYPRIE*- » Et zek ! Aoua ? Une amourette comme te dis ? Te crois que j’suis Tcheugade moi et agas moi ça qu’te viens d’me dire a’c ta bouche en coeur. Et pis d’abord quand on veut faire l’homme comme ton Sauveur, c’est pas qu’il est pas beau, ya mieux bien sur, mais y faut avoir une situation pour se prendre une fille ! Qu’est ce qui va faire dans la vie ton dindalon de merdeux qu'il en peut plus, il a même pas un métier dans les mains ? Te peux compter les manches de pioche qu’y l’a cassé dans sa vie ! Ah pour te mettre d’la Gomina t’sur les cheveux, se peigner à l’embusqué et se faire des tatouages là y l’est bon !
          NINA*- » Que metier ? A Bône où cats elles sont les usines. Dis moi un peu ? Te crois qu’on roflechis pas nous a’c Charly mon mari à l’avenir de nos oualiounes ? Nous on s’est dit que quand le petit y sera grand, bon dans pas longtemps c’est vrai, laisse-le qu’y va d’abord au régiment ; et quand y rovient, on va lui trouver, que le cul y me tombe si ça se fait pas, un embarquement à bord d’un chalutier de chez Salemme que Charly y le connaît bien, pour te faire marin te vois ! C’est pas plus difficile !

          CYPRIE*- » Atso parce que te crois que je vais accecter de donner ma Fi à n’importe qui moi ? Celle là elle est bonne…. Oila c’est sorti du four tout chaud madame antoine…. Un marin de chez Salemme ? Un marin de chez Salemme…. Agas que tu écrases un peu o Nina, quest te me sors là... Des marins ... Des marins qui te trainent dans les cafés quand y fait mauvais temps et qui z’ont toute leur vie des pantalons a’c des pieces au cul, et ben te peux te lever de bon matin o écervellée, pour que je donne ma Georgette à des gens comme ça ! Je sais ça qu’je dis moi. Mon père y l’est né là dedans et y l’est mort là dedans Michkine, et comme te me ‘ois je sais de quoi je parle ! Tous les matins bafougne ou pas à 3 heures y se jetait le pauvre déhors d’la maison a’c son caban t’sur le dos pour aller prendre la mer, quand y faisait beau bien sur.... Qu’avec tous les mauvais temps que nous avons en hiver à moi l’pompom ! Et là quand je pense à tous ces canemortes qu’y te promettent à chaque éléctions de te faire une mutuelle des marins pour les intemperies. J’ai vu mon pauvre père passer des journées à chez Biscardi au café rue Saint Augustin à jouer aux cartes, et la paie te pouvais courir darrière ma Fi ! Je m’arrapelle que pour ma comminion, il avait acheté un costume aux surplus Americains à chez Bizmuth rue Jean Jaurés et pour les Scarpes c’etait son cousin qui lui avait donné une vieille paire qu’y mettait plus. Pauvre de toi ma Fi te veux parler des marins moi j’en connais un bout. L’hiver je m’arrapelle que ma mère a vendait les paires de draps quelle avait achetés l’été quand y faisait beau temps et que le chalutier y sortait tous les jours. Alors c’était une vie ça ? C’était une vie que même pas ceux qu’y te vont à Cayenne y z’ont pas !
          NINA*- » Ouais mais main’nan y sont à la part…. Toi te parles des choses d’avant la guerre, Diocane pas possible, t’ya freiné en 40 ma Fi !

          CYPRIE*- » Y sont à la part ? Cournoudes et bastonades ma Fi si te savais ça qu’y z’ont laissé t’sur les quais comme salaires tous ces Michkines pour que les patrons, ces mandjafranca y leur donnent la part. J’étais petite et je m’arrappelle de ces groupes de marins enbas du cours, et à la Mairie….pour te toucher des bons de secours qu’y leur donnait Pantaloni. !... Combien des journées et des journées de grève les malheureux et combien des crédits il a fallut que les commerçants de la ville ils leur fassent. Et pis le resultat ? Les meneurs eux y se sont trouvés une main devant une main darrière. Y’en a même qui z’ont plus trouvé un embarquement à Bône et qui z’ont été obligés d’aller embarquer pendant longtemps t’sur des chalutiers à Philiville… Tchitche notre voisin y l’en sait quelque chose o Fi ? Te crois pas que c’est un metier de galère pour un pére de famille qui te ‘ois presque jamais ses petits rentrer à l’école dans la journée ? Et Diocane rogars ça que j’te dis Nina, jamais mais jamais que le bon dieu y m’enleve la vue des yeux et que saint Augustin y m’entend, tant que je serai vivante, ma Georgette a te prendra pas un pechcadoure te peux me croire ! Mieux qu’elle reste une vieille fille c’est moi que j’tle dis !
          NINA*- » Te sais Cyprie, tout ça c’est des paroles verbales et adebon, même si te prends mon fils pour un moins que rien, crois moi que c’est pas bon de cracher dans la soupe comme te le fais là. Te devrais a’oir la honte qu’elle te monte à la fugure. D’où te sorts toi, o Miss trou du cul ? T’ya la mémoire courte, te viens de là où le bon Dieu y l’a perdu ses savates, tu t’arappelles plus non que ta mère ac son panier a vendait le soir le poisson dans les maisons. ? Si la vie à Bône elle existe c’est aussi grace au pognon que ces pechcadoures, ces moins que rien comme te dis, y te remontent dans les filets. Et quand y sont dans les cafés les jours où ils sortent pas, a debon y z’ont droit eux qui te jettent le sang du 1er janvier au 31 decembre !

          CYPRIE*- » Ah bon si pour toi o belle en cuisse un mari c’est un homme de café qu’y vient juste à la maison pour straffoguer et te faire des enfants ? Je t’en chie une tous les jours de cette vie la. Les marins pour moi y peuvent aller en galère !
          NINA*- » Main’nan y faut que je te dis si te crois que ta Fi c’est la princesse Grace de Monaco, que quand elle s’en va on dirait qu’elle rovient a’c ses jambes que tu dirais Dimeglio le cycliste. Et t’sur l’âme de ma pauvre mère, mon fils t’le vera plus t’sur les escaliers de chez Strouke. C’est moi que je t’le dis. Quand à toi pour ta gouverne, derriere tes persiennes que t’yes curieuse com’une canule à lav’ment’, et ben te rogarderas passer les chats ! Aller agas te me laisse tomber Cyprie ! Va va’tant, moi j’ai du travail à la maison ! Et quand te me vois dans la rue rogars que tu m’approches plus…. Et un conseil o figa molle, à partir de main’nan « Va te passer l’hiver ou t’ya passé l’été » !!!
Georges Barbara, février 2024


LA SEMAINE SAINTE
Par GILBERT ESPINAL
Echo de l’Oranie N° 261

       - Ay ! Aouela ! Que je suis contente de vous rencontrer !
       Depuis le temps que j'avais envie de vous 'oir ! Je sais que vous z'habitez Paris - le Séraphin y le dit assez dans ses journals. Mais z'où ? Paris c'est grand, et comme sur l'annuaire du téléphone y a pas vot' nom, le bec dans l'eau je reste à chaque fois...
       La grand'mère qui, sur les grands boulevards, était accompagnée de ses deux filles, Isabélica et la Golondrina, regarda avec attention la personne qui se tenait devant elle : déjà murette, élégamment vêtue et chaussée, avec les cheveux blonds poulet, les yeux faits comme pour aller au théâtre et la bouche carmine qui donnait à penser à une colombe poignardée.
       - Et vous qui vous z'êtes ? Hasarda la vieille femme.
       - Anémaune! Vous vous souvenez pas de moi que vous m'avez connue toute petite à Oran ; j'habitais juste quand on tournait la replacette, d'abord à droite et puis à gauche, tout droit devant? Et vous vous souvenez pas de mon mari, Valèrian, qui tenait la pompe à essence quand on montait la calle-del-canon, au tournant tout droit devant ?
       - Madame, fit la grand'mère d'une voix blanche, je crois que vous vous z'êtes z'enduite avec de l'erreur ! Moi, j'ai entendu parler dans le temps d'une Anémone et d'un Valery, mais ceux-las y doivent pas traîner à cette heure dans les rues de Paris : y doivent a'oir de bons fauteuils à se recalquer dedans et les pieds au chaud, dans de bonnes pantouff' ! Assez d'impôts on paye pour tous ces gandouls(1) du gouvernement.
       - C'est vrai que nous avons changé de prénoms, mon mari et moi, dans les z'années 70 presque à notre retour d'Algérie !
       A Oran, ma mère (que la pauv' c'est à peine si elle savait lire) elle m'avait prénommé Milagro. Vous vous rappelez pas de Mila ? J’étais toujours fourrée dans vos jambes ; et c'est vous que vous m'avez appris la recette du putchéro(2) avec des pelotes. Ma mère elle arrivait pas a a'oir des z'enfants et, quand je suis née, de la joie (mon père il était estérile), elle a voulu qu'on m'appelle Milagro !
       'T'y es Milagro Cébolla ! S’exclama la Grand'mère, cette gamine sin-berguensa(3) qu'elle était toujours à tourner autour des garçons et à faire des bêtises avec ! Laisse que je te regarde ! T'y es la femme à Agapito Cebolla ! Ce tontorron(4) qu'il était toujours la bouche ouverte, soit pour rigoler, soit pour boire un coup ! Un jour il est venu m'emprunter un billet de cent sous, sous preteste qu'il voulait faire l'aumône à un pauv', encore j'attends qu'y me le rende ! Mila plus je te regarde et moins je te reconnais ! Que t'y as vieilli ma fi' ! T'y avais des beaux z'yeux (surtout le gauche) et main'nant te 'oila toute ratatinée ! Tu ressembles à ta grand'mère, la mère à ta mère, que, la pauv', c'est pas pour dire du mal d'elle mais elle avait una-cara de-pocos-amigos(5) !
       - C'est que le temps il a passé pour tout le monde, annona Anémaune prête à défaillir.
       Ca c'est vos deux filles ? Demanda-t-elle en déglutissant avec peine. Eh ben! Elles aussi elles z'ont subi les outrages du temps...
       -'Scuse ma mère, s'aventura Isabelica, si elle t'a cueilli à froid avec ses réflexions; Tu sais qu'elle est franche et que, quand elle ouv' la bouche, y faut que ça sorte ! La Golondrina et moi on est contentes de te rencontrer Milagro ! Et nous serions heureuses de retrouver Agapito, que c'était un copin de bistrot de mon mari Toinou.
       - Je vous ai dit, s'impatienta légèrement la nouvelle venue, que mon mari y s'appelle main'nant Valérian (c'est un prénom de mosquoutaire) (6). Quand nous z'avons été lancés dans le Tout Paris, il y a une vingtaine d'années, avant la chute du mur, nous avons décidé de faire des changements d'identité ; on a voulu prend' des prénoms qui ne rappelaient personne ; c'est passé au Journal officiel et tout : nous nous appelons maintenant Anemaune et Valérian Cébolla avec une seule L.
       - T'y as perdu l'autre durant l'exode! Ricana idiotement la Golondrina.
       - Tu I'as dit, bouffie ! Lança Anemaune venimeusement.

       Isabélica sentit qu'il fallait faire diversion :
       - Et où t' y habites Mila ? fit elle - Avenue Foch ! Mon mari est dans les affaires et nous avons récemment acheté un petit douze pièces qui donne d'un coté sur l'avenue et de I'aut' sur Ie bois, répondit la nouvelle venue d'une voix pleine de gouleyante modestie.
       - Dans quelles z'affaires il est ?
       Import-Export. Il travaille beaucoup avec la Russie. Il a ses bureaux, ses entrepôts ses garages, ses salles d'expositions et ses personnels à la Défense...
       - Quand je pense, exhala la Grand'mère, que t'y es née au Patio las-tinas et que main'nant t'y habites un petit douze pièces, avenue Foch !
       - Ce sont les aléas de l'existence, philosopha Anemaune d'une voix sucrée : les jours se suivent et ne se ressemblent pas ; aujourd'hui on est au bas de l'arb' et demain sur la plus haute branche...
       - Et comme ça se fait que tu circules à pied ? Interrogea âprement la grand'mère. T'y as pas une automobile a que le chauffeur y te promène toute la journée pendant que tes bonnes elles t'astiquent la maison et que tes cuisinières elles te préparent la bouf'tance ?
       -Et bien ! Justement, exposa paisiblement madame Cebolla, j'allais à la rencontre d'une amie pour à l'occasion de la semaine sainte, faire nos emplettes.
       - Comme elle s'appelle ton amie ? Anemaune fit de sa bouche un bouton de rose et susurra :
       - Madame de Fleury-...
       - D'où tu la sors cette Madame de Fleury ? Sauta, brusquement furieuse, Isabélica. De la comtesse de Ségur ? Quand j'étais petite et que j'apprenais à lire chez les Sœurs, dans ses livres, y avait Madame de Fleurville et Madame de Rosebourg ; y manquait plus que ta Madame de Fleury !
       - Ma Madame à moi se nomme Madame de Fleury-Mérogis !
       Tu me laisses pas terminer. C'est une personne du meilleur monde, une grande amie à moi ; elle est belle, svelte, avec une peau de jasmin ; elle est chez son coiffeur, à deux pas d'ici ; elle habite dans le même immeuble que moi ; elle a un métier où il faut qu'elle soit toujours impec'
       - Où elle travaille ? Demanda la Golondrina avec intérêt.
       - Au Bois de Boulogne, à deux pas de chez nous!
       - Qu'est-ce qu'elle fait ?
       - Elle est stagiaire! Son mari vit sur ses terres à Fleury-Mérogis. Il ne descend jamais dans la Capitale car il est interdit de séjour. Par la Faculté, en raison de la pollution. C'est elle qui va lui rend' visite une fois par semaine, de deux à quatre heures de l'après midi. Comme il a une position sociale très élevée dans son milieu, il est toujours flanqué de deux gardes du corps, en uniforme, en livrée devrais-je dire...

       La grand'mère et ses deux filles restèrent un instant interloquées comme si elles se demandaient, au plus profond d'elles-mêmes, si c'était du lard ou du cochon.
       - Et vous allez allez où ? Parvint à articuler Isabélica.
       - Nous allions faire nos courses chez le traiteur en vue de la semaine sainte !
       - C'est vrai que nous sommes en carême, dit la grand'mère.
       Et riche comme t'y es tu jeunes comme les pauv', le mercredi le jeudi et le vendredi, avec du pain et des oignons?
       - Est-ce que vous vous mangez du pain et des z'oignons ? Rétorqua Madame Cébolla avec amusement. Je suis sure que vous avez de ces recettes de derrière les fagots !
       - Moi, je fais du potajé, coupa la grand'mère pour le mercredi et le jeudi...
       - Avec du lard du petit-salé et des morcillas ?(7) s'écria Anémaune aux cent coups.
       - Potaje viùdo(8), coupa abruptement la grand'mère, avec des légumes tout-à cru, des coquillettes, des pois-chiches y basta!
       Tu crois que chez nous on sait pas ce que c'est d'êt' chrétiens ou quoi ? Et toi qu'est-ce que tu manges ?
       - Mon mari et moi on est très respectueux de la règle ; madame de Fleury-Mérogis, bien qu'elle soit pas pied-noire, aussi.

       Pour rien au monde nous ne toucherions à la viande en cette période sacrée ! Assura Milagro d'une voix pleine de componction.
       - Et alors qu'est-ce que vous bouffez ? Intervint brusquement la Golondrina.
       - Des produits de la mer, répondit madame Cebolla.
       - Quoi donc?
       - Le mercredi, nous mangeons des huîtres et du saumon fumé, justement nous z'allions chez Fauchon avec mon amie pour faire notre choix de Sauternes d'accompagnement.
       - Et le jeudi ? Tonna la grand'mère.
       - Du caviar ! Nous devons passer chez Petrossian pour prend' une boite d'un kilo chacune. Nous nous contentons de quelques toasts arrosés de champagne...
       - Et le vendredi ? Intervint la grand'mère au bord de l'apoplexie ; j'espère que tu te souviens des recettes de ta mère et de la manière de faire le caldocico-al-cielo (9) avec de la morue sèche, des oignons, des tomates et des pon'de Terre, et que t'y ajoutes dans le bouillon un filet de vinaigre pour rappeler cui-la que le centurion il a voulu faire prend' au Seigneur avec l'éponge ?
       - Non, aouela, fit avec une tristesse suspecte Milagro, j'ai oublié ! Mais, malgré cela nous faisons maigre : mon mari il a envoyé un de ses chauffeurs à Rungis pour qu'il nous ramène une belle langouste ou deux ; ce sera notre seul repas en ce jour de douleur et de repentir. Bien que je sois très pieuse (Madame de Fleury-Mérogis aussi) nous ne nous souvenions pas de l'épisode de l'éponge ; et comme mon mari a des aigreurs d'estomac, il ne supporte pas le vinaigre.
       - Alors, fais lui avaler l'éponge seule, à qu'y s'étouffe, conclut la Golondrina avec rage.

       1 - fainéants.
       2 - putchéro : pot au feu, avec ou sans boulettes de viande.
       3 - sans vergogne.
       4 - de tonto ; bétasson.
       5 - une figure de peu d'amis, c'est à dire un visage qui n'inspirait pas la sympathie.
       6 - en référence sans doute à Valérian Zorine.
       7 - petits boudins noués à la suite les uns des autres.
       8 - littéralement "potage veuf ", c'est à dire sans viande aucune. On peut le faire aussi avec des couennes, du petit salé et des boudins; dans ce cas c'est "potajé casado", marié.
       9 - littéralement le petit bouillon du ciel. Menu traditionnel du vendredi saint.


CONSTANTINE REVISITEE
par Ghania Oukazi, le quotidien d'Oran
ACEP-ENSEMBLE N° 291
CONSTANTINE, KSANTINA, CIRTA LA CITE DES PONTS, LE ROCHER….

              Autant de noms qui chantent la cité adulée et blessée, symbole d'une Algérie meurtrie par des années de guerre et le tragique échec des idéaux révolutionnaires de l'indépendance.
              C'est une description assez juste que fait Ahlam Mosteghanemi de sa ville natale dans son roman «Mémoires de la chair», publié l'année dernière. En évoquant Constantine, la romancière a tenté de recomposer son passé, son amour et jusqu'à son existence dans une ville qui a quelque peu perdu son âme.
              Dans ces notes de voyage, il n'est pas question de revenir sur les séquelles de la guerre de libération nationale mais sur «le tragique échec des idéaux révolutionnaires de l'indépendance» dont les conséquences marqueront le pays pour longtemps.
              Il n'est pas nécessaire de convoquer l'histoire ou de revisiter les mémoires pour Ie constater. Un saut de quelques heures à Constantine vous laisse en proie à de terribles ressentiments tant «la cité adulée» a perdu de son charme ancestral. Elle a très mal grandi, très mal évolué. Elle n'est pas la seule à crouler sous le poids des problèmes sociaux et supporter des extensions urbanistiques sans âme et sans esprit.

              «Regardez ! Ils sont en train de boucher la trémie qu'ils ont construite en 2008 à 25 milliards parce qu'ils ont un problème d'espace», nous explique un chauffeur.
              De grosses machines procédaient, à cet instant, au dépôt de quantités considérables de remblais pour niveler la trémie avec le niveau du passage routier qui jouxte la mosquée Emir Abdelkader du centre-ville constantinois. En fait, selon des responsables locaux, il était question de grignoter de l'esplanade de la mosquée pour arracher quelques centimètres de route devant aider à fluidifier le trafic. N'était-ce la contestation des citoyens, les autorités auraient commis l’irréparable erreur de priver la mosquée -une belle oeuvre- de ses aisances architecturales. Paradoxe des temps, construite pour être un exutoire, la trémie est en train d'être bouchée pour résoudre un problème de circulation routière. Ce sont alors 25 milliards qui sont écrasés par les bulldozers. Constantine n'est pas la seule wilaya à revoir ses plans de construction en l'absence de schéma urbanistique précis et approprié.

LA GHETTOÏSATION, UN MODELE
URBANISTIOUE «A LA MODE»

              Nous continuons notre randonnée en traversant quartiers et rues pour atteindre les chantiers que le ministre des Ressources en eau avait prévu de visiter. Le plus gros de son programme concernait la nouvelle ville Ali Mendjli.
              Une concentration de constructions étouffante, sans espaces verts et sans structures de bien-être. Bien qu'elle semble se protéger contre les agressions du béton en étant perchée sur un rocher, Constantine n'a pas échappé au poids de ces hideuses cités-dortoirs qui I'ont vite ceinturée sous le prétexte de l'urgence pour pallier le problème du logement.
              Alger et beaucoup d'autres régions le sont tout autant pour les mêmes raisons.
              Pour résoudre le problème du logement et pallier le manque d'assiettes foncières, les gouvernants ont choisi de construire sous le sceau de l'urgence. Ces innombrables immeubles pointant vers le haut sans en évaluer les fâcheuses conséquences sociales qu'ils peuvent couver. Ils ont ainsi érigé la ghettoïsation en un schéma d'aménagement national qui a pris en otage la santé morale et physique des populations actuelles et à venir.

              En ces temps de pluies et de neige, les visiteurs de ces quartiers pataugent dans la boue et crèvent de froid tant les cités sont implantées sur des plateaux, dont celui de Aïn El Bey, rocailleux et nus de végétation. A ce niveau, des travaux sont menés pour la construction d'un pôle universitaire incluant 1.500 logements pour les personnels d'encadrement. En attendant que les travaux soient achevés, les alentours, où ont été plantés des immeubles, attendent d'être dotés de commodités susceptibles de donner de la vie à ces espaces bétonnés sans égards esthétiques. Ce sont des programmes de construction que Chinois, Japonais, Turcs et autres Italiens exécutent sans réfléchir. «Il y a même des travailleurs qui ont été ramenés de la Malaisie pour faire vite, nous dit notre «guide». Pourtant, la wilaya a aussi son taux de chômage. Mais «les jeunes ne veulent pas travailler, d'ailleurs, les sociétés étrangères de construction ne veulent pas trop avoir des employés algériens parce qu'ils ne travaillent pas beaucoup. Le groupe qui a été recruté par une société chinoise a fait trois grèves consécutives alors que les étrangers travaillent sans bruit », dit le chauffeur. Au loin, un bel édifice à l'aspect régulier et moderne. «C'est l'hôpital militaire qui a été construit par les Américains, c'est pour ça qu'il est beau à voir », ajoute-t-il. Vers les quatre chemins Aïn Mlila, Aïn Smara, I'aéroport, à la sortie de la commune d'El-Khroub, une étendue verdoyante mais parsemée de sachets en plastique rappelle que même les espaces non habités sont pourris,
UNE HISTOIRE DE FAMILLE...

              Après quelques heures de travail, nous traversons dans le désordre Bâb-EI-Kantra, le pont panoramique jusqu'à Ziyadta en passant par Djebel Louahch.
              «Dans ses environs, plus de 4.000 arbres ont été arrachés pour dégager un terrain d'assiette pour la construction de logements », continue de dire notre interlocuteur. Au loin, la Cité de Roumanie qu'on dit un quartier construit à la hâte, dans les années 90, pour loger les familles qui ont fui le terrorisme. Ailleurs, d'autres quartiers de constructions illicites épaulent un nombre imprécis d'antennes paraboliques. Un moyen comme un autre de fuir la triste réalité d'un pays qui efface ses repères sans regrets.

              Virée vers l'autre versant du Rocher. Plus loin, dans la commune de Beni-Hmidène où il était question pour Abdelmalek Sellal d'inspecter les travaux d'une retenue collinaire. Le chantier est implanté sur un beau bassin laitier. «Construisez-nous d'autres retenues, nous avons tellement besoin pour nos travaux agricoles et nos vaches ! », lance le propriétaire foncier au ministre. «Vous ne nous avez donné même pas un verre de lait et vous voulez d'autres retenues ? », interroge Sellal et demande : «On t'a pris ta terre ?»
              «Oui », répond le propriétaire. Du coup, le ministre se retrouve lace à des doléances relevant du ministère de l'Agriculture. «Oukel Ilihoum Rabi !», répond-il pour baisser la tension. «Vous vendez le litre de lait à combien ? Vous avez un vétérinaire ? Vous travaillez votre terre sans problèmes ?», continue d'interroger Sellal. Le propriétaire se plaint d'avoir été délesté de 30 hectares de ses terres pour «utilité publique».

              «Pardonnez-moi, M. Ie ministre, mais on ne m'a rien donné à ce jour », répond le propriétaire. «tu es pardonné d'ici à la Mecque mais il faut discuter avec les autorités locales », lui dit le ministre. Le wali intervient : « Ça fait 60 ans que ces familles habitent sur ces terres, on leur a construit des habitations commodes, on a ramené l'électricité, le gaz, l'eau, je ne détruirais jamais ces constructions mais je t'indemniserai». «En terres ?», demande I'agriculteur. «Oui, en terres !», répond le wali. «Moi aussi, c'est la terre de mon grand-père, je ne la quitterai pas ! », s'exclame un autre agriculteur habitant les alentours. «C'est donc un problème de famille ?», demande Sellal en conseillant : «Alors, embrassez-vous et réglez vos problèmes sans rancune».
L’INCULTURE QUI DEFIE L'HISTOIRE

              De retour sur Constantine, la vue est attirée par les 6 immeubles Sillac. Construits au temps de la colonisation dans le cadre du plan de Constantine, cette cité est très haute de par les nombreux étages de ses bâtiments dont les vide-ordures ont été bouchés par les habitants. Ce sont des familles entières qui évoluent avec leurs enfants sur ces espaces froids et sales. Au bas des immeubles, penchés sur un des versants du Rocher, un immense dépotoir qui prend, d'année en année, des dimensions désastreuses et destructrices pour la santé humaine et pour I'environnement.


              Constantine ne semble pas s'en plaindre. Elle doit se ficher comme de son premier casino qu'elle a vu être détruit à la fin des années 60 sur décision de responsables incultes. «Ce jour-là, les Constantinois ont pleuré. On n'a jamais compris pourquoi ce casino a-t-il été détruit ? Il était beau et réunissait un monde d'intellectuels, de poètes et d'artistes, le temps de siroter un bon café ou un bon thé et, surtout, échanger des idées émancipatrices», nous dit un enfant de la ville. C'est peut-être ces idées qu'on voulait étouffer...
              A la place, les autorités locales de l'époque ont fait ériger une stèle aux couleurs tristes et incertaines. Les responsables ont aussi accepté de loger les bureaux d'une banque publique dans un hôtel d'époque construit au temps de la colonisation. N'en déplaise à ceux qui veulent effacer les traces du temps, l'entrée en montée de ce qui est devenu une banque garde intactes les empreintes de la construction d'origine.
              Tout autant que le reste du pays, Constantine reste silencieuse lace à ces actes d'agressions. Elle doit pourtant savoir qu'elle a été rendue au silence pour qu'elle ne puisse pas avoir la force de combattre l’inculture de ceux qui veulent dompter son histoire.
Ghania Oukazi


    
MUTILE N° 195,

LES MORTS REVENUS
LA MÈRE
J'ai donné mon fils, dit la mère,
Je n'ai pas donné son tombeau.
Achille est brûlé dans Homère;
Mais le bûcher grec c'était beau.

Au lieu d'un vide où rien n'existe
Et que la douleur n'étreint pas,
Il laissait la belle urne triste
Que l’on entoure de ses bras.

Je voudrais garder sous le saule
L'enfant tombé sous les drapeaux;
J'ai donné cette jeune épaule
Qui fut l'endroit de mon repos;

J'ai donné ce front plein de grâce,
Lieu de mes baisers les plus doux;
Mais je n'ai pas donné la place
De mes pleurs et de mes genoux.

Quoi ! le socle de ma prière
Viendrait à me faire défaut ?
Je n'ai pas donné cette pierre.
Je la donnerai s'il le faut.

S'il le faut, mon Dieu, ma pensée
Tournera comme l'aquilon
Sur une tombe dispersée
Et priera sur tout un vallon !

Mais je voudrais bien être sûre,
S'il se peut, qu'on me le rendra.
Je n'ai pas lavé la blessure,
Et je n'ai pas cousu le drap.

Et ma lèvre, c'est notre usage;
Veut, le long du cercueil fermé.
Chercher la hauteur du visage
Et dire : « Adieu, mon bien-aimé !»

Lorsqu'on donne ce que je donne,
Et sans une plainte, je crois
Que l'on peut, comme la Madone,
Avoir la Descente de Croix.

Je n'ai pas donné la souffrance,
Que j’espère après les combats,
De traverser toute la France
Pour aller le chercher là-bas.

De traverser toute la gloire
Pour aller le chercher un jour !
Mon courage et ma robe noire
Sont déjà prêts pour ce retour.

Je voudrais savoir en novembre,
Quels arhes le couvriront d'or,
Moi qui toujours connut sa chambre,
J'ignorerais où, mon fils dort ?

Ah ! s'il se peut, que sa demeure
Soit celle où j'irai demeurer,
Et permettez que je le pleure
Ou j'ai coutume de pleurer !

Je n'ai pas donné cette grille,
Petite et basse, et devant quoi
Je mènerai la jeune fille
Qui voudra pleurer avec moi.

Ni le bois qui retient mon voile
Quand je parle aux morts de près
Et je n'ai pas donné l'étoile
Qui se lève entre deux cyprès !

Je sais que je peux faire envie,
Mais qui m'ôterait sans remords
Tous les jours dès Morts de ma vie
Qui sera tout en Jour des Morts.

Tous mes retours du cimetière,
A pas lents, sous un ciel trop beau!
J'ai donné mon fils, dit la mère,
Je n'ai pas donné son tombeau.
Ed. ROSTAND (1917).
Pour copie conforme : IZENAH.


PHOTOS de SETIF
VOYAGE de GROUPE 2008














Plafond du théâtre

Citernes d'eau, romaines


Feux follets, Pastèques et Marquisades.

par Jean Claude PUGLISI,

        Entre deux espiègleries - à vrai dire, jamais malsaines -, Marquis, avait toujours le souci d'enrichir sa culture personnelle, en se rendant directement et en personne sur le terrain, pour satisfaire son insatiable curiosité.

        Ce fût là et à n’en pas douter, l’une de ses plus incontestables et légendaire qualité humaine.

        C'est pourquoi et quand d'aventure sur un sujet donné, des questions lui étaient posées par quiconque, il savait toujours y répondre et s'expliquer avec talent - preuve d’un réel savoir et d'une solide culture acquise directement sur le tas.

        Pour tenter de brosser un tableau authentique - de ce célèbre et attachant héros de notre enfance - nous allons de ce pas, raconter une petite histoire bien originale, qui va nous entraîner dans le petit cimetière marin de La Calle, où, par une nuit calme et paisible, Marquis et sa bande, projetèrent une expédition très instructive, afin d'étudier de prés la réalité d'un mystérieux phénomène - dans un souci évident d'élargir ainsi le niveau de leurs connaissances.

        Tout comme nous les jeunes du village, Marquis avait entendu parler de ces étranges feux follets, qui surgissent parfois des tombeaux dans la nuit des cimetières... Alors, on ne peu plus curieux, il décida enfin de se rendre sur place - pour constater la réalité objective du phénomène.
        Tout cela partait assurément à n’en pas douter, d'une excellente et louable intention.

        Par ailleurs pour Marquis et son fidèle état-major de gamins de tous bords, le moment paraissait propice pour décider d’une expédition, puisque, malheureusement pour celui-ci, un défunt venait tout juste d’être inhumé et par conséquent les conditions semblaient plus que favorables, pour déclencher l'apparition des mystérieux feux follets...
        Voilà pourquoi en cette chaude et silencieuse nuit d’été, le camposanto fût discrètement investi par Marquis et sa bande, mais, comme il faut le souligner, sans aucune idées préconçues de réaliser de quelconques exploits, au détriment des trépassés locataires des lieux : à noter au passage qu'en ce temps-là, si les jeunes faisaient toutes les bêtises de leur âge, ils restaient toujours cependant dans les limites d’un respect, hérité des traditions familiales et de l’éducation parentale.

        Le Marquis et sa bande observaient tout naturellement cette éthique, qu'à notre connaissance et malgré les apparences - ils n'ont jamais transgressé.

        C'était donc un beau soir d'été au ciel constellé d'étoiles et par une nuit chaude à souhait, que devait débuter l’opération feux follets. C’est ainsi que Marquis suivi de sa bande se rendirent discrètement sur les lieux, qui à cette heure tardive étaient désespérément déserts et plongés dans un silence des plus absolu. Malgré l’angoisse qui les tenaillait, ils investirent alors sans aucune peine le cimetière, en escaladant lestement les murs d'enceinte sans trop savoir ce qui les attendait dans ces lieux à vrai dire bien particuliers... La tombe fût rapidement localisée par la bande et c’est avec infiniment de patience qu’ils guettèrent le cœur battant, l'apparition de la danse des feux follets du camposanto.

        Bien que nos Callaiouns - qui d'ordinaire n'avaient peur de rien ! - affectaient une contenance faussement hardie et il n'est pas interdit de penser qu'à ce moment, ils ne devaient certes - pas être des plus tranquilles.
        Un cimetière c’est toujours un lieu inquiétant ! Surtout pendant la nuit - convenons-en.

        Le temps passait lentement et en cette chaude soirée d'été il fallut bien se rendre à l’évidence : les feux follets n'étaient pas au rendez-vous ! ... Comme on peut s’en douter, grande fût alors la déception du Marquis et de ses troupes ! ... Mais manifestement pas pour bien longtemps ! ... Car, il faut le dire, l'instinct malicieux de nos compères repris vite le dessus et pour clôturer cette soirée champêtre bien particulière, le Marquis - chef de la bande ! - concocta sur place une espièglerie - dont lui seul avait le secret.

        Pour étancher leur soif au cours de cette longue soirée d’observation, ils avaient amené de belles pastèques mûres et juteuses, que quelques savants coups de canif métamorphosèrent en têtes évidées, où, étaient ciselées, une bouche béante surmontée de deux grands yeux. Ces matériels made in Marquis - dont s’inspire aujourd'hui l’Amérique toute entière pour fêter Halloween ! - qui hébergeaient la flamme d’une bougie, furent prestement installés sur le mur du cimetière - face à la route qui descendait vers la grande plage. Pour corser le tout et donner plus de véracité à la supercherie, quelques-uns uns des gamins de la bande s’en allèrent fouiner dans le petit local où Pascalin le concierge rangeait son maigre matériel. A leur grande satisfaction, ils devaient découvrir parmi les objets hétéroclites, certains éléments dont ils firent des torches qu‘ils s‘empressèrent d‘allumer. C’est alors que devait commencer au sein du cimetière, un spectacle macabre son et lumière, fait de multiples petites flammes jaunâtres et vacillantes qui dans le noir de la nuit, dansaient une folle et inquiétante sarabande, accompagnée par le tempo continu de hurlements à la mort, qui semblaient venir tout droit du plus profond des enfers.


        C'est ainsi qu'en cette nuit de l’été et devant un tel tableau, les malheureux noctambules qui d’aventure déambulaient du côté camposanto, furent pris d’une panique bien compréhensible lorsque au-dessus des murs du cimetière, des formes insolites aux regards de braise et aux rictus sataniques firent leur apparition, au milieu de la danse des torches et des gémissements désespérés savamment orchestrés par les gamins… Ce tintamarre nocturnes devait mettre en émoi les habitants du douar voisin, qui réveillés par les aboiements de tous les chiens du quartier et le vacarme infernal venu du cimetière, avaient déserté leurs gourbis et superstition aidant observaient le spectacle hallucinant avec une crainte non dissimulée.

        Pendant ce temps de l'autre côté du mur d‘enceinte, Marquis et sa clique n'en finissaient plus de rigoler à gorge déployée, chaque-fois qu’un infortuné noctambule effrayé par le spectacle - détalait ventre à terre sans demander son reste.
        Puisque la danse des feux follets n’était pas venue au rendez-vous, alors c’est à eux qu’il appartenait ce soir-là, de se substituer sans complexe au mystérieux phénomène.

        Cependant ce jeux macabre qui durait déjà depuis un bon moment, a dû finir par fâcher tout rouge les Dieux du Bastion, car, la plaisanterie n'avait que trop duré et que la sinistre farce du Marquis pouvait mal se terminer : et c'est ce qui arriva !
        Soudain dans le brouhaha qui venait du cimetière, un coup de fusil claqua sèchement puis deux, puis trois... Alors que s’éteignaient les torches et s'écroulaient l’une après l’autre les pauvres pastèques pulvérisées et sans vie.

        Toute la bande - Marquis en tête ! - prit la poudre d'escampette en évitant autant que faire se peut, les tirs d'artillerie, qu'un grincheux riverain pas dupe du tout, venait de déclencher contre ces démons aux yeux de braises.
        Je crois bien qu'en cette nuit chaude de l'été, Marquis ne cru plus aux feux follets, mais, qu'il apprit à ses dépens, qu'il est préférable d'aller exercer ses talents - ailleurs que dans un camposanto ! ...

        Je ne sais s'il a pensé au moins une fois, d'aller réclamer à l'Oncle SAM les droits d'auteur qui lui reviennent, depuis, qu'outre-Atlantique, on fête l'HALLOWEEN inauguré autrefois sur un mur de cimetière, avec la complicité de quelques pastèques assistées de torches et de chandelles...

        Il n'y pas si longtemps, c’était là-bas, quelque part, sur les côtes de Barbarie...
        Par la bande à Marquis !
Docteur Jean-Claude PUGLISI,
de La Calle de France -
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage
Giens en Presqu'île - HYERES ( Var ).



Algérie catholique N°2, 1937
Bibliothéque Gallica

A CHREA

        Chréa ! Ce nom, il y a vingt ans, n'était connu que des fervents de l'alpinisme. Pour y parvenir, il n'y avait alors que des chemins de traverse, tortueux, rocailleux ; maintenant, une belle route, serpentant en de nombreux lacets sur le flanc de la montagne, permet d'y arriver sans difficulté.
        Aussi Chréa est-il devenu le rendez-vous, non seulement des environs, mais de toute l'Algérie. En tout temps, été comme hiver, on y croise des figures connues, on y retrouve des amis.
        Chréa ! Site merveilleux, enchanteur pour les âmes contemplatives, éprises de recueillement et de poésie.
        D'un côté, c'est une vue magnifique sur la plaine de la Mitidja.

        Au bas, Blida, la « ville des roses », avec ses orangers, ses arbres verdoyants. Plus loin, Beni-Méred, avec son monument rappelant les exploits du sergent Blandan, Boufarik, El-Affroun.
        Dans le lointain, Tipasa, la ville des Martyrs, le Tombeau de la Chrétienne, la pointe de Sidi-Ferruch, les hauteurs d'Alger « la blanche », Kouba, Maison-Carrée. Dans le fond, la grande bleue à perte de vue.
        De l'autre côté, c'est un panorama splendide sur tout le massif de l'Atlas.
        Chréa, avec ses cèdres séculaires, ses sources nombreuses, d'où jaillit une eau limpide et fraîche, son air pur, était destiné à devenir un centre touristique.

        Commencée bien petitement, la station s'est développée rapidement. Actuellement, c'est une petite ville. Plus de deux cents chalets ont surgi, comme par enchantement sous les cèdres. Des colonies de vacances pour les enfants d'Alger, de Boufarik, de Marengo et d'EI-Affroun y ont été installées, avec tout le confort moderne. Des hôtels, des restaurants s'y sont construits.
        L'hiver, nombreux sont les amateurs de sports qui, profitant du dimanche ou des jours de congés, s'élancent dès les premières lueurs du jour vers les cimes neigeuses de Chréa. Alors, les skieurs et les skieuses s'en donnent à cœur joie.
        Quel bonheur de se sentir glisser sur la neige, le visage fouetté par l'air vif ! Si parmi eux il y a des professionnels, qui, par leurs prouesses, audacieuses parfois, font l'admiration de tous, il y a aussi des novices qui, par leurs chutes aussi fréquentes qu'inattendues, mettent une note de gaieté.

        L'été la population devient pour ainsi dire sédentaire. Dès que les premières chaleurs se font sentir dans la plaine, c'est l'exode vers la montagne. Ce sont les nombreux enfants des écoles qui de leurs chants et de leurs cris joyeux font retentir les échos de la montagne. Ce sont ceux qui, ayant besoin de repos, fuient le bruit de la ville, les soucis des affaires, et viennent là pour jouir du calme, de la tranquillité, de la solitude. Comme ils pourront pendant deux ou trois mois se remplir les poumons d'un air vif et vivifiant !


        Mais si attrayant que soit Chréa, si importante que soit la station, il y manquait jusqu'à ces dernières années quelque chose, c'était un lieu de prières.
        Déjà, en 1899, le 10 août, M. l'abbé Bonfils, professeur au collège Saint-Charles, parti en excursion avec quelques-uns de ses élèves, y avait bien offert le Saint Sacrifice. Mais depuis, la Messe n'avait jamais plus été célébrée sur les hauteurs blidéennes.
        Ces années dernières, les estiveurs devenaient plus nombreux, un prêtre montait chaque dimanche à Chréa et disait la messe en plein air.

        Ah ! Certes cela avait quelque chose de grandiose, que cette messe dite à l'ombre des cèdres. Mais il fallait plus, il fallait une église. C'était le rêve de M. le Chanoine Vial, le Curé de Blida. Son cœur de prêtre et d'apôtre était navré de voir qu'une foule si nombreuse était privée de la messe le dimanche et cela pendant des mois ! Aussi un comité se constitua, sous la direction de M. Gaston Ricci, maire de Blida et les travaux ne tardèrent pas à commencer.
        Commencée en 1933, l'église fut terminée en 1934 et le dimanche 20 octobre de la même année, Son Excellence Mgr Leynaud bénissait le nouveau sanctuaire, dédié à la Sainte Vierge.
        Dans sa monographie, qu'il a écrite sur la paroisse Saint-Charles de Blida, M. le Chanoine Vial parle ainsi de Chréa.

        « Chréa, la montagne si chère aux Blidéens qui, les premiers, ont compris et apprécié la poésie se dégageant de son sol et de ses bois, voit ses sommets consacrés par la prière et couronnés par une chapelle dédiée à la Vierge, sous le vocable de Notre-Dame des Cèdres.
        «Les nombreuses personnes attirées sur les hauteurs pour goûter tour à tour le plaisir d'un estivage réconfortant au milieu d'une nature calme et verdoyante, et les joies âpres et grisantes des sports d'hiver, déploraient de n'avoir point de lieu officiellement consacré au culte pour y remplir leurs devoirs religieux.
        «Ce lieu désormais existe, grâce à Dieu... grâce aussi à des initiatives aussi hardies que généreuses.

        «Construire une chapelle à Chréa ! Certes, le projet était beau, mais que de difficultés à surmonter dans sa réalisation ! Le dévouement admirable du comité d'érection et la générosité inlassable des donateurs en vinrent heureusement à bout.
        «Aujourd'hui, la chapelle de N.-D. des Cèdres dresse, sur la montagne, son élégante silhouette. Sa forme trapue l'attache solidement au sol, et l'apparente au style des chalets avoisinants. Elle semble ainsi faire appel à toutes les bonnes volontés, toutes les énergies, tous les cœurs vivant dans les habitations éparses autour d'elle, pour les grouper et les élever vers Dieu dans une prière ardente : prière qu'elle symbolise admirablement par une flèche hardie s'élevant haut vers le ciel. C'est une belle réalisation de l'art moderne adapté à la fois à l'architecture sacrée et à la montagne. »

        Depuis 1935, chaque dimanche, le service religieux est assuré dans le sanctuaire de Notre-Dame des Cèdres, pendant les mois de juillet, août et septembre. Ministère bien consolant pour celui qui en est chargé !
        Si l'on vient à Chréa pour reprendre des forces et pour y jouir du calme, on y vient aussi pour prier.


        Le dimanche, quel beau spectacle que toute cette foule assistant au Saint Sacrifice ! L'attitude pieuse et recueillie de chacun fait voir que tous n'ont qu'un seul désir : prier Dieu et remplir parfaitement son devoir de chrétien. «On dit que la foi se perd en Algérie, que l'on vienne à Chréa, on constatera le contraire », disait un assistant, un dimanche, alors que l'église étant déjà trop petite un certain nombre de personnes avaient été obligées de rester dehors.
        Mais ce n'est pas seulement le dimanche que l'on vient prier, c'est tous les jours. Des estiveurs, au cours de leur promenade, aiment à venir passer quelques instants auprès de Notre-Seigneur et de sa Sainte Mère.

        Et après avoir repris des forces corporelles et spirituelles, on est alors tout dispos à redescendre dans la plaine et à affronter les labeurs, les fatigues et les soucis de la vie quotidienne.
        Chréa est connu.
        On y vient de tous les côtés.
        Espérons qu'il deviendra un centre de prières, et, pourquoi pas ? Un lieu de pèlerinage, où les foules viendront implorer Notre-Dame des Cèdres et lui demander d'étendre de plus en plus le règne du Divin Fils dans notre belle Algérie.



Les Quatre Mousquetaires
BONJOUR N°1, 6 octobre 1932
journal satyrique bônois.
              Ils étaient, au Ralliement, quatre mousquetaires tout comme ceux du bon vieux Dumas. Mais, les mousquetaires d'aujourd'hui ne valent pas ceux d'autrefois. Leur Pré-aux-Clercs, c'est maintenant, le prétoire, leur flamberge une écritoire, leurs cartels des grimoires et leurs « exploits » sont ceux des huissiers.

              Je n'ai pas la prétention d'avoir été leur Rochefort, encore moins leur Richelieu ou leur Mazarin ; cependant, je les ai battus à plate couture devant deux juridictions, la commerciale et la civile.

              Ils avaient dit : « Il n'osera pas ! »J'ai osé. L'insolence et l'outrecuidance de l'un des quatre m'aurait décidé si j'avais hésité. M. Roland Bertagna a employé à mon égard des procédés dont il n'aurait pas osé se servir pour le dernier de ses valets de charrue.

              Ce n'est pas fini. Pour faire pendant à « Vingt Ans après », nous avons sous presse une nouvelle action que nous intitulerons : « Quelques Semaines plus tard ».

              Puis le père Dumas y passera tout entier. Il y a encore « Le Vicomte de Bragelonne ». Si la mémoire des Directeurs du Ralliement est défaillante, comme j'ai pu le constater, la mienne est fraîche.

              N'oublions pas, Messieurs, que M. Joseph Serda, élu Député de Bône, grâce à l'accumulation de vos maladresses, me poursuit devant le Tribunal Civil, et y persiste, en 100.000 francs de dommages-intérêts parce que, sous vos auspices, j'ai reproduit, dans le Ralliement la fameuse lettre Brisson publiée naguère par le Réveil Bônois. J'en étais innocent comme le petit oiseau qui tête encore sa mère. Mais, vous qui m'avez imposé ce papier, vous saviez ou vous auriez dû savoir qu'il avait été l'objet de poursuites et que le Réveil Bônois avait été condamné.

              Je n'ai pas entendu dire que M. Serda ait l'intention de me donner quitus. Je n'ai pas l'intention, moi, de lui présenter mes excuses, j'ai fait mon métier. Donc, je devrai me défendre et c'est des larmes pleins les yeux que je vais, ipso facto, vous entraîner dans cette nouvelle bagarre. Deux jeunes gens, blonds et chauves, ont dit, en un temps : « L'heure des Bertagna a sonné ! » Oui à la caisse.

              Les bônois vont entendre, une fois de plus, retentir devant les tribunaux, quatre noms devenus célèbres :

              Aramis, c'est Henry Aloï, chéri des dames. Il n'est pas sot et on est surpris qu'il se soit laissé engluer dans cette stupide affaire.

              Athos, le « loyal Athos » c'est le Docteur Schwebel. Il a dit sa pensée dans cette vilaine histoire mais il est demeuré velléitaire et fugitif.

              Enfin, je lui fais la meilleure part et le comparer à Athos est une manière de compliment. André Sens-Olive, je prie les typos de ne pas écrire « Sans-Olives », ça me ferait des histoires - est un Porthos parfait, lourd, balourd et de cervelle calmement assoupie.

              Quant au quatrième, il est indiqué, c'est le super Roland Bertagna. Il s'est imposé à ses collègues pour conduire l'affaire et ceux-ci ont eu la faiblesse de le laisser faire, ils ont constaté les résultats. Roland Bertagna, c'est d'Artagnan, il mène tout, fait tout, voit tout, dit tout, connaît tout, sait tout, touche-à-tout, tout, tout, toutou et, pour que nul n'en ignore, signe, modeste et pompeux : «L'Un des Quatre».

              Seulement d'Artagnan, lui était intelligent.



 
LE SALE GOSSE !

EFFORT ALGERIEN 1935, N° 368
                  
              ..Pourquoi j'aime une réunion de cours, et m'y rends si volontiers ?... Mais, parce que c'est une réunion d'Amis, et que la chose est rare !...
              Le vieux Socrate disait : « Bâtis-toi donc une maison petite... toute petite... pour pouvoir l'emplir de tes bons amis ! » ...Retrouver, hélas, tous les ans moins nombreux, ces vieux confrères... vieillis d'une nouvelle campagne, un peu plus cassés, un peu plus blanchis... les retrouver autour d'une table, eh, sans doute ! « La circonférence », comme disait Pravieux. Un rôti de veau, avec beaucoup de sauce autour... cette sauce faite de beurre frais... de bonne humeur et de cordialité... La vieille bouteille de derrière les fagots, qui, « laetificat cor hominum » ... Il y a même parfois, mais c'est le comble de la licence, ...une cigarette ou une vieille pipe !...
              Tout cela est très bon... bon au pauvre Confrère perdu dans la brousse, et qui peut demeurer des jours entiers sans adresser la parole à âme qui vive. Bon, à celui qui, noyé dans la foule, n'en reçoit, assez souvent, qu'amertume et dégoût...

              Il est bon aux Frères de se revoir.. de vivre un peu la vie commune.., d'aimer qui vous aime, et de parler à qui vous comprend !
              Voilà pourquoi j'aime une réunion de cours !

              ...Chaque année, tout aussi fidèle que moi, et sans doute pour les mêmes raisons, j'y retrouve le cher Abbé Magnien. C'est un brave à tout crin, chevronné et décoré autant qu'on peut l'être. Autrefois, Vicaire d'une importante Paroisse parisienne, aujourd'hui petit Curé d'un charmant village. La guerre nous l'a rendu à l'état d'écumoire... Il était sergent dans un bataillon de chasseurs à pied. La mort n'a pas voulu de lui, mais qu'il l'a donc échappé belle !..
              Durant le repas... il s'occupe... il apprécie... il déguste... il savoure.,., il compare..., et accorde de temps en temps une parole rapide ou un sourire, aux bavards qui ne savent pas, comme lui, faire une place pour chaque chose et mettre chaque chose à sa place...
              Mais, vers la fin, au café, il redevient lui-même !
              Qu'il y ait du sucre, ou pas, dans sa tasse, il tourne lentement, consciencieusement le jus avec sa petite cuillère, et, comme s'il trouvait subitement son inspiration dans le marc de café, l'Abbé Magnien commence...

              ... « C'était un sale gosse, mais là, ce qui s'appelle un sale gosse !... Ses parents ! Il avait certainement dû en avoir, mais il n'était pas plus fixé que moi sur leur identité... Sa patrie, c'était le domaine des chiffonniers, compris entre Montrouge, Malakoff et la porte de Vanves.

              Il avait été recueilli par un vieux ménage de bricoleurs-revendeurs à la ferraille, qui, n'ayant pas d'enfant, voulait donner leur fond à un héritier qui prendrait soin de leurs vieux jours ! Ces gens-là n'avaient aucune notion d'éducation, et se souciaient comme d'une vieille ferraille d'en faire donner une à leur pupille...
              Celui-ci était vêtu à la mode de ce quartier qui n'a rien de somptueux, d'une vieille culotte de soldat... coupée au-dessous des genoux... d'une chemise kaki, couleur providentielle et complaisante, et ses pieds nageaient dans une invraisemblable paire de godillots !...
              Tout le reste était du même style...

              Le gosse rendait ici et là quelques menus services qui le faisaient vivre... Il vivait quand même lorsqu'il ne trouvait pas de service à rendre... C'était un moineau de bitume, effronté, gouailleur, et naturellement chapardeur... fort mal élevé...
              Tout compte fait... un sale gosse !

              ...Comment était-il échoué au Patronage de Montrouge ? Allez-y voir... l'Esprit souffle où il veut Un confrère d'œuvres de ce patronage l'avait-il découvert au cours d'une randonnée dans le « quartier des puces » ? Je ne l'ai jamais su. Ce que je puis dire, c'est que son arrivée ne remit rien en ordre chez nous... Il était comme un jeune chien fou, lâché dans les plates-bandes, passait par les fenêtres plus souvent que par la porte... escaladait les murs, ne se plaisait que sur les toits. Sous le fallacieux prétexte de retrouver le ballon ou de dénicher la balle, il se tenait sans peine, tel un moineau ou un chat, sur l'arête du toit, les gargouilles ou les cheminées... Il a laissé un jour un tel lambeau de culotte accroché à une faîtière, que j'ai dû sauver la mise, en lui prêtant mon manteau pour qu'il puisse décemment retourner chez lui !

              Les vitres cassées... les jeux massacrés .. la concierge arrosée, les camarades rossés... sont ses moindres peccadilles... Vingt fois je fus sur le point de le mettre à la porte. Vingt fois, vous entendez. Mais il avait un tel air de pauvre chien battu, lorsqu'on le grondait ; une telle pitoyable mimique de pauvre gosse, et une voix tellement navrée lorsqu'il disait:
              .. Alors quoi, M'sieu l'Abbé, vous me f'..ter dehors, qu'est-ce que je vais devenir maintenant ?...
              « Je le gardais, que voulez-vous! Je n'ai jamais su écraser la mèche qui fume encore !... »

              ...Figurez-vous qu'un matin d'avril 17, nous montions en ligne, pour la grande affaire que vous savez.. qui fut hélas, un sanglant désastre... Mon bataillon se dirigeait rapidement vers Fère en Tardenois. En traversant Olizy, l'Aumônier divisionnaire me rejoint et me crie :
              « Magnien, il y a ici des soldats plein l'église. Ils attendent une messe et désirent communier, pourriez-vous faire quelque chose pour eux ? ».

              Je hâte le pas, j'entre dans l'église, en effet garnie jusque sous le porche de soldats qui me paraissent jeunes.

              Je n'avais pas fait trois pas à l'intérieur, que je me sens vigoureusement saisi par un bras, tandis qu'une voix traînante, que je reconnaissais sans peine, s'écriait, dans le plus pur accent du faubourg :
              « Ça y est, les gars... nous sommes vernis » v'là mon Abbé... nous aurons not' Messe, et même que vous pouvez y aller de votre nettoyage à fond... je le connais, moi, ce sergent-là... c'est mon Abbé ! c'est un chic type... ».

              Je ne me souviens pas d'avoir embrassé quelqu'un avec plus de tendresse, ni d'avoir donné la Sainte Communion avec plus d'émotion qu'a ce « sale gosse » qui avait amené avec lui, tous les petits gars de la Compagnie.
              — « Ben quoi, on ne peut pas risquer la Grande Parade, sans s'astiquer un peu l'intérieur, pas vrai M'sieu l'Abbé ?

              ...Il est resté à la Grande Parade, mon pauvre petit « Sale Gosse »... avec le plus grand nombre de ceux qui étaient là avec lui. à l'église, ce matin-là...
              Je conserve précieusement son souvenir dans mon cœur... pauvre Bibi... son âme était mieux taillée, décidément, que sa culotte... et quelque chose de bon, que j'ignorais alors, vivait en lui !

              Ah ! chers confrères, on ne sait jamais tout le bien que l'on fait quand on fait du bien !

              Je me reprochais mes bontés, vis-à-vis de lui et mon manque de décision... je serais meilleur encore si c'était à refaire, on n'est jamais trop bon, voyez-vous... trop patient... trop miséricordieux !...
              Une âme comme celle de Bibi n'a-t-elle pas été rachetée par tout le sang du Christ !

              Et l'Abbé boit lentement, à petits coups, son café refroidi comme s'il était brûlant... après avoir longtemps remué de sa cuillère le sucre qu'il n'y avait jamais mis.

              Mais au cours de son récit, une larme qu'il aurait bien voulu dissimuler était tombée dans sa tasse...

Urbain MILLY


    
POINT NOIR
Envoyé par Eliane

                Un jour, un professeur entra dans sa classe et demanda à ses élèves de se préparer à une interrogation surprise.

                Les élèves, étonnés, attendaient que le contrôle commence.
                Le professeur distribua les feuilles d’interrogation face vers le bas, comme d’habitude.
                Lorsqu’il les eut toutes distribuées, il demanda aux élèves de retourner leur feuille.
                À la surprise générale, il n’y avait aucune question.
                Juste un point noir au centre de la feuille.

                En voyant l’expression des visages des élèves, le professeur leur dit : « Je voudrais que vous écriviez ce que vous voyez ici… »
                Les étudiants, un peu confus, commencèrent ce devoir inexplicable.

                À la fin du temps imparti, le professeur ramassa les copies et commença à les lire à haute voix devant toute la classe.

                Tous les étudiants avaient défini le point noir, en essayant d’expliquer sa position au centre de la feuille.
                Après que toutes les copies eurent été lues, le professeur commença à expliquer :

                «Je ne vais pas vous noter là-dessus. Je voulais juste que vous réfléchissiez.
                Personne n’a rien écrit au sujet de la partie blanche de la feuille. Tout le monde s’est focalisé sur le point noir.
                Et la même chose arrive dans nos vies. On a tendance à se focaliser seulement sur le point noir.

                Le problème de santé qui nous embête, le manque d’argent, une relation compliquée avec un membre de la famille, une déception avec un ami… Les points noirs sont très petits quand on les compare avec tout ce que nous avons dans nos vies, mais c’est eux qui polluent notre vie.

                Éloignez vos yeux des points noirs de votre vie et prenez conscience de tout ce que vous avez.

                Profitez de chacune de vos satisfactions, de chaque moment positif que la vie vous donne.
                Voyez l’abondance autour de vous et vivez heureux.»


ETRE ENSEIGNANTE !!!

Envoyé par plusieurs lecteurs








19 Mars 1962
Par DELENCLOS Michel Henri
ACEP-ENSEMBLE N°292
Français apprenez et n'oubliez jamais La Forfaiture de Charles De Gaulle
le 19 mars 1962 à Evian

Les exécutants : Robert Buron - Louis Joxe - Jean De Broglie – J.M. Jeanneney ambassadeur de France à Alger, Pierre Messmer ministre des armées.

         Le 25.09.2001, à propos de la guerre d'Algérie, le président de la République, Jacques Chirac, déclarait : « Le moment est venu pour nous tous Français, de porter un regard de vérité sur une histoire méconnue, une histoire déformée, une histoire effacée... Une histoire qu'il importe aujourd'hui de rappeler aux Français... La mission des historiens doit se poursuivre... ».
         Onze années après ce constat, le Sénat s'apprête, le 25.10.2012, à faire que le 19 mars 1962 soit l'objet d'une discussion en séance publique. En l'occurrence, il s'agit de reconnaître cette date comme journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc.
         Tout d’abord, quel est le lien entre les combats en Tunisie et au Maroc avec le 19 mars 1962 ? Aucun.

         Combien de Français, aujourd'hui, savent ce qu'a été ce « 19 mars 1962 » en Algérie et pour la France ? En quoi consistait-il ? Ce qui s'est réellement passé après. Quelles ont été les attitudes respectives du Gouvernement français et de De Gaulle...
         A la suite des négociations qui se sont déroulées à Evian, du 7 mars au 18.03.1962, entre les négociateurs français et le FLN (1), il a été conclu un «Accord de cessez-le-feu en Algérie » (2) qui, dans son article 1er stipule : « Il sera mis fin aux opérations militaires et à toute action armée sur I'ensemble du territoire le 19.03.1962 à 12 h 00. ».

         L'article 2 précise que : « Les deux parties s'engagent à interdire tout recours aux actes de violence collective et individuelle. Toute action clandestine et contraire à l'ordre public devra prendre fin. ». Quant à l'article 11, il assure que : « Tous les prisonniers faits au combat détenus par chacune des parties au moment de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu seront libérés ; ils seront remis dans les 20 jours à dater du cessez-le-feu aux autorités désignées à cet effet. Les deux parties informeront le Comité international de la Croix-Rouge CICR du lieu de stationnement de leurs prisonniers et de toutes les mesures en faveur de leur libération, ».
         (1) L’auteur de cette lettre ouverte rappelle que lors de la 6ème séance du 10.03.1962 de ces négociations, le représentant de la délégation française, Bernard Tricot, précisait : « Oui, le FLN est encore illégal mais il doit pouvoir jouer un rôle politique, faire de la propagande, après le cessez-le-feu dans le respect de la loi et de l’organisation provisoire des pouvoirs publics. Nous devons revoir le décret de dissolution du FLN en date du 29.06.1957, et mettre notre législation en harmonie avec les conséquences éventuelles de l’autodétermination... Aucun besoin de texte, il suffit d'abroger le décret de dissolution et de suspendre les dispositions pénales qui répriment la propagande en faveur de l’indépendance ».

         Et, le 11.03.1962, B. Tricot annonce : « Enfin le décret de dissolution du 29.06.1957, qui est bien fondé... n'a plus de sens dès que le cessez-le-feu permet le retour à l'ordre démocratique (sic)... Ce texte dissout à la fois le FLN et le MNA .. » L'auteur interroge : « Et les autres partis, mouvements ou tendances ! » Le 30.03.1962 comme en écho à ma question, le Mouvement national algérien MNA, présidé par Messali Hadj, constate : « Que la composition de l'Exécutif provisoire ne comprend exclusivement, au point de vue algérien, que des membres du FLN ou pro-FLN... Cette manière de procéder est antidémocratique et tourne le dos à toutes les déclarations faites par le Gouvernement français aux termes desquelles toutes les tendances algériennes seraient représentées, aussi bien aux négociations qu’à I'Exécutif provisoire. Le MNA déclare que cela est une violation directe de l'autodétermination qui devait servir de règlement général à la solution du problème algérien". »

         (2) Le professeur Maurice Flory précise ; « Le premier texte reproduit par le JORF du 20.03.1962, est intitulé « Accord de cessez-le-feu en Algérie ». Sa présentation indique l'ambiguÏté de sa nature juridique. Il n'est pas publié sous la forme d’un traité ; il n'est pas assorti d'aucune signature ; son caractère bilatéral découle uniquement du terme « Accord » Le Gouvernement français pas plus que le GPRA, n'apparaissent à aucun moment.
         (L'auteur rappelle ce fait : Le 23.05.1961, lors de la conférence d'Evian 1, le représentant de la délégation du FLN, Ahmed Boumendjel, demandera à Louis Joxe s'il considère les membres du GPRA comme des « représentants authentiques du peuple algérien », L. Joxe lui répondra par la négative, estimant seulement que les membres de la délégation du FLN sont les « représentants des combattants »).
         L'article 1er se contente de la formule volontairement imprécise : « Il sera mis fin aux opérations militaires ». L'article 2 parle des " deux parties ". Les articles 5 et 4 nous révèlent quelles sont ces «deux parties» : «les forces combattantes du FLN et « les forces françaises ». Cette terminologie prudente indique la volonté de ne pas placer cet accord au niveau des Gouvernements, mais à celui des militaires ». Il faut préciser que le mot «Accord » ne figure dans le JORF qu'à propos de ce cessez-le-feu.


         Quant aux déclarations de principes relatives aux différents domaines, elles ont été publiées sous la rubrique - «Déclarations gouvernementales du 19.03.1962 relatives à l’Algérie » Elles seront signées par les représentants mandatés du gouvernement de la République et par le représentant du FLN, Belkacem Krim qui, le 01.11.1960, à Casablanca en présence du roi du Maroc Moulay Hassan, avait assuré : «Nous éjecterons les Français quatre par quatre !». Le programme est clair, (M. Flory « La fin de la souveraineté française en Algérie», in Annuaire français de droit international, volume 8,1962.)-
         A propos de ce cessez-le-feu, et pour comprendre la suite des événements, dans sa plateforme de la Soummam (issue d'un congrès tenu par le FLN du 20.081956 au 10.09.1956), dans la partie II intitulée « Cessez-le-feu, conditions », il est mentionné : « ...En contre-partie, le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien. Seul le Conseil national de la révolution algérienne «CNRA» est habilité à ordonner le cessez-le-feu, dans le cadre fixé par la plateforme. Puis, dans la partie III « Négociations pour la paix », on note : « 1. Les conditions sur le cessez-le-feu étant remplies, l’interlocuteur valable et exclusif pour l'Algérie demeure le FLN. ». Ainsi, l'« Accord de cessez-le-feu » issu des négociations à Evian engageait la responsabilité du FLN.

         Enfin, dans son ordre du jour n°1 du 19.03.1962 destiné à toutes les forces de l'ordre, le commandant supérieur des forces en Algérie « CSFA », le générai Charles Ailleret, soulignait que: « Le cessez-le-feu qui vient d'intervenir met fin à plus de 7 années de combats au cours desquelles notre armée avait la mission de s'opposer aux actes de force d'un adversaire souvent exalté mais toujours courageux... », puis il précisait : « Son rôle, ici n'est pas terminé. Elle doit, par sa présence et, si cela est nécessaire par son action, contribuer à empêcher que le désordre l'emporte quels que soient ceux qui tenteraient de le déchaÎner de nouveau. Aujourd'hui comme hier dans la paix comme dans les combats, l'Armée française reste fidèle à la tradition du Devoir. ».

         Ainsi donc, le « cessez-le-feu, devait mettre « fin à plus de sept années de combats », ce à quoi le FLN s’était engagé lors de la plateforme de la Soummam près de six ans avant le cessez-le-feu officiel et, l'Armée française contribuerait « à empêcher que le désordre l'emporte quels que soient ceux qui tenteraient de le déchaîner de nouveau ». Il n'en a rien été. D'ailleurs, le Parti socialiste déposera une proposition de résolution n°1637 à l'Assemblée nationale, le 03.06.2004, présentée par son porte-parole, Kléber Mesquida et 80 membres du groupe socialiste « tendant à la création d'une commission d'enquête sur les responsabilités dans le massacre de nombreuses victimes civiles, rapatriés et harkis, après la date du cessez-le-feu de la guerre d'Algérie »

         L'après 19.03.1962 : des faits, des écris, des témoignages face à une « guerre larvée »

         Or, le 20.03.1962, à l'ouverture de la séance à l’Assemblée nationale - laquelle va devenir, dès ce jour-là, - la chambre d'échos des tragédies quotidiennes que vivront tous ceux qui ne veulent pas suivre le FLN -, son président Jacques Chaban-Delmas, lit le message du président de la République De Gaulle qui semble s'inquiéter : « ... Nul ne peut, non plus, méconnaître les difficultés d’application qui en résultent aujourd’hui et risquent d'en résulter demain, non seulement quant à la situation d'un grand nombre de personnes et de beaucoup de choses, mais aussi dans le domaine de l'ordre Public... ».
         Ce même jour, le député Pierre Portolano fait cette remarque d'importance : « Le texte des accords sur le cessez-le-feu n'a été rendu public qu’aujourd'hui, alors que le CNRA a eu tout le loisir pour en délibérer en temps utile... Le Gouvernement accorde aux rebelles ce qu'il refuse aux Français ».

         Le 26.03.1962, dans son ordre du jour, le commandant de I'état-major général EMG, Houari Boumediene, Proclame : «Le cessez-le-feu n'est pas la paix... La lutte continue jusqu’à la révolution... ».

         Le 29.03.1962, dans le journal « Jeune Afrique », le futur ambassadeur de Tunisie en France, Mohamed Masmoudi, annonce : « Il faut dépeupler, déporter le ramassis de petits blancs d'Algérie... » Le programme du FLN s'affirme.

         Le 16.05.1962, lors du conseil des ministres, le ministre d'Etat chargé des Affaires algériennes, Louis Joxe fait remarquer que : « d'autres accrocs au cessez-le-feu sont imputables à I'ALN : taxations, rançons, enlèvements. Nous ne saurions accepter des opérations commandos du FLN qui entraîneraient des ripostes immédiates... ».

         Le 17.05.1962, dans le quotidien l'Aurore, on relève que : « Robert Buron, un des négociateurs français à Evian, découvrait sur place une réalité qu'il n'avait pas pressentie dans l'euphorie du cessez-le-feu... Il acquérait la certitude que des violences sans frein étaient commises dans le bled livré à l’ALN par le retrait de nos forces. En nombre inchiffrable, Ies Musulmans compromis à nos côtés étaient massacrés. Il y avait des victimes européennes, mais les Français de souche étaient surtout rançonnés ou ruinés par le saccage et l’incendie. Le passage des Huns !...

         C'est Dunkerque en pire qui se prépare.» Le 22.05.1962, le journal « Le Monde» recueille le témoignage du vice-président de l’Assemblée nationale, le bachagha Saïd Boualem : « On empêche mes harkis de venir...Ces gens-là sont à la merci des représailles du FLN...On a livré mes gens au FLN.. Nous n'avons plus à notre époque ni patrie, ni morale, ni parole, rien ! En Algérie les gens n'ont plus confiance dans la France. ».
         Le 30.05.1962, à I'Assemblée nationale, Louis Joxe fait ce constat : « Depuis le 19 mars, les actes de violence ne se sont pas interrompus: les opérations clandestines, les enlèvements, les exécutions sommaires, Ies demandes de rançon ont été trop souvent le fait de bandes incontrôlées. Rien de tout cela ne doit être ignoré ou passé sous silence. Des accrochages se sont produits, au début, entre I'ALN et les forces de l'ordre,.. ».

         Le 27.06.1962, les membres du groupe FLN de l'Exécutif provisoire, installés à Rocher Noir près d’Alger, dans leur lettre de démission adressée au GPRA, dressent ce constat accablant : « Les enlèvements de compatriotes ou d'Européens se multiplient, les occupations abusives d'appartements, de fonds de commerce, les vols de voitures, de camions citernes, de véhicules de la Croix-Rouge internationale, la levée de dîmes sur les colons européens, concrétisent l'anarchie qui s'est établie au sein de la hiérarchie organique (du FLN et de I'ALN). Ces atteintes à I'ordre public, qui déjà remettent en cause les prescriptions des accords d'Evian, risquent, au lendemain du référendum, de se généraliser au point de tout rompre, et même de provoquer l’intervention de I'armée française. Tout cela, aggravé par le départ massif depuis un mois de plusieurs milliers de cadres européens, dont l’impossibilité de remplacement rapide crée une paralysie sévère de la vie administrative et économique, compliquant l'état anarchique déjà inexistant... ».
         Henri Alleg, militant du parti communiste algérien et soutien du FLN, dans le quotidien «Algérien républicain» de 09/1962, fait le même constat : « Les enlèvements continuent, les disparitions aussi... ».

         Face à cette anarchie, ces massacres, enlèvements, disparitions, de civils comme de militaires, d'arabes comme d'européens, de musulmans, de juifs ou de chrétiens, alors qu'on témoigne à l’Assemblée nationale du chaos et de ces massacres et qu'on lui a rapporté les détails sanglants de cette anarchie qui règne en Algérie, voici ce que déclare De Gaulle, à la sortie du Conseil des ministres du 11.07.1.962, citant ce vers du poète et philosophe Lucrèce : « Qu'il est doux, lorsque le vent tourmente les vagues sur la vaste mer, de contempler les épreuves d'autrui du haut d'un promontoire. ».

         Le 06.06.1962, en plein Conseil des ministres, De Gaulle avait déjà laissé tomber : « Les Européens nous donnent un spectacle à la fois vaudevillesque et sanglant... ».
         Mais là ne s'arrête pas I’ignominie, notamment quant au sort des personnes enlevées, disparues ou prisonnières, bien avant le cessez-le-feu et par la suite.

         Le 19.04.1962, face à la désinvolture du GPRA vis-à-vis du CICR et de l'article 11 de l'accord du cessez-le-feu, le Comité international de la Croix-Rouge s'engage : il publie un communiqué officiel, rappelant que le délai de libération des prisonniers, fixé à 20 jours, a expiré le 08.04.1962 ; alors que le Gouvernement français a libéré la moitié des 3.680 détenus en Algérie, 1es familles s'inquiètent et le GPRA reste silencieux.
         (Le 24.10.1963, les enquêteurs du CICR remettront au Gouvernement français leur rapport final sur leur recherche des disparus, lequel restera secret durant 40 ans, pour n'être diffusé que le 23.04.2003)

         Le 14.05.1962, dans une note au général Fourquet, le général de Menditte transmet son inquiétude : « Depuis la mi-avril et particulièrement depuis le 1er mai, les enlèvements d'Européens à Alger et dans la Mitidja se développent à un rythme qui ne fait que s'accélérer, dévoilant en fait un plan concerté du FLN.... »,

         Le 08.11.1962, le général Michel de Brébisson, commandant supérieur des forces armées françaises en Algérie CSFAFA, adresse une lettre accompagnée de 4 fiches documentées à J-M. Jeanneney, ambassadeur Haut représentant de la France en Algérie et à P. Messmer, ministre des Armées, dans laquelle il demande une intervention très ferme auprès des autorités algériennes sur le sort des Harkis : « Les anciens supplétifs des Forces françaises continuent d'être victimes de sévices graves. Ces représailles viennent s'ajouter à une longue liste de crimes depuis le 01.07.1962... L'abondance de renseignements précis ne laisse subsister aucun doute sur leur exactitude... ».
         Le président actuel de la République algérienne et démocratique RADP, Abdelaziz Bouteflika, en parlant de la répression contre le Groupe islamique armé GIA, reconnaîtra ces massacres en 10/1999, sur « Radio-Beur FM », rappelant que : « Nous ne faisons pas les mêmes erreurs qu'en 1962 où, pour un harki, on a éliminé des familles et parfois des villages entiers...

         Le 26.01.1971, le président de la RADP, Houari Boumediene, déclare: « A Paris, on semble ignorer que nous détenons encore un grand nombre d'otages français. Alors, pour obtenir la libération de ces otages, il faudra y mettre le prix.» (Propos rapportés dans le journal «Politique Eclair»).

         Lors du colloque à l’Université de Paris-8, du 19 au 21.03.1992, sur le thème « Les Accords d'Evian en conjoncture et en longue », l'ancien ambassadeur en Algérie, J-M. Jeanneney, se souvenait : « que l'armée française devait assurer leur sécurité puisque les accords d'Evian avaient prévu le respect des personnes et des biens. Je m'y suis toujours refusé... » ; terrible et abominable aveu circonstancié de non assistance à personnes en danger de mort, au ban de l'Histoire.
         Selon un décompte global effectué par l'historien Jean-Jacques Jordi, concernant les disparus civils européens, 1.877 personnes ont été recensées pour la période du 01.11.1954 auSl.l2.1962. («Un silence d'Etat. Les disparus civils européens de la guerre d'Algérie», Ed. Soteca-Belin, 10/2011.). Du 01.11.1954 au 31.12.1962, l'auteur compte 438 militaires disparus dont 90 après le cessez-le-feu.
         Le contrôleur général des Armées, Eugène Jean Duval, donne le chiffre de 586 militaires disparus, du 01.11.1954 au 31.07.1964. (Pour I Algérie, le titre de reconnaissance de la Nation et la Médaille commémorative seront attribués aux militaires jusqu'au 01.07.1964, alors que La carte de combattant ne leur est attribuée que jusqu'au 02.07.1964).

         En 08/1963, un an après le cessez-le-feu, dans le bulletin mensuel du Corps d'armée d’Alger, le colonel Jean Ernoult (qui commandera en 1963, la 33ème brigade au sein de la force d'apaisement en Algérie), traduit l'atmosphère de peur et de désarroi qui règne : « C'est la panique en milieu européen, à Novi, Bourbaki, Berrouaghia et à Ténès... Aucun grand pays n'a jamais toléré que ses nationaux civils et à plus forte raison, militaires, séjournant à l'étranger, soient traités de la sorte. ». En ce qui concerne les pertes militaires tués ou décédés (opérations, attentats, accidents, maladie), selon le ministère de la Défense il y aurait eu 23.196 morts. (Source: journal officiel - Sénat- Débat du 07.08.1986, page 1.126).
         Encore aujourd’hui, les chiffres, les effectifs divergent faute de l'ouverture des archives.
         Quelques témoignages significatifs de soldats français -de « troupiers » comme les qualifie le président de la République, De Gaulle, lors de sa conférence de presse du 05.09.1960- libérés ou ayant réussi à s'évader qui dénotent le peu d'attention à leur égard de la part du gouvernement français:
         - Robert Bonnet du 8ème RSA, libéré par le FLN, le 20.05.1959 : « Les Français ne se préoccupaient absolument pas de leur sort, comme le Gouvernement ou l'Armée française... Un soldat qui tombait là-bas, de l'autre côté, qui s'en préoccupait... Il y en avait d'autres... ».

         Le 16.05.1962, Maurice Lanfroy, Georges Duplessis, Gérard Palisse et André Robert sont libérés ; après une visite médicale à l’hôpital du Val de grâce, ils pourront rentrer chez eux, mais, par leurs propres moyens et, sans que leur soit remise la moindre somme d'argent, car rien n'a été prévu.

         Mais déjà, en 12/1959, après sa libération, Marcel Braun s'était retrouvé sur le pavé parisien, dans l’impossibilité matérielle de rentrer chez lui à Strasbourg... C'est un ancien prisonnier et ami qui lui permettra de regagner cette ville... Dans une déclaration, reprise par l'Union nationale des combattants UNC des Landes, Georges Duplessis qui, libéré, est passé de 74kilos à 48, raconte : « A part la presse locale, personne ne parle des prisonniers d'Algérie. C'est tabou. Lorsque je rentre, on me présente une liste de 298 noms. Des présumés disparus. On me dit de me taire pour leur sécurité.
         Je n'ai pas de rancœur contre les fellaghas. Mais j'enrage contre la froideur de I’Administration française... J'ai dû emprunter de l'argent à une assistante sociale pour prendre le train. Je n'ai jamais été indemnisé... Rentrer sans un rond en poche... Je ne I'ai jamais encaissé. J’ai perdu ma jeunesse. En retour, on a rien eu. Rien ! Même pas le statut de prisonniers de guerre... ».

         A propos de l'emploi fréquent du Référendum dans le cadre des Départements français d'Algérie.

         L'auteur de cette lettre note que, l'utilisation fréquente du référendum permettra, notamment à De Gaulle, de contourner les partis politiques, y compris ceux qui lui sont favorables. En consultant indirectement les électeurs sur la question de la politique d'autodétermination en Algérie, De Gaulle évite ainsi de déclencher un débat au sein de l'Union pour la nouvelle république UNR, parti gaulliste, au sein duquel une minorité était favorable à I'Algérie française.
         D'ailleurs, selon la Constitution de 1958, le président de la République en appelait au peuple, en dissolvant l’Assemblée nationale en vertu de l'article 12, ou bien, en utilisant les dispositions de cette constitution relatives au référendum selon l'article 11.

         De Gaulle, en 1969, sera victime de ce référendum souvent considéré comme plébiscite. Quant au professeur Michel Lesage, le pouvoir d'utiliser le référendum est entre les mains du président de la République qui décide seul de l'opportunité de présenter ou de ne pas présenter au corps électoral un projet de loi tendant à autoriser le ratification d'un traité ayant des incidences sur le fonctionnement des institutions, et d'ailleurs, le décret décidant de soumettre un projet de loi au référendum n'est pas soumis au contreseing ministériel, selon l'article 19 de la constitution. De plus, ce décret du président n'est susceptible d'aucun recours devant le Conseil d'Etat et, le Conseil constitutionnel n'est pas davantage compétent et il se refuse à contrôler la conformité des lois adoptées au référendum.

         On sait que le général De Gaulle a estimé que l'article 11 de la constitution, relatif au référendum, lui donnait le droit de soumettre directement au corps électoral tout projet de loi, même constitutionnel, « relatif à l'organisation des pouvoirs publics ». L'utilisation de l'article 11 n'étant soumis à aucun contrôle que celui du corps électoral, un Président, ingénieux et sûr de I'appui populaire, pourrait imaginer de réaliser les deux opérations en même temps par la même voie : faire modifier la Constitution et faire approuver ensuite le traité qui, conforme aux nouvelles dispositions de la constitution, entrerait dans le cadre de I'article 11 dans la mesure où il aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions.»
         (Lesage Michel «Les procédures de conclusion des accords internationaux de la France sous la Vème République», in Annuaire français de droit international, volume 8-n°8, 1962.)

         En ce qui concerne le référendum du 08.04.1962 et, à I'attention de certains propagandistes qui prônent la reconnaissance du 19 mars et clament que les Français l'ont approuvé à plus de 90%, je me permets de leur rappeler les points suivants : ce référendum excluait les personnes vivant en Algérie soit 5 millions de citoyens français ; les abstentions, les bulletins nuls ou blancs et les « non » représentaient 9.483.136 électeurs, soit 64,80% des inscrits. La France n'a pas, en fait, par son vote, ratifié les « accords d'Evian », mais « approuvé » un projet inconstitutionnel, sur lequel le Conseil d'Etat avait rendu, à une majorité écrasante, 48 voix contre 12, un arrêt défavorable repris par le Conseil constitutionnel.
         Ce référendum avait pour objet d'approuver un traité à venir (« les accords d'Evian ») et ne peut donc entrer dans le cadre de l'article 11 (« ratification d'un traité »), non plus que dans la catégorie des accords de communauté (l'Algérie d'ailleurs n'en fit jamais partie).

         Dans sa thèse de doctorat du 26.06.1981, « la violation de la Constitution », Christian Coste souligne que : Par le référendum du 08.04.1962, où les griefs juridiques subsistent et sont véhémentement invoqués contre les pouvoirs publics, trouvant de solides appuis dans I’avis défavorable du Conseil d'Etat et les réticences du Conseil constitutionnel, le thème de la violation est évoqué de manière subsidiaire ou superfétatoire. Le personnel politique semble avoir conscience de la difficulté de rendre véritablement mobilisateur le thème de la violation de la Constitution, »,
         Mais, n'est-il pas vrai que, sous la Vème République, tous les hommes politiques de l'opposition dénoncent les violations de la constitution par le président de la République, De Gaulle, lui-même ? Quant au référendum d'autodétermination du 01.07.1962, après une démonstration chiffré, l'historien Xavier Yacono relève que ; « Il est évident que les résultats de ce référendum sont erronés et qu'ils ne peuvent être d'aucune utilité. Les admettre c'est conclure que la guerre d'Algérie ne s'est accompagnée d'aucune perte... ».

         «X. Yacono : Les pertes algériennes»). (Christian Coste «La violation de la Constitution. Réflexions sur les violations des règles constitutionnelles relatives aux pouvoirs publics en France», Thèse de doctorat, 26.06.1981, prix de thèse de l'Université de Paris-II, 1981, prix Paul Deschanel, 1982)
         L'auteur rappelle l'origine du choix du 5 décembre pour rendre hommage à toutes les victimes : Le Décret n' 925-2003 du 26.09.2033, confirmant le choix des membres de la Commission Jean Favier qui avaient retenu, à la quasi-unanimité, par 11 voix contre 1 -celle de la FNACA- , la date du 5 décembre pour rendre hommage à toutes les victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, Le président de la République, J. Chirac, signe un décret instituant une journée nationale d'hommage aux « Morts pour la France» pendant la guerre d'Algérie, fixant cette journée au 5 décembre.

         Au moment où le Sénat s’apprête à discuter sur la commémoration du 19 mars 1962, je rappelle d'abord, qu'en Algérie, cette date ne figure pas au calendrier officiel des commémorations. Voici la France qui veut nous imposer une lecture de l'Histoire, dictée par le législateur et le pouvoir politique. Nous connaissons, pratiquement chaque année, ce que j'appelle le « Printemps des roucoulades » qui entraîne nos représentants de la Nation dans une fébrile effervescence à des fins purement électorales. Prêts à tout. Après la commémoration du 19 mars, pourquoi pas la Repentance.
         Je veux bien, à condition qu'en face s'applique aussi le Nadam qui est la manifestation de la repentance dans l’islam, en la circonstance pour les actes de barbarie commis par le passé en Algérie, et qui n'ont épargné ni les Algériens entre eux, ni les juifs ou les chrétiens.
         Mais, la France, alors, se repentira bien vite de sa repentance.

         Bien que la présente lettre, ouverte, Mesdames, Messieurs les représentants de la Nation française, puisse vous paraître longue, l'Histoire, elle, ne souffre d'aucun raccourci. Et, pour conclure, permettez-moi de vous faire partager ces paroles pleines de sagesse et de lucidité que l'ancien député européen socialiste et actuel locataire à l’Elysée, comme bénévole du président de la République, François Hollande, Bernard Poignant : « La repentance est une méthode pontificale, marquée du sceau de la pénitence et en attente de rédemption. La quête de la vérité historique, la recherche inlassable des faits et leur publication relèvent du principe de reconnaissance, donc d'une méthode laïque et démocratique... De grâce, pas de repentance à répétition, pas d'anachronisme pour chaque événement, pas d'exception pour qui que soit : les peuples portent en eux le meilleur et le pire ». («Le Monde» du 13.12.2005)
         Enfin, si l'ancien ministre de l'Algérie, Robert Lacoste, s'est écrié : « De Gaulle a fini la guerre d'Algérie comme un charcutier...», Bruno de Leusse, ancien membre de la délégation française lors des pourparlers avec le FLN, répondant au porte-parole du FLN à propos du 19 mars, Redha Malek, s’était écrié, le 05.05.1989 : « On ne fête pas Waterloo !».
DELENCLOS Michel Henri


Par M. Bernard Donville
                Bonjour chers amis,

            L'été approche et certains en attente de bains veulent faire des vagues à propos de mes envois.
            Je ne peux traiter ces critiques plus ou moins aimables que par le dédain surtout quand elles sont inadaptées aux sujets abordés. Je précise ne pas être toujours l'auteur des textes que j'ai retenus, qu'en outre certains auteurs sont éventuellement disparus mais que tous ont eu le courage de participer, autrement que par une tchatche baveuse à la défense de notre histoire.
            Ceci étant reprécisé sachez qu'il est simple de ne pas consulter ces niaiseries trop peu intellectuelles à leur gout. Et tranquilisez vous il ne me reste que peu de sujets à traiter et les ronchons vont pouvoir retrouver leur quiétude habituelle et moi aussi !
            En attendant et pour ceux que ça intéresse observons ce mois-ci les panneaux :
            Populations qui vous rappellent que nous étions les premiers européens avant Maastricht
            Scènes de rues extraites d'ouvrages de Randau illustrés par Kleiss
            Peut être que certains y trouveront leur compte ?
            Bravo Bernard, laisse les ronchons et continue dans ton oeuvre historique, car que font-ils eux !!! JPB.

            Nouveaux et derniers panneaux de notre exposition de 2005
            C'est un rappel cartographique et panoramique de quelques villes de moyenne importance créees et ( développées par la France dans lesquelles vous vous êtes peut être promené ! Nous y avons rattaché l'évolution de la population au cours du temps soulignant bien à quel point notre colonisation fut pénible !?
            Pour cette fois nous ne vaquerons qu'à Sidi Bel Abbes et vive la Légion !
            Amitiés, Bernard
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POPULATION

PEUPLE DE LA RUE

SIDI-BEL-ABBES
A SUIVRE


Nous zotres
Envoyé par Mme Annie Bouhier


                 Le départ d'Algérie
                  Pour ne pas souffrir
                  De la récente indépendance,
                  Pour ne pas mourir
                  Sous la torture et la vengeance,
                  Nous avons abandonné
                  Jusqu'aux tombeaux des aimés.
                  Nous sommes partis
                  Du beaux pays de notre enfance
                  Sans but défini
                  Nous avons regagné la France,
                  Laissant aux agresseurs
                  Cent trente années de labeur.

                  Et sur nos figures
                  Se lisait toute l'aventure
                  Des jours sans espoir,
                  Vécus par nous pauvres Pieds-Noirs
                  Qui du jour au lendemain
                  Quittions le sol africain.
                  Pendant que l'ennemi en fête,
                  S'emparait de nos maisonnettes
                  Nous avons rejoint le port
                  Pour échapper à la mort.
                  Et dans une foule en délire,
                  Pressés de prendre le navire,
                  Nous étions là sur le quai,
                  En instance d'embarquer.

                  Après une attente,
                  Sous une chaleur accablante,
                  Nous avons enfin,
                  Trouvé une place ce matin,
                  Dans la cave d'un cargo
                  Parmi colis et ballots.
                  Malgré un soleil magique,
                  Nous étions tous pris de panique,
                  Quand dans un suprême effort,
                  Le bateau quitte le port.
                  Et bien vite le doux rivage
                  Du beau pays façonné
                  Par les mains de nos aînés.

                  La dernière image
                  De nos villes de nos villages
                  Disparut plus tard
                  Dans la brume et le brouillard.
                  Mais aujourd'hui sa splendeur
                  Est encore toute en nos coeurs.
                  Car c'était notre vie entière
                  Nos joies nos peines, nos misères.
                  Jamais un rapatrié
                  Ne pourra tout oublier
                  De cette France chérie
                  Modelée en Algérie
                  Par leurs pères bien français
                  Avant leur départ forcé.

                  Nous sommes partis
                  Du beau pays de notre enfance,
                  Sans but défini,
                  Nous avons regagné la France,
                  Laissant à nos oppresseurs
                  Cent trente années de labeur.
                  Nous sommes reçus,
                  Après tant d'années de souffrances
                  Comme des intrus,
                  Dans notre cher pays de France,
                  Car nous sommes des Pieds-Noirs
                  Dénigrés par le pouvoir.
                 
Auteur Inconnu



PHOTOS des GORGES DE KERRATA
VOYAGE de GROUPE 2008































MÉMOIRE DE LA GUERRE D’ALGÉRIE
par Mme Adélaïde Motte 26 septembre 2021
Envoyé par M. JL Ventura

        Petite-fille de Pieds Noirs, j’ai baigné dans leur mémoire meurtrie, mais fière. Une mémoire que le lycée, puis les études, n’ont cessé de salir, faisant de mes grands-parents des racistes tortionnaires et responsables d’un génocide.
        Comme ses prédécesseurs, Emmanuel Macron travaille à restaurer la mémoire des harkis. Cette mémoire, celle de ceux qui ont combattu pour la France et les Français, est légitime. Emmanuel Macron est aussi ce président qui, alors qu’il n’était encore que candidat, a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. Quel crachat au visage de ces Algérois qui ont tant fait pour l’Algérie française !

        On m’a plusieurs fois dit, au cours de mes études, que les Français torturaient les Algériens, mais ce sont mes grands-parents qui m’ont appris que ces Algériens arrêtaient des voitures et égorgeaient leurs occupants, ou posaient des bombes dans les marchés. Ce sont eux qui m’ont raconté les fermes modernes, les exploitations, les maisons, les immeubles que leurs familles construisirent. Ce sont eux et leurs amis qui m’ont raconté que là-bas, les Pieds-Noirs payaient l’école de leurs enfants, mais aussi celle des enfants algériens.

        Malgré la sueur et le sang versé, on s’obstine, en politique, dans nombre d’ouvrages d’histories et dans leurs prolongements que sont les manuels scolaires, à peindre les Pieds-Noirs dans des couleurs sombres et sans nuances. Un tel mensonge serait déjà inacceptable si ces derniers n’existaient plus. Or, ils sont toujours là. Ils souffrent quand on les accuse d’avoir commis un génocide, ou quand leurs petits-enfants leur expliquent ce qu’ils ont appris à l’école. Alors ils parlent, parce qu’ils ne peuvent supporter de voir leur mémoire souillée, et ces petits-enfants deviennent détenteurs d’une histoire interdite.

        Il ne faut pas, selon Mme Taubira, accabler les jeunes de banlieue avec le récit l’esclavagisme pratiqué par les Arabes pendant des siècles. Pour l’esclavage comme pour la colonisation, les blancs semblent toujours avoir les épaules plus solides, puisqu’on accepte de les accuser de tous les méfaits de leurs ancêtres, et qu’on en invente même de nouveaux. Car la colonisation de l’Algérie n’a pas été un méfait, et la guerre d’Algérie n’était pas un crime. C’était une guerre, avec ce qu’elle compte de douleurs et de violences, dans un camp comme dans l’autre.

        Ma grand-tante me l’enseigne, elle dont le mari a été égorgé, et dont la robe de mariée a ensuite été perdue parce que les Algériens forçaient les Pieds-Noirs à plonger leurs valises dans la mer avant de prendre le bateau pour le « rapatriement », comme elle appelle ce que je connais sous le nom de décolonisation. Si la France veut condamner la torture pratiquée sur les membres du FLN, alors elle doit condamner, au moins avec la même force, tous ceux d’entre eux qui ne se préoccupaient pas de la culpabilité des femmes et des enfants qu’ils faisaient sauter. Il est absolument inconcevable qu’aujourd’hui, dans notre pays, un élu comme Julien Bayou puisse se réclamer d’être le fils d’une telle terroriste. Car lorsqu’on tue des femmes, des enfants, des vieillards désarmés, on n’est pas un combattant.

        Nous, descendants des Pieds-Noirs, sommes moins bruyants que les descendants des militants du FLN. Peut-être avons-nous tort. Nous avons perdu la terre de nos ancêtres, les maisons familiales, les tombeaux de nos aïeux. Nous avons perdu des grands-parents, et ceux qui restent sont marqués à vie. Ils racontent, souvent avec des tremblements dans la voix, la perte d’un frère, d’une mère ou d’un époux, l’abandon de l’ouvrage de leur vie, le rapatriement douloureux et souvent misérable. Oui, peut-être avons-nous tort, nous qui avons tant perdu, de ne pas nous battre pour conserver ce qui nous reste : la mémoire. Cette mémoire mérite d’être enseignée, pas d’être souillée.

        ADÉLAÏDE MOTTE
        Chargée d'études Diplômée en Stratégies internationales et diplomatie de l'ISIT. Spécialisée dans l'actualité allemande, la décentralisation et la bioéthique. Germanophone.


Source Gallica - N° 135
UN BALLOT FICELLE
AU BAL OFFICIEL

              Je n'avais jamais vu un bal d'étudiants : je ne croyais pas que ce pût être si beau. Mon Dieu, comme ces messieurs font bien les choses ! A l'entrée de l'Opéra, sur les escaliers, il y avait tout plein de palmes et des pots avec de grandes plantes vertes. Un étudiant m'a affirmé qu'elles avaient été cultivées en serre depuis deux semaines seulement, pour qu'on les ait toutes fraîches ce soir-là. Qui l'aurait cru?

              Quand je suis entré dans le hall, un étudiant coiffé d'un béret, avec une bande violette sur la poitrine, a voulu me vendre un livre : « La plus belle oeuvre littéraire du siècle », qu'il disait. Je l'aurais bien acheté, mais j'ai trouvé que dix francs c'était un peu cher. Il est vrai qu'en supplément il me donnait la liste des lots de la tombola. Alors, il m'a dit qu'il me donnerait le livre pour rien si je voulais lui acheter la liste dix francs. Vous pensez si j'ai profité de l'aubaine. Heureusement que ses camarades n'ont rien su, autrement qu'est-ce qu'il aurait pris pour son rhume !

              La salle était toute décorée. Il parait que ça représentait le pôle Nord. Moi je n'ai pas bien fait attention. Il faisait tellement chaud que j'étais continuellement occupé à essuyer mon front. Même qu'à un moment donné, une femme m'a envoyé une claque parce que, sans le faire exprès, je me suis essuyé avec le pan de sa robe. Je lui ai fait mes excuses, mais je l'ai bien sentie tout de même !

              Comme je ne connaissais pas le théâtre, je suis monté visiter les galeries. Dans l'escalier il faisait noir, et il y avait des étudiants qui disaient à des jeunes filles : « Montons là-haut, on sera plus tranquilles pour faire un écarté ». Ce que c'est quand même lorsqu'on est joueur !

              Comme j'étais assis au balcon, une femme qui était à côté de moi a commencé à me parler. J'étais très fier d'avoir été remarqué par elle. Alors, elle m'a demandé si je voulais lui payer à souper. Moi, j'ai compris qu'elle avait dû consacrer ses économies de la semaine à se procurer un peu de distraction et qu'il ne lui restait plus de quoi manger. Comme j'ai bon cœur, j'ai accepté.
              Elle a commandé des huîtres et du champagne. (Elle m'a dit, qu'il avait un petit goût de poire. Moi je n'ai pas trouvé.) On voyait que c'était une femme distinguée.

              Elle m'a dit qu'elle était seule dans la vie, depuis que son mari était parti dans les colonies (en Guyane, qu'elle a dit !), pour une vingtaine d'années, qu'elle n'avait même pas de quoi s'habiller et se nourrir. Alors, sans avoir l'air de rien, pendant qu'elle se poudrait. je lui ai glissé deux billets de cent francs sous son assiette. Elle avait tellement de savoir-vivre qu'elle les a pris discrètement et les a glissés sous sa jarretière. Je ne savais pas que les femmes du mon-de plaçaient leur argent là.

              Après le dîner, j'ai appelé le garçon pour lui régler la note. Quand j'ai sorti mon portefeuille, cette dame m'a dit qu'il était vraiment original et qu'il lui plaisait beaucoup. Je lui ai répondu que c'était un cadeau de ma tante, brodé par elle-même. Alors, elle l'a longtemps admiré.
              En descendant l'escalier, je lui ai demandé si elle ne voulait pas que je la raccompagne pour qu'elle soit moins seule. Elle a répondu qu'elle voulait bien et puis elle a été au vestiaire pour prendre son manteau.

              Moi, je l'ai attendue longtemps, mais elle n'est pas revenue. Elle n'a pas dû oser, tant elle était bien élevée, se montrer si tard dans la rue avec un jeune homme.
              Seulement, ce qui m'ennuie, c’est qu’elle a oublié, avant de partir, de me rendre mon portefeuille.

              Un étudiant, qui m'avait vu avec elle, n'a dit que c'était une sale morue. Et moi qui croyais qu'on ne donnait aux femmes que des noms d'oiseaux ! Faut-il que la galanterie se perde tout de même !
Narcisse LAFLEUR.



VINCENT COURDOUAN
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°208


(1810 Toulon. - 1893 Toulon.)
Un Orient vécu, un Orient rêvé
      
               « Au siècle de Louis XlV, on était helléniste, maintenant, on est orientaliste. » Victor Hugo, Les Orientales, 1829. La peinture orientaliste ne laisse pas Vincent Courdouan indifférent. De 1847 à 1873, il présente aux salons de Paris, Marseille, Lyon, Toulon, Bordeaux, des œuvres orientalistes, plus fréquemment entre 1853 et 1856, et entre 1868 et 1873. Deux voyages suffirent pour mémoriser les sujets orientaux qu'il utilise jusque dans les années 1890.

Embarquement des Zouaves partent d'Alger pour la Crimée

                « Le voyage d'Algérie devient pour les peintres aussi indispensable que le pèlerinage en Italie. Ils vont là apprendre le soleil, étudier la lumière, chercher des types originaux, des mœurs, des attitudes primitives et bibliques.» Théophile Gautier, Abécédaire du Salon, 1861.

                L'Algérie impressionne les voyageurs par son caractère, son architecture pittoresque, ses scènes originales (marchés, caravanes.. .). Vernet, Delacroix, Decamps avaient déjà apporté au public français la vision de ce pays.
                Au début de sa carrière, Courdouan exploite les sujets maritimes, les scènes de naufrages et de tempêtes, dans un style romantique. Sa première œuvre d'inspiration orientaliste relate un événement historique : le Naufrage de la corvette la Marne, coulée à Stora, sur les côtes algériennes, le 25 janvier 1841. Il obtient une médaille d'or. A cette époque, Courdouan ne connaît pas encore I'Algérie. Au fil des années, il est appelé à intervenir à plusieurs reprises pour la Compagnie des Messageries Impériales, afin de réaliser des panneaux décoratifs destinés aux salons et salles à manger des grands paquebots. Ces peintures devaient agrémenter les longs voyages en mer et rappeler aux voyageurs le pays quitté. Pour La Guienne, Courdouan choisit un paysage d'Algérie : Vue d'Alger des hauteurs de la Koubba. En 1884, pour le Cercle de la Méditerranée, il peint un bord du Nil et pour le Cercle National Artistique une vue d'Alger.
                Ainsi ses souvenirs de voyage apparaissent également dans des commandes de décorations.
DECOUVERTE DE L’ALGERIE

                En 1847, Courdouan s'embarque à Toulon sur Le Labrador et part pour Alger. La traversée dure environ trois jours. A son arrivée, il découvre la ville depuis le large, une ville dont la configuration entre mer et montagne lui rappelle Toulon qu'il vient de quitter. Il multiplie lors les pastels de petit format ayant pour sujet la rade d'Alger, avec la même dextérité que pour les paysages varois. Mais c'est surtout le dessin qui accompagne son périple d'Alger à Oran. En effet, plusieurs cornets de croquis datés et signés entre le 1er juillet et fin octobre, permettent de retracer le parcours de I'artiste à travers le pays. Un dessin daté du 17 octobre 1847, La Casbah Alger, nous laisse supposer qu'au retour de son périple dans l'arrière-pays, Courdouan a pu séjourner quelques jours à Alger et visiter la ville avant de reprendre le bateau pour Toulon.

                Durant son séjour de trois mois, il ne s'éloigne pas des circuits habituels et sillonne les régions ou I'armée française est présente, il visite les sites historiques. Les séries de dessins retrouvés, la liste des nombreuses œuvres présentées au Salon de Paris de 1848 à 1890, les critiques publiées dans la presse de l'époque à I'occasion de différents salons auxquels Courdouan participe (Paris. Lyon, Marseille), permettent d'imaginer son itinéraire, principalement au nord de I'Algérie.

Mers el-Kébir

La rade d'Alger

                D'Alger, Courdouan se rend à Sidi Ferruch, où eut lieu le débarquement des forces françaises eut lieu le débarquement des forces françaises au début de la conquête en 1830. C'est une presqu'île à trente kilomètres d'Alger, appréciée pour ses plages de sable doré. Il passe aussi à Birkadem et dessine à plusieurs reprises la célèbre fontaine mauresque. En 1858, le critique Arnaud remarque. « La fontaine de Birkadem est d'une grande puissance de ton, I'architecture arabe y est parfaitement traitée. » (in Société artistique du Var). Il s'aventure à Douera, un petit village non loin d'Alger au milieu des plateaux et des steppes. Le voyage à I'intérieur du pays s'organise avec les autochtones.

                Fromentin, dans Un été dans le Sahara (1853) donne quelques descriptions des conditions de voyage à I'intérieur du pays : « Il y avait quatre heures que nous marchions ; nous n'avions pas fait cinq lieues encore, achevions de monter.

                Après une dernière heure de marches sur des pentes douces et parmi des fourrés très épais, mon cheval donna des signes de joie, et je découvris devant moi, dans une sorte de clairière élevée, une maison blanche entourée de cabanes de paille, quelques tentes noires et notre avant-garde de cavaliers qui disposait déjà le bivouac. »

                Quelques croquis de Courdouan à la mine de plomb, datés de 1847 (cf, musée d'art, Toulon), montrent des études d'hommes et de dromadaires qu'il a pu observer durant ses excursions.

                À l'époque, la route d'Alger à Blida passe par El-Biar, Del-lbrahim, Douera, et forme l’artère principale de communication entre Alger, le Sahel, et le centre de la Mitidja. Plusieurs dessins retrouvés illustrent cet itinéraire. La riche végétation de la vallée d'EI-Biar fascine notre paysagiste toulonnais. Son attirance pour les arbres et les plantes exotiques, qu'il analyse dans les moindres détails se manifeste plusieurs années après son séjour (Vallée d'El-Biar,1860, musée d'art, Toulon),

                Del-lbrahim est le premier village français en Algérie, situé à dix kilomètres d’Alger dans une zone de relief désertique. Ce site inspire Courdouan, notamment pour un panneau ovale destiné à la décoration du paquebot Le Béarn, et présenté au Salon de 1860, plusieurs pastels sont remarqués par les critiques de l'époque, à différents salons. « Une vue des environs de Douéra, de M. Courdouan, est un pastel. Les fonds sont fins et vaporeux, habilement touchés, et d'une vérité de tons peu ordinaire à ce genre de peinture, surtout dans le paysage. » (1852, Gue, ln Salon de 1851). « Arrivons aux dessins, aquarelles, pastels... qui décorent le salon d'entrée. L’objet le plus remarquable en ce genre est sans contredit une vue des environs d'Alger, par M. Courdouan. Cet admirable pastel rivalise de finesse et d'éclat avec une peinture à I'huile ou à I'aquarelle; c'est un véritable triomphe pour l'artiste, » (1853, Delpit, in Salon de 1853)

                D'abondants croquis signés et datés témoignent de son travail inlassable en Algérie et de son ardeur motivée par les découvertes.
                Le carnet de croquis accompagne tous les déplacements de I'artiste. Les détails pris sur le motif ou cours de promenades sont recueillis au pastel mais surtout à la mine de plomb, scènes de marchés, silhouettes algériennes, études de figures, caravanes de dromadaires, palmeraies, oasis, autant de sujets qu’il reproduira à I'huile mais aussi avec une technique de pastel maîtrisée quelques années plus tard. De nombreuses œuvres graphiques sont réalisées ou crayon noir sur papier bistre avec rehauts de blanc pour décrire les architectures et la lumière obtenus en utilisant les contrastes d'ombre et de lumière sont dans le blanc de la gouache ou du pastel et la couleur du papier brun gardé largement en réserve. Dotés, titrés, signés, des dessins aux techniques élaborées sont des œuvres à part entière plus que de simples croquis. Sensible à la lumière, Fromentin utilise la même technique durant ses voyages en Algérie.

                Baudelaire évoque le traitement de la lumière dans le Sultan du Maroc de Delacroix. « Ce tableau est si harmonieux, malgré la splendeur des tons, qu'il en est gris, gris comme la nature, gris comme I'atmosphère de l'été, quand le soleil étend comme un « crépuscule de poussière tremblante sur chaque objet. » (Salon de 1845).
                C'est cette couleur grise, quand le soleil atténue les formes et écrase les couleurs, que cherche à reproduire Courdouan dans certains de ses paysages orientaux, plus de vingt ans après ses voyages en Algérie et en Égypte, Courdouan continue à puiser dans ses souvenirs, exécutant des variantes de ses plus fameuses compositions à I'huile ou au pastel.
                Le Marché en Orient doté de 1892 (musée d'art, Toulon), en est un exemple. Courdouan reprend un groupe de personnages déjà vus dans d'autres compositions. Il transpose la lumière et la végétation orientales sur ce pastel, recréant I'ambiance pittoresque vécue plusieurs années auparavant. Les personnages rassemblés autour de deux pins centraux apportent une note colorée au paysage. Courdouan utilise les rehauts de blanc pour les vêtements et les turbans des marchands.

                L'intensité des couleurs est atténuée par la puissance de la lumière. Une bande de tons clairs marque la ligne d'horizon et apparaît par alternance entre les arbres et I'architecture. La végétation verte et brune se présente brossée librement. De fortes ombres occupent le premier plan de cette scène de genre au pastel, L'ensemble des œuvres produites en Algérie témoigne d'une observation attentive des détails, de I'architecture, de la végétation, et d'une utilisation exclusive du pastel et du dessin (mine de plomb rehaussée de gouache blanche et de lavis).

                La physionomie des arbres est saisie avec autant de vérité qu'en Provence. Quelques coups de pinceaux décrivent des personnages qui ne sont plus que de petites silhouettes tachetées de rouge et de bleu. De retour à Toulon, Courdouan replonge dans ses souvenirs jusqu'en 1890.
                Toutefois, il n'utilise la peinture à l’huile que plusieurs années après son retour d’Algérie, n'adoptant cette technique pour les paysages varois qu'à partir de 1846 pour les paysages égyptiens, réalisés à partir de 1866, Courdouan privilégie la peinture à l'huile, qu'il maîtrise alors.

    


CHOUA (brochettes)
Jacques GATT
ACEP-ENSEMBLE N°291

Préparation : 2 heures. (Pour 6 personnes)
Cuisson : 10 minutes


Ingrédients: 500 g. de filet de bœuf ou de mouton coupé en morceaux de 2 à 4 cm de côté ;
250 g. de graisse de bœuf ou de mouton coupée en morceaux;
2 oignons finement coupés ;
Persil haché ; sel , poivre
1 douzaine de brochettes
1 Brasero à charbon de bois.

         Mélangez dans un plat les morceaux de viande, de graisse, l'oignon, le sel et le poivre.
         Pétrissez à la main jusqu'à incorporation des épices et laissez mariner quelques heures.
         Enfilez 10 morceaux de viande par broche en les intercalant avec les morceaux de graisse.
         Bien saisir à feu vif. La cuisson ne prend que quelques minutes. Les brochettes se mangent chaudes.

BROCHETTES DU KROUBS
Ingrédients : 100gr par personne de foie ou de rognons d'agneau ; sel, thym, cumin (Kamoun), harissa, ail, citron et coriandre selon les Bouts.

Préparation: le foie ou le cœur est coupé en dès de 2,5 cm environ, le 1/2 rognon coupé en longueur et enfilé sur 2 piques parallèles ou coupé en 1/4 et enfilé sur une pique.
         Des morceaux de graisse de rognon, de bouts de côtes et de gigot, de taille légèrement plus petits, sont intercalés avec les morceaux d'abats
         Posées comme telles sur la braise du Kanoun, la cuisson, de courte durée, 3 à 5 mn, se fait à feux vif en retournant chaque pièce autant que de besoin.
         Dés les premières colorations saupoudrer de sel, de thym éventuellement de cumin. A coloration parfaite, (1 mn après), retirer du feu.
         Les brochettes sont prêtes à déguster avec un saupoudrage de cumin ou trempées dans le mélange harissa, citron, thym, ail et coriandre pilés ou coupés en fine particules ( debcha).
         Sous l'appellation de "melfouf" les pièces de foie, de cœur ou de rognon peuvent être légèrement enveloppées de bandes de voilette d'agneau et cuites, comme ci-dessus, dans cet enveloppement.
         Dans ce cas il n'est pas recommandé d'y intercaler les morceaux de graisse.

LES ÉVASIONS
AVENIR DE L’EST, gazette algérienne 02/08/1904
Encore un prêtre qui quitte l'Église
            
            M. l'abbé Boisseau, vicaire à Fye (Sarthe ) a adressé à l’évêque du Mans la démission suivante :
            « En renonçant à mes privilèges de prêtre, pour reconquérir ma dignité d'homme libre et croyant, je crois devoir vous donner les raisons de ma démission ;
            « Enfant, j'ai cru naïvement à la religion catholique ; adolescents, le but de mes études à été le sacerdoce ; lévite brûlant de zèle, à genoux au pied de la Croix, dans la solitude de ma cellule, j'ai souvent voulu mourir martyr pour ma foi. Le martyre est venu, mais sous une autre forme, le jour où l'étude, la réflexion et l'expérience, orientant mes idées vers cette liberté d'examen excommunié par le dogme infaillible, m'ont prouvé que l'Eglise du syllabus s'écartait de l'esprit du Christ et quelle est devenue, par les variations et les doctrines humaines, une institution qui asservit les consciences au lieu de les libérer.
            « Ce fut pour moi une tristesse profonde, une lutte acharnée entre le cœur et la conscience. J'ai éprouvé combien vraie est cette parole d'un évadé célèbre ;
            « Qu'il est donc cruel de remonter ainsi le courant qu'on a suivi et où l'on était si doucement porté, » - (E. Renan).
            « Elles étaient aussi bien vraies, ces paroles de votre vicaire général, M. Lefèvre, qui a toujours été pour moi un ami « A votre âge, disait-il, on ne change pas de voie impunément.» Oui, si impunément signifie souffrance de cœur ! oui, si impunément vent dire regrets et angoisses ! ces deux sentiments je les ai éprouvés.

            « Emotion profonde et souffrance d'un cœur qui saigne en quittant des collègues qui me tenaient les uns pour un hère et les autres pour un enfant bien-aimé. Emotion profonde en quittant ces chers enfants de mon catéchisme pour lesquels je n'ai jamais compté ni la peine, ni la fatigue, ces chers paroissiens, ces braves gens dont la piété naïve et généreuse était si édifiante, et aussi ces hommes dont le libéralisme et la droiture corrigeaient ce que leur église pouvait avoir de sectaire et de superstitieux.
            « Ne pouvant à aucun prix être hypocrite et enseigner ce que réprouve ma conscience, j'ai l'honneur Monseigneur, de vous remettre ma démission de prêtre de l'église catholique.
            « Je vous la donne avec un sereinement de cœur, mais aussi avec la joie du devoir accompli.
            « D'aucuns diront que je suis un apostat ou un athée. Je ne suis ni l'un ni l'autre, car je vous quitte pour suivre le Christ, là où est le Christ, là où est l'église.
Raoul Boisseau.

Armand RUIZ
PNHA N° 209 janvier 2013


LE ROGER PIANTONI ALGEROIS
                  
               Cet oranais de naissance, Armand RUIZ, voit le jour le 30 Juin 1936 à Trumelet, mais passe toute son enfance dans la petite ville du département d'Alger berceau de la colonisation des temps héroïques et capitaux de la Mitidja : Boufarik.
               Lâché dans les rues ensoleillées de ce qui n'est encore qu'un village, le petit Armand vit comme un poisson dans I'eau au milieu de la bande de son quartier.

               Le football est le dénominateur commun de tous les enfants de Boufarik et d'ailleurs.
               C'est dans les rues que l'on affine sa technique individuelle, que l'on développe son sens de l'interception, que I'on acquiert l'esprit collectif indispensable à tout sport d'équipe et que l'on apprend, si on ne la possède pas naturellement, la rage de vaincre afin de ne pas subir I'humiliation de la défaite.

               Armand reçoit en héritage toutes ces vertus que lui lèguent les matches inter-quartiers et, dès l'âge de seize ans, il peut être lâché dans l'arène. Il signe sa première licence au club local, I'Association Sportive de Boufarik.
               Avec un pied droit " qui ne lui sert qu'à monter dans le bus" et un pied gauche magique comme tous les purs gauchers, il déroute plus d'un adversaire et séduit plus d'un dirigeant.

Ruiz - Sicard - Riera – Camand G.S.A. Juniors 196O

               Armand restera fidèle au maillot "bleu et noir" jusqu'à la saison 1946-47 pour ensuite signer chez le voisin au palmarès plus prestigieux, le Football Club de Blida. Il a vingt ans, un pied gauche exceptionnel et une science du jeu et, en particulier, un sens du placement auquel Ely ROUSS, qui fut son entraîneur à l'ASB, n'est pas étranger.

               Titulaire dès 1949-50 auprès des MACHTOU, GASQUE, BACHELU, BERTOMEU, GUARINOS, MEFTAH, CAMAND, HADDAD, RIERA, HASNI, etc... il brille de mille feux sous la conduite de Monsieur SCHWARTZ.

               L'année suivante, Armand poursuit son apprentissage de la haute compétition et la récompense survient pour la saison 1951-52 avec la victoire du FC Blida en Coupe d'Afrique du Nord. Le nouvel entraîneur Maurice SCHMITT avait su insuffler un sang neuf dans cette formation avec l'incorporation de la jeunesse symbolisée entre autres par RUIZ, RAHIS et GINER.

               Armand RUIZ restera dix saisons au FC Blida. Dix saisons qui marqueront à jamais sa carrière de footballeur. Il y glanera titres et gloires avec entre autres une dizaine de sélections en Ligue d'Alger où il fera admirer sa technique de gaucher qui fait irrésistiblement penser au modèle qu'il s'est choisi : Roger PIANTONI.
               Durant cette décennie, Armand aura puisé à la source de ses entraÎneurs le goût de transmettre son savoir.
               Aussi, dès 1958, il passe avec succès son diplôme de moniteur de football. Il décide alors de rejoindre I'un des plus grands clubs du Championnat d'Alger, le Gallia Sport qui lui offre l'entraÎnement des équipes de jeunes.

G.S.A. Juniors 1964 De gauche à droite : Jais- Levy - Pezillo - Gonzales - Zemmour- Baudouin - Belbekfi - Ruiz
               Accroupis : lnvenizzi - Serror - Diemnaa - Pastor et Terrazzoni.

               Le CFA ouvre ses portes à I'Algérie et voilà Armand embarqué vers une double destination. Joueur au sein de l'équipe première, il prépare I'avenir du club. Et de quelle façon ! Le GSA est Champion d'Alger dans les catégories Minimes, Cadets et Juniors avec pour ces derniers le bonus de la CouPe d'Alger.
               Cette équipe juniors permettra au GSA de reprendre sa place en CFA après une saison de " purgatoire" en division inférieure.

               Quelques noms de cette équipe: GONZALEZ, PEZILLO, INVERNIZZI, DJEMAA, ZEMMOUR, MENELLA, DJEMANE. S'il fallait confirmation de l'excellent travail accompli par Armand RUIZ, il suffit de lire le classement du CFA saison 1961-62 interrompu pour cause... d'exode. Chacun y trouverait en tête le GSA avec 22 points devançant l'ASSE de 3 points.

               Le GSA comprenait 8 joueurs issus de l'équipe juniors d'Armand RUIZ. L'OHD réclame alors celui qui a obtenu en 1960 son diplôme d'entraîneur national. L'Olympique d'Hussein-Dey qui vient de connaÎtre une grosse désillusion en se voyant rétrograder et qui aspire à réintégrer l'élite du football d'AFN.

               Hélas I'indépendance du pays se profile et tous les Championnats sont interrompus. Armand RUIZ n'a pas eu le temps d'exercer ses talents d'entraîneur de haut niveau sur sa terre natale. Ce sont les clubs métropolitains qui vont profiter de son savoir avec des résultats dont ils n'auront qu'à se louer. Jugez plutôt, il participera à onze accessions en division supérieure au sein de huit clubs différents.
               Retraité sportif en 1990, il n'en a pas moins délaissé les choses du football. Secrétaire général de l'Union des Anciens Footballeurs d'AFN de Juin 1980 à Juin 1993, il est le Président de cette remarquable Association qui marie si intimement la Mémoire et l'Amitié.
H.Z.
La Mémoire du Football
D'Afrique du Nord

    


ANNALES NOUVELLES
N° 4, 1842
Hippone et ses environs

         Dans un précis historique sur la ville d'Hippone, honoré d'une mention par l'Académie des inscriptions et belles lettres M. Carette capitaine du génie en Afrique, a présenté avec talent le tableau d'Hippone, cette ville célèbre dont il reste à peine quelques débris.
         Située au fond d'un golfe, sur les bords d'un fleuve qui servait de refuge aux vaisseaux, assise sur un sol fertile, elle était devenue au commencement de l'ère chrétienne un centre de commerce et de civilisation.
         Cependant un obstacle puissant avait semblé dès l'origine devoir s'opposer à l'agrandissement de la ville. La nature avait refusé à Hippone l'eau de ses réservoirs souterrains, et le voisinage de la mer rendait insalubre celle de I’Ubus.

          Mais la magnificence romaine y avait largement pourvu ; des flancs du Pappus s'élançait un aqueduc ; il traversait deux vallées et une rivière sur des arches, perçait deux collines, et rapportait ainsi à la ville l'eau pure des montagnes.
         Une haute et épaisse muraille, flanquée de tours rondes, enceignait la double colline au levant elle bordait l'Ubus, dont elle était séparée par un quai construit en blocs de marbre de l'Hippo-Promontorium ; c'est là que venaient s'amarrer les galères mouillées dans le fleuve ; au nord, la muraille bordait l'Armua, dont l'embouchure était voisine de celle de l'Ubus; puis elle se repliait, marchait du nord au midi, passait derrière les deux mamelons, et venait rejoindre par un nouveau retour le quai de l'Ubus.

          Sur le sommet de la plus haute des deux collines s'élevait un palais ; c'était la résidence des rois de Numidie, quand ils venaient visiter Hippone, et ils la visitaient souvent car, charmée sans doute par la beauté du site, ils paraissaient en préférer le séjour à celui de Cirta, quoique celle-ci fut la capitale. Aussi l'appelait-on Hippo-Regius.
         Au levant et à mi-côte, un édifice de forme quadrangulaire attirait les regards ; il venait d'être achevé et il avait encore la fraîcheur et l'éclat d'une construction neuve.
         C'était une fondation de la charité on la devait à l'évêque Aurelius Augustinus, dont le nom était déjà vénéré. L'édifice reposait sur sept rangs de larges voûtes, vastes réservoirs destinés à recueillir les eaux pluviales, pour suppléer à celles de l'aqueduc, s'il venait à être rompu dans un temps de désordres.

          Au pied du coteau, l'Ubus déployait son cours on le voyait monter du nord au midi, puis se replier vers le couchant, puis disparaître comme un filet noir au milieu de la nappe d'or dont la culture couvrait les plaines ; au-delà s'étendait le golfe, vaste croissant dont on dominait toute l'étendue c'était d'abord une grève aux contours réguliers mais plus loin le rivage changeait de forme. A droite, il s'escarpait en dunes de sables, sur lesquelles se dessinait, comme une large déchirure, l'embouchure du Rubricatus : puis, au-delà, la vue se perdait sur la mer. A gauche et à 2 miles environ (le mile romain vaut 1481 mètres), la côte commençait à se hérisser de falaises. C'est là qu'était assise la petite ville d'Aphrodisium les navires de haut bord venaient d'habitude y jeter l'ancre ; et comme pendant la belle saison la passe de l'Ubus était plus étroite et plus difficile, beaucoup de vaisseaux préféraient le mouillage d'Aphrodisium. Aussi cette ville avait-elle acquis de l'importance ; à ses pieds, un quai de débarquement avait été conquis sur la mer, et sur la crête des falaises on avait élevé un temple à Vénus.

          Vers le nord, l'horizon était borné à une distance rapprochée par la chaîne du Pappua des bois séculaires, des arbres à fruits de toute espèce, quelques champs cultivés, des prairies, des rochers arides nuançaient de teintes diverses ce vaste rideau, et dentelaient de mille manières la crête de la montagne, qui se détachait en noir sur un ciel pur.
         Vers l'orient, la crête s'abaissait par de grands ressauts jusqu'à l'Hippo-Promontorium, où elle se plongeait dans la mer. Ce cap était surmonté de deux édifices dont on ne distinguait pas bien la nature, à cause de l'éloignement, mais qui paraissaient être des temples.

          A l'occident et au midi s'étendaient de vastes plaines ; elles étaient couvertes de riches moissons ; c’était le grenier où s’approvisionnait l’Italie.



METEO
De Jacques Grieu

     
Sous le ciel sombre et gris, la pluie tombe en cascade,
Et en perles liquides, me fait douce accolade.
Dessinant sur les vitres une œuvre éphémère,
Elle lave mon âme des poussières amères.
Chaque goutte est un vers : mélodie silencieuse,
Sur la terre altérée, sa grâce m’est précieuse.
Dans ma tête mouillée, mais aux idées séchées
Mon esprit trop rouillé commence à se lâcher...

« Ciel rouge au soir : espoir. Rouge au matin : tourment ! »
« Petite pluie, dit-on, vous abat le grand vent » :
Faut-il la grosse averse pour avoir un zéphir ?
C’est en fuyant la pluie qu’on rencontre bien pire
Et qu’on se fait fouetter par grêlons déchainés.
Certains prévoient la pluie, d’autres se font mouiller...
Si la pluie est plus forte avec un toit percé...
On inventa la pluie pour l’heureux abrité !

La pluie n’est pas toujours l’œuvre de machiavel :
Pluie d’argent c’est certain, est loin d’être mortelle !
Et quand on tombe à l’eau, la pluie ne fait plus peur ;
Gribouille l’a prouvé pour nos plus grands bonheurs.
Quoi de mieux que la pluie pour la conversation
Quand monte l’ascenseur avec interruptions ?
Bourasques et grêlons sévissant en novembre
N’annoncent pas toujours de terribles décembres.

Pas d’orage pour un sourd, mais il voit bien la pluie !
L’aveugle sent les deux pour son très grand ennui.
Liberté sans émeute est comme pluie sans nuage.
Et bien des dictateurs en ont fait leur adage.
La pluie sort l’escargot mais rentre les… vélos.
La grenouille le sait, bien avant météo.
Qui veut voir l’arc en ciel doit supporter la pluie
Et s’il n’arrive pas, rentre son parapluie.

Être trop dans le vent fait attraper le rhume ;
Les modes sont du vent que les saisons exhument.
Est-ce du paradis que viennent pluie et grêle ?
Dans le jardin d’Eden la foudre serait belle ?
De nos amis anglais, la pluie est le hochet.
Que ce soit au tennis, au foot ou au cricket,
Dès qu’on débute un match leur pluie vient à tomber.
Ils sont inimitables, c’est leur spécialité.

Les vacances font voir comment, à l’étranger,
Toutes sortes de pluies on pourra apprécier.
Crachin ou grosse averse ? Brouillard ou giboulée ?
De la brume au déluge, on est documenté.
« Celui qui sait le vent, il sait aussi le temps. »
Et donc aussi la pluie, cela est évident.
Je sens que le vent tourne, redevient menaçant :
Je sors mon parapluie. Et vais rester prudent…
Jacques Grieu                  



13 mai 1958 :
PAR MANUEL GOMEZ
Envoi de M. Georges
13 mai 1958 : Retour sur le coup d’État
du général de Gaulle  
       
   

                Un peu d’histoire me paraît nécessaire afin de rafraîchir les mémoires :
               Le 1er janvier 1958, de Gaulle, alors simple citoyen, écrit directement au général Salan, car il a parfaitement compris son erreur de jugement de 1956 (autoriser un attentat dans l’objectif d’assassiner Salan. Complot organisé par Michel Debré, alors fervent défenseur de l’Algérie française. Voir le Courrier de la Colère). Il supposait que le général Salan, de retour d’Indochine, avait été nommé à ce poste avec pour objectif de « liquider » la présence française (attentat au cours duquel le commandant Rodier fut tué par accident). De Gaulle tient absolument à se faire un allié du général Salan : « Puisse la France comprendre les immenses services que vous lui rendez en Algérie. »
               Vous comprenez ainsi les raisons qu’a toujours eu le général Salan de douter de la sincérité de De Gaulle.


               L’opération Résurrection est lancée sous le patronage de Jacques Soustelle, Chaban-Delmas, Michel Debré, Lucien Neuwirth, l’envoyé spécial à Alger Léon Delbecque, et quelques autres partisans.
               Ce complot a pour unique objectif de ramener de nouveau De Gaulle au pouvoir.

               Le 13 mai 1958, c’est le jour où Pierre Pflimlin doit être investi comme chef du Gouvernement.
               À Alger, une manifestation monstre se déroule à la mémoire de trois militaires du contingent, fusillés par les fellaghas en Tunisie.
               Sous la conduite de Pierre Lagaillarde, la foule donne l’assaut au bâtiment du Gouvernement général.
               Sur l’incitation de Léon Delbecque, un comité de salut public est nommé et la présidence en est confiée au général Massu, l’idole des Algérois à l’époque.
               À Paris, les députés n’apprécient pas mais investissent comme il se doit Pierre Pflimlin.
               Toujours en fonction à la présidence du conseil, Félix Gaillard confie les pleins pouvoirs civils et militaires au général Raoul Salan. Celui-ci entérine le comité de salut public et confirme Massu dans sa présidence.

               Le 13 mai à Alger, c’est l’explosion de joie, l’allégresse générale. « Nous avons gagné ! »
               De sa retraite campagnarde de Colombey, de Gaulle affirme qu’il se tient « prêt à assumer les pouvoirs de la République ».
               Manœuvré par Léon Delbecque (délégué tout spécialement par de Gaulle), le général Massu s’adresse à la foule le 14 mai : « Le comité de salut public supplie le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence, en vue de la constitution d’un gouvernement de salut public qui, seul, peut sauver l’Algérie de l’abandon. »
               Le lendemain 15 mai, c’est au tour du général Salan de prendre la parole, devant une foule immense qui ne quitte pas le forum : «Nous gagnerons parce que nous l’avons mérité et que là est la voie sacrée pour la grandeur de la France. Mes amis, je crie Vive la France, Vive l’Algérie française. »
               Salan se retire vers l’intérieur mais il se retrouve face à Delbecque qui lui souffle : «Dites “Vive de Gaulle”, mon général !»
               Reprenant le micro, le général Salan crie alors « Vive de Gaulle ! »

               Afin de repousser toute idée qu’il ait pu participer à un complot, De Gaulle donne une conférence de presse le 19 mai, pour déclarer qu’il n’acceptera pas le pouvoir sous la pression d’Alger.
               Le 27 mai, il ment délibérément en affirmant que Pierre Pflimlin s’efface afin de le laisser libre de ses mouvements et que dès lors il entame le processus régulier pour l’établissement d’un gouvernement républicain.
               Pflimlin ne peut s’empêcher d’avouer : « Je n’aurais jamais pensé que cet homme illustre puisse être un menteur ». Il confiera en privé : « Les gens d’Alger vont avoir des surprises avec de Gaulle car il ne croit pas à l’Algérie française ! »
               Effectivement, jamais le président du Conseil ne lui avait laissé prévoir, lors de leur dernier entretien, qu’il s’effacerait avant même qu’il ne soit appelé.
               Pour les députés il ne fait plus aucun doute, c’est un coup d’État qui se prépare.

               Mais tout n’est pas joué, loin s’en faut : les partis en majorité sont contre l’éventualité d’un retour du général, aussi Messieurs Soustelle, Roger Frey et de Bénouville contactent le général Salan, au nom de Michel Debré, afin qu’il envisage, si nécessaire, le débarquement de ses régiments en métropole.
               Le général Salan refuse tout net : « Il n’en est pas question. Le sang n’a pas coulé ici et je ne veux pas apporter le risque en France. »

               Le 1er juin à 11 h. Olivier Guichard téléphone directement au général Salan pour l’informer que «les affaires se présentent mal» et que ce sera à lui de jouer et de se tenir prêt à intervenir.
               Salan refuse une nouvelle fois. Mais il n’empêche qu’on affirme qu’une opération militaire serait donc prête à « occuper » Paris, si l’Assemblée refuse l’investiture à de Gaulle.
               Cette opération militaire, le largage d’un régiment de parachutistes sur la capitale, est organisée, dit-on, par le ministre de la Défense, Chaban-Delmas.

               L’intox fonctionne à fond. Les gaullistes se servent de cette menace (ce ne sera pas la dernière fois) pour forcer la main aux députés et les menacer d’une guerre civile qui n’aurait jamais eu lieu.
               Ils usent de cet épouvantail qu’est un coup de force militaire.
               Lors d’une conférence de presse organisée « à la va-vite », de Gaulle s’écrie, alors qu’un journaliste lui demande s’il s’agit d’installer une dictature : « J’ai rétabli les libertés publiques quand elles avaient disparu. Croit-on qu’à 67 ans je vais commencer une carrière de dictateur ? »

               Nouveau mensonge puisqu’il dirige lui-même le complot destiné à le faire investir, par un coup de force militaire si besoin est.
               Preuve de sa duplicité, de Gaulle rencontre les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, André Le Troquer et Gaston Monnerville. Il exige les pleins pouvoirs, la dissolution du Parlement et une nouvelle Constitution.
               Devant leur opposition il les menace : « Je n’aurai pas d’autre solution que de vous laisser vous expliquer avec les parachutistes d’Alger. »

               Le 1er juin 1958, de Gaulle investit l’Assemblée nationale.
               Pierre Mendès-France : « Je ne voterai pas le pistolet sur la tempe. »
               François Mitterrand : « De Gaulle détient ses pouvoirs par un coup de force. »
               C’est trop tard, De Gaulle a réussi son « coup d’État » d’une manière magistrale. Il en réussira d’autres par la suite.
               On peut penser ce qu’on veut de De Gaulle mais il connaissait parfaitement les Français et la lâcheté des députés confrontés à une épreuve de force.
               (Davantage de détails dans mon livre « J’accuse De Gaulle » – Édition 2016)


MON PANTHÉON DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE
DE M. Roger BRASIER
Créateur du Musée de l'Algérie Française
A SUIVRE


8 mai 1945 en Algérie
PAR MANUEL GOMEZ
Envoi de M. Georges
Et si on parlait des Européens
massacrés par des Arabes ? 
       
   

               80 ans après, les ennemis de la France, et j’ajouterai même de l’Algérie, vont manifester autour des collectifs « L’Autre 8 mai 1945 » et « Sortir du colonialisme », (et peut-être même cette année « Urgence Palestine ») afin d’obliger l’État français à reconnaître les massacres commis le 8 mai 1945 à Sétif et sa proche région.

               Sous le titre « Que s’est-il passé en mai-juin 1945 dans le Constantinois ? », ces manifestations bénéficient du soutien de la Mairie de Paris et de la Ligue des droits de l’homme, sous le parrainage des quotidiens Al Watan et Mediapart.
               Il n’est pas du tout étonnant que des intervenants (paraît-il) aussi prestigieux que des maîtres de conférence en sciences et philosophie politiques à l’université d’Evry-Val d’Essonne, des historiens, des professeurs d’histoire contemporaine à l’université Paris 8, que le président du CRAN, des professeurs émérites d’histoire de l’Afrique à l’université Diderot Paris 7 et des animateurs de « Sortir du colonialisme » et quelques débiles parlementaires de LFI (La France Indigne) occultent, volontairement, les débuts de ces tragiques évènements alors que, paraît-il, les stigmates de cette tuerie collective demeurent visibles près de 80 ans plus tard !

               Toutes ces voix « illustres » qui se font entendre régulièrement sur la décolonisation, le rétablissement de relations apaisées qui permettront de lever le voile et militent pour le « vivre-ensemble » mais uniquement dans le but avoué publiquement que l’État français reconnaisse officiellement les crimes commis en son nom, pas uniquement le 8 mai 1945 mais également tout au long de son histoire coloniale.
               Ils se sentent, bien entendu, confortés par les déclarations faites à Alger par Emmanuel Macron : « Il y a bien eu crime contre l’humanité durant la période coloniale en Algérie (par l’armée française). »
               Revenons brièvement sur le déroulement réel des évènements du 8 mai 1945 :

               Les partis nationalistes algériens appellent à manifester. Cette manifestation politique est autorisée par les autorités françaises à la condition qu’il n’y ait ni armes ni drapeau algérien.
               La manifestation se dirige vers le centre-ville de Sétif mais un meneur, le chef scout musulman Aïssa Cheraga, déploie le drapeau algérien en passant devant le « Café de France », avenue Clemenceau. Le commissaire Olivéri tente de le lui enlever. Un jeune scout, Bouzid Saâl, le récupère. Un coup de feu part et il est abattu par un policier.

               Aussitôt cette foule de manifestants (pacifiques) se rue vers le centre-ville et les émeutiers, hurlant des slogans meurtriers : « Tuez les chrétiens, tuez les juifs, tuez tous les non-croyants », massacrent à l’arme blanche et armes à feu tous les « Blancs » qu’ils trouvent sur leur chemin.
               Le maire de Sétif est tué, Alfred Denier, secrétaire du Parti communiste, est égorgé et ses deux mains tranchées à la hache.
               On dénombre, ce jour-là, 28 morts européens, des enfants, des femmes, des vieillards, égorgés et plus de 80 blessés, et chez les musulmans 30 morts et 60 blessés.
               Le soir même le calme est rétabli à Sétif.

               Mais de nouvelles émeutes se développent dans différentes villes et villages de petite Kabylie : Guelma, Kherrata, etc. Les fermes européennes sont attaquées, brûlées, des actes de barbarie se multiplient, des femmes sont violées.
               Le bilan : 102 morts européens et plus de 110 blessés.
               Le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire de l’État français, ordonne à l’armée d’intervenir par la force.

               C’est donc 2000 soldats, composés par la Légion étrangère, les tabors marocains et les tirailleurs sénégalais, sous le commandement du général Duval, qui sont chargés de réprimer ces émeutes, car les effectifs stationnés sur place, en Algérie, sont alors insignifiants, puisque 20 classes, soit 168.000 Français, sont encore mobilisés en métropole, soit 15,6 % sur une population de 1.076.000.
               Presque un mois de folie meurtrière puisque la répression prend fin le 22 mai.
               Les chiffres les plus fantaisistes ont été avancés par différentes sources.

               Le général de Gaulle confie au général Paul Tubert le soin de comptabiliser les victimes, côté musulman. Son estimation : 1020 à 1340 morts, est immédiatement sujette à caution.
               Moins cependant que ce chiffre de 45.000 proposé par les États-Unis, qui avaient un intérêt géopolitique à déstabiliser le Gouvernement français. Chiffre repris par la suite par les dirigeants du FLN et par tous les gouvernements de l’Algérie qui se sont succédé depuis l’indépendance.
               Belaïd Abdessalam, ancien Premier ministre, a affirmé dans un important hebdo algérien que ce chiffre de 45.000 avait été retenu par ces gouvernements algériens à des fins uniquement de propagande.
               2500 morts fut le chiffre calculé d’après la consultation des listes du ravitaillement et des listes électorales de 1945 et 1946.

               Le Centre de recherche historique et de documentation sur l’Algérie a établi un chiffre plus précis, en date du 9 avril 2005, grâce à ses chercheurs Rachid Messli et Abbas Aroua, de 8.000 victimes environ.
               Le 19 mai 1945, le quotidien communiste L’Humanité titrait : « Il faut châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigés l’émeute ».
               Le Parti communiste, qui participait alors au gouvernement de la France dirigé par de Gaulle, avait lancé un appel à la répression, comme en témoigne un tract distribué le 12 mai en Algérie dans lequel il demandait de « passer par les armes les instigateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute. Il ne s’agit pas de vengeance, ni de représailles. Il s’agit de mesures de justice. Il s’agit de mesures de sécurité pour le pays. »

               (Dix années plus tard, dès 1954, ce même parti communiste « français » et ses réseaux parisiens financeront et armeront le FLN dans sa lutte contre l’armée française, et seront responsables de milliers de morts, nos enfants et vos enfants, Français de métropole.)
               Il y aura, parmi les musulmans, 4.500 arrestations et 99 condamnations à mort, dont 22 seront exécutées.
               Il y aurait eu, selon vos historiens et conférenciers, 45.000 morts algériens au cours des jours qui ont suivi dans toute la proche région. C’est un mensonge.

               Si la France est dans un triste état actuellement, c’est parce qu’elle nourrit en son sein quelques citoyens et parlementaires indignes qui la haïssent, des idéologues qui, par leurs actes et leurs paroles (n’est-ce pas Adolf Mélenchon !), attisent les haines et motivent les déferlements des casseurs cagoulés d’extrême gauche qui mettent le pays « à feu et à sang ».



SOUVENONS NOUS
Envoyé par M. Alain Algudo
LE GÉNÉRAL CHALLE HONTEUSEMENT TOMBÉ DANS L'OUBLI

         Hier, 25 avril 2024, profitant d’un bref passage dans le Gard, j’ai voulu faire un détour sur le petit cimetière des Saintes Maries de la Mer où repose le général Maurice CHALLE.
         Quelle désolation, quelle tristesse. La tombe est complètement abandonnée, délabrée et envahie par des plantes parasites.
         Quelle honte d’oublier cet homme prestigieux qui a été tout au long de sa vie un grand serviteur de la France et qui a tout sacrifié pour que vive l’Algérie Française, passant presque 6 ans dans les geôles gaullistes !

UN PETIT RAPPEL POUR LA SEULE ALGÉRIE :

         -Après la mutation du général Salan, il le remplace à Alger le 12 décembre 1958 et lance aussitôt ses troupes de réserve à l'assaut des maquis.
         C’est le fameux "Plan Challe” avec les opérations “Courroie”, Étincelles, “Jumelles”, “Pierres Précieuses”, etc… et l’électrification des frontières…

         «Nous avions gagné la guerre. Nous avions réussi», racontera-t-il plus tard
         Cette «victoire» militaire, il en est le principal artisan.

         En mai 1960, il prend le Commandement des Forces alliées Centre-Europe.
         Il démissionne le 25 janvier 1961 car il désapprouve la politique d'autodétermination algérienne du grand parjure Charles De Gaulle.

         Le 22 avril 1961, à Alger avec les Généraux André Zeller, Edmond Jouhaud et en liaison avec le Général Raoul Salan, il organise (avec Jean-Jacques Susini) le putsch des généraux et en prend la tête.
         Son plan d'action prévoit de rallier l'armée d'Algérie, prendre Alger puis terminer la guerre d'Algérie, renvoyer en métropole les 200 000 appelés du contingent et redéployer les 300 000 soldats de métier, enfin mettre De Gaulle au pied du mur.

         Malheureusement, le putsch échoua au bout de quatre jours et cinq nuits car le Général Challe ne voulut pas mobiliser la population qui aurait pu, comme le 13 mai 1958, exercer une influence décisive car il ne voulait pas de sang, pas de guerre civile, pas de fractures dans l’Armée.

         En même temps que Zeller, il est condamné le 31 mai 1961 par le Haut Tribunal militaire à quinze ans de détention et à la perte de ses droits civiques.
         Après avoir été détenu à Clairvaux et Tulle, il est libéré par anticipation le 22 décembre 1966 et amnistié par De Gaulle en 1968.

         Sur la sépulture, dont je joins 3 photos, sont fixées, une plaque où l’on peut encore lire, en caractères à moitié effacés :
         “Maurice CHALLE – Général d’Armée Aérienne – 1905/1979”
         Ainsi qu’une feuille de palme de Grand Croix de la Légion d’Honneur
Jean Louis MARTINEZ





Le général Challe parle
Claude d’ABZAC-EPEZY et François PERNOT
https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1995_num_200_3_4478
Les opérations en Algérie, décembre 1958-avril 1960

           Le général Challe, commandant en chef en Algérie de décembre 1958 à mars 1960, est sans doute l’un des mieux placés pour parler des opérations conduites pendant cette période. Cette phase de sa carrière a été quelque peu occultée par la suite, avec sa participation au putsch des généraux d’avril 1961 et son retentissant procès, cinq semaines plus tard. Pourtant, son mode d’exercice du commandement, sa façon d’orienter les opérations de manière incontestablement efficace sur le plan militaire, ont été des éléments déterminants dans sa révolte d’avril 1961. Outre les documents d’archives, l’historien dispose de plusieurs témoignages bien connus rédigés par cet officier général sur les opérations de 1959-1960 et communément appelées «Plan Challe »(1).
           Les auteurs de ce travail ont choisi de présenter un entretien inédit, réalisé par la section Histoire Orale du S.H. A. A., le 6 mai 1976. Cette interview non directive n’est pas sans redondances ni répétitions par rapport aux témoignages précédents de l’ancien commandant en chef en Algérie. Cependant, la retranscription fidèle de la bande magnétique, en respectant au maximum le style oral, permet d’appréhender de manière plus directe et spontanée les sentiments du général Challe. Tel quel, ce document donne une bonne vision de la fierté de ce haut responsable face à ce qu’il estime être la réussite de la pacification en Algérie et montre bien la naissance et la croissance du malentendu avec de Gaulle et son entourage immédiat.

            «Au mois de septembre, le général de Gaulle me fait appeler et me dit que je vais aller remplacer le général Salan à Alger(2). Je suis stupéfait et, très évasif, je lui dis : «Mon général, je ne pense pas qu’il soit opportun de mettre un aviateur à la tête des forces armées d’Algérie, puisque c’est une affaire beaucoup plus terrestre qu’aérienne et que les forces terrestres composent à peu près 95 % de l’effectif total ». Après quelques tractations, il me dit : «Eh bien c’est comme ça, vous irez ! »(3).

            Moyennant quoi, j’ai obéi. Je suis donc allé à Alger - d’abord comme adjoint au général Salan - pour voir ce qui se passait(4). Le 15 octobre, j’étais donc nommé commandant de la 5e région aérienne(5). Comme le général Jouhaud faisait partie de la même «charrette » que le général Salan, c’est lui normalement qui aurait dû avoir l’affaire parce qu’il était sur place depuis longtemps, et j’ai l’impression qu’il aurait très bien fait(6). Mais il est évident que le général de Gaulle ne voulait pas nommer un pied-noir à la tête des forces françaises d’Algérie. C’est comme cela que, finalement, je suis parti, le 15 octobre. Entre-temps, il y avait eu le référendum, fin septembre, qui a été un triomphe pour l’Algérie française. Les Musulmans ont voté, les femmes musulmanes ont voté pour la première fois de leur existence et finalement, alors qu’on pensait avoir - d’après les sections psychologiques des armées - une bonne majorité, finalement ce fut presque l’unanimité(7).

            Les officiers, dans beaucoup de bleds ont été pris de court, parce qu’ils avaient prévu un certain nombre de camions pour emmener les Musulmans du bled jusqu’au lieu de vote, et ils ont été débordés par la demande et beaucoup de Musulmans y sont allés à pied. J’insiste là dessus très volontiers parce qu’on a beaucoup trop dit et laissé entendre après-coup, que la population musulmane était soit neutre, ce qui a été vrai un certain temps, soit pro-F.L.N., ce qui n’a été vrai que les tous derniers temps, quand elle a compris que la France lâcherait l’Algérie, il fallait aller du côté du plus fort.
            C’est la réaction normale de toute population, d’ailleurs. A ce moment-là, en septembre 1958, la population musulmane était donc prête et l’a prouvé, à rester dans une Algérie française.

            «Des Harkis en grand nombre...»
            En décembre 1958, je prends la succession du général Salan, en même temps qu’un délégué général, autrement dit, je ne prends pas entièrement la succession du général Salan, qui était à la fois le chef civil et le chef militaire. On nomme un chef civil, délégué du gouvernement et un commandant en chef, c’était moi le commandant en chef et le délégué général, c’était M. Paul Delouvrier(8), avec qui nous ferons une excellente équipe pendant près d’un an et demi. Me voilà donc installé comme commandant en chef, à Alger, fin 1958.
            J’avais déjà eu des difficultés avant mon départ, d’abord avec le monsieur qui était chargé de rédiger le décret me nommant. Je voulais un certain nombre de choses dans ce décret et ce monsieur, qui s’appelait Bernard Tricot(9), n’avait pas été de mon avis. Finalement, j’ai posé la question de confiance au général de Gaulle, qui n’aimait pas ça du tout. Mais, le 10 ou 11 décembre, convoqué à son bureau à Matignon, puisqu’il était toujours à Matignon, n’ayant pas encore été élu président de la République(10), c’est à ce moment-là que je lui dis : «Mon général, je partirai demain pour Alger, à condition que j’aie satisfaction sur deux points ». Le général de Gaulle m’a répondu : «On ne pose pas de conditions à de Gaulle ! » Je lui ai dit : «Mon général, dans ces conditions, c’est très facile, vous m’avez dit que vous alliez me nommer demain matin en conseil des ministres et bien, ou bien vous me donnez les conditions que je réclame et qui sont normales dans ma charge ou bien vous me mettez à la retraite demain matin ». Et c’est là que le général de Gaulle, énervé, m’a dit : «Quelles sont vos conditions, alors donnez-les-moi ». J’avais préparé un petit papier - ayant une assez vieille expérience des états-majors - d’une quinzaine de ligne où je réclamais un certain nombre de choses et en particulier, des Harkis en grand nombre, parce que je pensais que pour faire la guerre à des rebelles musulmans, il fallait des Harkis musulmans ou des fidèles musulmans en grand nombre chez nous.

            C’est ce que j’ai essayé de réaliser et ce fut une des raisons de mon comportement ultérieur d’ailleurs(11). Je pars ensuite pour Alger. Delouvrier arrive et, le 19 décembre, nous prenons tous les deux nos fonctions à Alger. Comme j’avais eu le temps pendant deux mois, n’ayant pas de tâches administratives, d’aller voir les opérations et de suivre toutes les opérations importantes qui se faisaient, j’ai pu sortir une directive dans les trois ou quatre jours qui ont suivi, directive qui était toujours à l’honneur deux ans après(12). Et j’ai entamé, comme responsable, la guerre d’Algérie. Je ne l’ai pas entamée puisqu’elle existait depuis longtemps, hélas. Mais enfin, je l’ai entamée comme commandant en chef et à ma manière.


            «Une guerre révolutionnaire et politique...»
            Je me trouvais à ce moment-là devant quels problèmes ? D’abord la guerre d’Algérie était une guerre révolutionnaire et politique. En France, on n’a jamais compris ça. Non pas qu’il n’y ait pas de gens intelligents mais parce que les gens ne voulaient pas le comprendre. Comme il n’y a pas que les militaires qui retardent d’une ou deux guerres, et les généraux en particulier, en France, il y a beaucoup d’autres personnes, on m’a dit ce que l’on avait dit à d’autres, d’ailleurs : «Vous, les militaires, vous gagnez la guerre sur le terrain et nous, les hommes politiques, nous ferons la paix et nous poserons les conditions politiques ». A quoi j’avais répondu : «Ce n’est pas une guerre - je ne me prends pas pour Napoléon, mais nous ne sommes pas non plus à Austerlitz -, nous nous trouvons dans une guerre politique et c’est une guerre politique que nous gagnerons ou que nous perdrons(13) ».

            Et en effet, la chose se présente de la façon suivante. On avait déjà parlé de politique puisque Clausewitz, le premier, avait dit : «La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Mais ce n’est plus tout à fait cela, cette guerre est une guerre politique, c’est donc une phase de la politique par des moyens plus violents, c’est tout. Et notamment par un terrorisme plus accentué. Voilà exactement dans quelle affaire nous étions. La guerre était politique. Pourquoi ? Parce que le rebelle, au nom d’un avenir politique, promet à la population d’un pays déterminé - et c’est vrai pour tous les pays du monde, où que soit la rébellion - le rebelle promet un avenir politique. C’est-à-dire, suivant les cas, des droits politiques, l’autonomie, l’indépendance, etc. Celui qui est en face du rebelle, c’est-à-dire qui commande les forces de l’ordre, doit reprendre position. C’est donc un avenir politique que l’on définit à la population, qui est à la fois le théâtre et l’enjeu de la lutte.
            On ne se bat pas pour accrocher des hectares de terrain ou pour conquérir une province, on se bat pour conquérir, d’un côté comme de l’autre, une population et l’un et l’autre parti annoncent un avenir politique. Les gouvernements français successifs ont donc annoncé un avenir politique. Cet avenir politique, c’était l’égalité des droits, la promotion des Musulmans au niveau des Français - ce qui n’avait pas été réalisé malgré les 130 ans de conquête - et le collège représentatif unique et finalement tout cela dans une Algérie française, ce qui a été annoncé jusqu’au bout(14), dans tous les ordres qui m’ont été donnés, ordres oraux et ordres écrits. C’est donc cette guerre que j’ai été chargé de faire à mon tour.

            Des barrages aux frontières
            Donc, devant quelle situation je me trouve quand j’arrive ? Premièrement, la lutte se passe en champ clos car, avant mon arrivée, et grâce en particulier à un ministre qui s’appelle André Morice, un ministre de la Défense nationale de la 4e République(15), on a fait des barrages sur les deux frontières marocaine et tunisienne.
            L’idée du barrage revient aux marins qui étaient à Nemours et qui, du côté marocain, avaient fait un tout petit barrage d’une dizaine de kilomètres de long. Il est évident que les rebelles venant du Maroc, ou allant au Maroc, quand ils convoyaient des jeunes pour les instruire et les renvoyer ensuite, les rebelles ne passaient pas par le barrage puisqu’il était plus facile de passer ailleurs. Ça nous a conduits au raisonnement idiot que plus on prolongerait le barrage plus ils essayeraient de passer loin. Mais il y avait une limite à cela, c’est que le Sahara c’est tout de même plus facile à défendre qu’un pays comme l’Algérie moyenne des environs de Nemours ou même d’Aïn-Sefra.

            Et par conséquent, descendant le barrage jusqu’au Sahara, on avait une bonne chance de couper la rébellion de ses bases tunisiennes d’abord et marocaines ensuite(16). Donc, André Morice a décidé de faire un barrage sur la Tunisie tout de suite parce que c’était là, en Tunisie, qu’il y avait plus de rebelles qui étaient dans des camps d’instruction. Ils (les chefs de l’A.L.N.) prenaient des jeunes, tous les jeunes qu’ils pouvaient dans les villages, ils les conduisaient sous escorte en Tunisie, ils les instruisaient et on les revoyait comme rebelles instruits. En quelques trois mois, en 1957, André Morice a réussi à faire ce barrage, qui était primitif, qui a été complété ensuite(17). Mais finalement, après quelques tentatives sur ce barrage très étoffé - c’est-à-dire très épais, puisqu’un barrage n’a pas de valeur s’il est linéaire et s’il n’est pas gardé(18) -, les rebelles se sont cassés les dents. Ils arrivaient à des performances qui leurs coûtaient beaucoup trop cher. Je peux citer un exemple que j’ai vécu. Ils ont lancé un beau jour 3000 hommes sur le barrage, 1500 au nord de la Tunisie, 1500 au sud. Il est passé, environ, sur les premiers barrages, 150 hommes, 150 rebelles au nord, 150 rebelles au sud et finalement, ils ont perdu à peu près 1500 hommes, tués, pour faire passer - parce qu’un barrage n’est jamais totalement infranchissable - à peu près 30 hommes au sud et une dizaine au nord. Il est évident que, dans ces conditions, lancer 3000 hommes sur un barrage, ça ne valait pas la chandelle et qu’ils n’ont pas recommencé souvent.

            Ils ont tout de même essayé plusieurs fois et au Maroc, ils sont passés par le Sahara à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’on perfectionne le dispositif, grâce à l’aviation d’ailleurs, à l’observation et aux hélicoptères, qui permettaient de poser n’importe où des guides sahariens, de repérer les traces, de courir derrière les rebelles quand ils étaient passés et de les attraper avant qu’ils ne passent dans la vraie Algérie. Finalement, je peux dire que les barrages ont fonctionné et qu’ils étaient étanches à 95 %. Bien entendu, il fallait les renouveler, on y a mis des radars, on y a mis des tas de systèmes. C’était miné. Enfin, il y avait des tas de choses là-dedans et c’était gardé par des troupes qui couraient vite parce que j’y avais mis plus d’une division mécanique rapide, la T D.M.R. et bien d’autres. Finalement, ces barrages nous coûtaient assez cher mais permettaient de traiter l’Algérie comme un champ clos(19). C’est ce que je trouve à peu près à mon arrivée, je l’ai perfectionné comme tout le monde l’avait fait avant moi, je n’ai pas eu d’actions majeures là-dessus, mais le champ était clos.

            Les forteresses de l’A.L.N
            Qu’est-ce qui se passe à l’intérieur de ce champ clos ?
            Le général Challe inspectant l’escadron de jeeps armées du 3e R.P.
            Les rebelles sont les maîtres dans certains djebels. Pourquoi ? Parce que la guerre n’a pas été très coordonnée. On a fait des opérations mais on les a annoncées, malgré les espions rebelles, à grand renfort de papiers d’état-major. Finalement, presque à chaque fois, sauf malchance pour les rebelles, ces opérations sont tombées dans le vide. Quelquefois, on est tombé sur une Katiba(20), qui a été détruite mais le nombre des Katibas était important. Sur l’ensemble des six Wilayas d’Algérie, il y avait une centaine de Katibas. Ce n’était pas énorme, mais elles tenaient la montagne admirablement. Et c’est normal parce que les commandants de secteur s’étaient installés, en arrivant, au centre, dans la capitale de leur petite région, un marché important par exemple. Et puis, ils avaient fait tache d’huile. Mais leurs limites, comme toutes les limites administratives françaises, passaient par la ligne de crêtes. Ce qui fait qu’ils n’allaient pas plus loin que la première ligne de crêtes qu’ils voyaient, derrière c’était un autre secteur. Comme les opérations n’étaient pas toujours coordonnées, le commandant de secteur assainissait dans sa ville principale, dans les villages autour. Mais, dans la montagne, on laissait à peu près les choses aller comme elles pouvaient(21). Le résultat c’était qu’il s’était constitué de véritables républiques rebelles, parce qu’on avait même interdit certaines zones, ce qui à mon sens était une erreur considérable parce que, dans les zones interdites, les rebelles étaient tout à fait les rois.

            Bien entendu, ces zones interdites étaient justiciables à tout moment de tirs d’artillerie, mais on «mangeait » un nombre de munitions absolument phénoménal à tirer sur des moineaux, parce qu’on tirait à midi, à deux heures, à trois heures et quart, pas à n’importe quelle heure, sur des carrefours où il ne passait personne. On consommait à ce jeu-là, 40 000 obus de 105 par mois, ce qui était tout de même pas mal. Dans une guerre ordinaire, ce n’est rien mais là-bas, c’était beaucoup. Il s’agissait donc d’aller contre cette tendance de chaque commandant de secteur de faire sa guerre dans son secteur et pas dans celui du voisin et ensuite, de supprimer les Katibas rebelles qui se servaient d’espions et de petits éléments pour faire régner la terreur partout, y compris dans la ville où le colonel commandant le secteur avait son P.C.

            Liquider les Katibas
            Voilà quel était mon problème à ce moment-là. Alors j’ai pris deux sortes de mesures. Premièrement, j’ai créé des commandos de chasse(22). Les commandos de chasse - je pense qu’à la guerre on n’invente rien - existaient déjà bien avant moi mais il y avait surtout quelques commandos de l’Air qui avaient servi à faire des expériences qui s’étaient révélées fructueuses et dont j’avais eu connaissance. J’ai décidé que, dans chaque secteur - il y avait 75 secteurs en Algérie - il y aurait au moins un commando de chasse et quelquefois plusieurs quand on le pourrait. Ce commando de chasse était chargé de tenir le djebel en même temps que le rebelle. Non pas toujours de «casser » le rebelle mais de le marquer. Non pas de le «casser » parce que quelquefois les commandos de chasse n’étaient pas assez forts pour cela mais de le marquer et de déclencher des opérations avec les éléments réservés(23) du secteur.

            Le plan Challe, les opérations de février 1959 à mai 1960


            C’est donc cette affaire que j’ai montée en premier. La deuxième affaire, c’est que j’avais vu des opérations se présenter et que, dans ces opérations, on faisait d’abord un bouclage et ensuite un ratissage. Je vous ai dit qu’on trouvait très rarement quelqu’un et en effet, les rebelles, qui étaient d’excellents marcheurs, d’excellents soldats d’une façon générale, il faut l’avouer, qui avaient des «choufs », c’est-à-dire des petits espions - «chouf » voulant dire «regardant » en arabe -qui pouvaient être des gamins de dix ans ou douze ans qui gardaient leurs moutons, étaient prévenus des opérations, quand on ne les prévenait pas nous-mêmes en faisant trop de papiers. Quand ils étaient prévenus des opérations, ils s’en allaient ; après l’opération, ils revenaient sur place et, au fond, on avait donné un grand coup de pied dans le vide.
            Alors, la seule originalité que j’ai apportée au système, c’est que j’ai étendu les opérations à de très grandes zones et je les ai réalisées en partant de la frontière marocaine et en déroulant l’affaire jusqu’à la frontière tunisienne. Pourquoi ? Notre but était de séparer les rebelles de la population, dans les villages, dans la montagne et dans la plaine. Pour séparer le rebelle de la population, il fallait l’asphyxier. C’est-à-dire rester suffisamment longtemps sur place, dans le djebel, pour que le rebelle ne contacte plus la population. Et en effet, quand j’ai commencé ces opérations, j’ai constaté que le rebelle ne contactait plus la population parce que, ou bien il restait dans ses caches, et à ce moment-là, il ne sortait pas donc le but était atteint, ou bien il s’en allait à la périphérie, mais comme je déclenchais des opérations sur une centaine de kilomètres d’épaisseur, il fallait vraiment qu’il aille très loin. Je lui faisais perdre donc l’intérêt de sa mobilité.
            Le rebelle était plus mobile que nos meilleures troupes, je pense en particulier aux parachutistes et à la Légion, il était plus mobile qu’eux et il était beaucoup plus frugal. Le rebelle vivait avec un sac d’un kilo de figues et il vivait avec pendant trois jours ou quatre jours, ce que nos garçons étaient incapables de faire, bien entendu, comme les soldats de tout pays civilisé d’ailleurs. Donc je procédais par déroulement de mon affaire, d’ouest en est, et j’ai constaté très vite d’assez bons résultats. Pendant la première opération de ce genre, dans les monts d’Oranie, Frenda, Saïda, nous avons pu à peu près mettre hors d’état de nuire 50 % des rebelles et prendre 50 % de l’armement qui existait en Oranie, dans la Wilaya 524.
            Ensuite, la guerre n’était pas finie, mais c’était aux commandants de secteur, avec leurs commandos de chasse, quand j’avais ramené l’affaire à leurs dimensions, c’était aux commandants de secteurs d’agir. Ce qu’ils ont fait d’ailleurs avec beaucoup de zèle, je dois le dire, ensuite. J’en avais fait muter un certain nombre qui ne voulaient pas comprendre qu’un aviateur pouvait commander une guerre révolutionnaire(25).

            «Jumelles», «Etincelles», «Pierres précieuses»...
            L’opération s’est déroulée ainsi, de proche en proche, et chaque fois, je reprenais et formais des réserves générales plus étoffées. C’est-à-dire que je prenais des troupes dans les zones que j’avais assainies et je les «collais » dans des réserves générales, ce qui fait, qu’étant parti de la seule 10e division parachutiste comme réserve générale, je suis arrivé, au bout d’un an, à avoir trois divisions, c’est-à-dire la 10e division parachutiste, la 25e division parachutiste et la 1ère division d’infanterie. Ce sont ces trois divisions que j’abattais sur un pays quelconque, en plus des autres divisions normales, pour asphyxier la rébellion. Donc ça s’est déroulé, de proche en proche, en restant deux mois dans chaque opération, jusqu’à la Kabylie.

            Dans l’affaire de «Jumelles »(26), j’avais affaire à un adversaire particulièrement coriace, le Kabyle est un excellent soldat. Il se bat bien. Il va très vite. Il fait, de son pas extraordinaire, 60 km dans une nuit, ce que nos garçons ne pouvaient pas faire. Il était donc un adversaire particulièrement difficile. Et puis, la Kabylie, la grande et la petite Kabylie, étaient un ensemble de fiefs déjà indépendants depuis longtemps, pratiquement jamais administrés.

            Après une opération de diversion sur le Hodna, que l’on a appelé l’opération «Etincelles »(27), qui a duré une dizaine de jours et qui a eu pour but de couper la Kabylie des Aurès Némentcha, en ratissant le Hodna, après cette opération, j’ai lancé l’affaire «Jumelles », sur la grande Kabylie. Là, ça a duré assez longtemps, pour les raisons que je viens de vous dire, le Kabyle étant vraiment un très bon soldat et donc un très bon rebelle quand il voulait se rebeller. L’affaire, quand même, m’a permis de ramener à des proportions normales la rébellion en grande Kabylie au bout de trois mois, trois mois et demi. Au début de novembre 1959, je commençais avec deux divisions l’opération «Pierres précieuses »(28), qui était toujours le déroulement de la même affaire mais à l’est de la Soummam et plus sur la petite Kabylie et les approches de Philippeville.
            Inspection de grottes dans les monts du Hodna lors de l’opération Etincelles. © E.C.P.A.

            Quand ces opérations ont été finies au bout d’un an à peu près, les rebelles avaient compris qu’ils avaient perdu. La meilleure preuve était qu’ils ne se promenaient plus que par petites sections de dix ou douze, là où ils existaient encore et que, même quand ils avaient des fusils-mitrailleurs, ils n’osaient pas tirer avec pour ne pas se faire repérer, il est évident que la cadence du fusil-mitrailleur se repère très vite pour des militaires. Le rebelle avait, à ce moment-là, perdu, non pas parce qu’on l’avait matraqué, mais parce qu’on l’avait coupé de la population.

            La pacification
            Pendant ce même temps où je menais des opérations, je procédais à ce qu’on appelait la pacification(29). La pacification existait sous une forme passive et sous une forme active et elle devait marcher de pair avec les opérations. La pacification, ça consistait à rassembler les populations pour ne pas les laisser dans des bleds perdus, et d’ailleurs parfaitement incultes, et à la disposition des rebelles, donc les rassembler. On me l’a reproché aussi et je crois qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement et je crois d’ailleurs que les populations étaient plus heureuses parce qu’on leur donnait à travailler grâce à tous les travaux agricoles, toutes les organisations agricoles qui avaient été mis sur pied, on leur donnait des terres plus fertiles et on leur donnait l’occasion de se grouper et de se défendre(30).

            Ça c’était la pacification passive. La pacification active consistait à promouvoir cette population qui était assez arriérée dans tous ces bleds plus ou moins perdus. Il y a eu une politique d’ailleurs menée à ce moment-là par le délégué général et puis par moi, qui s’est appelée la politique des 1 000 villages qui a donné, je crois, des résultats bons dans l’ensemble et probablement, il est vraisemblable qu’ aujourd’hui, ces résultats subsistent, pour une part, encore, parce que les Algériens ne sont pas repartis dans leurs anciens douars qui ont été ruinés.

            Ensuite, le regroupement permettait de donner de l’instruction aux enfants, de donner des moniteurs sociaux, des moniteurs agricoles, c’est-à-dire de faire progresser ces populations qui étaient restées dans un état sous-administré et relativement primitif et ça, d’ailleurs, c’était bien la faute de la France. Mais, je peux dire honnêtement, que la sous-administration de l’Algérie n’était pas quelque chose d’étonnant si l’on pense à la sous-administration de la Provence ou de la Bretagne. C’était l’histoire de la centralisation effroyable sur Paris, de Paris hydrocéphale, qui fait que l’Algérie n’avait pas été administrée comme il l’eût fallu, en dehors d’un certain nombre de grandes villes et de grands ports.

            «Nous avons gagné la guerre d’Algérie...»
            Donc, dans cette pacification, nous avions mis en place un immense chantier et, comme les résultats des opérations et les résultats de la pacification allaient de pair, nous avons, je peux dire, gagné une guerre politique au moment où les populations ont rejeté les rebelles. Parce que là, on a raconté des choses qui sont absolument fausses. Nous avions réussi. Donc la guerre d’Algérie, qui était une guerre politique, a été gagnée politiquement quand les rebelles ne se sont plus sentis comme le «poisson dans l’eau », suivant la fameuse phrase de Mao. Je vous ai raconté ce que nous avions fait pour couper les rebelles de la population et la population a accepté. Et les rebelles eux-mêmes, puisque nous faisions des prisonniers, nous savions ce qu’ils pensaient, les rebelles en avaient assez de cette guerre. C’est à ce moment-là que le principal chef des rebelles, Si Salah(31), voyant la décrépitude de son affaire, voyant qu’il avait échoué, a essayé d’entrer en relation avec Paris.

            Pas avec les militaires, parce qu’il avait peur de s’attirer des contre-offensives, mais, à travers le Cadi de Médéa(32) avec le garde des sceaux Michelet et le gouvernement de Paris. J’ai été prévenu de cette demande de reddition des rebelles par Paris, c’est ce qui est le plus amusant pour un commandant en chef qui est sur place. Mais enfin, ça n’avait pas d’importance puisque j’ai désigné immédiatement des gens et un certain nombre d’officiers, et en particulier le colonel Jacquin(33) de mon état-major pour aller discuter avec Si Salah et avec les rebelles. Mais, dans la Wilaya 4, qui était la grosse Wilaya d’Alger, les rebelles n’avaient plus de postes radio. Je ne vous décrirai pas toute cette guerre que les aviateurs avaient faite aussi très bien en essayant de «gonioter » tous les postes radio des rebelles et de les bombarder ensuite, et qui sont parvenus à supprimer tous les postes radio.

            Quand Si Salah a voulu traiter, il n’avait plus de poste radio.
            Il nous a donc demandé un délai de deux mois pour aller voir tous ses cadres et pour faire sa soumission avec l’accord de tous ses cadres. Il ne voulait pas traiter pour lui tout seul, ce qui était une noble ambition pour un chef de guerre, je trouve cela tout à fait normal.

            Donc Si Salah a pris deux mois, deux mois et demi, pour aller faire le tour de sa Wilaya et avoir l’accord de ses cadres pour déposer les armes. Entre-temps, j’étais parti d’Algérie.

            De Gaulle et l’échec de la paix des braves
            J’abrège pour en arriver à cette nuit du 10 au 11 juin où Si Salah, avec Si Lakdar(34) et Si Mohammed(35) est venu à l’Elysée demander la paix des braves à de Gaulle et c’est là que la surprise a été immense, non seulement pour Si Salah, pour Mohammed surtout et pour nous, quand de Gaulle leur a dit : «Je vais encore faire un effort du côté du gouvernement provisoire de Tunis, si ça ne réussit pas, j’aurai affaire à vous ».

            Voilà des rebelles que l’on avait persuadé que l’on pouvait traiter avec eux, qui avaient compris d’ailleurs qu’il fallait traiter parce qu’ils n’avaient plus aucun moyen de se rebeller, qui étaient perdus, qui le savaient et à qui on explique qu’on allait traiter avec un autre gouvernement qu’ils appelaient, eux, les rebelles de palace !...

            En rentrant à Alger, on a pensé qu’il ne fallait pas laisser les militaires aller trop vite et trop loin dans ce sens-là, et M. Bernard Tricot a suivi et a continué les discussions à Alger avec Si Salah, avec le colonel Jacquin et d’autres. Et M. Tricot a eu cette phrase, le 20 ou le 21 juin : «comprenez-moi bien, il ne faudrait tout de même pas gêner le général de Gaulle par des négociations latérales », alors qu’il n’y avait pas que des imbéciles en face d’eux.

            Et Si Salah s’est demandé - mais il a continué lui - ce que cela voulait dire. Si Mohammed ne se l’est pas demandé du tout, il l’a compris tout de suite. Il est rentré dans son bled, à son P.C. Si Salah est parti voir Mohammed Doualadj, le chef de la Wilaya 3, pour avoir son accord pour déposer les armes, accord qu’il a obtenu d’ailleurs et Si Mohammed, qui avait tourné casaque l’a fait emprisonner par un commando zonal au moment où il revenait de Kabylie sur Alger(36).

            Quant à Si Lakhdar, Si Mohammed l’a tué de sa propre main ainsi d’ailleurs qu’un certain nombre d’officiers rebelles de l’entourage qui avaient donné leur accord.


            REPORT
           (1) Challe donne une première interprétation des faits dans sa déposition à son procès, cf. le Procès des généraux Challe et Zeller, Paris, Nouvelles éditions latines, 1961, pp. 22-32. Il reprend cette interprétation de manière plus détaillée dans ses mémoires : Maurice Challe, Notre révolte, Paris, 1968, Presses de la Cité, 448 pages.
           (2) Le général Salan cumulait les pouvoirs militaires - commandant en chef - et politiques - délégué du gouvernement - en Algérie. Après une participation décisive dans le coup du 13 mai, il quitte l’Algérie le 19 décembre pour prendre le poste honorifique d’inspecteur de la Défense nationale, prestigieux «placard » militaire créé pour de Lattre en 1945. Ce poste est supprimé deux mois plus tard et Salan est nommé gouverneur militaire de Paris.
           (3) Le choix du général Challe ne s’explique pas par son appartenance au réseau gaulliste. Sa participation à la résistance s’est faite dans le cadre du giraudisme. Il est plutôt connu pour ses liens avec Guy Mollet. Sa nomination suscite un certain nombre de réticences de la part de la haute hiérarchie de l’armée de Terre, qui estime que si de Gaulle a fait appel, contre toute logique, à un aviateur pour diriger une guerre à dominante terrestre, c’est que celui-ci présentait des garanties d’obéissance inconditionnelles. Cf. Claude Paillat, Dossiers secrets de l’Algérie 13 mai 1958-28 avril 1961, Paris, Le livre contemporain, 528 pages, p. 160.
           (5) Sur l’évolution de la 5e région aérienne, voir l’article de Philippe Vial et Pascal Tanchoux, «Les archives “Algérie” de l’armée de l’Air », Revue historique des Armées n° 2/1992, pp. 66-75. Jusqu’au mois d’août 1957, il existe en Algérie deux états-majors distincts, celui de la 5e région aérienne (R. A.) et celui du commandement de l’Air en Algérie (C.A.A.) avec leurs états-majors respectifs. En août 1957, les deux états-majors fusionnent et les documents officiels portent l’en-tête : «5e R.A. et C.A.A. ». Au cours du mois de novembre 1958, la désignation C.A.A. disparaît et celle de 5e R.A. est la seule conservée.
           (6) Le général Jouhaud est affecté au commandement de la 5e région aérienne à Alger, en avril 1957. En juillet 1957, il assure en même temps la fonction d’adjoint interarmées du général Salan. Il devient vice-président du comité de salut public Algérie-Sahara après le 13 mai. Général d’armée aérienne le 1er juillet 1958, il est nommé chef d’état-major de l’armée de l’Air en octobre 1958. En mai 1960, le général Jouhaud est inspecteur général de l’armée de l’Air. Sur sa demande, il est placé en disponibilité en octobre 1960. Ayant participé au putsch du 22 avril 1961, il est destitué par décret le 24 avril suivant. Arrêté en mars 1962 puis condamné à mort, il est gracié, emprisonné à Tulle et libéré en 1967.
           (7) L’Armée française, et tout particulièrement les SAS, a mené officiellement campagne pour le «Oui » dans le référendum-plébiscite du 28 septembre 1958 et le «Oui » a représenté 95,5 % des suffrages exprimés par 76,1 % des inscrits. Cf. Bernard Droz et Evelyne Lever, Histoire de la guerre d’Algérie 1954-1962, Paris, Seuil, 375 pages, p. 196.
           (8) Paul Delouvrier, alors âgé de 44 ans, était inspecteur des finances et plus spécialement chargé de mettre en œuvre la politique économique du plan de Constantine.
           (9) Né en 1920, Bernard Tricot est maître des requêtes au Conseil d’Etat. Proche collaborateur du général de Gaulle, il était le directeur de cabinet de René Brouillet, secrétaire général pour les affaires algériennes en 1958-1959, puis, de 1959 à 1962, conseiller technique au secrétariat général de la présidence de la République.
           (10) Le général de Gaulle est officiellement président de la République le 21 décembre 1958.
           (11) L’engagement massif des Français de souche nord-africaine (F.S.N.A.) est le point primordial du plan militaire de Challe, comme cela est fermement exprimé dans la directive n° 1 du 22 décembre 1958, S.H.A.T. 1 H 1827 d.2 publiée in Maurice Challe, Notre révolte, Paris, Presses de la Cité, 1968, pp. 95-101 : «... notre but, je tiens à le rappeler, est de ramener la totalité de la population sous notre contrôle. La destruction de l’O.P.A. (organisation politico-administrative ) va de pair avec la destruction des bandes, celles-ci vivant grâce à celles-là et réciproquement. Mais détruire les bandes et déraciner F O. P. A. n’est pas suffisant. Pour achever la pacification, il convient encore d’obtenir l’adhésion et la collaboration de la masse musulmane et de mettre en place une infrastructure politico-administrative autochtone ayant la confiance des populations et favorable à la France. L’utilisation des F.S.N.A. est d’abord un impératif moral. Nous ne pacifierons pas l’Algérie sans les Algériens. C’est ensuite une garantie d’efficacité. Le meilleur chasseur de fellagha est le F.S.N.A. Le F.S.N.A. sera donc utilisé au maximum sous toutes ses formes : appelé - engagé - harki - G.M.S. - maghzen - autodéfense. Les faits de pacification seront récompensés au même titre que le sont les faits purement militaires, car j’attribue autant de valeur aux uns qu’aux autres ». Le général Challe engage sa responsabilité personnelle dans le développement des forces supplétives, ce qui explique sans le doute son attitude pendant le putsch. La fidélité aux Harkis est un des éléments principaux de sa proclamation du 22 avril 1961 : «... voudriez-vous renier vos promesses, abandonner nos frères musulmans et européens, abandonner nos cadres, nos soldats, nos supplétifs musulmans à la vengeance des rebelles ? », cité par Maurice Vaïsse, Alger - Le Putsch, Bruxelles, 1983, éditions Complexe, 186 pages, p. 166.
           (12) Directive n° 1 en date du 22 décembre Î958, S.H.A.T. 1 H 1827 d.2.
           (13) Challe replace l’Algérie dans le contexte d’une lutte de guerre froide entre matérialisme et libéralisme, une lutte universelle. Cette vision est quelque peu atténuée dans son interview - les faits ne lui ont pas donné raison - mais clairement affirmé dans ses directives officielles de 1958-1959 : «La guerre de notre temps oppose deux inconciliables conceptions de l’homme. L’une repose sur le respect de la personne humaine ; l’autre, essentiellement matérialiste, conduit à l’asservissement de l’individu et son prosélytisme agressif vise la terre entière » in Instruction pour la pacification en Algérie, 10 décembre 1959 , S. H. A. A., document de la division Recherche.
           (14) C’est l’esprit du plan de Constantine du 3 octobre 1958, vaste plan économique et social prévoyant une modernisation rapide et accélérée de l’Algérie et en particulier la distribution de 25000 hectares de terres, un grand plan de logement, des taux de salaires alignés sur ceux de la France métropolitaine, la scolarisation systématique de la jeunesse et le recrutement de fonctionnaires algériens. Cf. Bernard Droz et Evelyne Lever, op. cit., p. 197.
           (15) André Morice, né en 1900, est ministre de la Défense et des Forces armées dans le gouvernement Bourgès-Maunoury du 12 juin 1957 au 5 novembre 1957.
           (16) Voir la carte ci-jointe. Une carte détaillée du barrage électrifié sur la frontière marocaine figure dans Henri Le Mire, Histoire militaire de la guerre d’Algérie, Paris, 1982, Albin-Michel, 405 pages, p. 196.
           (17) Cf. S.H.A.T. 1 H 1933 d.l Canevas.... p. 29 et la note de juin 1957 sur le rôle des forces armées, S.H.A.T. 1 H 1821 d.l.
           (18) 80 000 soldats sont affectés en permanence à la garde des barrages. S.H.A.T., Introduction à l’élude des archives de l’Algérie, 1992, p. 39.
           (19) Les réseaux de barbelés et les lignes électrifiées ont été posés, dans leur majeure partie, fin 1957. Entre la frontière et le barrage, des zones interdites permettent de repérer au radar toute intrusion, même par des hommes isolés. En avril 1958, 913 000 mines ont été posées à la frontière Est et 420 000 à la frontière Ouest. S.H.A.T., Introduction à l’étude des archives de l’Algérie, 1992, p. 39.
           (20) La structure militaire du F.L.N. est organisée en six Wilayas (le mot signifie région en arabe). La Wilaya 1 (Batna) regroupe le massif montagneux et désertique des Aurès-Némentcha ; la Wilaya 2 (Constantine et Bône) comprend tout le nord constantinois riche et peuplé ; la Wilaya 3 (Tizi-Ouzou), c’est la Kabylie ; la Wilaya 4 (Alger) englobe la Mitidja, Alger, les massifs montagneux de l’Ouarsenis et du Cherchellois et court du sud de la Kabylie jusqu’à Orléansville ; la Wilaya 5 (Oran, Mostaganem, Tlemcen, Sidi-Bel-Abbès), la plus étendue, représente toute l’Oranie jusqu’au Sahara ; enfin, la Wilaya 6 (Aumale, Boghari et Paul-Cazelle) couvre les territoires du sud et une partie du Sahara mais elle est souvent en conflit, en ce qui concerne ses attributions territoriales, avec les Wilayas voisines hégémoniques. Chaque Wilaya est divisée en Mintakas (zones) elles-mêmes divisées en Nahias (secteurs) et chaque chef de Wilayas, commande des unités appelées Katibas. Cet appareil militaire se double d’une organisation militaro-civile, l’Organisation politico-administrative (O.P.A.), qui a pour mission de renseigner, de ravitailler, de collecter des fonds, d’assurer les liaisons entre les formations combattantes en mouvement et de diffuser la propagande du F.L.N.
           Voir à ce propos l’article de Rémi Brocart, «L’organisation politico-administrative et militaire du F.L.N. vue à travers les archives du 5e bureau de l’E.M.I. », Revue historique des Armées, n° 2/1992, pp. 44-53.
           (21) Challe crée également des «groupes de commandos de chasse » pour contrer la tendance des chefs de secteurs d’opérer en se désintéressant des voisins ou en refoulant sur eux des Katibas dont ils veulent se débarrasser. Dans le même esprit, il fait placer des commandos de chasse et des groupes de commandos à cheval sur les lignes de crête, qui étaient jusque-là des limites de secteurs militaires français et constituaient ainsi des «confins-refuges » pour les fellaghas difficiles d’accès. Cf. Claude Paillat, Dossiers secrets de l’Algérie 13 mai 1958/28 avril 1961, Paris, 1961, Le livre contemporain, 528 pages, p. 197.
           (22) Créés sur le papier en décembre 1958, les commandos de chasse commencent leurs opérations le 15 février 1959 et, le 1er avril 1959, il existe 74 formations de ce type et dix en voie de création. Ce sont des unités légères rassemblées à partir d’unités de base déjà existantes. Le recrutement de ces commandos de chasse est particulier : les officiers, volontaires, choisissent eux-mêmes leurs cadres qui choisissent à leur tour leurs hommes. Les commandos de chasse comprennent entre 25 à 40 % de «Français de souche nord-africaine ». Leur mission est de «marquer » chaque Katiba, de réduire progressivement sa zone d’action et de la détruire en l’asphyxiant, en neutralisant ses guetteurs, ses agents de renseignement et ses informateurs. (Voir croquis «Evolution du dispositif » in Instruction pour la pacification en Algérie, 10 décembre 1959, op.cit.). A la différence des unités de quadrillage, les commandos de chasse ne sont pas attachés à une zone ou un territoire spécifique : ils sont nomades et adaptés en fait à l’unité adverse qu’ils pourchassent. Cf. Introduction à l’étude des archives de l’Algérie, S.H.A.T., 1992, 225 pages, pp. 44-46.
           (23) Face aux éléments territoriaux (unités de secteur) chargées de tenir et de quadriller le territoire, les unités de réserve générale composées pour l’essentiel de troupes parachutistes et de Légion étrangère, sont chargées d’anéantir les Katibas marquées par les commandos de chasse.
           (24) La première opération de Challe, «Oranie », se déroule en février-mars 1959 contre la Wilaya 5. Conforme à sa doctrine, Challe place les forces dont il peut alors immédiatement disposer - il s’agit des commandos de chasse - à la disposition du général Gambiez qui les commande avec le général d’aviation Ezanno depuis un E.M.O.C. (état-major opérationnel combiné) basé à la Sénia, près d’Oran. Cette opération «Oranie » est un plein succès : 2420 fellaghas mis hors de combat - 1764 tués, 516 prisonniers, 131 ralliés - dont 44 chefs d’envergure, soit presque la moitié des effectifs de l’A.L.N. dans cette région ; un millier de membres de l’O.P.A. arrêtés ou tués, dont 30 chefs ; 1133 armes diverses récupérées - soit les 4/10ème de l’armement rebelle - ; sept ateliers, huit dépôts d’intendance, trois cantonnements, cinq P.C. ennemis détruits ou investis ainsi que de nombreuses caches et infirmeries de campagne. Cf. Claude Paillat, Dossiers secrets de l’Algérie 13 mai 1958/28 avril 1961, Paris, 1961, Le livre contemporain, 528 pages, p. 244.
           (25) Dans les trois premiers mois de son commandement, le général Challe remplace 35 commandants de secteur sur un total de 75, cf. Maurice Challe, Notre Révolte, op. cit., p. 102.
           (26) L’opération «Jumelles » se déroule de juillet 1959 à mars 1960 en Grande et Petite Kabylie (cf. carte ci-jointe).
           (27) L’opération «Etincelles » se déroule en juillet 1959 à mars 1960 dans les monts du Hodna (cf. carte ci-jointe).
           (28) L’opération «Pierres précieuses » se déroule de novembre 1959 à mai 1960 en Petite Kabylie, dans la chaîne des Babor et dans la plaine de Bône. Cf. Les Rapports du général Challe sur les opérations liées au plan Challe, S.H.A.T., 1 H 1829 d.l
           (29) Le plan de pacification en Algérie est exposé par le général Challe, le lundi 26 octobre 1959, devant l’état-major interarmes d’Algérie. Pour résumer ce plan, un «guide de pacification » intitulé Instruction pour la pacification en Algérie est diffusé à 1 000 exemplaires à partir du 10 décembre 1959. Ce plan codifie les attaques et les parades de la guerre subversive. Il est destiné à éviter l’improvisation des commandants des secteurs. Challe le signale clairement à l’état-major interarmes : «Une fois paru et distribué - jusqu’à l’échelon quartier et sous-quartier s’il le faut - il (ce plan) sera la loi et je vous demanderai par conséquent d’exécuter ce qu’il contiendra. Je veux que vous disiez à tous vos officiers, qu’ils ne jouent pas une fois de plus aux Gaulois de Vercingétorix et qu’ils ne recommencent pas à refaire le document en mieux. Je ne dis pas que ce ne soit pas possible, mais ce guide constitue un plan cohérent dont j’endosse seul la responsabilité parce que je suis le seul responsable ici devant le gouvernement de la conduite de la guerre » Cf. Maurice Challe, Notre révolte, op. cit., p. 127.
           (30) Les regroupements de population sont alors sévèrement critiqués par une partie de la presse métropolitaine. L’auteur, qui signe du nom de Sirius, écrit, dans le Monde du 26 août 1959, «Des Douars entiers sont arrachés à leurs maigres terres et parqués dans les camps où s’aggravent leur dénuement et leur faim ». Cité par Bernard Droz et Evelyne Lever, op. cit. p. 217.
           (31) Né en 1928, Si Salah, de son vrai nom Mohammed Zamoun, est le commandant militaire et politique de la Wilaya 4. Cf. Pierre Montagnon, l’Affaire Si Salah, Paris, 1987, Pygmalion, 187 pages et Benjamin Stora, Dictionnaire biographique des militants nationalistes, Paris, l’Harmattan, 1985.
           (32) En 1960, Médéa est une sous-préfecture du département d’Alger et compte 50 000 habitants. Le Cadi est un juge de paix qui relève de l’administration française. Il est chargé d’appliquer les règles du statut coranique qui régente les Algériens en droit privé. A l’époque, c’est Addelkader Marighi qui occupe ces fonctions.
           (33) Le colonel Henri Jacquin, ancien du 2e bureau de la Légion étrangère a participé à la guerre d’Espagne dans le camp républicain. Au moment de la défaite de 1940, il est en Indochine où il devient très vite un des agents de la France libre. Après le coup de force japonais du 9 mars 1945, il se replie en Chine avec le gros des troupes françaises. Il participe à la guerre d’Indochine, toujours au 2e bureau. En Algérie, il est remarqué par Salan qui se l’attache et le repasse à Challe lorsqu’il quitte l’Algérie. C’est pour lui qu’est créé le Bureau d’études et de liaisons (B.E.L.) décrit par Claude Paillat comme, «un état-major dans l’état-major. Il dispose d’une combinaison d’aviateurs, de fantassins, de marins qui aplanissent les problèmes entre leurs armes respectives et partent à travers toute l’Algérie, missi dominici, munis de pleins pouvoirs et enclins à toutes les curiosités. Sur place, “ça grince un peu” quand un colonel “plein” voit débarquer un commandant qui pousse toutes les portes, ouvre tous les dossiers, interroge qui lui plaît, établissant une monographie des secteurs qui jusqu’alors a toujours été incomplète. Parmi ces enquêteurs, il y a aussi bien le colonel musulman Rafa, que Pépin Le Halleur, lieutenant-colonel de la Légion et bras droit de Jacquin, que le marin Camuso ou l’aviateur Fournier. Jacquin a aussi formé une équipe spéciale qui collabore avec celle de Godard et poursuit à travers toute l’Algérie les actions que celui-ci limite à Alger et aux wilayas voisines. Car le B.E.L., c’est aussi un poste d’observation sur les wilayas, un bureau d’études spéciales (...). La vieille amitié de Jacquin pour Georges de Boissieu, un autre légionnaire, facilite le travail du B.E.L. Rouquette, un colonel aviateur, qui a vite “pigé”, et Courtaux, un para polytechnicien chef du 3e bureau, donnent aussi toute leur aide ». in Claude Paillat, Dossiers secrets de l’Algérie 13 mai 1958/28 avril 1961, Paris, 1961, Le livre contemporain, 528 pages, pp. 198-199. Voir également Henri Jacquin, la Guerre secrète en Algérie, Paris, Olivier Orban, 1987.
           (34) Né en 1934, le commandant Si Lakhdar était chargé des renseignements et liaisons de la Wilaya 4. Exécuté fin juin 1960.
           (35) Né en 1926, le commandant Si Mohammed assure la direction militaire de la Wilaya 4. Tué au combat le 7 août 1961.
           (36) Si Salah, destitué de son commandement, est épargné. Il sera tué, le 21 juillet 1961, lors d’un accrochage avec les troupes françaises.

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BIOGRAPHIE

           Le général d’armée aérienne Maurice Challe Le général Maurice Challe est né au Pontet (Vaucluse) le 5 septembre 1905. En 1923, il entre à Saint-Cyr et en sort, en octobre 1925 (promotion Chevalier Bayard), avec le grade de sous-lieutenant. Il choisit alors l’Aéronautique et entre à l’Ecole d’application de l’Aéronautique. En 1927, il est breveté pilote et observateur en avion, puis, en 1934, il passe capitaine et fait fonction de commandant d’escadrille au sein de la 55e escadre avant de commander le Groupe d’aviation d’observation 514. En 1937, le capitaine Challe est admis à l’Ecole supérieure de guerre aérienne d’où il sort, le 26 juillet 1939, avec le brevet d’état-major. A la mobilisation, le capitaine Challe est promu commandant et affecté à l’état-major « Air » de la 8e armée terrestre.

           En février 1940, il est nommé au G.Q.G. aérien. En juillet 1940, il est membre de la sous commission « Air » de la commission d’armistice de Wiesbaden avant d’être détaché à l’escadron d’entraînement de Toulouse. En décembre 1940, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur. En septembre 1941, il prend le commandement du groupe de reconnaissance 2/14 basé à Avignon, poste qu’il occupe jusqu’en novembre 1942. En 1943, le commandant Challe est mis en congé d’armistice.
           A partir de novembre 1942, le commandant Challe entre dans la Résistance sous le pseudonyme de « Guy ». Chargé d’organiser plusieurs réseaux de renseignements en territoire occupé, il dirige personnellement et à de nombreuses reprises, l’exécution de missions dangereuses. Chef du « Réseau F. Villon » issu du S.R. Air, le commandant Challe se distingue particulièrement en fournissant à l’état-major allié, entre le 25 avril et le 2 mai 1944, l’ordre de bataille de la Luftwaffe, de la Flak et des grandes unités de la Wehrmacht en France et dans la majeure partie de l’Europe occidentale, ce qui lui vaut d’être décoré de la Distinguished Service Order (DSO) britannique.

           A la libération, le lieutenant-colonel Challe réintègre, à sa demande, une unité navigante. Il est en effet désigné inspecteur de la 11e brigade de bombardement (sur Marauders) avec laquelle il participe à la campagne d’Allemagne. Le 1er mars 1945, il reçoit la rosette de la Légion d’honneur et passe colonel le 25 décembre 1945. Le 14 mars 1946, le colonel Challe est affecté au ministère des Armées, à l’état-major général « Air ». Il est fait Commandeur de la Légion d’honneur le 14 avril 1947 et nommé sous-chef d’état-major le 10 juin 1947.

           Le 23 mai 1949, le colonel Challe devient général de brigade aérienne et part au Maroc comme 3e sous-chef du commandant de l’Air. Il reste au Maroc jusqu’en septembre 1951, puis il est nommé chef de l’état-major particulier du secrétariat d’Etat aux Forces armées en 1951, puis à l’Air en 1952, poste qu’il occupe jusqu’en avril 1953. Il est alors affecté comme directeur du Centre d’enseignement supérieur aérien et commandant de l’Ecole supérieure de guerre aérienne jusqu’en 1955. Général de division aérienne le 1er juillet 1955, il occupe le poste de major général et chef de l’état-major des Forces armées à compter du 1er novembre 1955. Il est nommé général de corps aérien le 1er janvier 1957, puis général d’armée aérienne le 15 juillet 1958. Au lendemain du 13 mai 1958, il intervient en personne auprès de Guy Mollet pour lui faire part de l’ampleur du mouvement de mécontentement dans l’armée. Cette démarche et les instructions particulières qu’il donne alors aux unités de l’aviation de transport lui valent d’être éloigné par M. de Chevigné, ministre de la Défense nationale et envoyé sur la base aéronavale de Brest.

           Avec l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, le général Challe retrouve son poste et, par décret du 1er octobre 1958, il est désigné comme adjoint interarmées du général d’armée Salan, délégué général et commandant en chef des forces en Algérie. Le 16 décembre 1958, il est nommé commandant en chef des forces en Algérie. En mars 1960, il est rappelé en métropole et laisse sa place au général Crépin. Par décret du 13 avril 1960, le général d’armée aérienne Maurice Challe est mis à la disposition du commandant suprême allié en Europe, pour exercer les fonctions de commandant en chef des Forces alliées du secteur Centre-Europe.

           Le général Challe est, sur sa demande, mis en disponibilité à compter du 1er avril 1961. En avril 1961, Maurice Challe prend la direction militaire du putsch d’Alger. En mai 1961, il est jugé et condamné à quinze ans de détention. Il est emprisonné à Tulle de mai 1961 à décembre 1966 et gracié le 22 décembre 1966 – entre-temps, le 5 septembre 1961, date à laquelle il a été atteint par la limite d’âge de son grade, il a été mis en congé définitif du personnel navigant. Il est réintégré en 1974. Le général Maurice Challe est décédé le 17 janvier 1979.

           En 1968, Maurice Challe a fait paraître Notre révolte aux Presses de la Cité, un livre dans lequel il raconte son action en Algérie. Avec huit citations, le général Challe est Grand-Croix de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre 39-45, de la médaille de la Résistance avec rosette ; il est commandeur de la Légion du Mérite (US) et a reçu la King’s Medal for courage in the cause of Freedom du gouvernement britannique. Il est aussi titulaire de la médaille de la Valeur militaire, Croix de Guerre belge et officier de l’Ordre de Léopold.
 
                      

PHOTOS de la GROTTE MERVEILLEUSE
VOYAGE de GROUPE 2008




































RAPPEL D'HISTOIRE
VERITAS N°22 du 8 avril 1998
Par Jacques SOUSTELLE
L'ASSASSINAT MORAL
                  
           Comment le peuple français, qui pourtant n'est pas dénué de sensibilité humaine, en est-il arrivé là ?
           Comment est-il descendu jusqu'à ce degré d'indifférence, à cette dureté de cœur, à cette sécheresse ? Le Christ disait : « Si votre frère vous demande un pain, lui donnez-vous une pierre ? » Et voilà que le peuple de Métropole, d'ancienne formation chrétienne - souvent ses prêtres et ses pasteurs en tête – s’est mis à offrir des pierres à ses frères malheureux qui avaient perdu leur terre.
           L'explication de ce phénomène paradoxal et révoltant doit être recherchée dans l'immense opération psychologique menée après 1954 par toute une partie de la presse. Le problème posé était celui-ci :
           « Comment faire en sorte que les Français, chrétiens, israélites ou laïques de la Métropole, abandonnent sans remords à la mort ou à l'exil leurs compatriotes, coreligionnaires ou compagnons de convictions philosophiques qui ont eu le tort de naître en Algérie ? » La réponse est simple : présenter ces Français d'Algérie sous un jour tel qu'ils apparaissent comme haïssables et, par conséquent, comme indignes d'ètre défendus. La machine de propagande a joué à fond et elle a gagné.
           Il a été entendu dès le début, pour I'Express comme pour Le Monde puis pour Le Figaro, que le Français d'Algérie avait toujours tort. Défendait-il ses droits ? C'était un colonialiste. Réclamait-il l'égalité des droits entre les musulmans et lui-même ? Il mentait. Le F.L.N. massacrait-il femmes et enfants français ? C'était une pénible conséquence d'un état de choses dont, en dernière analyse, les Français d'Algérie étaient eux-mêmes responsables. Les Français d'Algérie se défendaient-ils ? C'étaient des criminels !!!

           Les chefs d'orchestre fort habiles et expérimentés qui ont mené cette campagne n'ont pas négligé de faire appel à une gamme très étendue de sentiments : depuis la générosité contre les « colons » âpres au gain et attachés à leurs « privilèges » jusqu'à l'envie déchaînée contre ces « milliardaires » qui prétendaient encore faire combattre à leur profit les petits gars du contingent. Ainsi on concentrait la haine aveugle du public sur le petit artisan de Bab-el-Oued qui vivotait à 20% au-dessous du niveau de vie de son homologue métropolitain.
           Toujours pour arriver à l'abandon avec bonne conscience, on est descendu jusqu'au racisme. « Ces Français d'Algérie,. » chuchotait-on « est-ce que ce sont vraiment des Français ? Ne s'agit-il pas plutôt d'un ramassis d'Italiens, d'Espagnols, de Maltais ? » D'où le résultat qu'un Français qui s'appelait Giacomoni et dont le grand-père fut naturalisé à Aix en Provence pouvait sans remords livrer au couteau des égorgeurs un Français appelé Giacomoni dont le grand-père était arrivé à Chiffalo en 1890 !
           De même qu'il fallait dépeindre les FranÇais d'Algérie comme une meute fasciste d'exploiteurs sans scrupules et de réactionnaires attardés, il fallait que les Métropolitains - en particulier les hommes politiques - qui combattaient pour le maintien de l'Algérie dans la République, fussent disqualifiés par une campagne de calomnies allant jusqu'à l'assassinat moral.
           La presse d'extrême gauche s'est chargée de cette opération, reprise avec une ampleur écrasante par l'Etat lui-même et par tous les moyens de propagande qui dépendaient de lui à partir de 1960.

           Du moment où l'on défendait l'Algérie Française, on était un « fasciste », un « activiste d'extrême droite » un « néo nazi» La propagande traitait d'hitlérien Godard qui se battit au Vercors, Bidault qui présida le C.N.R. sous l'occupation nazie, Saint-Marc qui souffrit à Buchenwald et exaltait les « démocrates » du genre de Mohammedi Said qui porta l'uniforme allemand et la croix gammée avant d'être parachuté en Algérie en 1943 par la Gestapo dont il était l'agent. Ben Khedda qui dirigea avec son chef Zighout Youcef les épouvantables massacres du 20 août 1955 était un modéré tandis que Jouhaud méritait bien d'être condamné à mort et l'on donnait du « Monsieur» à Ben Bella tandis que le dernier des pieds-plats de la R.T.F. se permettait d'insulter Salan !

           Puisque j'exprime ici, en dépit du bâillon que le Pouvoir voulait m'imposer, ma pensée toute entière, j'élève une protestation solennelle et véhémente contre la calomnie sous laquelle on veut accabler les défenseurs de l'Algérie française.
           Moi qui n'avais en Algérie ni un mètre carré de sol ni un pied de vigne et qui avais tout intérêt à poursuivre une fructueuse carrière politique en me reniant comme Debré et Frey, je déclare que j'ai cru sincèrement à I'Algérie française, que la paix et la réconciliation étaient à portée de notre main après le 13 mai 1958, que je n'ai été guidé dans ce choix par aucun intérêt particulier et que je n'ai Jamais eu en vue que celui de mon pays et l'idéal de la République.
           De toutes mes forces, je dénonce I'assassinat moral dont ceux qui pensent comme moi et moi-même avons été les victimes. Le temps peut passer, les faits accomplis succéder aux faits accomplis, un Ossa de lâcheté s'entasser sur un Pélion d'indifférence : jamais, quant à moi, je n'admettrai que le crime perpétré en Juillet 1962 soit autre chose qu'un crime.
Jacques SOUSTELLE Février 1964

    


Si j'étais ton petit chat
Tirailleur Algérien, N°510, octobre 1900

Source Gallica
A BLANCHETTE

                 Si j'étais ton petit chat,
                 0 gentille pécheresse,
                 Tu me comblerais d'ivresse,
                 De baisers et de tendresse,
                 Je vivrais comme un pacha,
                 Que ne suis-je petit chat ?
                 Je voudrais toute ma vie,
                 Garder ma mignonnerie
                 Sans jamais grandir ma mie,
                 Si j'étais ton petit chat

                 Si j'étais ton petit chat
                 Vois-tu bien petite chatte,
                 Point n'aurais d'ongle à la patte,
                 Pas une canine ingrate,,
                 Non, rien qui t'effarouchât,
                 Si j'étais ton petit chat,
                 je n’aurais, tendre Blanchette
                 Qu'une petite languette,
                 Bien caressante et douillette,
                 Si j'étais ton petit chat

                 Si j'étais monsieur ton chat,
                 J'aurais même assez palive,
                 Duvet de soie assez fine,
                 Pour qu'au soir, sur ta poitrine,
                 Sans voiles, on me couchât.
                 Quel doux coussin pour un chat !
                 Quelle faveur enchantée,
                 D'y baiser dans la nuitée,
                 Ta chair blanche et veloutée,
                 Si j'étais ton petit chat.

                 Si j’étais Mimi, ton chat,
                 Que d'heureux soirs dans ma roue,
                 Qu’un tel amour te touchât.
                 Si j'étais, Mimi, ton chat,
                 Dis-moi, ne pourrais-je, en somme,
                 Un jour m'aller plaindre à Roux
                 Que Dieu n'a m'eût pas fait homme
                 Ou de Perse au moins le Shah ?
                
NARCISSE.


LES CHEVAUX DU SAHARA
Par M. le général DAUMAS - (Suite) Gallica : Revue orient 1853-1 pages 283-295

                 L'erreur n'abandonnant pas facilement sa prose, je suis contraint, en mesurant l'avenir à l'échelle du terrain reconquis, de constater que, de longtemps encore, les connaissances hippiques des Arabes ne deviendront populaires en France.
                 L'anglomanie a cité, est et sera le principal obstacle à leur propagation.
                 En montrant à l'horloge de la Restauration l'heure de sa réapparition, loin de songer à accuser le gouvernement de cette époque, j'ai hâte de signaler qu'il n'a pas dépendu de lui d'empêcher les éleveurs de retomber dans cette voie regrettable.
                 L'anglomanie, écrivait Huzard père, a de tout temps, contribué à la destruction de nos races !

                 Avant 1789, il était de mode, en France, d'imiter les Anglais, même dans les cruautés ! A leur exemple, on appliquait alors aux chevaux de luxe le feu et les sétons sans nécessité ; et, à l'opération barbare du niquetage, on ajoutait celle, plus barbare encore, de la section des oreilles.
                 Les chevaux ainsi dégradés, se nommaient craps bretood ou bétauds ; et, plus ils avaient perdu de leur valeur réelle, plus leur valeur factice était grande, car ils étaient à la mode, on les croyait anglais et de pur-sang, et la raison devait se taire.
                 Cette déplorable imitation avait projeté de si profondes racines au cœur même de notre pays, que Grégoire la signala à la Convention.
                 Les républicains, disait-il, se souviennent avec indignation que, récemment encore, l'anglomanie résidait en France : habit, vaisselle, rasoir, couteau, ressort de voitures, lunette, tout était à l'anglaise abjurons à jamais et le nom et la chose.
                 Tout s'enchaîne.

                 Outragés un jour dans notre orgueil national, notre amour-propre se réveilla ; nous accusâmes les Anglais, les rendîmes responsables de notre longue et servile imitation ; et, non contents du cri de guerre, d'une résistance désespérée dans le combat, nous mîmes en œuvre tous les moyens pour repousser leurs produits.
                 Le 10 prairial an 2 (1794), l'équipage du vaisseau le Vengeur, démâté, à moitié détruit, refusa d'amener son pavillon, et, aux cris répétés de la Marseillaise, s'ensevelit avec bonheur sous les flots, plutôt que de se rendre aux Anglais.
                 Les paroles de Grégoire et de nombreuses motions n'étaient pas encore oubliées après six années.
                 Le premier décret de Bonaparte touchant l'industrie chevaline, du 13 thermidor an 9 (1801), portait :
                 « Art. 1er. L'importation des chevaux anglais est défendue. »
                 Cette mesure étant contraire aux lois naturelles, les justifications avaient été cherchées et trouvées.

                 Le rédacteur de l'exposé précédant le décret, ne prévoyant pas qu'un jour l'empereur Napoléon, fidèle aux vrais principes, reconnaîtrait la valeur réelle du cheval de pur-sang anglais (thorangbred), en même temps qu'il exposerait le cas et l'emploi que nous devons faire de l'arabe, écrivit, et le premier consul signa les paroles que voici :
                 Le premier pas à faire, pour la restauration des races de chevaux français, c'est de diriger l'esprit public vers les avantages, que les chevaux du pays présentent, et de favoriser Jeux multiplication en éloignant une concurrence qu'un caprice momentané pourrait leur rendre désavantageuse, et en évitant un croisement qui tend à les détériorer.
                 Cet acte acheva la conversion et le retour au type par excellence, au cheval arabe, source de nos belles races françaises et de la race de pur-sang anglais.
                 Autant nous avions été enthousiastes des coutumes des Anglais, de leurs chevaux et des belles manières de lord Catogan, autant nous les repoussâmes sous la République, sans réfléchir aux conséquences de notre exagération ; que nous retomberions dans les mêmes fautes, à une époque que nous connaissons, et qu'il était facile de prévoir.

                 Toute exagération, en culture comme en industrie, est l'avant-coureur d'une exagération opposée.
                 Ce résultat est assuré comme le retour des saisons. Le progrès dans les mœurs est la seule puissance capable d'en atténuer les effets.
                 Celui qui, dans la condition présente, nierait ce fait, se placerait dans l'inévitable nécessité de nier le retour de l'anglomanie après 1815, et la faveur trop connue qui s'attacha à lord Spencer, à l'exemple de lord Catogan.
                 L'absence de toute concurrence de la part des Anglais a été un don funeste pour le pays.
                 Qu'on le retienne et le dise.
                 La disparition de ce redoutable antagoniste a fait croire à son complet anéantissement, et oublier que, protégé par une mort apparente et la puissance qu'on appelle le temps, il parviendrait sans effort, par le seul effet de la loi naturelle, à miner dans l'opinion publique le vainqueur et ses maîtres, de même que la goutte d'eau désagrége la pierre et l'humble giroflée la soulève.

                 La Restauration, droite dans ses vues, bienveillante dans ses intentions, a subi forcément les conséquences inévitables de la réaction. Impuissante à combattre l'erreur, vainement elle prit en sérieuse considération les réclamations d'une partie des éleveurs et envoya, sous le ministère de M. Decazes, MM, de Portes et Damoiseau en Syrie.
                 Le mal avait déjà regagné son empire.
                 A cette époque et sous le gouvernement de juillet, la réaction se montra moins violente qu'au temps de la République ; nous devons ce résultat au progrès accompli dans l'opinion publique, à une tendance marquée vers la conciliation.
                 Inhabile, ou mieux impuissante à dominer complétement le gouvernement de la Restauration, l'anglomanie asservit celui de 1830.
                 L'exclusion du cheval arabe ne fut pas écrite, mais le pays en ressentit tous les effets.

                 Les prédilections du gouvernement de juillet étaient acquises au cheval anglais.
                 Les réclamations des éleveurs du Midi contre la recrudescence de l'anglomanie devinrent telles, un moment, qu'il fallut essayer de les calmer. Cette circonstance motiva l'acquisition de quatre chevaux arabes, à la vente du haras de M. le baron de Fechtig, en Hongrie.
                 L'anglais eut droit de cité que, suivant son origine, il fût blond horse ou thoranghbred, cela importait peu ; rarement on examina minutieusement son pedigree, le passeport de l'espèce chevaline.
                 Le Stud-Boock enregistra plus d'une noblesse douteuse ; la manie de recruter des aïeux s'étendit même au profit des coursiers anglais.

                 Qui ne se souvient des médiocres et détestables produits du haras de Meudon ?
                 Admis avec empressement dans les dépôts de l'état, et recherchés non moins vivement par les courtisans et ceux qui visaient à le devenir, je laisse à penser quels produits nous donnèrent ces pères et tant d'autres de moindre valeur.
                 Louis-Philippe, en acceptant les chevaux qui lui furent envoyés à titre de cadeaux de l'Égypte, de Tunis, du Maroc et de l'Algérie, loin de suivre l'exemple donné aux souverains par le roi de Wurtemberg, ce Mécène des éleveurs, ne se fit aucun scrupule de les interner silencieusement à Saint-Cloud. Hamdani-Blanc, en dépit de son importance reconnue chez les Orientaux, demeura ignoré du public.

                 Les partisans du cheval arabe, obéissant alors à cette déplorable habitude française en opposition avec ce qui se passe chez nos voisins, à ce défaut de ne rien entreprendre d'important sans réclamer l'intervention de l'Etat, se montrèrent inhabiles à ressaisir tout ou Partie du terrain qui leur avait été enlevé.
                 La nécessité du retour, tôt ou tard, aux vrais principes, plaida seule en leur faveur.
                 L'exclusion par acte public n'atteignit que l'étalon de trait. Ce roturier de l'espèce, définitivement repoussé du sanctuaire en 1836, fut renvoyé sous le chaume. Avec lui et par lui, la loi naturelle reprit toute sa force.
                 Recherchées de tous côtés, en France et à l'étranger, les races percheronnes, bretonnes et boulonnaises, toutes trois de même origine, se vengèrent noblement du mépris dont elles avaient à se plaindre. Les succès qu'elles obtinrent troublèrent plus d'une foie le sommeil de messieurs des haras et de la fashion.
                 Désireux d'éviter tout reproche de partialité à l'endroit de l'anglomanie, j'éprouve le besoin de recourir à l'opinion de l'auteur de la France chevaline, il a compté de nombreuses et étroites alliances avec les défenseurs quand même du cheval anglais.

                 Il dit quelque part ;
                 Elle (la Restauration) introduit l'usage exclusif du cheval anglais dans les hautes classes de la société et parmi les gens qui, sans lui appartenir, les imitent par ton ou pour suivre la mode. Les spéculateurs, le haut maquignonnage et l'armée ne demeurèrent pas en reste. Les officiers suivirent le torrent ; ils oublièrent tout à coup la valeur de ces belles et bonnes races françaises qu'ils avaient connues à l'œuvre, et qu'ils paraissent regretter aujourd'hui qu'ils ne les connaissent plus. Dans leur patriotisme ils ne montèrent que des chevaux étrangers, les remontes générales furent toutes puisées en Allemagne.
                 J'ai choisi ce passage du livre de M. Gayot, bien d'autres étaient à ma disposition, précisément parce que, tout en reconnaissant les effets de l'anglomanie, l'auteur impute à la Restauration (j'ai dressé son bilan) l'œuvre de la réaction ouvertement soutenue par le gouvernement de 1830.
                 Sans m'arrêter aux autres faits qu'il mentionne ni les accepter, j'ai la conviction, s'il m'était donné d'en appeler aux souvenirs publics, que la majorité déclarerait qu'à défaut des réclamations des éleveurs du midi, de l'Auvergne, du Limousin, et de la lutte engagée entre l'administration de la guerre et les haras ( l'Algérie, on le répétait sur tous les tons, n'offrait aucune ressource), il est à croire qu'en France le cheval arabe eût été confisqué au profit de l'anglais.
                 Dominé par le besoin de ne laisser percer aucun doute dans l'esprit de ceux qui me liront, et de leur montrer plus clairement encore quels étaient les actes et les tendances de l'époque, j'ai recours à l'autorité de l'Académie des sciences.

                 Une commission composée MM. Boussingault, Magendie, Rayer, Duvernoy, rapporteur, chargée de l'examen d'un mémoire de M. A. Richard (du Cantal), représentant du peuple, ayant pour objet : les courses considérées comme moyen de perfectionner le cheval de service et de guerre, s’exprime ainsi :
                 Mais si l'on réfléchit que M. Richard avait résolu en 1817 d'abandonner la haute position de directeur de l'école des haras, plutôt que de professer des doctrines opposées à ses convictions, ainsi qu'il en avait reçu l'invitation de l'administration supérieure, on conviendra que ses affirmations ont toute la gravité, toute l'autorité que doivent lui donner ses connaissances spéciales et sa longue expérience (Comptes rendus de l'Académie des sciences, tome 28, séance du 16 avril 1849.).

                 M. l'ancien chef de service des haras n'a pu ignorer ce fait. Le premier, il apprit que M. Richard, plutôt que de céder à cette injonction, fit appel à l'opinion publique et soumit à son contrôle les doctrines qu'il professait.
                 Je renvoie les lecteurs de la Revue de l'Orient à l'ouvrage intitulé : de la Conformation du cheval suivant les lois de la physiologie et de la mécanique (Au Comptoir des imprimeurs-unis, 15, quai Malaquais.) Ils en apprécieront le mérite.
                 L'emploi par trop abusif du cheval anglais a achevé, M. Gayot le confesse, la destruction de nos races. Mais ce que son cœur affligé n'avoue pas, c'est que cet abus permanent a engendré une nouvelle variété de l'espèce, connue sous la dénomination significative et consacrée de ficelle. Buffon ne la mentionne pas.
                 Ce résultat déplorable, en nous exposant à la risée, a porté une rude atteinte à l'émulation de nos tièdes éleveurs et amateurs.

                 Ces faits et désastres constatés, je dirai hautement que si nous n'avions reçu de la Grande-Bretagne que des étalons de pur-sang tels que Rainbow et Félix, ces deux belles figures du haras que M. Rieussec entretenait à Viroflay, dignes d'être comparées â Childers et Eclipse, les types par excellence de la race anglaise, l'anglomanie aurait eu une excuse quasi-légitime.
                 On ne lui reprocherait pas les résultats d'un mal qui ne diminue que lentement.
                 La déplorable apathie qui empêche nos éleveurs d'imiter, de suivre la marche adoptée par nos habiles voisins, retardera la guérison de cette plaie.
                 Ils ont pour principe, contrairement à nous, de ne reculer devant aucune difficulté d'argent et de temps, pour se procurer et employer au perfectionnement de leurs races sans exception, les types les plus parfaits et appropriés au but qu'ils se proposent d'atteindre.

                 Rainbow et Félix ont surpassé de beaucoup en réputation et par leurs produits les plus beaux étalons tirés de l'Angleterre, à savoir Lottery, Cadland, Franck, Nautilus, Napoléon, Physician acheté 75,000 f ; son successeur Gladiator, qui ne nous coûta que 64.500 F, etc., etc. Les produits issus de leur accouplement avec des juments boulonnaises, employées à la culture dans les fermes de M. Rieussec, rappelaient le cheval de chasse anglais (the Hunier) qui, à une constitution vigoureuse, allie de si belles proportions.
                 En France, ce cheval est à peine connu ; on s'extasie en contemplant son image ; mais l'admiration dont il est l'objet n'est pas assez puissante pour suggérer quelle voie est à suivre pour le produire, quel parti nous en tirerions.
                 Si, à ces deux étalons, je compare Hamdani-Blanc, de combien de longueurs, à leur tour, ne seront-ils pas dépassés ?

                 Mais comment supputer la valeur de ce cheval, le plus beau, dit-on, qui nous soit venu d'Orient, apprécier (suivant une version que je ne saurais garantir) le sang qu'il a fallu verser pour parvenir à s'en emparer et l'amener dans le palais de Mehemet-Ali ?
                 En présence de la réaction constatée dans l'opinion publique par l'accueil fait au livre de M. le général Daumas, aujourd'hui à sa seconde édition, par l'adhésion aux principes qu'il renferme, ne semble-t-il pas que, parodiant Voltaire, nous sommes en droit de dire : Le temps de l'arabe est à la fin venu ?
                 A Dieu ne plaise que le signal d'une pensée de retour aux bons, aux véritables principes, ne nous conduise à une nouvelle exagération.
                 Soutenu par la puissance ou livré à ses propres ressources, le pays ne saurait justifier l'exclusion d'une force quelconque.

                 Les esprits intelligents, et de ce nombre ceux affranchis des préjugés, reconnaissent présentement qu'il est de l'intérêt des cultivateurs et éleveurs de voir, examiner, discerner quel étalon leur convient en raison de leur situation respective, comme de repousser, sans hésitation aucune, tout animal atteint de tares héréditaires, ou ne se trouvant pas suffisamment en rapport avec l'espèce qu'ils possèdent.
                 La liberté de choisir étant de droit commun, ils se demanderaient, et je me demanderai avec eux, à quel titre le cheval de pur-sang anglais, création très-remarquable, quoi qu'on puisse dire, bonne pour nos voisins, en conformité avec leurs goûts, leurs besoins, un peu faite à leur image, admise par les uns et repoussée librement par les autres, serait banni pour tous ?
                 Le soleil luit pour tout le monde.
                 Antérieurement à M. le général Daumas, divers membres de la Société orientale avaient fait jaillir une vive lumière sur cette question, si souvent et inutilement agitée, de l'élève du cheval.

                 Nous devons à M. Hamont, moissonné à la fleur de l'âge, aimé et regretté de ses collègues ; d'importants travaux. Adversaire déclaré de l'anglomanie, le premier en France, parmi les voyageurs qui ont exploré les vastes contrées soumises aux sectateurs du Koran, il a appelé l'attention publique, non sur la dégénérescence patente de l'espèce de pur-sang des Anglais, mais sur la supériorité que les éleveurs émérites des trois royaumes reconnaissent au cheval arabe, qu'ils continuent à introduire chez eux sans l'avouer.

                 Le livre de M. le général Daumas a fait justice des contes débités à plaisir par les adversaires du cheval de pur-sang arabe.
                 Le signalement de ce cheval, trop peu connu des éleveurs, représentait pour un grand nombre un animal petit, décousu, sans force, étroit de poitrine, haut monté, grêle dans ses membres, peu propre pour la selle, ne sachant trotter, et incapable d'être attelé.

                 Si nous demandons à l'Arabe à quel signe il reconnaît un bon cheval, il nous répond : Il doit avoir en résumé :
                 1° Quatre choses larges : le front , le poitrail, la croupe et les membres
                 2° Quatre choses longues : l'encolure, les rayons « supérieurs », le ventre et les hanches ;
                 3° Quatre choses courtes : les reins, les paturons, les oreilles et la queue.

                 Qu'exigent-ils de cet animal, sans force ? nous disait-on.
                 Il doit porter un homme fait, ses armes, ses vêtements de rechange, des vivres pour tous deux, un a drapeau, même au jour du vent, traîner au besoin un cadavre et courir toute la journée sans penser à boire, ni manger.
                 Il serait superflu maintenant de rechercher le motif qui a fait refuser aux amateurs et éleveurs de chevaux anglais le défi proposé par le pacha d'Égypte et celui qui leur vint de l'Algérie.

                 Très-peu étant en état de monter leurs chevaux, ils se fussent trouvés grandement embarrassés avec leurs jockeys, auxquels ils ont dit :
                 Vous ne pèserez que tel poids, sinon vous ne serez pas admis à l'honneur de monter un cheval de pur-sang. »
                 M. Hamont nous avait appris que les chevaux nés en Angleterre ne peuvent lutter contre ceux de l'Arabie centrale, ni pour la santé, ni pour le fond : ils ne lutteront pas davantage avec les chevaux du Sahara.
                 L'honorable général nous dit en outre que les Arabes se montrent très-difficiles sur le choix de l'étalon et exigent que la jument soit parfaitement constituée.
                 Cette pratique, suivie en Angleterre, n'est pas régulièrement observée en France. Messieurs des haras assistent fréquemment à des accouplements si extraordinaires, qu'il faut les voir pour y croire.
                 Ils ont provoqué ces monstruosités, en répétant sans cesse : « Recourez au cheval de sang, mettez du sang partout, le sang donne la force etc. »

                 L'éleveur, peu disposé à étudier son sujet, heureux de rencontrer une opinion toute faite, s'est empressé de l'accepter. Sa docilité a été dirigée par son intérêt. Ses bons rapports avec M. l'officier des haras, devenu son chef de file, ont servi sa prétention au titre d'homme de cheval.
                 La classe des partageux est nombreuse. Il se pourrait que Biard, en nous donnant, en 1834, son joli tableau des honneurs partagés, n'ait pas songé aux partageux éleveurs ou amateurs de chevaux.
                 Mais, dira-t-on, comment se procurer ces chevaux précieux, en présence des rigoureuses défenses faites aux Arabes de traiter avec nous, si on se rappelle qu'Abd-el-Kader punissait de mort l'Arabe convaincu de nous avoir vendu un cheval de prix ?
                 C'est chose facile, cependant.

                 M. le général Daumas nous dit : « Les chevaux renommés par leur sang et leur vitesse, se vendent bien et se vendent cher. »
                 Plus loin, il ajoute : « Quelques tribus s'adonnent spécialement au commerce des chevaux.
                 Toute difficulté sera surmontée, si on consent à les payer à leur grande valeur. »

                 Comment un Arabe résisterait-il, par exemple, au bonheur de recevoir 30.000 F, puisqu'une fois en possession de valeurs s'élevant à 25.499 F, - il est classé au nombre des grands seigneurs, ne travaille plus, se rend aux assemblées, chasse, se promène à cheval, surveille ses troupeaux, prie, et n'a que les occupations politiques, guerrières et religieuses ?
                 Mieux valait assurément enrichir cinq Arabes en se procurant cinq chevaux fameux dans le désert, que de faire rire nos amis les Anglais en leur versant, pour Physician et Gladiator, 140000 F
                 Mais le Sahara n'est pas le seul point où nous avons chance de succès.

                 C'était en 1844 ou 1845 ; un membre de la Société orientale, M. Fontanier, ancien consul à Bombay, voulant provoquer l'acquisition d'étalons arabes, informa M. le ministre de l'agriculture et du commerce, à l'occasion du transport à Bassora des sculptures provenant de Ninive et destinées pour la France, que tous les ans on amène dans cette ville, à quatre lieues des frontières du Nejd, tribu au nord de la presqu'île arabique qui élève les meilleurs de tous les chevaux, un millier de chevaux arabes qui ne se vendent que de 1200 à 3500 F, ajoutant qu'il n'y en a pas dix par an qui se paient au-delà de 7000 F
                 Ces paroles ont été dites à la tribune. Elles sont au Moniteur.
                 Il devient donc inutile de ne voir que le Sahara, et suivant ma proposition extrême, de rendre en un jour un Arabe tout aussi flâneur qu'un habitué du boulevard de Gand.
                 Au lieu de deux chevaux dans le premier cas, on serait arrivé à cinq ; dans le second, on en compterait vingt-cinq.
                 Il était aussi impossible de perdre au change, qu'il était et est facile à l'état de se procurer des chevaux arabes de grande distinction. Merci à M. Fontanier.
                 Sans porter mes vues aussi loin, j'ai confiance dans Ies haras de l'Algérie. M. le général Daumas, directeur des affaires de cette nouvelle France, ne négligera rien pour nous faire reprendre le rang que nous avons occupé en Europe et replacer les chevaux français en première ligne.
                 Ses services passés répondent de tout ce qu'on est en droit d'attendre de lui.
                 Il s'est efforcé de faire luire la lumière, et a réussi.
                 Ce succès, il le doit à son impartialité, à sa modération. Partisan du cheval arabe, il n'a pas fait entendre contre le cheval anglais le delenda du vieux Caton ; il n'a en rien amoindri sa valeur et s'est contenté de rapporter simplement le vrai, le bon, l'utile.
                 Toute cause ainsi présentée est gagnée par avance.
F. DE CHALLEMAISON.



GROSSESSES

De Jacques Grieu


Un gros livre on ferait des gros mots qu’on prononce
Alors que parler doux est bien meilleure annonce.
« Mot gros n’est pas gros mot », a dit le professeur ;
« Cœur gros n’est pas gros cœur », ajoute le censeur.
« L’avoir gros sur le cœur » ou même la patate,
N’excuse aucun mot gros quand la colère éclate.
Plus court est le discours, plus chaque mot est gros ;
Plus petit est le bois, plus gros est l’arbrisseau.

C’est au meilleur chrétien qu’échoit le plus gros lion.
Mais pas au gros juron que va la conclusion.
Souvent petit appât capture gros larron,
Comme petite scie coupe bien le gros tronc.
Gros défaut est-il mieux que petite vertu ?
Qui a un trop gros nez croit que chacun l’a vu.
Quand les gros sont bien maigres, les maigres sont tous morts !
Les pauvres aussi sont morts quand gros bonnet s’en sort.

Aux plus petits esprits les plus gros préjugés.
Ils font les gros malins sans voir qu’ils sont piégés.
Mensonge le plus gros exige un vrai détail.
En gros ou en détail le menteur y travaille.
Pas plus gros que le ventre il ne faudrait les yeux ?
Mieux vaut faire gros dos beaucoup moins ambitieux.
Mourir gros, mourir maigre, où est la différence ?
C’est bien, grosso modo, la même révérence.

Jacques Grieu                  


BRIOUATS AUX AMANDES
ET A LA FLEUR D'ORANGER


ACEP-ENSEMBLE N°291

Facile et bon Marché - Préparation : 15 mn - Cuisson : 5 mn
Pour 6 à 8 personnes :

10 feuilles de brick - 2SO grs d’amandes en poudre
150 grs de sucre glace
4 cuil. à Soupe d'eau de fleur d’oranger
2 blancs d’œuf
200 g. de miel liquide
Huile neutre pour friture.

         PREPARATION
         Mettez la poudre d'amandes dans le bol d'un robot avec le sucre glace et mixez durant quelques secondes. Ajoutez l'eau de fleur d'oranger et 1 blanc d'œuf, mixez de nouveau jusqu'à ce que la pâte se mette en boule.
         Coupez les feuilles de brick en deux, puis rabattre le bord arrondi sur le côté coupé pour obtenir deux rectangles allongés.
         Déposez sur chaque demi-feuille une boulette de pâte d'amandes, tout en bas du rectangle, face à vous. Pliez la partie contenant la farce en formant un petit triangle et continuez ainsi jusqu’au bout.
         Terminez en repliant I'extrémité de la feuille à l'intérieur du triangle, soudez au blanc d'œuf.
         Faites chauffer l'huile dans une poêle et déposez-y les briouats quelques minutes,
         Retournez les une fois, jusqu’à ce qu'ils soient dorés. Egouttez-les au fur et à mesure sur du papier absorbant.
         Plongez-les ensuite dans le miel chaud. Laissez les tremper 2 mn puis égouttez-les et disposez-les sur un plat de service. Servez froid.
         Le conseil : Vous pouvez remplacer I'eau de fleur d'oranger par de la vanille ou 3 gouttes d'extrait d'amande amère.


Emmanuel et l'Europe
par M. Robert Charles PUIG.

         Il nous refait le coup de la Sorbonne et d'un grand discours comme en 2017. L'Europe en prime et à un niveau jamais atteint. C'est grandiose de tragédie que d'évoquer une Europe en danger qui peut mourir et qui de ce fait n'a qu'un sauveur, un nouveau Charles Martel, Emmanuel. Jouant sur la peur européenne face à la guerre Ukraine - Russie, il ouvre grand ses bras "protecteurs" et pose dans la corbeille européenne notre force de frappe, sans semble-t-il en avoir aviser ni nos militaires ni les français. Il prend cette initiative malheureuse au nom de la grande Europe, celle qu'il veut faire naître à tout prix en préparant sa porte de sortie d'une France dont il n'a jamais été le soutien et le chef.

         Trop prétentieux, trop égoïste, la "Gaulle" de nos ancêtres, en partisan du Woke USA, lui parait trop petite, au milieu des autres nations alors qu'une Europe fédéraliste, regroupant les 32 pays sous la même loi - la sienne - voilà un grand rêve et l'accomplissement de sa mission dont la métropole ne fut qu'un marche pied.
         Dans son discours il sort le grand jeu, comme un appel du 18 juin et ce n'est pas à la petite cuillère mais à pleines louches qu'il place cette unité européenne dont il rêve au-dessus des nations en offrant notre arsenal nucléaire aux 400 000 millions de continentaux que nous sommes. Bien entendu, sans se rendre compte de ses paroles, il va jusqu'à envisager d'envoyer des troupes françaises en Ukraine, contre la Russie sans demander l'avis du parlement.

         Il est évident que l'Europe c'est pour lui le Graal où il compte installer son trône ou plutôt son "Cabinet turc", lui qui se sent tellement attiré par les options islamo-coraniques qui envahissent le pays, tout en souhaitant effacer de l'histoire de France son passé, son drapeau, comme le faisait Hollande, ses conquêtes et redéfinir une histoire soumise à l'approbation du Qatar et l'Algérie dont il doit apprécier ses danseuses aux seins nus du mont des Ouled Naïl.

         Mais il voit aussi à l'approche des élections européennes de juin, le diable habillé en RN. Alors il en profite pour matraquer le parti de Marine Le Pen et pousser ses sbires et en premier Gabriel Attal à participer "fortissimo" à sa grande chevauchée anti Jordan Bardella. Il ne semble pourtant pas dans son aveuglement rageur et ses propos consternants se rendre compte que le peuple ne veut plus de lui ni de ses mauvaises troupes.
Robert Charles Puig /4 mai 2024


LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


             Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.

             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il continu. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous et je viens de faire des mises à jour et d'ajouter Oued-Zenati, des pages qui seront complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir.

             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Aïn-Mokra, Bugeaud, Clauzel, Duvivier, Duzerville, Guelaat-Bou-Sba, Guelma, Helliopolis, Herbillon, Kellermann, Millesimo, Mondovi, Morris, Nechmeya, Oued-Zenati, Penthièvre, Petit et Randon, va être fait pour d'autres communes de la région de Bône.

POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et ceux des villages alentours :
    
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http://www.livredor-bonois.net

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
                         J.C. Stella et J.P. Bartolini.

 
NOUVELLES de LÁ-BAS
Envois divers


Energies

Envoyé par Grégoire
https://www.jeune-independant.net/decouverte-de-lithium-dans -le-sud-de-lalgerie-un-atout-majeur-pour-la-transition-energetique/

lestrepublicain.com - Par: Rim Boukhari -- le 03 mai 2024

Découverte de lithium dans le sud de l’Algérie : Un atout majeur pour la transition énergétique

           L’opération de l’exploration préliminaire du minerai de lithium dans les wilayas de Tamanrasset et In Guezzam a abouti à des résultats positifs. C’est ce qu’a annoncé le ministère de l’Energie et des Mines, qui a aussi fait part de la disponibilité d’indices sur la présence de nombreuses ressources minérales et terres rares.

           Ces opérations d’exploration préliminaire ont été évoquées lors d’une réunion présidée par le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, au siège du ministère, consacrée aux résultats importants de la recherche et de l’exploration du lithium dans les wilayas de Tamanrasset et d’In Guezzam, ainsi qu’à l’identification des principaux sites et indices de présence du lithium et d’autres ressources minérales et terres rares (telles que le wolfram ou le tungstène, le nobélium, le tantale et autres), selon les études et les relevés géologiques de la région.

           Le ministère a précisé que les opérations d’exploration avaient été menées par des experts miniers affiliés au groupe chinois Ganfeng Lithium Group, de cadres du ministère, du groupe industriel minier SONAREM, de l’Agence nationale des activités minières (ANAM), de l’Office national de recherche géologique et minière (ORGM), ainsi que de l’Agence du service géologique de l’Algérie (ASGA).

           La réunion s’est déroulée en présence de cadres du ministère ainsi que du P-DG de SONAREM, du président de l’ANAM, de la présidente du comité de direction de l’ASGA et du DG de l’ORGM.

           « L’équipe de travail algéro-chinoise a présenté un exposé détaillé sur les résultats positifs de l’exploration préliminaire, qui ont permis de découvrir des indices de présence de plusieurs ressources minérales et de terres rares à l’instar du minerai de lithium, dans le but de mettre en place un plan d’exploration et de développement à moyen et long terme, en tenant compte des aspects économiques, techniques et environnementaux », a indiqué le ministère.

           Dans ce cadre, le ministre de l’Energie a mis en avant « l’importance de la recherche et de l’exploration des matériaux rares », précisant que leur production constitue l’un « des axes majeurs de la stratégie de développement du secteur minier ».

           Il a également souligné son plein soutien aux travaux et recherches de l’équipe algéro-chinoise en la matière, appelant à « poursuivre les efforts pour atteindre des stades avancés et élaborer un plan d’action clair sur la base d’études physico-chimiques de la surface et des échantillons, en vue de lancer et de concrétiser un projet concret d’exploration et de transformation du minerai de lithium ».

           A ce propos, le ministre a affirmé que ce projet s’inscrivait dans le cadre de la valorisation des ressources minérales en Algérie, relevant la nécessité de « définir les mesures et les besoins nécessaires au projet, et de relancer la coopération afin de transférer la technologie et l’expertise et d’assurer la formation ».

           Selon la même source, le groupe chinois Ganfeng Lithium est considéré en tant que leader dans l’exploitation, la production et la transformation du lithium et des métaux, ainsi que dans la fabrication et le recyclage de batteries en Chine et dans le monde, relevant qu’il était de renommée mondiale et figurait sur la liste du Top 100 des meilleures entreprises dans ce domaine dans le classement annuel de Forbes pour 2023.

           Le groupe a également remporté le prix de l’innovation en matière de protection de l’environnement pour l’année 2023, décerné par le Wall Street Journal.

           Il convient de noter que le lithium est utilisé dans de nombreux domaines industriels et médicaux, étant un élément essentiel dans plusieurs industries civiles et militaires modernes, notamment dans la fabrication de voitures électriques via les batteries au lithium, a précisé le ministère.
           Il a ajouté qu’il s’agissait également d’un composant essentiel dans l’industrie des téléphones, des appareils intelligents, des ordinateurs portables et des caméras numériques, mais aussi intégré dans de nombreuses technologies modernes qui visent à réduire les émissions de gaz dans le cadre de la transition mondiale vers l’économie verte et l’énergie propre.
Rim Boukhari             


Tomates

Envoyé par Gabin
https://www.tsa-algerie.com/mega-projet-agricole- en-algerie-le-geste-de-tebboune-air-algerie-lessentiel-de-lactu/

  - tsa-algerie.com - Par: Ali Idir 04 Mai 2024

Le méga projet algérien pour exporter en Europe

           EXCLUSIF. Dans une serre géante au milieu du désert, le groupe Souakri entame la dernière ligne droite du méga projet algérien pour se lancer à la conquête du marché européen de la tomate, aujourd’hui dominé par l’Espagne et le Maroc.
           La démesure du projet est à la hauteur des ambitions de l’Algérie de transformer le Sahara en immense grenier pour assurer sa sécurité alimentaire et exporter des tomates, des poivrons et d’autres produits agricoles vers le monde entier.
           Le projet fou des Souakri va entrer dans sa phase d’essai fin mai et les premières tomates produites dans cette immense serre, avec une technologie hollandaise, seront cueillies et mises dans les cagettes fin octobre 2024.
           « Les essais vont commencer fin mai et l’entrée de production est prévue fin octobre 2024. C’est la première serre qui est finalisée, d’autres serres seront réalisées. Nous avons un terrain de 1.000 hectares dont 500 pour les cultures maraîchères. C’est le plus grand maraicher d’Afrique et l’un des plus grands au monde. Nous allons y produire des tomates et tous les produits maraîchers », affirme Abdenour Souakri à TSA.

           Pour réaliser ce projet, le groupe privé algérien qui est présent dans le ciment avec LafargeHolcim et l’agriculture, n’a pas lésiné sur les moyens.

           Les détails du méga projet algérien de la tomate
           « Nous avons opté pour des serres intelligentes, avec l’utilisation d’une électricité propre qui provient d’une ferme photovoltaïque qui est installée à proximité du projet. Nos tomates cerises seront produites avec zéro empreinte carbone », enchaîne-t-il.

           Une condition qui compte pour exporter des tomates cerises sur le marché de l’Union européenne où les considérations liées au respect de l’environnement sont importantes dans le choix des consommateurs.

           « Il n’y a pas une ferme similaire en Afrique et peut-être dans le monde. Nous avons de l’espace, de l’eau en abondance, une main d’œuvre locale qualifiée et de l’électricité propre. Nous avons aussi une luminosité exceptionnelle dans cette région », explique-t-il.

           Tomates : le Maroc a exporté pour un milliard de dollars en 2023
           L’avantage du méga projet algérien dans la tomate cerise réside dans la technologie utilisée qui permet de produire le petit fruit rouge toute l’année, sans interruption, dans des serres géantes et ultramodernes.
           Ce projet représente un sérieux concurrent pour la tomate marocaine. En 2023, le Maroc a exporté 492.000 tonnes de tomates vers l’Union européenne pour 972 millions d’euros, en baisse en volume de 12 % par rapport à 2022, selon l’agence Ecofin.
           Ces chiffres placent le Maroc en deuxième position sur la liste des fournisseurs de tomates pour l’Union européenne, derrière les Pays-Bas et l’Espagne.

           « Notre première serre a une capacité de production de 6000 tonnes de tomates cerises et nous visons un chiffre d’affaires à l’export de 500 millions de dollars par an. Nous allons exporter nos tomates vers l’Europe et les pays du golfe », explique le patron du groupe privé algérien.
           Le méga projet algérien de la tomate cerise devrait coûter à terme plus de 750 millions de dollars sur la base d’un taux de change d’un dollar pour 134 dinars. « Nous avons investi deux milliards de dinars dans la première phase du projet sur un investissement total de 100 milliards de dinars. Nous allons créer 10.000 emplois directs », précise Abdenour Souakri.
           Pour exporter ses tomates cerises produites dans le désert algérien, le groupe Souakri compte déployer une importante logistique pour transporter ses cargaisons vers les ports du littoral ou bien vers les aéroports avoisinants comme El Oued et Touggourt afin de les acheminer vers différents marchés.
Ali Idir     


De M. Pierre Jarrige
Chers Amis
Voici les derniers Diaporamas sur les Aéronefs d'Algérie. A vous de les faire connaître.
    PDF 181                                                  PDF 182
    PDF 183                                                  PDF 184
    PDF 185                                                  PDF 186
    PDF 187A                                              PDF 187

Pierre Jarrige

Site Web:http://www.aviation-algerie.com/

Mon adresse : jarrige31@orange.fr



UN JOLI COEUR D'ARTICHAUT
Envoyé par Colette Levy

     Tout un côté humoristique est décrit à travers ce texte s'exprimant sur la vie amoureuse de certaines personnes de la ville de Bône (Algérie). Mais ce document est purement imaginaire.
     Quatre personnages vont s'exprimer : Camille – Jean-Pierre-Michèle et Robert.
     Voici les cinq paragraphes : I -L'arrivée de Jean-Pierre - II -Échange entre Camille et Jean-Pierre- III -Invitation de Michèle et Robert – IV -Un dénouement heureux -
     Par une belle matinée de printemps, je contemple et respire, en ce beau mois d'avril, les nouvelles petites roses rouges et jaunes, de mon jardin ...Tout est beau et resplendissant. Tout à coup, le portable sonne... surprise c'est l'ami Jean-Pierre -il m'annonce qu'il vient me rendre visite.

     I : L'arrivée de Jean-Pierre
     Jean-Pierre : « alors comment vas-tu Camille, je passais près de chez toi à Marseille et me voilà »
     Jean-Pierre : « Hé bien, je dois voir un notaire dans la région d'Avignon- nous allons toucher un peu d'argent d'un héritage - la famille est ravie ! »
     Camille : « je suis d'accord avec toi Jean-Pierre, ça fait toujours plaisir de mettre un peu « de beurre dans les épinards »
     Puis, j'observe Jean-Pierre qui va vers ses soixante ans, il est toujours agréable à regarder, et, je lance la conversation.

     II -ECHANGES ENTRE CAMILLE ET JEAN-PIERRE
     Camille : »dis-moi , tu comptes rester là ce soir, je pourrais préparer des « cœurs d'artichauts à la barigoule » est-ce que ça te plaît »
     Jean-Pierre : « tu sais Camille, tout me plaît en toi »
     Camille : « tu me l'as déjà dit, mais tu restes un célibataire endurci et pourquoi ? »
     Jean-Pierre « ah ! Tu le sais, je voyage beaucoup à travers le monde, je navigue par-ci par là ! Et, je ne peux pas vraiment me fixer ! »
     Camille : « Mais alors tu feras toujours le « joli cœur » et pourtant le temps passe si vite ...je me souviens qu'à 25 ans tu étais un sacré tombeur, c'était l'époque bônoise... »
     Jean-Pierre : « je crois qu'avec le temps, chère Camille l'on ne peut pas changer »
     Camille : « et si j'invitais Michèle et Robert, ça pourrait nous rappeler bien des souvenirs... »

     De ce pas, Camille prend son portable et invite les deux amis communs et, ils viendront bien ce soir, pour parler du temps de la « Bône » époque ….

     III -INVITATION DE MICHELE ET ROBERT
     Nos deux amis sonnent à la porte, vêtus de leurs plus beaux habits – guitare à la main et bon vin …
     Michèle : « oh ! Quelle surprise ! Tu as invité Jean-Pierre «
     Camille : « vraiment le rose te va très bien, voir la vie en rose quelle merveille ! Mais, concernant Jean-Pierre, il passait par là, il est venu me voir « (éclat de rire de Michèle)
     Robert : « Tiens donc, il n'oublie jamais ses chers amis d'enfance ce Jean-Pierre – c'est un fidèle en Amitié ! »
     Camille : « ah ! Pas si fidèle- c'est un vrai cœur d'artichaut- c'est pourquoi j'ai préparé des « cœurs d'artichauts à la barigoule » ha ! Ah ! Ah ! C'est la bonne occasion de rire ! »
     Jean-Pierre : « ainsi, tu dévoiles ton jeu, chère Camille, tu me vois bien comme une « cœur d'artichaut » et même malgré le temps qui passe « oh ! Je suis flatté ! C'est vrai qu'à Bône elles étaient folles de moi ! D'ailleurs, tu te souviens la petite qui venait à la plage de la Caroube avec son petit frère, elle n'arrêtait pas de me regarder, mais elle était mineure, alors pas « touche »
     Camille : « mais je te fais confiance, le « viagra » ne doit pas te faire peur... D'ailleurs quelqu'un m'a dit que tu avais toujours des « préservatifs » dans ta table de nuit ... »

     Voilà que Michèle et Robert éclatent de rire !!!
     Jean-Pierre : « mais qui a pu te dire ça ? C'est vrai mais je ne voulais pas que ça se répète ainsi -je crois savoir que c'est « Nenette » qui te l'a dit ! C'est celle qui est toujours prête ! Tu la connais Robert ? »
     Robert : « Enfin ! Tu joues les pudiques à présent ! Dis Jean-Pierre ça fait quarante ans qu'on se connaît- et tu n'as pas changé – je vois qui c'est cette petite « Nenette » d'ailleurs à la plage de La Caroube, c'est celle qui portait un petit bikini bleu, et son petit frère était toujours près d'elle... »
     Michèle : « ah ! Alors toi aussi tu la connais, décidément j'en apprends des choses ! »

     Puis, tous nos amis se lèvent et se dirigent vers la grande table du séjour..

     IV – UN DENOUEMENT HEUREUX
     Robert : « alors, on se joue un petit air de Johnny Haliday : « souvenirs -souvenirs » allez je gratte sur ma guitare, allez chantons tous ensemble ! »
     Michèle : « tiens Camille, prends la bouteille de Côte de Provence, cachée dans mon sac ! »
     Jean-Pierre : » Ah ! Les femmes vous avez toujours de bonnes choses dans vos sacs »
     Camille : »oui ! Tu en sais quelque chose sur les sacs des femmes ! »
     Jean-Pierre : « Sait-on jamais si en plus on trouve fortune !!! ah ! Ah ! »
     Robert : « tu ne m'as pas dit que tu étais aussi intéressé en plus de joli cœur ! »
     Camille : »comment tu ne le savais pas, mais on ne sait jamais si Jean-Pierre venait à changer ! »
     Jean-Pierre : « ah ! Non je reste comme à vingt ans et puis chin chin à la santé des cœurs d'artichauts »
     Dominique : «oui mais ! À la barigoule je préfère ... »
     Robert : » je voudrais bien bien partager ce délicieux met, mais d'abord honneur aux dames ... »
     Michèle : « Dieu que tu es galant, ça me plaît »
     Jean-Pierre : « hé dis Robert – tu nous la joues : enfants de tous pays – de notre cher Enrico ! «
     Michèle : « allez amis, chantons ensemble ! »
     Camille : « Allez Jean-Pierre, la vie est belle »
     Robert : « tout est bon et tout est beau, encore chin chin, je crois que je vais dormir ici ! »
     Michèle : « ah ! Non ça suffit ! La fête est belle mais tout a une fin »

     Puis, nos quatre compères se lèvent, chantent tous ensemble pour revivre quelques instants de bonheur retrouvé, dans une nostalgie chère aux cœurs de tous les Pieds-Noirs.

Aquarelle de la « Caroube » peinte par Colette LEVY.

     Avec toute mon amitié Bônoise.
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